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Ceux qui m'écrivent Je suis toujours étonné qu’on m’écrive, non pas Jessica Etroken ou Allonzo Bishtraw, qui, eux, effectivement, ont décidément juré de me réparer là où la nature fut chiche avec moi, non je vous parle de vraies personnes qui prennent le temps de m’écrire, qui relèvent l’adresse sur le site et puis se fendent de quelques lignes, parfois beaucoup plus. A tous je réponds. Des fois cela va très vite. Aux petits jeunes qui m’envoient des messages très très courts du genre Trop pur, signé alex55, je réponds Trop merci signé Phil, il y a ceux qui m’engueulent parce qu’ils voudraient que le site soit plus ceci ou moins cela et ceux qui ne sont pas contents parce qu’ils m’ont envoyé un texte ou une image vraiment merdiques et que je leur ai dit que je ne voulais pas les reprendre dans le site, et notamment pas à l’endroit du site réservé aux invités, à ces deux catégories j’essaie de répondre courtoisement que ce n’est pas très compliqué de faire un site ou un blog, qu’il existe des tutoriaux en ligne à la pédagogie irréprochable. Il y a ceux qui me signalent une erreur, une coquille, ils ne savent pas le service qu’ils me rendent et je les en remercie, il y a ceux qui s’indignent parce qu’ils m’ont signalé une erreur déjà la semaine dernière et qu’elle n’est toujours pas corrigée, j’ai même parfois droit à des extraits de zen, celui qui ne répare pas une erreur commet une nouvelle erreur, de temps en temps j’ai du mal à faire comprendre qu’il m’arrive de préférer construire des cabanes dans le bois de Vincennes avec mes enfants plutôt que de traquer ces coquilles. Il y a ceux qui ne sont vraiment pas du tout d’accord avec moi sur tel ou tel point, il s’agit souvent de politique, à eux aussi il est parfois délicat d’expliquer que je n’ai rien contre le fait qu’ils ouvrent leur propre blog, il y a ceux qui s’inscrivent sur ma liste de diffusion et qui du coup m’inscrivent à la leur sans y voir le mal, je reçois alors leurs messages fréquents d’échanges de contrepétries, de blagues et autres charades et rébus et de cartons d’invitation pour des vernissages auxquels vous ne risquez pas de me voir, mais tout de même le fichier joint pèse parfois plus d’un meg — du temps où j’étais à 56k à la campagne... — il y a ceux qui m’annoncent triomphaux qu’ils m’ont mis dans leurs liens et ils aimeraient bien que j’en fasse autant, et pire que tout il y a ceux qui me disent qu’ils aiment vraiment bien mon site et qui me donnent l’adresse de leur site et quand j’y vais j’y découvre soit mes idées pillées soit mes images sans mention de leur photographe ou des citations de mes textes également orphelines de leur auteur. Et puis il y a ceux qui m’apportent la lumière, le renseignement que je cherche depuis des lustres, ceux là s’excuseraient presque de me déranger, ou encore celui-là qui sait tout faire et qui me propose de m’écrire des programmes en java pour rendre certaines de mes idées possibles, ou tel autre encore qui remarque un bug dans mon template de blog et qui me renvoit en fichier attaché le template exempt de ce défaut contre lequel je ne savais plus quoi faire. Il y a celle qui m’envoie des extraits d’auteurs qui ne sont pas sans rapport avec ce que j’écris, des auteurs que je ne connais pas encore et que je finis par dévorer en me demandant où ces auteurs s’étaient cachés tout ce temps. Il y a le pigiste de luxe à Libé qui est très content parce qu’enfin il a réussi à pousser son article sur le site et qui me prévient qu’il sortira tel jour. Il y a la correctrice professionnelle qui prend sur elle de m’expliquer patiemment la règle des accords de participes passés réflexifs parce qu’elle voit bien que ce jour-là en classe je devais être très distrait. Et puis un jour il y a celui qui m’a envoyé ce mail à propos de ma tentative d’épuisement de Tentative d’épuisement d’un lieu parisien de Georges Perec : >J’ai emprunté une fois Tentative d’épuisement >d’un lieu parisien de Georges Perec à la >bibliothèque Jules-Joffrin (XVIIIème arrond. >de Paris), et, page 21, en regard de ce texte >souligné : " Café de la mairie, 18 oct 1974, >12 h 40 : « Retour (aléatoire) d’individus >déjà vus : un jeune garçon en caban bleu >marine tenant à la main une pochette >plastique repasse devant le café », au >crayon, quelqu’un avait inscrit, se >reconnaissant sans doute, "moi" avec une >flèche. J’ai emprunté le volume le 08.12.98 ; >fiche biblio en dernière page. J’ai tenté de >retrouver la personne en épluchant les dates >d’emprunt du livre, mais c’était pour le coup >un travail fastidieux, vain. J’ai rendu le >livre. Il y est encore, je suppose. >L’étrange, tout de même, c’est le peu >d’indices du portrait. Il faut peut-être >imaginer un emploi du temps extrêmement >précis au jeune homme ou une rigoureuse >notation de ses faits et gestes à cette >époque. C’est, en tout cas, un retour de >fiction très remarquable. Peut-être s’agit-il >d’un de ces moments oulipiens dont parle >Jacques Roubaud dans son dernier livre La >bibliothèque de Warburg ?> >Alain Sevestre Alain Sevestre a écrit Revolver chez Gallimard
dont je vous recommande la lecture. |