Le Bloc-notes en cachette |
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27.3.04
Samedi 27 mars 2004 Elle est curieuse la question de mon patron aujourd'hui. L'entreprise qui m'emploie est en train de monter un énorme projet dont le but est de faire quelques économies de bouts de chandelle en déplaçant ses activités vers un pays dont les masses salariales sont afriolantes du point de vue de ses actionnaires, comme le sont sans doute aussi ces tailles mannequins anorexiques, ces femmes sans formes qui font baver les hommes et sont données en pature sur les affiches de la ville. Je suis toujours sidéré de l'âpreté des uns et des autres à faire gagner de l'argent à une entité aussi peu matérielle qu'une entreprise, et de s'y consacrer avec une voracité que je trouverais déjà douteuse si son but avait été l'enrichissement personnel. On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, c'est ce que j'entends parfois, sur un ton de voix qui me fait l'effet d'une craie qui dérape sur un tableau noir. Les oeufs c'est nous. C'est à dire que mes collègues et moi allons être reclassés, redéployés, recasés, réemployés, que sais-je encore? Ce qui m'étonnera toujours d'ailleurs c'est le zèle des uns et des autres dans ces grandes manoeuvres de refonte. Sont-ils à ce point aveugles qu'il seront, aussi, un jour peut-être moins lointain qu'ils ne peuvent l'imaginer, à leur tour, reclassés? Lorsque je croise le regard d'une personne abandonnée, sur le trottoir, ce n'est pas la pitié qui me donne de lui adresser quelques paroles, non, c'est que je sais que la distance qui me sépare de ces hommes et femmes est mince, au même titre qu'au classement des joueurs d'échecs ce qui me sépare, exécrable joueur, autrefois classé, d'un grand maître internationnal, même pas nécessairement le meilleur d'entre eux, est vastement supérieur à ce qui me sépare par ailleurs d'un singe habillé. Ne croyez pas non plus que ceux qui sont assez voraces, donc, aveugles donc, pour se livrer à cet exercice qui a l'air de leur donner tant de contentement, et qui consiste à recycler de la valeur humaine en matière de recyclage, ils font du tri sélectif, j'entends le mot sélection avec un accent étrange ils approchent, même d'assez loin, la matière de leur labeur, les oeufs, nous. Ce sont des personnes que nous ne rencontrerons jamais. Eux non plus ne sauront jamais qui nous sommes. Non, bien sûr; tout se fait informatiquement. Pour se faire la direction des ressources humaines dispose de fantastiques outils informatiques. Ce qui m'anène à la question de mon patron aujourd'hui. Oui, mon patron m'a demandé si je me reconnaissais c'est son expression dans les informations suivantes? A vrai dire, je ne sais pas trop. 26.3.04
![]() Vendredi 26 mars Je crois que je n'avais pas très envie de réfléchir à cette question de la complexité à sa corollaire la figure du cercle, cete façon un peu personnelle de ressasser et ne jamais vraiment approfondir dans une des directions offerte à la périphérie du cercle, de peur de s'éloigner du périmètre justement. Pourquoi n'avais-je pas envie de répondre à cette question? Sans doute j'estimai que d'y réfléchir me donnerait sûrement du plaisir, peut-être pas, du contentement, sûrement, et que, précisément, je n'ai pas le sentiment que d'aller à mon analyse puisse m'apporter le moindre plaisir. Que le plaisir lors de l'analyse doit être fui, que ce qui est recherché c'est ce qui fait souffrir, pas ce qui donne du plaisir. Le plaisir n'est-il pas justement ce que l'on ressent quand la douleur cesse et que c'est précisément c'est cela qu'il faudrait chercher, pas nécessairement s'acharner à cette question de la douleur. A contrario dire et redire ce qui relève de la douleur, s'en libérer et se donner une chance au plaisir. Ce qui ne fait pas mon plaisir ces derniers temps, c'est d'attendre tellement, d'attendre tellement en retour, de m'émerveiller lorsqu'une parcelle seulement de reconnaissance arrive à moi, mais de souffrir dans le même temps que ce soit si peu, que ce ne soit pas un torrent de louanges. Ai-je été à ce point privé de reconnaissance?, ou même d'amour? Ou n'est-ce pas moi, cet esprit malade en somme, qui est incapable de voir et d'entendre ce dont on me gratifie?, mais voilà, ce n'est pas assez, ce n'est pas à la mesure de cette prétention que j'aimerais tellement réprimer. Comme si d'une part, j'avais reçu en don à la fois, cette image haute de moi, ce qui était attendu, et puis dans le même souffle la déception, tant d'espoirs bafoués, de ceux qui avaient nourri tant d'espérance, ceux qui m'ont fait, les parents. On a pour moi une parole ou une pensée aimables et je ne m'en satisfais pas, ce n'est pas la sucrerie que j'attendais, ou c'est trop peu de celle-là. Ces aveux me coûtent. Ils disent ma pauvreté, la pauvreté d'un esprit volontiers calculateur, bien qu'inapte au calcul, ou encore ces aveux sont éloquents à propos de ma sécheresse de coeur. Suis-je à ce point dans l'attente du geste de l'autre que je ne puisse aller davantage vers lui? Je ne donne pas davantage ma douleur en partage. A croire que je la chéris ou aurais-je à ce point honte de son absence de grandeur que je préfère passer pour souffrant d'un mal qui ne ronge que moi? Et n'en ai-je pas fini, de la sorte, de me regarder dans tant de miroirs déformants de foire, façonnant, en bougeant légèrement, une image fausse, illusoire, en changeant sans cesse d'angle, escomptant qu'enfin le reflet distendu de tel ou tel miroir, finisse à force de distorsion par me renvoyer l'image de moi-même dont je souhaiterais qu'elle habite le regard des autres? Mais las, les autres me voient tel que je suis, tellement vaniteux, en définitive. Je souffre alors de l'acuité de leur regard. Et puis me lassant que même les miroirs les plus déformants ne parviennent à courber suffisamment cette image, je finis au contraire par les solliciter en tous sens et m'amuser de la forme monstrueuse que prend alors mon être défiguré, content en somme, que monstrueux je puisse l'être tout aussi bien. 25.3.04
Jeudi 25 mars 2004 Les vieilles légendes du jazz sont parfois dégoûtantes. Je me souviens d'un concert pathétique de Lionel Hampton au caveau de la Huchette. Ce soir c'est Archie Shepp qui se colle à cet exercice étrange, nous donner à entendre, enfouie en lui-même, ce qui fit sa jeunesse adventice. Alors bien sûr il y a quelques moments de grâce, un Mama Rose enchaîné à Revolution, et même, un rappel un peu avant minuit, les musiciens se regardent, ils acquièscent, ce sera Around Minight sans doute pas la plus belle des interprétations de ce standard mais quand même, cette façon de déchirer le tuyau de le faire grincer, de le faire suer d'ailleurs les saxophonistes n'aiment pas toujours ce son crapotte caractéristique de Shepp c'est quand même bonheur de l'entendre. Et j'aurais voulu n'entendre que cela. Et non, aussi, ce qui par ailleurs fit la joie du public apparemmment, des gospels, un inévitable blues en mi et je ne sais quelle fadaise soul, autant de sucreries qui "rassemblent". Le soir en rentrant j'étonnais Hanno en lui disant que non, vraiment, j'avais préféré la première partie de ces copains fondateur de Surnatural Orchestra qui jouent ici en quartet, plus sages, ce n'est le chahut de la fanfare, pas aus sa et justement cette interprétation modeste de Mama too tight du Shepp jeune, de celui qui inventait encore. Ceux qui gardent le feu sacré dans l'âge sont rares. 24.3.04
23.3.04
Mardi 23 mars Nous avons un peu d'avance aussi nous faisons deux tours de toboggan dans la rue Robineau, rire clair de Nathan. Nous avons aussi le temps de prendre un café dans le bistro d'en face. Nathan y est toujours très bien accueilli par le patron qui aujourd'hui ne nous fait pas payer sa grenadine. Nous sonnons juste à l'heure chez Léa mais celle-ci ne répond pas. Je ressors pour aller vérifier l'heure à un parcmètre et je croise Léa qui remonte la rue à toute allure. Nathan est très content de la voir et nous montons ensemble. Nous rendons compte à Léa de la réunion pédagogique à laquelle nous avons assisté vendredi dernier. J'ironise sur le fait que la parole était libre entre les différentes parties de cette réunion et qu'au contraire les schémas sont devenus réducteurs dès qu'il a fallu remplir un tableau à double entrée dont l'Education Nationale a le secret. Je fais remarquer aussi à Léa que je trouve que Nathan fait des phrases qui sont de plus en plus complexes en revanche il semble avoir des difficultés avec la prononciation des mots qui composent ces phrases, mots, qui pourtant, pris séparément, hors d'une telle phrase, ne lui posent pas plus de difficulté que cela. Nathan manifeste de l'impatience, aussi Léa le rassure en lui disant qu'ils vont commencer la séance, nous prenons congé. Nous remontons jusqu'à la librairie érotique et y feuilletons comme toujours toutes sortes de livres. J'achète le catalogue de l'exposition de Sophie Calle à Beaubourg. Nous retournons chercher Nathan qui nous accueille une fois de plus derrière son pupitre sur lequel il a construit un amalgame de toutes sortes de jouets qui tiennent dans un équilibre apparemment précaire. Léa nous dit que les progrès sont toujours probants et je lui pose la question qui était restée en suspens de savoir s'il ne serait pas opportun d'intensifier le nombre de séances pour profiter de cette phase de progrès. Léa nous promet d'y réfléchir. Nous partons, cette fois-ci calmement du cabinet, Nathan nous gratifiant d'un à Mardi prochain dont nous nous extasions tous les trois. Le soir je feuillette le catalogue raisonné de Sophie Calle et dans l'entrelacs de ses différents projets et notamment dans la façon dont les uns et les autres se superposent et se chevauchent par endroits, je me dit qu'il faudrait que je lui propose de faire un site internet qui rendrait compte de cet enchevêtrement. Un exemple: comme il serait judicieux que les compte-rendus de la journée de filature de Sophie Calle se renvoient l'un à l'autre de façon hypertexte: 12H30 J'attends Eugène B, éditeur au pied de la statue de Danton, carrefour de l'Odéon. nous devons parler d'un livre que j'aimerais publier; à propos d'individus que j'ai moi-même suivis. cinq minutes passent. Mes yeux rencontrent alors, de l'autre côté du Boulevard Saint-Germain, ceux d'un homme d'environ vingt-deux ans, 1,70 m, cheveux châtains courts et raides, qui sursaute et entamme un brusque et maladroit mouvement de repli derrière une voiture, je devine que c'est "lui". un inconnu s'approche de moi et me demande où j'ai acheté mon imperméable. Eugène B. arrive à 12H40; il m'embrasse et m'entraîne à la terrasse d'un café, à quelques mètres de là. tout en mangeant un sandwich au jambon, il répond à mes questions. Ce qui du point de vue du détective donne ceci: A 12H40, Un homme d'environ soixante ans, 1,70 m, très fort, vêtu d'un costume gris, portant un chapeau gris et des lunettes de vue à grosses montures noires, embrasse la surveillée sur la joue. A 12H43, la surveillée et l'homme prennent place à la terrasse du café "Le Condé" au carrefour de l'Odéon; ils consomment et discutent. La surveillée tient l'homme par le bras. 22.3.04
![]() François Des amis comme toi je n'en ai pas beaucoup. Alors du fond du coeur, merci. Pour le titre, je crois que tu as raison, je n'avais absolument pas pensé à cette abstraction possible. "Une fuite en Egypte" est adoptée. Pour ce qui est de la ponctuation, j'avais pensé effectivement ne pas mettre les points d'interrogation et d'exclamation parce qu'effectivement je crois que c'est au lecteur de les exprimer. Ces derniers jours j'étais en train de mettre au point un système typographique avec lequel le point du point d'interrogation serait remplacé par une virgule, ce qui aurait donné des points d'interrogation-virgule. En fait ce que je n'ose pas, c'est me prendre suffisamment au sérieux pour exiger cela du lecteur, comme si moi je pouvais me permettre une chose pareille! Pour les références étiquettées, je crois que comme d'autres choses qui sont moins ta tasse de thé, je comprends ce que tu veux dire, d'un autre côté j'ai du mal à me départir de cette façon acquise au bloc-notes. Par ailleurs je suis sans cesse interpellé par ces connotations, ces couleurs, et de me dire qu'elles marquent foncièrement une journée. Cette semaine juste passée a été particulièrement riche de ces occurences, j'ai par exemple eu le sentiment d'être téléscopé par le texte de Borgès que tu donnais à travailler à tes participants de l'atelier d'écriture. Dans la même semaine, je suis retourné voir l'exposition de Twombly, je suis de nouveau allé m'éblouir des films de Serra, je suis allé au musée Picasso. Samedi en arrivant parmi les premiers chez Dominique j'ai pu voir sur ses étagères les disques de Coltrane, les livres de Handke et le catalogue de Twombly, et je suis certain que tout cela influe d'une façon puissante sur mes pensées du moment. Ca marque et c'est cette marque que je voudrais restituer. Une journée où on passe devant des Picassos n'est pas une journée normale. Pour ce qui est de l'encombrement, j'ai lutté comme jamais pour ne pas trop encombrer les choses, un travers que je reconnais volontiers, d'un autre côté je m'étais donné comme contrainte de faire passer le récit deux fois par chaque endroit, ce qui m'a notamment obligé à la description du désodre du garage pour caser un certain nombre d'eléments qui manquaient. Ce cheminement double est ici pour donner sa forme à la rêverie. De même il est volontaire d'égarer le lecteur dans le récit au même titre qu'il est difficile de revenir en arrière dans une rêverie dans laquelle l'association d'idées et le coq à l'âne règnent sans partage. Encore une fois je ne parviens pas à me détacher du récit, je suis malgré tout le personnage de ce roman puisque c'est une rêverie et que c'est celle qui m'est venue en tête comme cela arrive si souvent dans les embouteillages du dimanche soir en rentrant du travail ou le lundi matin, je peux difficilement faire autrement que de me décrire, j'ai même été tenté à un moment de faire intervenir les séances de psychanalayse que je poursuis en ce moment: je peux toujours faire pire. Evidemment sensible aux exemples que tu donnes de l'homme sans qualités ou de Bartleby ou encore K., mais là je ne peux même pas imaginer me retrouver cité dans le même paragraphe. Bien conscient qu'il y a des progrès à faire. Peut-êre devrais-je laisser reposer un moment, d'un autre côté j'en ai absolument assez de vivre avec ce livre en tête. Les histoires de fesses sont au centre de mes préoccupations (et de mes doutes) en ce moment. Là aussi je peux difficilement les éviter, ce qui m'intéresse c'est cette notion de sexualité dans l'absence de l'autre et celle aussi du souvenir de la volupté. En soi cela m'apparait comme une anti sexualité par rapport à celle qui pollue tous les jours notre regard avec force affiches, photographies et télévision. Il n'y a pas de registre prédéterminé dans ce récit, le récit c'est celui de la pensée qui vagabonde d'une idée à une autre et qui justement mélange les registres, ça j'y tiens beaucoup parce que c'est dans ce mélange, dans ce désordre que j'entrevois la rêverie et la vie, ce qui m'attire et me dérange à la fois. D'une certaine façon je ne suis pas certain d'être fait pour écrire des récits longs mais davantage pour des choses plus courtes comme le bloc-notes. je suis devenu incapable de ne pas penser les choses en dehors de cet éparpillement et de les régir sous la forme d'un collage. Ici intervient quelque chose de psychanalytique qui m'est propre. J'écris des histoires fragmentées parce que c'est de cette façon que j'ai reçu le portrait en très multiples facettes de mon père (j'ai été ému aux larmes avec la fin de "Plume d'Ange" de Winckler en grande partie par ce portrait du père par petites touches). Enfin, le besoin de tout dire, je me débats avec. C'est un combat permanent de la vérité sur le mensonge, et à vrai dire la vérité, je n'y crois pas beaucoup, la véracité peut-être. L'impression quand j'écris que je ne peux pas tout inventer que je n'en ai pas la force, l'impression de mentir aussi. Mon prochain sera à propos d'un faux tableau. Je suis en train de l'écrire avec un éditeur de pages html! On ne se refait pas. Encore une fois François, merci pour tout ce temps que tu me consacres, cette générosité me fait chaud au coeur. Tu m'avais invité à t'envoyer ce texte parce que tu te disais "vieux requin", tes coups de dents sont vifs, tu peux me croire. Je me fais l'impression d'un apprenti et je suis dans le respect de mon maître. Avec toute mon amitié. Phil Selon François Bon > > Accident > > L'accident > > L'accident de parcours > > Embouteillage (ça c'est parce que j'ai rêvé ce livre dans un > embouteillage) > > Deuil > > Fin > > Tout ça c'est stérile parce que c'est la tendance que tu as dans la vie à > aller vers le négatif, et que tu effaces par des grands coups de désordre. > La tentative de ce livre est assez forte pour que tu te forces à sortir de > ton jardin. Un titre doit accueillir le lecteur et le faire glisser dans le > pays des miroirs, des doubles sens, lui autoriser sa propre réflexion et > aussi son plaisir. > > Si tu tiens à ce que ce soit en un mot, il y a "manipulation" qui y figure > et qui fait ce double jeu, y compris avec le jeu de la fin. Sinon, "ses > cendres", ou quelque chose avec "cendres". > > Il y a eu beaucoup de titres en un mot ces dernières années, c'est peut-être > bien fini... > > M'interrogeais sur spatialisation de ton texte, c'est où etc - la > localisation pourrait interférer sur le titre. Puiseux-en-Bray ce serait un > beau titre. > > Mais pourquoi pas "Une Fuite en Egypte" ? - autour de cette idée il y a ce > qui manque: un minuscule point de perspective malgré là où tu nous enfermes. > Le titre doit provoquer cette perspective. > > Je n'aime pas trop les ? Juste avant les ; - j'aurais tendance à les enlever > pour que ce soit le lecteur qui module l'interrogation, et ne reçoive que > les ; ; ; ; > > J'aime pas trop non plus les références Coltrane Twombly etc (ou Tintin) - > il me semble qu'à un certain niveau de sérénité tu pourrais affirmer tes > dettes sans coller l'étiquette - mais ça peut attendre la discussion avec un > éditeur > > Pense qu'on est réellement sans souffle, avec des phrases très brèves qui > laissent peu de place pour mémoriser le chemin narratif - tout ce qui n'est > pas strictement nécessaire peut être balayé, inversement tu pourrais dégager > un peu de place pour nous aider à mémoriser, rassembler, synthétiser: il > suffirait de très peu, par petits endroits, pour nous aider dans le texte à > ce travail, juste peut-être un léger miroitement à trouver. Question de > respir. > > Attention aussi au principe d'identité: on se projette forcément dans le > narrateur - bien sûr il est un personnage, mais moins tu le définiras, mieux > le livre prendra de la force - c'est "l'homme sans qualités" de Musil, c'est > le Bartleby de Melville, ou le K de Kafka - on a assez besoin de toute notre > attention pour tenir dans le texte - d'où ma réticence quand tu en fais un > obèse, les histoires de fesses etc: c'est complaisant. > > Tu es toujours border line dans le jeu entre réalisme naturaliste, la > morgue, le descriptif, et l'espace de la fable - on a l'impression que le > texte marche avec un pied qui déborde d'un côté, le pied suivant qui déborde > de l'autre, alors que c'est cette frontière qui devrait être le tableau > lui-même - c'est dans ce jeu, ou l'enfant pourrait s'appeler "l'enfant" et > pas Emile qu'une ligne un tout petit peu plus abstraite pourrait être > trouvée, qui dégagerait le livre de toi--même. Une hauteur avec de l'énigme, > et pas besoin de tout dire. 21.3.04
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