Le Bloc-notes en cachette |
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10.1.04
Samedi 10 janvier Nathan n'a pas voulu aller se coucher et tandis que je prenais quelques notes à propos du concert de Ryôan-Ji, lui faisait courir Rhinocéros et autres pachydermes sur la table de travail à mes côtés. Rencontrer le père de Gisèle, cet homme fondamentalement bon. Je voudrais être sûr que je serais capable de la même tendresse pour Madeleine que Maurice a pour Gisèle, la tendresse d'un père pour sa grande fille, plus tard, quand j'aurais l'âge de Maurice. 9.1.04
Vendredi 9 janvier 2004 ![]() ![]() L'amie sûre, celle à qui je peux tout dire. Le petit Adam a le regard doux de son père. Après les câlins d'Adam Nathan se jettant dans mes bras à la sortie de l'école pèse une tonne. Mais c'est une tonne d'amour. 8.1.04
7.1.04
Quelques notes prises ces derniers jours.L'impossibilité de continuer. Le manque crucial de désir à parler de certaines choses, ne pas vouloir s'étendre sur les difficultés qu'Anne et moi traversons. Ne pas vouloir conter par le menu cette première scéance chez la thérapeute de couple. Pas davantage non plus le déail de cette analyse que je commence la semaine prochaine. Et pourtant en d'autres temps, je me demande si je ne l'aurais pas fait, ne serait-ce que pour le plaisir de décrire l'épouvantable papier peint du cabinet de la thérapeute, la goût pareillement exécrable de son polo, ou encore cette gentillesse douce qui donne tout de même le sentiment d'être factice, comme un encouragement à la confession. Et cette petite bibilothèque prête-à-monter qui tenait sur un seul rayonnage tout, ou presque, de ce que Freud avait pu écrire, les tranches des couvertures brunes caratéristiques. Ne pas l'écrire et déjà regretter de ne pas le faire. Mais à vrai dire les forces manquent. Se dire aussi que de ne plus tenir le bloc-notes à jour c'est aussi faire le deuil de ces petites anotations de faits minuscules. A Nation, dans la station de RER, je suis assis à côté d'une jeune homme chinois. Il prend des notes dans un petit calepin. Il écrit à tout allure des caractères très serrés, c'est assez maginifique et je suis rivé à ses signes et cette rapidité avec laquelle il les trace. Et puis il s'aperçoit que je l'observe et il est visiblement gêné, j'essaye de lui faire comprendre par quelques gestes embarassés que je ne comprends pas un traitre mot de ce qu'il écrit. Mais désormais, il a changé de position pour continuer à prendre ses notes. Que peut-il bien écrire?, son journal?, son bloc-notes? Aurais-je pu, sans le savoir, être assis aux côtés d'un collègue chinois? Et je vois bien comme en d'autres temps une telle rencontre, aussi infime soit-elle, m'aurait, en quelque sorte, poussé à écrire quelques pages sur les incompréhensions potentielles de ce voisinage fortuit. Mais à vrai dire non, je ne peux pas. Je ne peux pas tout écrire. Je suis arrivé à ce point où sentir votre regard par dessus mes épaules me gêne de trop. En cela je suis comme le jeune homme chinois, qui ne se doute pas que peut-être ce qui est écrit là est du chinois pour le plus grand nombre, mais ce qu'il écrit est tellement personnel, tellement au coeur de lui-même, impossible de ne pas se sentir nu au milieu de la foule. Se dire aussi que l'on pourrait trouver des moyens de tricher. Par exemple. Ne plus écrire. Mais faire des photographies. Les photographies sont parfois de puissantes synecdotes, c'est à dire des images d'une partie pour le tout, mais se dire aussi que dans ce qui n'est pas cadré, puisse se tenir ce qu' on préférerait tenir tu de tous. Essayer, bien que ce soit tricher. Essayer pour voir. Ne pas s'interdire d'écrire quelques mots, une légende presque. Oui, c'est cela après tout nul ne m'empêche d'écrire, même pas la pudeur, ne puis-je d'une certaine façon écrire, qu'à propos de ce qui nous est commun à vous et moi et garder le reste hors du cadre. Tentative. Photographie d'Abelardo Morell, difficile de décrire ce qui est en jeu ici. La pièce toute entière, ici, une chambre d'hôtel est transformée en camera obscura, un petit trou de sténopée est cependant ménagé qui projette, la tête en bas, la vue de la fenêtre de cette chambre, le tout est photographié ensuite, se fondent à la fois le dedans et le dehors, comme dans un rêve. Regardant ces photographies d'Abelardo Morell, je me suis souvent tenu cette pensée rétrospective d'où pouvait bien se trouvait l'appareil-photo qui prenait cette photographie sans que son ombre cache une partie de l'image sur le mur, et de réaliser, chaque fois, qu'il suffisait d'être juste à côté du trou d'épingle en anglais un sténopée se dit pinhole, trou d'épingle pour rester hors du cadre. Et c'est un peu cela que je voudrais faire désormais, rester en dehors du cadre. Le temps que cela passe. 6.1.04
Mardi 6 janvier 2004 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Parfois les médecins me dégoûtent, tout à la fois saouls de l'imagerie médicale dont ils disposent désormais et de plus en plus incapables de parler à leur patient, de leur dire, en soutenant leur regard, que les choses ne vont pas nécessairement au mieux. Si vous n'avez besoin de rien, appelez-les. 4.1.04
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