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28.2.04
Samedi 28 février Réveillé stupéfait par ce rêve pénible. Je rêve d'apprendre que j'ai toujours eu une soeur aînée dont je n'ai jamais connu l'existence. Mon père a eu cette soeur d'un lit précédent et ne nous en a jamais parlé. Cette soeur plus âgée que moi de trois ans est en fait une correspondante du site. Une femme terrible, folle, dans le rêve, elle est psychotique, c'est le mot du rêve. Il y a quelques temps j'ai eu beaucoup de mal à me défaire de la relation épistolaire que nous avions nouée. Elle me disait être ma soeur, celle que j'aurais toujours aimé avoir, cette pensée me dégoûtait et je la mettais volontiers sur le compte de sa folie, je lui signifiais par tous les moyens que je refusais de la croire et que je ne désirais plus recevoir ses mails. Mais en fait c'est vrai c'est avéré, elle peut enfin me le prouver, d'ailleurs mon père avoue. Cette femme m'impose désormais des étreintes fraternelles que tout mon être refuse. Mais je n'ai plus le droit de la fuir. Et la preuve qu'elle m'apporte est terrifiante. Elle est psychotique comme mon frère, elle dit notre frère ce qui me révulse, comme si je pouvais partager la fraternité de mon petit Allonzo avec cette mégère, c'est la preuve ultime ce sont nos gênes communs, ceux de la schizophrénie. Je me réveille en pleurs, je descends dans l'escalier sombre, dans le salon sans lumière. Je pleure et m'habille dans le noir. Toute la journée au travail ce rêve m'habite. Parfois je ne sais pas comment je fais, continuer de travailler avec de pareilles pensées en tête! Je n'aime pas les périodes d'analyse aussi pour cela, pour ces rêves qui me font tellement mal, et peur. 27.2.04
Vendredi 27 février La honte, ce dont j'ai honte est ce qui m'anéantit, ce qui se tient en barrage entre moi et ce que je voudrais être. Honte de quoi d'ailleurs? J'ai honte qu'à l'âge de deux ans et demi, je n'ai pas pu sauver mon père de ce malaise et de la maladie qui a suivi. Ou était-ce que j'avais honte que mon père soit malade? J'ai eu honte en classe de maternelle, nous apprenions qu'il existait des arbres, les séquoias géants de Californie arbres que je suis allé voir en Californie en compagnie de mes parents en 1988 tandis que j'habitais depuis peu à Chicago, idéalement il faudrait que je retrouve les photographies que j'avais faites de l'un de ces grands arbres à terre, mais c'est encore trop le désordre dans la garage pour cela qui étaient aussi hauts que plusieurs hommes mis bout à bout. L'institutice nous avait demandé de rapporter sur un morceau de papier inscrite la taille de notre père. L'institutrice a alors reporté ces longueurs sur un ruban de listing et a donné à chaque enfant le bout de listing qui représentait son père. J'ai eu honte d'avoir le ruban de listing le plus court, le plus petit papa de la classe. J'ai eu honte qu'un jour mon père me surprenne en train de reculer devant trois enfants qui en avaient après moi, et quand je lui expliquai qu'ils étaient tous les toris plus forts et plus grands que moi, il me dit que la taille n'avait aucune importance, ce qui comptait c'était la volonté de ne pas se faire avoir. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de le voir, lui, mettre cela en pratique, chaque fois très impressionné. J'ai eu honte tant de fois pendant l'adolescence de la taille réduite de ma verge en comparaison de celles de mes camarades de classe dont la puberté avait un train d'avance sur la mienne. J'ai eu honte tant de fois de mes origines bourgeoises qui étaient la contradiction la plus vile de ma volonté d'engagement politique. Longtemps j'ai eu honte de ne pas être digne de mon père, ne pas avoir réussi là où lui aurait aimé me voir. J'ai encore honte aujourd'hui de ne pas avoir la moindre reconnaissance pour mon travail, parce qu'à vrai dire, ce serait la seule reconnaissance qui pourrait lui dire la valeur de ce que je fais si elle existe; je me souviens de la fierté de mes parents le jour de la remise des prix à la société des Gens de Lettres, je me souviens aussi de notre joie aussi le jour où mon frère Alain avait remporté un prix dans un médiocre salon de peinture, Les nouveaux impresionnistes à la Garenne Colombes, si je me souviens bien. Ces instants de honte sont affûtés tels des aiguillons qui ne s'émoussent que très lentement. Parce que des années plus tard, ces piques me blessent encore, certaines un peu moins fort cependant avec les années, mais il faut parfois pas loin de vingt ans que la pointe ne me blesse plus du tout. Mais la honte suprème, je crois, c'est encore celle de ne pas être certain du lien qui unit avec le père. Cette transmission est trop morcellée. Ce ne sont que des vignettes éparpillées que je peine toujours à rassembler à ceux qui auraient remarqué cette propension à la dispersion dans mon travail et dans la façon dont j'écris, l'explication est peut-être là, l'habitude prise très jeune de devoir coller les morceaux pour que le puzzle finisse par représenter une image interprétable. Je n'ai aucune raison de douter de l'amour entre ces deux hommes, mais nous ne saurons peut-être jamais nous dire qui nous sommes l'un à l'autre. Et je sais, aussi, je finis par le comprendre, que lorsque j'écris ce que j'appele mes je me souviens cette recollection permanente de ce qui va s'écoulant je ne fais rien d'autre que de prémunir contre cela vis à vis des enfants. Ne pas devenir une énigme indéchiffrable. J'ai déjà écrit, ailleurs, à propos de la honte. Ce dont j'ai honte. Il y a quelques instants brefs du passé qui dès que je pense à eux me font rougir sans raison. Ce sont ces moments de honte absolue qui sont le plus arrogant déni de l'expression populaire qui veuille qu'un moment de honte est vite passé. Parce que ce qui me stupéfait le plus c'est de voir à quel point mon souvenir de ces moments aussi lointains soient ils, ce souvenir donc est d'une implaccable précision. Je me souviens qu'enfant je faisais des colères terribles qui avaient le don de retourner les adultes et notamment ma mère. Conseils pris auprès d'un médecin, il fallait que je fasse un sport qui me pousserait à la concentration et le sport auquel il fut pensé fut le judo. Je n'ai pas fait de judo très longtemps. Un soir, ma mère m'a accompagné au judo et tandis que je gagnais les vestiaires pour passer mon kimono, je vis dans l'entrebaillement de la porte sur le dojo deux judokas qui combattaient, l'un d'eux brandissant un sabre immense dans la lame luisait et fendait l'air. J'étais terrorisé, parce que je crus imédiatement que tel était le programme de notre scéance du jour. Je fuis dans les toilettes dans lesquelles je me suis enfermé pendant toute l'heure de la scéance. Et quand ma mère revint me chercher, je pris place imédiatement à l'arrière de la voiture et dans le même souffle je lui annonçais que je ne voulais plus jamais retourner au judo. Et ce qui me stupéfait aujourd'hui quand je repense à cette scène, c'est qu'elle ne chercha jamais à comprendre pourquoi. J'ai honte d'avoir été lâche et de m'être réfugié dans des toilettes. Je me souviens d'un dimanche après midi, je crois que mon père m'avait plus ou moins promis de m'aider à faire je ne sais plus quoi, l'installation de je ne sais plus quoi dans ma chambre, et qu'il passa tout son dimanche à poser de la moquette dans le salon avec son ami voisin. J'aimais d'ailleurs beaucoup cet homme qui me le rendait bien, il avait une jeune fille du même âge que moi dont j'étais très amoureux. Je voyais le temps de cet après midi à la fois filer vers son terme, c'est à dire que la promesse du père ne serait pas tenue et à la fois le temps ne voulait pas passer parce que je ne parvenais pas à le meubler de quoi que ce soit dans l'attente de cette promesse qui promettait de n'être pas tenue. Je suis retourné dans ma chambre et je me suis masturbé et ce dont je me souviens c'est que je n'avais pris aucune précaution pour ne pas être surpris. Et puis une fois soulagé, je suis retourné dans le salon duquel je fus houspillé sans comprendre pourquoi. Je suis retourné dans ma chambre pour m'apercevoir que mon tshirt avait encore des taches de sperme. J'attrape, des sueurs froides en repensant à ce dimanche après-midi et comme on ne me parla jamais de cet incident, je n'ai jamais su si mon père ou son ami avaient ou non remarqué ces tâches de sperme sur mon tshirt ou si je m'étais juste fait houspiller parce que j'étais dans leurs pattes. Je me souviens d'avoir une fois ostensiblement uriné au milieu d'une pelouse que je pensais déserte et une fois que je me suis rebraguetté, je me suis aperçu que tout un groupe de types de ma classe était en fait caché dans un sous-bois en face de moi et ma réputation de petite bite fut faite dans tout le collège. Je me souviens de cette semaine terrible, tandis que tu étais enceinte et que nous attendions ton avortement, un soir tu m'as harcellé de reproches dont je ne doute pas qu'ils fussent tous fondés et comme je ne savais plus comment arrêter ce torrent de répirmandes, j'ai fini par exploser:" mais écoute à la fin c'est ton putain de problème!", tout d'un coup le silence s'est fait autour de nous deux, tu as pleuré, j'ai voulu m'excuser mais l'écho de cette parole ignoble résonnait dans toute la pièce, il m'arrive encore de l'entendre. Je repense souvent à ces quatre instants de ma vie, ils sont comme figés et en y repensant toujours j'ai honte. Je suis un lâche. Un branleur. Une petite bite. Et un salaud. C'est pas la gloire. 25.2.04
Mercredi 25 février Je suis allé voir le dernier film de Wim Wenders, The soul of a man, à la fois épaté parce que ce dont Wenders est parfois capable cette grâce qui s'attarde sur un documentaire retrouvé à propos d'un bluesman oublié JB Lenoir et ses conditions de réalisation inattendues et très amateur, et puis aussi très agacé par l'inévitable faute de goût à la Wenders, qui dans le cas présent saborde son film tout à fait à sa fin. Pour ceux qui sont vu ce film, la montée au ciel des trois légendes du blues. Electrisé pourtant, comme toujours, par la voix de Martin Luther King prononçant sont discours devant le mémorial de Lincoln à Washington. Mardi 24 février Je ne sais pas comment font les autres, à vrai je m'en moque un peu, mais je crois tout de même que je dois manquer de méthode. Ainsi, j'ai toujours écrit mes romans, Veuvage est le quatrième, de la façon suivante. J'écris toute la trame ou presque, disons tout le récit, sans trop me préoccuper ni du style ni de la forme, bien sûr si une tournure heureuse me vient à l'esprit, je le note telle qu'elle me vient sous la main, et puis j'imprime ce premier jet, que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, imprimé que j'anote copieusement entre les lignes et dans les marges, je reporte toutes les corrections dans le fichier de traitement de texte que j'imprime une fois corrigé, vous l'aurez compris en lisant entre les lignes, je relis mon manuscrit tapuscrit pour être exact une dizaine de fois, chaque fois en le biffant abondamment, en changeant un mot pour un autre, cas le plus fréquent ou en ajoutant un signe de ponctuation pour sauver in extremis mon lecteur de l'asphyxie, mais aussi en chamboulant la construction d'une phrase, en général en la rendant directe alors que je l'avais écrite sous le mode indirect, cette phrase je l'avais écrite de façon indirecte ou cette phrase avait été écrite sur le mode indirect par moi ou encore cette phrase indirecte écrite par moi deviennent j'avais écrit cette phrase sur le mode indirect, je l'écris désormais sur le mode direct, et d'autres fois encore c'est une digression ou un pan entier que j'ajoute au récit, et j'écris ce rajout dans la marge. Au bout de dix relectures qui vont davantage dans le sens de l'augmentation que dans celui de la réduction ou de la suppression, le récit devient méconnaissable et n'offre plus qu'une ressemblance très lointaine d'avec le premier jet. Et je finis par me rendre compte qu'en fait je ne fais qu'écrire dans les marges. Ce qui donne ceci, à peu près Avant corrections (septième étape) ... mais vraiment était-ce le moment de nourrir de pareilles intrigues ?; et de me dire ; qu'après tout ; je n'étais peut-être pas si fou ; si différent d'autres hommes ; qui rêvent de perdre leur femme dans un accident de voiture ; les uns pour s'en débarrasser tout simplement ; d'autres parce qu'ils pourraient enfin convoler vers d'autres amours déjà entamées pour certaines ; ou naissantes au contraire pour les autres ; quelques uns de ces veufs ; somme toute heureux ; se casseraient le nez auprès de cette autre femme illicitement désirée et seraient alors étranglés par des regrets in-consolables ; non qu'ils avaient été coupables de quoi que ce soit dans la mort de leur femme ; mais se l'étant pareillement imaginée ; de devoir se rendre compte qu'enfin cette femme pour laquelle ils nourrissaient une passion souterraine resterait muette à leurs avances rendues enfin possibles par cette disparition sou-daine de leur femme ; je me fis même la réflexion surprenante que sans doute mon ami Jérôme n'était pas indemne de pensées aussi coupables ; qu'il pensait fréquemment au décès de sa femme Sylvie des suites d'un cancer douloureux ; qu'il avait toujours vécu en enfer dans son couple avec Sylvie ; et que cela faisait au contraire très longtemps qu'il rêvait secrètement de vivre avec elle ; elle qui venait de mourir dans un accident de voiture ; pire ; cette rêverie morbide de Jérôme allait plus loin encore ; car lui ne se contentait pas d'appeler de ses voeux la mort de Sylvie des suites d'un cancer foudroyant ; Jérôme souhaitait aussi ma mort à moi ; pour la mienne il aurait souvent pensé à une crise cardiaque ; ce dont je lui étais presque gré ; une fin cassante et non ; lente et douloureuse ; Sylvie et moi morts ; elle et lui se seraient finalement rapprochés et auraient vécu ensemble le reste de leurs jours ; follement épris l'un de l'autre ; ils auraient d'ailleurs très bien élevé les enfants ; Zoé et Émile auraient finalement pris le pli d'appeler Jérôme Papa ; et auraient considéré les enfants de Jérôme et Sylvie comme leurs frère et soeurs ; mais non ; je ne m'étais pas trompé ; c'eut été bien davantage Suzanne qui aurait plu à Jérôme ; cela me décevait beaucoup de Jérôme de lui préférer Suzanne ; c'était trop facile ; trop commun ; et c'était pour Suzanne qu'il aurait souhaité subrepticement de perdre Sylvie des suites d'un cancer incurable et c'eut été exactement à cela que Jérôme aurait pensé ; quand je lui aurais appris que je sortais depuis peu avec Suzanne ; il se serait dit que je l'avais en quelque sorte coiffé au poteau ; que sa mort à elle m'avait ouvert à moi le chemin d'une liaison avec Suzanne pour laquelle il était douloureusement amoureux ; en revanche ; comme dans les contes ; Sylvie qui venait de monter se coucher avait effectivement contracté un terrible cancer du pancréas dont elle serait morte très peu de temps plus tard ; la vie est décidément mal faite ; et puis non ; dans son malheur il aurait eu beaucoup de chance ; certes j'avais eu une liaison tant jalousée par lui avec Suzanne tandis que Sylvie serait effectivement morte de ce cancer qui l'avait fauchée sans pitié ; mais ; pour tout dire ; les senti-ments entre Suzanne et moi auraient rapidement viré à l'aigre ; Suzanne m'aurait reproché mon indifférence et mon manque de compassion à l'égard de Sylvie à qui il aurait resté si peu à vivre, tout autant m'aurait-elle reproché de ne pas épauler mon ami Jé-rôme dans la détresse ; c'était surtout cela dont elle me tenait grief parce qu'à vrai dire Suzanne ne portait pas Sylvie dans son coeur ; j'aurais été trop absorbé par mon propre deuil pour donner un peu du soutien moral dont mon ami Jérôme aurait tant eu besoin ; du moins le croyait-elle ; ne sachant pas que Jérôme avait appelé de ses voeux la mort de Sylvie qui d'une part mettait fin à cet enfer domestique dans lequel Jérôme et Sylvie vivaient ; mais aussi lui rendait une liberté qui lui donnait d'envisager de coucher avec d'autres femmes et il aurait été d'autant plus assoiffé de la mort de Sylvie s'il avait su qu'en définitive Suzanne nourrirait justement à son endroit des sentiments qui ne seraient plus exclusivement faits de compassion ; à croire ; décidément que Suzanne avait un goût réel pour les jeunes veufs ; et que précisément dans ses bonnes oeuvres auprès de Jérôme ; elle serait tombée amoureuse de lui ; sans doute pareillement touchée qu'elle le fût par moi dans de comparables circonstances ; à cette différence que leur histoire ; celle de Jérôme et de Suzanne aurait commencé tandis que Sylvie était encore en vie ; Suzanne ne m'avait pas encore quitté quand elle coucha pour la première fois avec Jérôme ; et c'est le matin même qui avait suivi cette coucherie qu'elle m'annonça qu'elle avait décidé de mettre fin à cette relation qui était la notre et dont il fallait convenir qu'elle fût surtout insatisfaisante ; je n'aurais d'ailleurs pas fait remarquer à Suzanne toute l'inélégance de coucher de la sorte avec Jérôme ; non parce qu'il fût mon ami ; mais parce que Sylvie n'était pas ; pas encore ; morte ; sans doute j'accueillais avec soulagement que cette relation sans joie prenne fin ; qui plus est ; qu'elle prenne fin d'un fait qui ne fût pas le mien ; mais non sans mon gré ; pis ; cette infâmie avait commencé tandis que Sylvie aurait séjourné à l'hôpital ; et qu'elle fût mou-rante ; Jérôme n'avait décidément aucun sens moral ; Suzanne non plus d'ailleurs ; Jérôme n'avait aucun coeur ; ayant dans un premier temps secrètement souhaité la mort de Sylvie dans d'atroces souffrances ; il s'impatientait désormais à voix haute presque que son agonie s'éternisât ; comme un fait exprès ; j'avais été là ; seul avec Sylvie ; dans sa chambre d'hôpital le jour de sa fin ; lui tenant la main tandis qu'elle aurait lâché la rampe ; j'aurais pris sur moi d'appeler Jérôme pour le prévenir du décès de Sylvie ; de sa femme ; je tombai sur Suzanne ; Après corrections (huitième étape) ... mais vraiment était-ce le moment de nourrir de pareilles intri-gues ?; et de me dire ; qu'après tout ; je n'étais peut-être pas si fou ; si différent d'autres hommes ; qui rêvent de perdre leur femme dans un accident de voiture ; les uns pour s'en débarrasser tout simplement ; d'autres parce qu'ils pourraient enfin convoler vers d'autres amours déjà entamées pour certaines ; ou naissantes au contraire pour les autres ; quelques uns de ces veufs ; somme toute heureux ; se casseraient le nez auprès de cette autre femme illici-tement désirée et seraient alors étranglés par des regrets inconso-lables ; non qu'ils eussent pu être tenus pour coupables de quoi que ce soit dans la mort de leur femme ; mais se l'étant pareille-ment imaginée ; de devoir se rendre compte qu'enfin cette femme pour laquelle ils nourrissaient une passion souterraine resterait muette à leurs avances rendues enfin possibles par cette dispari-tion soudaine de leur femme ; cet insuccès aurait été non seule-ment pénible mais terriblement culpabilisant ; on ne badine pas avec de tels desseins ; s'il faut en passer par le décès du conjoint autant que cela en vaille la peine ; or si c'est l'échec l'accablement redouble ; on se dit tout ça pour ça !; sans compter que cette femme pour laquelle nous nous nourrissions tant d'espoirs et de désir en se dérobant à nous ; ne vient pas combler le vide de cette place tragiquement laissée vacante et de s'apercevoir, trop tard ; que cette présence qui nous gênait tant ; qui nous encombrait ; qui jouait sur nos nerfs en toutes choses ; et qui ajoutait au quotidien une pesanteur dont nous n'avions plus ; croyait-on ; la force ; cette chaleur ; même seulement tiède ; en devenant une absence crée un vide ; non ; décidément je ne recommande à personne de se laisser envahir par d'aussi scabreux projets ; et pourtant je me fis la ré-flexion surprenante que mon ami Jérôme était peut-être la proie de pensées aussi coupables ; qu'il songeait fréquemment au décès de sa femme ; Sylvie ; des suites d'un cancer douloureux ; qu'il avait toujours vécu en enfer dans son couple avec Sylvie ; et que cela faisait au contraire très longtemps qu'il rêvait secrètement de vi-vre avec elle ; elle qui venait de mourir dans un accident de voi-ture ; pire ; cette rêverie morbide de Jérôme dépassait de beaucoup ces bornes-là ; car lui ne se contentait pas d'appeler de ses voeux la mort de Sylvie des suites donc ; d'une tumeur foudroyante ; Jé-rôme souhaitait aussi ma mort à moi ; pour la mienne il aurait souvent pensé à une crise cardiaque ; ce dont je lui étais presque gré ; une fin cassante et non ; lente et douloureuse ; Sylvie et moi morts ; elle et lui se seraient finalement serrés l'un contre l'autre ; les circonstances aidant, fréquentant les mêmes endroits ; mor-gues ; cimetières et crématoriums ; le charme des lieux agissant avec magie ; les aurait rapprochés ; que dis-je ?; jetés dans les bras l'un de l'autres ; ils auraient vécu ensemble le reste de leurs jours ; follement épris l'un de l'autre ; ils auraient d'ailleurs très bien élevé les enfants ; Zoé et Émile auraient finalement pris le pli d'appeler Jérôme Papa ; et auraient considéré les enfants de Jé-rôme et Sylvie comme leurs frère et soeurs ; mais non ; je ne m'étais pas trompé ; c'eut été bien davantage Suzanne qui aurait plu à Jérôme ; cela me décevait beaucoup de Jérôme de lui pré-férer Suzanne ; c'était trop facile ; trop commun ; et c'était pour Suzanne qu'il aurait souhaité subrepticement de perdre Sylvie des suites d'un cancer incurable ; ce qui après tout m'épargnait ; je n'étais pas perdant en somme dans ce cas de figure ; et c'eut été exactement à cela que Jérôme aurait pensé ; quand je lui aurais appris que je sortais depuis peu avec Suzanne ; il se serait dit que je l'avais en quelque sorte coiffé au poteau ; que sa mort à elle m'avait ouvert à moi le chemin d'une liaison avec Suzanne pour laquelle il était douloureusement amoureux ; en revanche ; comme dans les contes ; Sylvie qui venait de monter se coucher avait effectivement contracté un terrible cancer du pancréas dont elle serait morte très peu de temps plus tard ; la vie est décidément mal faite ; et puis non ; dans son malheur il aurait eu beaucoup de chance ; certes j'aurais eu une liaison tant jalousée par lui avec Suzanne tandis que Sylvie serait effectivement morte de ce cancer qui l'avait fauchée sans pitié ; mais ; pour tout dire ; les senti-ments entre Suzanne et moi auraient rapidement viré à l'aigre ; Suzanne m'aurait reproché mon indifférence et mon manque de compassion à l'égard de Sylvie à qui il aurait resté si peu à vivre, tout autant m'aurait-elle reproché de ne pas épauler mon ami Jé-rôme dans la détresse ; c'était surtout cela dont elle me tenait grief parce qu'à vrai dire Suzanne ne portait pas Sylvie dans son coeur ; j'aurais été trop absorbé par mon propre deuil pour donner un peu du soutien moral dont mon ami Jérôme aurait tant eu besoin ; du moins le croyait-elle ; ne sachant pas que Jérôme avait appelé de ses voeux la mort de Sylvie qui d'une part mettait fin à cet enfer domestique dans lequel Jérôme et Sylvie vivaient ; mais aussi lui rendait une liberté qui lui donnait d'envisager de coucher avec d'autres femmes et il aurait été d'autant plus assoiffé de la mort de Sylvie s'il avait su qu'en définitive Suzanne nourrirait justement à son endroit des sentiments qui ne seraient plus exclusivement faits de compassion ; à croire ; décidément ; que Suzanne avait une prédilection appuyée pour les jeunes veufs ; et que précisément dans ses bonnes oeuvres auprès de Jérôme ; elle serait tombée amoureuse de lui ; sans doute pareillement touchée qu'elle le fût par moi dans de comparables circonstances ; à cette différence que leur histoire ; celle de Jérôme et de Suzanne aurait commencé tandis que Sylvie était encore en vie ; Suzanne ne m'aurait pas encore quitté quand elle aurait couché pour la première fois avec Jérôme ; et c'eut été le matin même qui aurait suivi cette coucherie qu'elle m'annoncerait qu'elle aurait décidé de mettre fin à cette relation qui était la notre et dont il était pénible d'admettre qu'elle fût surtout insatisfaisante et décevante ; je n'aurais d'ailleurs pas fait remarquer à Suzanne toute l'inélégance de coucher de la sorte avec Jérôme ; non parce qu'il fût mon ami ; mais parce que Sylvie n'aurait pas été ; pas encore ; morte ; sans doute j'accueillerais avec soulagement que cette relation sans joie prenne fin ; qui plus est ; qu'elle se conclût d'un fait qui ne fût pas le mien ; mais non sans mon gré ; pis ; cette infamie aurait commencé tandis que Sylvie aurait séjourné à l'hôpital ; et qu'elle fût mourante ; Jérôme n'avait décidément aucun sens moral ; Suzanne non plus d'ailleurs ; non ; Jérôme n'avait aucun coeur ; ayant dans un pre-mier temps secrètement souhaité la mort de Sylvie dans d'atroces souffrances ; il s'impatientait désormais ; à voix haute presque ; que son agonie s'éternisât ; comme un fait exprès ; j'aurais été là ; seul aux côtés de Sylvie ; dans sa chambre d'hôpital le jour de sa fin ; lui tenant la main tandis qu'elle aurait lâché la rampe ; j'aurais pris sur moi d'appeler Jérôme pour le prévenir du décès de Sylvie ; de sa femme ; je serais tombé sur Suzanne ; Sachant que cet extrait n'est entré dans le récit qu'à la troisème ou quatrième mouture du récit, et que je vois en l'anotant aujourd'hui comment il pourrait peut-être encore être augmenté ici et là. 24.2.04
Lundi 23 février Et si vous me demandez ce que je peux bien avoir en tête, à quoi tu penses?, me demande-t-on souvent sans que j'y apporte de réponses très précises, il faut bien le reconnaître je répondrais sans doute que ma tête est en fait pleine à craquer, qu'elle peine effectivement à contenir tout ce qu'elle porte, et que tant de commodités techniques sont peut-être nocives pour moi. Un appareil-photo numérique tel que le mien, que je peux relier si facilement à un ordinateur portable qui devient avec son logiciel de retouche photo, tel un laboratoire portatif, un tel outillage, donc, parfois, me donne le vertige. Toutes proportions mal gardées, je me demande ce que les peintres impressionnsistes, notamment eux, ont du ressentir lorsqu'il leur fût enfin possible d'emporter avec eux de quoi peindre en extérieur, la peinture en tube venant d'être inventée, tout comme il m'est arrivé une fois de décharger le contenu de la carte-mémoire dans l'ordinateur portable, sur le siège passager de ma voiture arrêtée sur une aire d'autoroute tout en buvant un insipide café dans un gobelet en plastic blanc fragile. Je me dis que je ne suis pas de taille, que mon cerveau est en fait trop lent, qu'il ne parvient pas du tout à suivre ces accélérations brutales qui rendent tout ceci réalisable, atteignable. Une fois encore je me fais l'impression d'un papillon de nuit léthalement attiré par la lueur d'une ampoule électrique en été. Mon prochain roman, je commence à l'écrire en le construisant directement avec le programme qui me sert à éditer les pages du site. Le précédent, je l'ai entièrement écrit directement dans le traitement de texte. Je me souviens de la première fois que je me suis intéressé à internet. J'avais lu dans un journal imprimé sur du papier, je ne lis presque plus de tels journaux, à chaque vacance j'ai le sentiment de les redécouvrir qu'il était possible de télécharger je n'étais pas bien sûr de ce que recouvrait ce terme un livre par ailleurs interdit à la vente en France, il s'agissait du Grand secret (230k, fichier en .pdf) du Professeur Gubler, le livre à propos de la santé défaillante de Mitterand, deux septennats durant. C'était en 1996. Huit ans. A la fois à des années lumière d'aujourd'hui, à la fois hier. Ma main est de plus en plus mahabile pour tenir correctement un stylo et écrire lisiblement, à vrai dire la lisbilité a disparu depuis quelques temps déjà. Encore huit ans et je serais très étonné d'être encore capable d'écrire quoi que ce soit. que se passera-t-il alors un soir de coupure électrique si les mots sont là? 22.2.04
Dimanche 22 févrierEn partant pour le travail, en montant le coteau et en redescendant vers Val de Fontenay, l'odeur tenace, la fumée grise partout et soudain sur la gauche l'étonnante vision entre deux immeubles, d'une tour haute d'une quizaine d'étages dont les premiers d'entre eux recrachaient une fumée anthracite. Pourtant rien de la circulation alentour ne disait la panique ou l'inhabituel. Arrivé à un rond-point, je vois une voiture de police et je m'arrête, dites messieurs vous savez qu'il y a un immeuble en feu de l'autre côté?, oui ils viennent de l'apprendre. Et de fait, j'ai enfin entendu les sirènes stridentes des camions de pompiers qui fendaient la circulation calme comme molle. J'ai à peine vu la fumée épaisse entre les deux immeubles qui me l'ont aussitôt masquée à nouveau tandis que je conduisais. Est-ce parce que c'était là une vision fugace?, mais cette colonne de fumée sombre qui remontait tout le long de cet immeuble d'une quinzaine d'étages, ou était-ce encore la tranquillité insouciante de cet fin d'après-midi de dimanche? j'ai ressenti très intensément la brutalité de cet incendie, qu'il fût accidentel ou malveillant, ce dont j'ignore tout. Sans doute que je sais aussi que cette cité est mal considérée des habitants des quartiers avoisinants, qu'elle a cette réputation de violence et que les faits divers y sont fréquents. La pensée aussi que des personnes aient pu être prisonnières de cette fumée opaque. Et que c'était là un dimanche après-midi, qu'à l'allure nonchallante des passants on ne pouvait s'y tromper. Je n'aime pas le dimanche, je n'ai jamais aimé le dimanche. Le lendemain matin en revenant du travail, l'incendie et sa pensée préoccupante ne m'avaient pas laissé en paix. Dans le quartier désert et géant dans lequel tous les immeubles ont été bâtis suivant les mêmes plans j'ai eu de la difficulté à retrouver celui d'entre eux qui avait brûlé. Les quelques lumières aux fenêtres des habitants les plus mâtinaux ne m'ont pas rassuré. Samedi 21 février
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