Il y a là un échec, je ne suis pas capable de ce que j'ai commencé, pas pour le moment, pas encore. Dans tous les projets que j'ai pû entreprendre et dont l'écoulement du temps fût le sujet, il semble que ce soit toujours précisément l'écoulement du temps qui les ait rendus impossibles ou irréalisables. Oui, on ne se bat pas impunément contre ce qui est plus grand que soi. Et puis la vie n'a pas été ce qu'elle avait promis d'être, au tout début de ceci, j'avais tout de même dans l'idée de donner à voir la vie qui se bâtissait dans le ventre d'Anne et nous voir vivre dans ce bonheur-là. Ceci n'a pas été. Alors je me suis dit qu'il fallait continuer justement là où il n'était plus possible de continuer. L'appétit n'était plus le même. Mais cela même ne peut pas servir d'excuse. Ces derniers temps, j'ai pû mesurer avec des instruments très précis tout le fossé qui demeure entre le temps qui est vécu et celui qui est nécessaire pour rendre compte de ce qui est vécu. Tout ne peut pas être retenu, à tous cela paraîtra une évidence mais je dois reconnaître combien mal je m'y résouds. Ai-je été tellement naïf de croire que l'appareil changeant, j'allais pouvoir mener à bien cette chasse à d'anciennes chimères!, oui ne riez pas il y a déjà quelques temps j'ai entrepris plusieurs fois de dire le passage et le poids des jours en faisant des photographies argentiques dont naturellement je n'avais jamais le temps du développement. Pour le moment cette chronique est close, figée et je serai bien en peine de vous dire si un jour elle reprendra, c'est effectivement bien médiocre mais c'est tout ce dont je suis capable pour le moment.

Philippe De Jonckheere.

La vie, photographie numérique, Garches, Noisy-le-Grand, 6 avril 2003

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