Le Bloc-notes en cachette |
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3.4.04
Samedi 3 avril Je n'étais pas très enthousiaste ce matin quand Madeleine est venue me réveiller pour me dire que ce matin c'était kermesse à l'école et est-ce qu'on pouvait y aller, vite vite on va être en retard. Et à vrai dire serré dans la cour de récréation contre d'autres parents pareillement dérangés dans leur grasse matinée du samedi matin, mon humeur était assez maussade et la perspective d'applaudir des guirlandes en crépons et autres effets visuels de pacotille me faisait penser à ce que c'est que de devenir parent, ce que cela comporte, et entre autres choses, devoir se réjouir de recevoir en cadeau d'anniversaire de fête des pères ou je ne sais quelle autre occasion, des cendriers en céramique avec des émaux criards ou je ne sais quelle autre décoration pour votre bureau, quand vous-mêmes êtes assez tatillon à propos des images qui ont le droit de se trouver à la périphérie de votre bout de table. Et c'était davantage sur l'insistance de Madeleine et d'Anne que je pris avec moi mon appareil-photo. J'avais tort, semble-t-il. 1.4.04
![]() Jeudi premier avril Les nouvelles ne sont pas bonnes et pour tromper l'ennui de les attendre, je m'apprends de nouvelles fonctionnalités de mon éditeur de pages html, j'apprends notamment à me servir des menus déroulants. Je n'ai pas le coeur à la plaisanterie, mais tout de même je me dis que ce serait amusant de faire une version très rangée de mon petit foutoir. 31.3.04
![]() Mercredi 31 mars 2004 D'écrire comme cela jour après jour, je ne suis pas sûr que cela m'apprenne quoi que ce soit, je ne suis pas certain que cela puisse même m'apprendre à écrire. Car enfin, plus souvent qu'à mon tour, je m'y livre comme à une corvée, plus souvent qu'à mon tour je ne fais pas l'effort de réflexion que cette écriture du quotidien au quotidien exige de moi. Bien souvent je ne fais que dire quels furent les ingrédiens principaux de la journée, et je ne fais aucun effort pour leur faire dire ce que cette matière pourraient signifier au coeur. Ainsi lundi je dis avoir passé une bonne partie de la journée avec Jacky et je ne dis rien de qui est cet homme, j'omets même de parler de cet entretien tri-partite que nous eumes avec Charles Juliet. Et je ne dis rien non plus à propos de cette discusison récente, nouvelle pour moi, avec Jacky, à propos de cette découverte du montage vidéo: l'image existe en fait si peu en regard de la bande-son, et à vrai dire on pourrait mettre presque n'importe quelle image, si la bande-son se tient, l'image survivra à sa difficulté à faire sens. En fait il en va de même avec le texte qui aura toujours l'ascendant sur l'image. Le soir je suis allé voir Gerry de Gus van Sant. Je ne crois pas avoir déjà vu un film comme celui-là, un film qui tout au long du film donne de la place à son spectateur pour enrichir le film de son propre vécu de sa propre expérience. Deux jeunes gars sont perdus dans le désert, ils marchent en tentant en vain de s'orienter. ils sont perdus et vont mourrir de soif. Je n'ai cessé pendant toute la durée du film de penser à ces années maintenant enfouies passées aux Etats-Unis, à mes copains américains que je revoie parfois quand ils traversent l'Atlantique, de me dire qu'ils portaient le même genre de t-shirt à manches longues, les mêmes jeans sans vraies formes, la même décontraction en toutes choses. J'ai repensé à toutes ces petites histoires, ces récits minuscules que je notais dans des carnets de croquis de la taille d'une poche de pantalon. J'ai retrouvé ces carnets lors de notre dernier déménagement, j'en avais tout à fait oublié l'existence. Et prenant des photographies de l'écran rempli du désert de Gerry j'ai eu l'idée de les superposer. Chicago, novembre 1988, je recopie une histoire que j'avais écrite sur une page volante. De manière à ne pas la perdre) "Vu très vite au travers des vitres du train. North/South line entre Wilson et Sheridan, cimetière de Graceland. Il balaye les feuilles des pieds tous les six ou sept pieds. Il porte une chemise écossaise épaisse. Il a les mains profondément enfoncées dans les poches. Il fait froid dehors. On peut voir sa respiration former des nuages. En fait il dégage les plaques des tombes des feuilles qui se sont accumulées, Il doit en chercher une, celle de Ted probablement. Il est resté là-bas, lui." 30.3.04
![]() Mardi 30 mars A la sortie de l'école je suis allé chercher Nathan et nous avions décidé de l'emmener avec nous à la Merveille de Fontenay le restaurant chinois du carrefour des Rigollots. Il y a quelques mois il était impossible de tenir Nathan en place à ce restaurant tant sa vaste dimension et aussi son faux plancher en forme d'aquarium géant agissaient comme des tentations insoutenables pour lui; mais aujourd'hui je crois qu'il est fier et content de cette nouvelle confiance que nous lui faisons aussi il est sage comme une image. Nous déjeunons en paix. Puis nous partons en route pour aller chez Léa. Nous avons décidément beaucoup d'avance et nous avons donc le temps de faire trois tours de toboggan dans le rue Robineau puis de remonter à tout berzingue la rue des Partants, Anne regarde Nathan et me dit qu'il ouvre des yeux comme des billes, mi épouvanté mi réjoui par cette sensation forte de la descente. Nous allons prendre un café en face, puis nous montons. La séance commence tout de suite. Et nous prenons congé. Dans l'entrée de l'immeuble, cependant, Anne engage une conversation qui n'est pas très facile à entendre pour moi. Il est question de confiance et d'usure, mais aussi des difficult?s de Nathan. Tout à la conversation qui n'est pas très rectiligne, méandreuse ça certainement, je me dis que nous nous tenons cette discussion juste en dessous de Nathan et Léa en pleine séance, et je me représente vivement comment notre conversation pourrait figurer dans des phylactères de bandes dessinées au dessus de notre tête se mélanger justement avec ce que Nathan et Léa échangent pendant la séance. En fait cette conversation va bon train, je prends finalement Anne dans mes bras. nous sommes interrompus dans cette étreinte tendre par une habitante de l'immeuble et son vélo qui se frayent difficilement un chemin dans la porte cochère. Je regarde ma montre et il est en fait l'heure de remonter chercher Nathan, cette demi heure est même passée de cinq minutes. Nathan est tout joyeux de nous voir. La séance s'est bien passée apparemment, nous prenons rapidement rendez-vous pour la semaine prochaine et convenons aussi d'un rendez-vous supplémentaire pour le vendredi de la même semaine, nous allons passer pendant quelques temps à un rythme bi-hebdomadaire. Nous n'avons que le temps de ces mises au point parce que l'interphone de Léa sonne et elle demande à son patient suivant de bien vouloir attendre. J'ironise qu'il faut que nous dépêchions parce qu'il se pourrait que ce soit un patient impatient, ce qui a l'air de plaire à Léa. En descendant nous trouvons une jeune fille assise parterre dans l'entrée de l'immeuble. Elle regarde Nathan, Il est manifeste qu'elle le trouve mignon, en revanche je crois qu'elle n'a pas un regard pour nous, ses vieux parents. Elle attend que nous soyons tout à fait sortis pour monter, honteuse, au cabinet de psychanalyse, j'aurais voulu lui dire que... faire preuve de compassion, mais je n'ai rien dit. Nous repartons pour Fontenay, non sans avoir fait un petit tour de toboggan dans la rue Robineau. En arrivant, je cale le vélo d'Anne dans le coffre avec celui de Madeleine et vais la chercher à l'école, je lui annonce une surprise, elle monte dans la voiture en respectant la consigne de ne pas regarder à l'arrière. Nous arrivons au bois de Vincennes. Et nous ferons du vélo pendant presque deux heures. Victorieuse Madeleine en rentrant à la maison annonce à Anne que nous avons fait trois fois le tour du Lac des minimes. Et que nous sommes allés à toute berzinde. 29.3.04
Lundi 29 mars 2004 Je ne sais pas ce qui me fait le plus plaisir, la défaite de l'Angleterre dans le tournoi des VI Nations ou celle, plus humiliante encore, de la droite aux élections. Non, je sais très bien ce qui me fait le plus plaisir. Ce qui me fait le plus plaisir c'est d'avoir le sentiment que les uns et les autres autour de moi, ce matin, dans la rue, à mon travail, dans les transports en commun, que tant de gens donc se tiennent droit à nouveau, comme s'ils réalisaient enfin que oui, voter cela servait à quelque chose, cela permettait justement de dire à notre gouvernement d'extrême droite que 82% de gens dans ce pays n'avaient précisément pas voté pour l'extrême droite en 2002, et qu'un gourvement qui reprend à son compte dans les lois Perben et Sarkosy en matière de sécurité, onze des vingt-qautre propositions du programme du Front National, pour les élections présidentielles de 2002, ce gourvenement n'a pas droit de cité. ![]() Plus tard dans la journée un moment de travail avec Jacky pour finaliser Libre comme le plomb. Je discute avec Jacky, je ne suis plus très bien comment nous en arrivons à parler des difficultés que nous recontrons avec Nathan, mais alors Jacky me dit qu'il aimerait bien voir Nathan, qu'il y a quelques années Jacky avait travaillé comme art thérapeute. Je me souviens, sa démarche était très intéressante, il avait convaincu les soignants que s'ils voulaient obtenir des enfants une peinture qu'ils puissent effectivement mettre en relation avec la peinture des peintres, il fallait donner aux enfants les mêmes moyens. Donc, exit la mauvaise gouache scolaire sur des feuilles format A4, de la peinture, de la vraie, de l'acrylique, de la toile, de la vraie, des formats, des vrais, certaines qui pouvaient recouvrir les murs. J'emmène Jacky à la maison. C'est la fin d'après-midi, il fait beau les enfants jouent au soleil dehors, à moitié nus. Comme d'habitude ils se réjouissent qu'un nouvel arrivant fasse apparition à la maison. C'est très curieux tout de même parce que le dessin n'est pas l'activité favorite de Nathan qui souvent manque de concentration quand il est invité à dessiner. Et là, Jacky n'est pas arrivé depuis plus d'un quart d'heure qu'il va chercher une feuille et un stylo, s'installe devant lui et entreprend de dessiner. Je suis impressionné de voir mon ami Jacky avoir des gestes et des paroles si sûrs avec Nathan, et j'en viens même à me demander s'il ne vas pas parvenir à faire exécuter un dessin figuratif à Nathan. Mais en fait non, c'est bien ce que dira Jacky plus tard: Nathan reconnaît, ce qui est très bon signe, en revanche il ne représente pas, ce qui est moins bon signe. Mais tout de même je garderai un souvenir ému de ce quart d'heure de dessins croisés avec Jacky, sur la grande table du salon. Plus tard les enfants sont couchés, nous réglons Jacky avec des filets de perche façon Lièvre et plus tard il entreprend de nous montrer comment fonctionne le logiciel Imovie sur le Mac d'Anne. J'écoute tout aussi attentivement les explications claires de Jacky et mon cerveau est en ébullition, tant de possibilités, c'est presque obscène.
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