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20.3.04
Samedi 20 marsRendez-vous était pris donc à la porte de Saint-Cloud, chez l'un d'entre nous, et nous sommes tous arrivés, tous toujours très contents de se voir. S'il fallait se choisir une famille, ce serait sans doute celle-là. Bonheur de voir sur les étagères de Dominique Mon année dans la Baie de Personne de Peter Handke, ce livre dont José et moi avions eu plaisir de voir que nous étions des lecteurs rares et heureux de se trouver, mais aussi les oeuvres de Coltrane période Atlantic Dominique de dire et quand j'en écoute un je suis obligée de les écouter tous, Dominique moi c'est pareil et encore le catalogue de l'exposition des dessins de Cy Twombly à Beaubourg. A remue.net nous avons nos divergences, mais nous sommes toujours drôlement contents de nous voir les uns les autres. 19.3.04
![]() Vendredi 19 mars Rendez-vous le matin à l'école, pour une équipe pédagogique. Sont présents la directrice de l'école, l'institutrice, la psychologue scolaire, le médecin scolaire et l'inspecteur d'académie et puis nous, Anne et moi. La directrice a fait un café pour tout le monde. L'inspecteur est arrivé en retard, il s'en excuse. La psychologue scolaire porte un pull aux couleurs vives. Le médecin porte des faux ongles aux pouces mais pas aux autres doigts qu'elle ronge. Toutes ces personnes sont d'apparente bonne volonté, nous faisons un tour de table et chacun évoque les difficultés de Nathan à l'école. Régulièrement, on nous demande ce que nous en pensons. Les remarques sont souvent justes, elles sont la plupart du temps mesurées et toutes s'efforcent de décrire Nathan avec retenue et de lui laisser un peu de cet espace vital pour progresser. Je me sens très reconnaissant de toutes ces personnes qui se donnent visiblement tant de mal pour l'aider. Et puis il faut remplir quelques papiers administratifs, des pré-imprimés de l'Education Nationale, des tableaux à deux entrées. Et alors c'est comme si tout ce qui venait d'être dit se détruit de soi-même tant chacun travaille désormais à faire tenir cette situation dans les différentes cases de ce tableau. La nausée de sentir le poids de la société, même bien intentionnée, peser pour la première fois sur notre enfant. J'ai tout juste le temps de me rendre à mon rendez-vous. J'arrive essoufflé. La compassion donc. Le premier exemple qui me vienne en tête, cette hospitalisation pour une hernie un an après celle de Nathan. Pourquoi? J'ai toujours fait cela. Pourquoi? Je suis jaloux de la réelle douleur des autres, de leur souffrance avérée parce que j'ai le sentiment qu'elle est véridique, il y a dans leur existence en peine une dimension aventureuse qui n'appartient pas à mon existence qui est morne et sans relief. J'ai été jaloux de Patrick et d'Isa qui sont morts d'overdose, leur vie était plus aventureuse que la mienne, qui était raisonnable. J'ai longtemps comblé cette déficience en racontant des histoires, des fables. Et puis ma vie s'est à son tour meublée, je n'ai plus eu le même besoin de raconter des histoires. Je me suis inventé une vie héroïque. Celle d'un artiste. Mais j'ai toujours été un artiste raisonnable et les plus grands ne sont pas raisonnables, ils souffrent. Alors j'ai inventé la compassion, j'ai souffert avec. Mais pourquoi voulais-je absolument être le héros de cette existence? Le héros c'est celui qui survit c'est celui qui sur-existe. Ce désir de survie, de sur-existence, je ne vois qu'une simple explication à sa force. Toujours la même raison, la même raison en toutes choses, le retour en France à l'âge de deux ans et demi. Ma mère débordée par les circonstances. L'enfant est oublié, il devait piquer de monstrueuses colères pour se donner une chance de rappeler à son existence. Mais n'est-ce pas un peu facile comme explication? Parce que c'est toujours la même. Quand j'avais décidé de reprendre le chemin de l'analyse j'avais été aidé en cela par cette parole d'Elyane qui me disait que certes la première analyse m'avait conduit au noyau, mais qu'une deuxième analyse m'y conduirait aussi mais me donnerait à voir les lieux sous un jour et un éclairage différents. Il me semble pourtant que je bute constamment sur cette seule et même explication, que j'en désire une autre, que j'en voudrais d'autres encore. Pourquoi ce désir de complexité? L'après-midi, nous visitons avec Alain et Céline le musée Picasso à l'ancien Hôtel salé. Une journée durant laquelle on passe devant des tableaux de Picasso n'est pas une journée ordinaire. 18.3.04
Jeudi 18 marsRencontre avec Alain et Céline et plaisir de cette franche camaraderie acquise sur internet. Alain et Céline sont venus avec sous le bras un petit carton qui contient quelques exemplaires de la Bonobo Revue, c'est toujours pour une grande fierté de voir mon nom, Philippe De Jonckheere, imprimé. Ici il l'est aux côtés de celui de Céline qui a réalisé ces maginifiques dessins, je ne sais par quelle magie d'ailleurs elle est parvenue à dessiner ce qui jusqu'à présent n'était qu'un rêve. C'est aussi un sentiment étrange que de relire ce texte que je n'avais pas relu depuis des années et qui tient en lui des impressions qui seraient tout à fait enfouies si je ne les avais pas prises en notes. Je me souviens m'être réveillé dans la chambre d'enfant de mon petit cousin Nico, à Quiestède, je me souviens avoir souri au papier peint jaune avec de nombreux tintins dont je n'ai eu aucune peine à dire dans quel album ils figuraient. Je me souviens qu'il faisait beau, que j'étais arrivé la veille au soir de Calais. Et que je suis reparti dans la matinée pour rejoindre Paris, je me souviens que je me suis acheté mon premier livre de Haïkus ce jour-là, les traductions de Philippe Jacottet. Je me souviens que j'ai rejoint Pascal et Florence le soir pour un concert exceptionnel de l'Art Ensemble of Chicago. Qu'il y avait une première partie épouvantable, c'était à la Courneuve, dans le cadre du Festival Banlieues bleues et que nous avons dévoré Pascal Florence et moi, le livre d'Haïkus, sans écouter du tout la musique de cette première partie épouvantable. Je me souviens que le soir je suis allé dormir chez Françoise dans son appartement de la rue Pasteur. Je me souviens que le lendemain j'avais rendez-vous avec Anne à la place des Vosges et que nous nous sommes embrassés pour la première fois. Et que j'ai ri de ce rêve prémonitoire en quelque sorte, que la femme funambule, c'était Anne après tout. Deux jours plus tard je reprenais le bateau, cette fois du Havre, et c'est pendant la traversée que j'ai écrit le Le rêve de la femme funambule. Je me souviens que j'ai retrouvé ce texte en faisant du rangement à Puiseux, que je l'ai relu et que je l'ai naturellement augmenté du récit du rêve que j'avais fait le matin même, un rêve dans lequel le secrétaire de mairie de Puiseux-en-Bray défigurait Madeleine avec un couteau rouillé. Dessin Céline Guichard. 17.3.04
![]() Mercredi 17 mars Pendant les séances d'analyse je m'efforce presque de m'absenter, et laisser la parole dévider ce qu'elle a à m'apprendre. Ces moments sont étranges tant je ne saurais dire qui parle. Et quand enfin je réalise que je suis en train de m'endormir, dans ce même mouvement que celui de se réveiller en sursaut tandis que l'on s'assoupit, je m'étonne de ce que je viens de dire. Aujourd'hui je suis allé chez Léa, la psychologue de Nathan, parce que nous sentons bien, Anne et moi, que nous portons ce qui justement est trop lourd pour Nathan. Et voici ce dont je me suis rappelé. A l'âge de sept mois, Nathan a du subir une intenvetion chirurgicale de réduction d'hernie inguinale. Cette intervention s'est très mal passée. Et Nathan qui était un bébé paisible et rieur est devenu un bébé inquiet. Je me souviens que je me suis aperçu que Nathan avait cette grosse boule au pubis en changeant sa couche. Je me souviens que j'ai tout de suite su que c'était une hernie. Je me souviens que j'ai tout de suite pensé que mon frère Alain avait été opéré d'une hernie à l'aine également à l'âge de deux ou trois ans, hernie causée par ses pleurs interminables et intenses. Je me souviens que j'avais été très jaloux de mon frère Alain qui était opéré de cette hernie parce qu'il vivait là une aventure. Je me souviens qu'assez peu de temps après, j'ai été hospitalisé pour une appendicite et je garde un très bon souvenir de cette aventure. Je ne serais pas surpris d'apprendre que cette crise d'appendicite avait été provoquée par ma jalousie. Et uniquement par elle. Je me souviens qu'un an après l'intervention chirurgicale de Nathan j'ai du, moi aussi, subir la même intervention pour une hernie inguinale. L'impression de se réveiller. 16.3.04
![]() Mardi 16 mars 2003 Nous arrivons tout juste à l'heure ce qui veut dire que nous n'avons pas le temps de prendre un café en face. Nathan est visiblement très content de venir et crie Léa! dans l'escalier, il est accueilli par elle sur le pas de la porte; il s'installe immédiatement à son petit pupitre et nous prenons tout de suite congé. Nous allons prendre un café en face, le monsieur est toujours aussi gentil. Puis nous allons faire un tour dans la librairie érotique un peu plus haut. Ni Anne ni moi ne semblons y trouver grand chose qui nous intéresse. Il est l'heure de revenir chercher Nathan, qui est occupé une fois de plus à un assemblage à l'équilibre incertain. Léa nous assure que ce fut une bonne séance et qu'ils ont, Nathan et elle, notamment joué avec une moto miniature qu'ils se sont passée et repassée. J'ironise en disant que je pensais que Nathan et Léa étaient là pour travailler et non pour jouer. Nous prenons rendez-vous pour la semaine suivante. Nathan ne veut pas partir et fait une scène assez terrible, je suis obligé de le prendre de force pour le faire sortir du cabinet. En sortant, je laisse Anne repartir pour Fontenay avec Nathan en voiture et je prends le métro à la station Père-Lachaise. Je dois me rendre à ma banque, la même depuis 1987 en dépit du fait que j'ai entre-temps vécu à Chicago, à Portsmouth, à Puiseux et dans différents quartiers de Paris, j'ai toujours eu ma banque là où j'avais ouvert un compte du temps où je vivais rue Monsieur le Prince.En sortant de la banque d'ailleurs je vais voir cette cour dans laquelle je vivais du temps où j'étais étudiant aux Arts Décos. Ce n'était pas exactement chez moi, mais c'était malgré tout là que je me trouvais le plus souvent. Il s'agissait d'un assez grand atelier en duplex qui avait été autrefois l'atelier d'un touche à tout assez génial, André Vigneau, mais sans doute trop touche-à-tout pour exceller dans quel que domaine que ce soit. L'atelier avait ensuite été occupé par un ancien assistant d'André Vigneau qui était incidemment le père de D., ma petite amie. L'atelier n'avait pas beaucoup changé depuis qu'il avait été celui d'André Vigneau et une pièce qui n'avait pas changé du tout était le labo photo, et notamment son antique agrandisseur, mais qui protégé par les soins jaloux et fétichistes du père de D., n'avait pas pris une ride. Dans mes boîtes j'ai encore de très nombreuses photographies qui ont été tirées sur cet agrandisseur. D'ailleurs il était aussi assez difficile de faire fonctionner cet agrandisseur en journée parce que sa colonne était fixée à un mur qui était mitoyen d'avec un atelier d'imprimerie et dont les vibrations des rotatives rendaient très difficile le tirage. C'est amusant parce que l'un des tout premiers assistants d'André Vigneau s'appelait Robert Doisneau, je ne me souviens plus très bien des circonstances exactes de l'embauche de Doisneau par André Vigneau mais ce dont je me souviens c'est que Robert Doisneau a toujours considéré qu'il avait appris la photographie chez André Vigneau. Et aux débuts des années 90, j'ai une fois rencontré Robert Doisneau à un vernissage d'une exposition rétrospective de Salgado je suis assez étonné que j'ai pu me trouver à cette exposition, qui plus est à son vernissage, parce que décidément voilà un photographe que je compare volontiers à un charognard et dont la vision esthétisante totalitaire m'a toujours donné des hauts de coeur je croisai donc Robert Doisneau à ce vernissage et me souvenant qu'il avait commencé son apprentissage de photographe dans l'atelier de la rue monsieur le Prince, je me suis présenté à lui en lui disant que j'avais eu l'occasion de faire mes armes dans l'ancien labo-photo d'André Vigneau rue Monsieur le Prince, de nombreuses année après son apprentissage à lui. Cette révélation agit comme un véritable laisser-passer et j'ai discuté un petit quart d'heure avec Robert Doisneau, dont la première question fut de savoir si l'atelier d'imprimerie à côté faisait toujours trembler les murs du labo-photo. Et j'ai vu Robert Doisneau faire quelque chose de très cocasse, s'étant aperçu du coin de l'oeil que le ministre de la Culture de l'époque, Jacques Toubon, attendait le bon moment pour lui serrer la main, Robert Doisneau faisait tout son possible pour animer encore plus notre conversation espérant que Toubon se lasserait et irait voir ailleurs, mais à vrai dire je crois que dans l'esprit de Robert doisneau il était plus urgent de prendre des nouvelles de cet endroit que de recevoir les salutations du Ministre de la Culture. Plus bas dans la rue Monsieur Prince je suis aussi aller faire un pèlerinage plus triste. Je me souviens de Malik Oussekine. Malik Oussekine est mort au tout début de décembre 1986. Malik Oussekine était étudiant et à ce titre manifestait dans les rues contre les avatars de la loi Devaquet-Monory. Malik Oussekine était diabétique. Malik Oussekine a été tué par des policiers en uniformes à coups de matraque. Les policiers agissaient en binômes, à deux donc, sur une moto, l'un conduisait la moto sur les trottoirs tandis que le second assis derrière matraquait les étudiants en fuite. Il y a eu une poursuite dans la rue Monsieur le Prince. Malik Oussekine, poursuivi, s'est d'abord arrêté devant le 22 de la rue Monsieur le Prince, mais le gardien n'a pas voulu lui donner le code pour qu'il se réfugie. Malik Oussekine a continué de fuir les motards matraqueurs qui l'ont cependant rattrapé après la rue Racine à la hauteur du numéro 24 et c'est là qui lui ont donné un coup de matraque tel qu'il en est mort. Le lendemain le Ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua à l'époque, en 1986 donc, il était affublé d'un Ministre de la Sécurité, un homme tout aussi peu recommandable, Robert Pandreau avait déclaré que s'il avait eu un fils diabétique de cet âge il ne l'aurait pas laissé sortir le soir, par ailleurs il qualifiait toute cette jeunesse comme atteinte de sida mental.. Quelques jours plus tard il y eut une grande manifestation d'étudiants, un long cortège qui partit de Denfert Rochereau jusqu'à la Nation, en tête de cortège étaient les étudiants des Arts Décos et une vingtaine d'entre nous ouvraient la marche de cette façon, un de nous se couchait parterre et deux autres peignaient autour de lui la silhouette de ce corps tombé à terre, nous étions six ou sept groupes de trois. Celui qui était à terre se relevait courrait une quinzaine de mètres plus loin puis tombait de nouveau, suivi par les deux autres étudiants qui de nouveau peignaient cette silhouette à terre. Nous étions arrivés à Nation épuisés, j'ai eu de nombreuses courbatures le lendemain à force de tomber et de me relever, parce que oui, j'étais un des étudiants qui tombaient et se relevaient. Le soir même aux informations télévisées ma mère a manqué d'avoir un malaise parce qu'elle m'a vu tomber par terre et être entouré de ma silhouette de peinture blanche, comme on le fait sur les scènes de crime. Quelques jours plus tard, la loi Devaquet avait été retirée, il y eut également une procession au 24 rue Monsieur le Prince, en voisin, je suis sorti pour faire des photos, je me suis juché sur un transformateur pour faire quelques clichés vus de haut. Le transformateur est toujours là et je me suis fait la réflexion que j'avais du devenir un homme considérablement plus vieux, et plus gros, parce que j'aurais bien du mal aujourd'hui à me hisser sur le haut de ce transformateur. Et en passant la main sur le haut, j'ai trouvé un livre. Ce livre est un polar intitulé Dans l'intérêt des familles, et il a été laissé là volontairement par quelqu'un qui fait du Book Crossing. En prenant le métro je commence à lire les premières pages de ce livre dont je sais que je ne le lirai jamais, Je n'aime pas les romans policiers. ![]() J'ai rendez-vous au théâtre du rond-Point où mon ami François anime un atelier d'écriture. François a distribué à ses stagiaires une nouvelle de Borgès intitulée le Livre de Sable et la consigne est la suivante écrire à propos des livres magiques. Le livre de sable Et si je décrivais moi aussi les livres qui furent magiques. Ce gros livre folio tenait tout juste dans les poches-pantalon de mon treillis kaki, et pourtant durant toutes mes classes, au service militaire, il a rarement quitté cette poche. Il y logeait. Le premier temps mort venu et je l'ouvrais, les courants d'air hivernaux de la Beauce laissaient leur place à l'Afrique, les marches au pas étaient remplacées par la désobéissance systématique du héros. J'étais libre quand je le lisais, malheureux quand il fallait le refermer et le ranger, il rentrait tout juste, dans la poche de droite. Un jour il a pris l'eau, en séchant il a gonflé et je n'ai plus pu le renager dans cette poche. J'ai fini de le lire le soir même. Ce livre aussi, que j'ai lu, la journée durant, en faisant autre chose, toute une journée au travail, montant et démontant des cassettes de lecteurs magnétiques, le livre à la main, rangeant les cassettes le livre à la main, croisant mon chef qui m'aurait bien fait poser mon livre, marchant jusqu'au métro livre à la main, arrivant à la maison le livre à la main, dans l'ascenceur, le livre à la main, panne de courant. J'ai fini de lire ce livre, briquet à la main, incrédule que ce roman s'achève lui aussi dans une panne d'électricité. Ce livre là est une machine à remonter le temps. Ce n'est pas un livre de science-fiction. Cela se passe à la fin des années soixante-dix, dans une usine. Ce livre je l'ai pris avec moi, piaffant au plaisir de le lire dans le train. Quittant la gare de Lyon, les heurts du train s'ébranlant furent soulignés par le chaos mécanique des phrases montées à l'envers. Je n'ai pas beaucoup levé le nez du livre entre Paris et Clermont, si, une fois, et j'ai aperçu des animaux curieux, une autruche et un buffle, et je n'ai compris que quelques centaines de mètres plus loin que nous longions un zoo. Je suis monté machinalement dans le vieux train à Clermont, le train est allé de plus en plus lentement, longeant la vallée de l'Allier. J'ai fini de lire le livre à la Bastide Saint Laurent les Bains deux minutes d'arrêt correspondance pour Mende sur le même quai. Nous étions à la fin des années soixante-dix, les gares cévennoles n'avaient pas changé, elles étaient telles que dans le souvenir de l'enfance, telles qu'elles sont chaque année. Je suis arrivé à Villefort dans la lumière de fin de jour d'été, Anne tenait la toute petite Madeleine dans ses bras. Comment était-ce possible?, Madeleine est née en 1999. Ce train s'appele le Cévennol, son service de nuit n'existe plus, bientôt ce sera la ligne qui sera supprimée, comme sans doute l'usine, dont sortait le livre, n'existe plus, petit objet fabriqué sur un coin d'établi avec des chutes. ![]() 15.3.04
![]() Lundi 15 mars 2004 L'après-midi passé en compagnie de Jacky Chriqui avec qui je travaille sur la version électronique de Libre comme le plomb. Deux Extraits de Libre comme le plomb D'ordinaire la beauté s'étale dans les magazines, sur les panneaux des villes ou bien encore dans les musées. Elle se compile en fragments et par de savants meccanos offre l'illusion de la perfection. Il y a cinq ans de cela, à Lyon, avec Jacky nous rencontrions Charles Juliet, un entretien dont nous sommes sortis épuisés de l'exigence de ce dialogue, et heureux aussi. Photographie Jacky Chriqui (en noir et blanc), les deux autres images ont été prises chez Jacky. 14.3.04
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![]() Dimanche 14 mars 2004 Noisy-le-Grand, 14/03/2004, des journées comme celle-là, n'en rien dire, n'en rien retenir, et se dire que c'est plutôt une bonne chose, cet oubli. Si, peut-être, le sentiment, plus fort que tout, de vivre cloisonné.
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