Le Bloc-notes en cachette |
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30.1.04
Vendredi 30 janvier Revenir sans cesse à ce qui fut fondateur, le savoir, mais pas toujours le comprendre. Lorsque j'avais deux ans et demi, mes parents et moi vivions à Abidjan en Côte d'Ivoire. Nous étions installés depuis trois mois lorsque le téléphone sonna à la maison. Ma mére répondit, c'était du bureau de mon père qu'on appelait, on disait que mon père venait d'avoir un malaise, qu'il fallait absolument que ma mère vienne, qu'on espérait même qu'il ne serait pas trop tard. Il ne fut pas trop tard. Mais tout de même, hospitalisation du père, retour en Métropole de toute urgence et ma mère et moi de repartir très vite également. A notre retour de Côte d'Ivoire, nous avons vécu boulevard Morland dans l'appartement de mon arrière grand-mère qui vivait là en compagnie de sa fille Marie-Thérèse que tous appelons Tati. Trois mois plus tard, ma mère accouchait de mon frère Alain. Mon père n'était guère vaillant, ma mère débordée par les crises de pleurs de mon frère, bébé apparemment très angoissé qui sans doute avait mal vécu, lui aussi, notre retour précipité d'Afrique. Tati s'occupait beaucoup de moi. Elle-même, ce sont ses mots, souffrait d'une dépression nerveuse. Puis nous avons déménagé à Saint-Maur-des-fossés, nous étions chez nous, mais je me souviens qu'il fallait sans cesse faire attention de ne pas faire de bruit quand mon père dormait. Je me souviens de la chambre sombre de mes parents, de jour comme de nuit. Lorsque je suis retourné en 1988 en Côté d'Ivoire, j'avais été très surpris de la familiarité des odeurs et des goûts. Cette odeur humide et chaude, de poussière rouge mouillée, j'avais le net sentiment que mes poumons l'avaient déjà connue. Je retrouvais aussi le goût de cette semoule que je n'avais plus jamais goûtée depuis la toute petite enfance. Au retour de ce voyage, dans l'avion qui me ramenait à Paris, j'ai eu une sorte de malaise inexpliqué, j'étais très opressé, j'avais des difficultés pour respirer et je ne pouvais tout d'un coup plus parler. On m'allongea, deux médecins qui étaient dans l'avion se penchèrent sur mon cas. Je repris connaissance. Ca allait mieux. Je pus même suivre le film projeté dans l'avions dans l'après-midi, Au revoir les enfants de Louis Malle. Deux ou trois jours plus tard, j'avais consulté plusieurs médecins et aucun n'avaient la mooindre idée de l'origine de ce malaise inexpliqué. Je ne me souviens plus du cheminement qui m'amena à parler de ce malaise à ma psychanalyste cinq ans plus tard, mais elle vit juste et ne tarda pas à tracer un parallèle entre ce malaise et le retour précipité d'Afrique en 1967. Mieux elle comprit aussi que ma grand-tante Marie-Thérèse, Tati, avait sinon joué un rôle important pour moi, du moins avait-elle été le témoin privilégié de ce qui avait été un traumatisme à l'époque. Et je vois bien encore comment parlant à nouveau de ces faits enfouis, ma gorge se serre. Avant d'entammer cette nouvelle analyse, j'avais demandé conseil à Elyane, je lui avais dit qu'il me semblait être allé au bout du chemin analytique une première fois et que je me demandais bien ce que je pourrais trouver d'autre au cours d'une deuxième analyse. Elyane avait parlé d'un éclairage différent sur la même scène, et cette image très parlante avait achevé de me convaincre de cette nécessité. 29.1.04
Jeudi 29 janvier 2004 En fait rien de tout ceci n'est très simple. Rien qui ne gagne à être écrit. Cette parole libérée et incrédule d'Anne qui dit ne pas parvenir à m'en vouloir, le sentiment alors de toucher à des sentiments qui nous dépassent. Je flotte pareillement très incertain de ma course, aidé et appaisé en ce sens que je sais désormais où se trouve mon phare. Ne pas perdre non plus de vue que je n'ai pas seulement blessé Anne, j'ai blessé une jeune femme, et j'ai blessé mes amis. D'une certaine façon je trouve tout un chacun beaucoup trop clément à mon égard. Depuis quelques jours, je suis littéralement terrassé par des accès de fatigue qui me recouvrent entièrement, je m'effondre de sommeil au milieu de l'après-midi. En parler demain. 27.1.04
![]() Mardi 27 janvier 2004 Elle est bien chargée la journée du mardi qui nous voit Anne et moi chez la thérapeute de couple tenter de dire en quelques mots, ceux que l'on peut contenir dans un peu plus d'une heure, ce qui a bien pu nous conduire, là où nous avons finalement échoué, étranges rivages, inconnus de nous, mais desquels nous semblons reprendre la mer, ensemble, regaillardis et comme aguerris. Et puis l'après-midi, c'est au tour de Nathan de se rendre à sa séance chez la psychologue. Nous avons beaucoup d'avance, ce qu'Anne avait comploté apparemment puisqu'elle m'engage dans un vaste tour de courses génériques dans un supermarché aux prix très bas. Je n'aime pas ces supermarchés qui me rappelent ces périodes financièrement difficiles que nous avons traversées tandis que nous vivions à Puiseux et que nous faisions alors le plein de provisions systématiquement au rabais, mais pour ce prix-là nous avions surtout dans nos assiette des aliments de peu de goût et l'expertise dont Anne et moi faisions pruve pour tenter d'accomoder ces aliments faibles ne rattrapait pas toujours cette absence de goût dans ces aliments pauvres. Anne remplit tout de même deux chariots de ces aliments bon marché. Et puis après avoir payé, pendant que je fais des aller-retours vers le coffre de la voiture pour la lester de tous ces produits économiques, se laisse inviter dans une conversation sans intérêt par une femme qui n'a visiblement rien d'autre à faire que de complimenter les mamans à la sortie du supermarché à propos de la bonne mine de leur enfant, Nathan plus rêveur que jamais, et il a quel âge? Anne finit par quitter cette conversation quand toutes les provisions sont enfin dans le coffre de la voiture. Je lui fais remarquer assez séchement qu'elle arrive après la fête. Et je lui dis par aileurs que je n'aime pas le gens qui aiment les enfants des autres. Il nous reste encore un peu de temps pour aller prendre un café avant de traverser la rue et emmener Nathan à sa séance. Le patron du café est vraiment gentil qui a bien reconnu Nathan depuis le temps et qui nous est désormais toujours très accueillant. Je fais une photographie de Nathan et une paire d'images d'Anne. Nous traversons la rue, déposons Nathan et prenons congé, il ne lève même pas la tête pour notre départ, il s'est précipité sur une marionnette en bois de Pinocchio et joue avec beaucoup d'entrain. Congé nous est donné pour 25 minutes cette fois. Nous sortons et allons faire un tour à la librairie érotique un peu plus haut dans la même rue. Anne me dit de façon pas très discrète qu'elle est la seule femme dans la boutique et qu'elle n'aime pas ce genre d'endroits justement pour cela. En sortant, je me dis que de fureter dans cette librairie est un plaisir absolument solitaire. Mais je ne saurais pas dire pourquoi cela doit l'être. Anne a acheté subrepticement un livre d'Haïkus érotiques dont la maquette est superbe, et les quelques haïkus que je saisis brièvement m'ont l'air très beaux. Je remarque cependant que cette manière d'anthologie contient pourtant de nombvreux spécimens de cette sorte d'haïkus pour lesquels j'ai le plus grand mépris, des haïkus américains. Et puis cela me rappele nos récents déboires avec Barbara Crane. Une femme nous harcellait pour nous demander des droits d'auteur pour un tout petit haïku, que personnellement je trouvais exécrable, mais Barbara avait absolument tenu à l'insérer. Quand je pense qu'on ne me dit rien pour la Tentative d'épuisement de Tentative d'épuisement d'un lieu parisien de Georges Perec et que cette femme hystétique vient nous demander des droits pour trois lignes douces comme un châle de grand-mère. Nous avons le temps de reprendre un café. Quand nous remontons chercher Nathan, nous apercevons qu'il a fait tenir tout un bric-à-brac de jouets et d'objets sur la petite table qui lui est destinée. Léa nous assure que ses progrès sont patents. Elle nous dit aussi que son institutrice lui a fait bon effet, avec qui elle discuté longuement au téléphone. C'est tout un cirque pour convaincre Nathan qu'il faut repartir et quitter Léa. L'après-midi, je vais voir un épouvantable mélo au cinéma Loin du pardis de Todd Haynes. Me suis sérieusement barbé, pour tromper l'ennui, j'ai fait quelques photographies de l'immense écran. Et ne parvenant pas toujours à prendre ceux des sous-titres qui me plaisaient le plus j'ai pensé que, somme toute, rien ne m'empêchait de fabriquer mes propres sous-titres a posteriori sous Photoshop. Cette pensée plaisante m'a tenu en éveil tout le reste du film, j'ai tout de même regretté de ne pas l'avoir eue plus tôt dans la séance. Pour plus tard. ![]() 26.1.04
25.1.04
![]() Dimanche 25 janvier Dormir toute la journée, prendre quelques photographies de la fenêtre de la chambre et dormir à nouveau, dormir tout le jour et quand le jour décline, j'ouvre un oeil sur Madeleine très précautionneuse, qui m'apporte un thé brûlant qu'elle tient dans ses petites mains. Le souvenir de son sourire gentil m'acompagne toute la nuit au travail.
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