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29.11.03
Samedi 29 novembreJe me bats encore un peu contre la fièvre. Anne emmène les enfants dans Paris pour que je puisse faire une sieste avant de prendre le travail de nuit. Je m'endors d'un coup, allongé sur le dos et me réveille dans la pénombre qui a gagné la chambre. Tout mon corps est ankylosé d'être resté pareillement immobile presque trois heures durant. Allongé comme cela sur le dos, immobile, les mains sur le ventre, et me réveillant allongé sur le dos les mais sur le ventre, je me suis fait l'effet d'un gisant qui se réveillait dans un caveau. Et le soir en arrivant au travail pour l'équipe de nuit, je me suis fait l'effet d'un vampire qui entamait sa journée. Il parait que pour un gisant, je ronflais fort. Illustration extraite du Dico de Céline Guichard Echange de mails plus tard dans la soirée: Chers amisVoici le nouveau logo de l'ANPE, voir aussi cet article Comme vous le savez je ne sais pas dessiner, enfin quand je dessine, mes rats ressemblent à des chats et mes zizis à des dirigeables allemands peints en rose. En revanche je peux peut-être soumettre aux deux grands talents du Portillon ces deux idées à partir de ce nouveau logo de l'ANPE. Idée pour Laurent qui est très compétent en matière de dessin de bondage. Le logo sert au bondage d'un chômeur qui de fait est pris entre les deux masses du logo pour être dûment écrasé comme un citron. Idée pour Céline qui est très compétente en matière de sandwich Sellières mange avec appétit un big mac au chomeur Vous pouvez aussi trouver que ces idées sont pas très bonnes, j'ai en ce moment 40 de fièvre, je pédale dans le coton à vrai dire. Amicalement Phil Philippe De Jonckheere Email: desordre@desordre.net Site: http://www.desordre.net Visitez aussi le site de l'association l'Entre-tenir à Saint-Dizier http://entretenir.free.fr. De même le site de la photographe Barbara Crane http://www.barbaracrane.net Chers tous, En attendant les prochaines nouveautés artistiques (sans doute pas avant Janvier à moins de contacts inattendus d'ici là) un petit peu de jogging satirique : tandis que Céline Guichard et Philippe De Jonckheere se défoulent sur le Portillon (http://www.leportillon.com/article.php3?id_article=563), j'y suis all de ma pagette dans notre Terrier ici : http://www.atol.fr/lldemars2/polis/anpe/ Évidemment, si vous avez des idées sur le sujet, n'hésitez pas à m'en faire part, L.L.d.M. Céline et Alain ont écrit : > Étonnant comme cette bichro peut faire déjà ringarde ! Oui, c'est plutôt marrant, la première fois qu'on voit cette merdasse on croirait voir un logo des années 70 pour une collection genre "Présence du futur". Mais bon, on comprend bien le caractère urgent de faire un logo pour l'ANPE... > Ça nous fait environ 2400 smic le logo, non ? je sais pas, il est à combien le smic horaire aujourd'hui? (j'ai ici 6,67 euros pour 2002) > Un quart de microseconde pour l'idée allez, soyons sympa, disons un quart d'heure (pour tous les logos que j'ai conçus, c'est le temps qu'a dû me coûter l'idée) et 2 minutes de réalisation par un > graphiste particulièrement mauvais et lymphatique. Disons environ deux heures pour que les petites ellipsouilles soient à peu près en vis-à-vis, dont une heure passée à faire varier les couleurs en se disant «Mouaif, plutôt ça, non, tiens, plutôt bleu. Finalement on va revenir au vert» Soit deux heures et quart pour le boulot, arrondissons à trois heures pour être sympa. Soit huit cent milles euros de l'heure. Soit 119 940 fois le smic. L.L.d.M. ![]() Dessin de Céline Guichard 28.11.03
![]() Ce soir, dans cet appartement, des amis. Et quel bonheur de sentir la chaleur et l'estime de tous, les uns me parlent de qu'ils visitent dans le site et à ce qu'ils disent je vois avec quelle attention ils me lisent. Il est si facile de manquer de cette chaleur-là. Et ce soir de rencontrer Hervé Chesnais. Réunion de remue.net, Paris rue d'Alésia, vendredi 28 novembre 2003. ![]() Jeudi 27 novembre 2003 Nous sommes allés avec Nathan pour la première fois chez la psychologue. Curieuse impression tout de même que d'être fier d'être là, de tenir Nathan par la main, et lui de venir apparemment en toute confiance. Dans l'escalier il me dit qu'il va dire à la dame, il ne dit pas quoi, mais en la matière il montre qu'il a bien compris ce que nous venons faire. Nous sommes en avance. Léa, la psychologue, parce que nous arrêterons de l'appeler "la dame", nous demande d'attendre un petit moment, le temps pour elle de passer quelques coups de téléphone. Nous sommes dans a pièce principale, celle sui sert de salle d'attente mais aussi de terrain de jeu et d'exploration pour les enfants. Et de fait Nathan explore mais ne veut pas comprendre que la porte du cabinet à proprement dit reste close. Léa sort vite de son cabinet et dit qu'elle comprend bien que Nathan est pressé de voir ce qu'il est venu faire ici. Elle se présente, Nathan n'est pas très attentif, il a entrepris de visiter aussi le cabinet. Léa réagit calmement et commente avec Nathan ses découvertes. Nathan se met en tête d'ouvrir absolument la fenêtre ce qui ne lui est pas permis ni par Léa ni par moi. Son insistance est habituellement opiniâtre. Je fais remarquer à Léa que nous sommes ici dans une situation typique et qui a été parfaitement décrite par Anne-Pauline: Nathan est en train de nous apprendre à être patient avec lui, et j'explique que si nous parvenons à rester calme nous serons certainement récompensés par de la tendresse ou un obéissance soudaine. C'est de fait ce qui se produit, Nathan abandonne son idée d'ouvrir absolument la fenêtre et vient me faire un câlin. Nous passons dans l'autre pièce; Léa donne quelques livres à Nathan, ce sont des livres de Petit ours brun que Nathan commente en tournant les pages très rapidement. Puis Nathan va s'asseoir à la petite table comme le lui demande Léa et commence un dessin. Je suis un peu en retrait, conscient que le premier but à atteindre est de faire en sorte que Nathan puisse être lâché tout seul avec Léa. Léa est à ses côtés, Nathan utilise tous les feutres qui sont à sa disposition, toutes les couleurs, les recapuchonne tous et les range en respectant bien les trois tas pour les trois sortes de feutres disponibles. Comme je fais remarquer à Léa que les choses ont l'air de très bien se passer et que je pourrais aussi bien ne pas être là, elle me dit que nous essaierons de faire cela lors de la prochaine séance. D'ailleurs Léa demande à Nathan s'il est d'accord pour revenir, ce à quoi Nathan opine de façon décisive en disant un "ouais" sonore. Nous continuons de formuler de quoi sera faite la prochaine séance. Je dis à Léa ma difficulté à parler à propos de Nathan devant Nathan parce que je suis certain qu'il comprend très bien de quoi il retourne. D'ailleurs je lui dis que Nathan s'est trouvé un nouveau surnom pour lui même: Monsieur comprend. Léa évoque la question de la tendresse dont Nathan est capable et parle de faire des câlins, ce à quoi Nathan répond en se levant en courant vers moi, pour m'embrasser, retourne s'asseoir et déclare très vocalement qu'il m'aime, je lui rend ces paroles aimables. Nous prenons rendez-vous pour le mardi de la semaine prochaine, je règle la séance et me trompe, je donne trente-cinq euros et non quarante-cinq euros à Léa ce qui crée un peu de confusion. Rien de grave je devrais encore cinq euros de plus à la séance suivante, je n'avais pas pris assez d'argent avec moi cette fois. 26.11.03
mercredi 26 novembreL'impression de bien faire. J'ai appelé un brocanteur qui avait laissé sa carte la semaine dernière dans notre boîte aux lettres. Je lui ai dit que j'avais à lui céder une commode style Napoléon et une table dont je n'avais aucune idée du style. C'était un marché de dupes et je n'ai rien fait pour lutter contre. Le brocanteur a d'abord dit tout le mal qu'il pouvait de mes deux meubles. La table est branlante, il a tout de même convenu qu'un démontage rapide et réassemblage avec de la colle fraîche la rendrait stable. La commode a les deux flancs fendus, son marbre n'est pas d'origine et je n'ai plus les clefs des serrures. Les tiroirs ont de fait été forcés, un peu de l'acajou du placage a sauté et ces réparations des bords des tiroirs sont sommaires. Il m'en donne 600 euros, je lui dis que ce n'est pas assez, j'arrive à le faire grimper très rapidement à 1000 euros pour les deux, c'est du vol, sans doute, à vrai dire je ne sais pas et je m'en moque bien. Le marché est conclu, je ne lui dis pas que je ne suis pas dupe, qu'il revendra tout cela le double très facilement. Il me demande sans manquer de courtoisie d'où viennent ces deux meubles qui visiblement ne sont pas dans le goût du reste, parlant de chez nous. Je lui réponds que j'ai hérité de ces deux meubles de mon grand-père et que c'est pour cette raison que je ne veux plus les voir chez moi, qu'en quelque sorte, il me rend un grand service en m'en débarassant. Le brocanteur me demande si je n'aimais pas ses meubles, je lui réponds que les meubles me sont indifférents. C'est mon grand-père que je n'aimais pas. J'ai appris tardivement l'antisémitisme de mon grand-père, je ne veux plus rien avoir à faire avec lui. Nous avons chargé les meubles dans la fourgonnette du brocanteur. La porte coulissante latérale s'est refermée, je ne reverrais plus ces meubles, ce dont je suis tout à fait soulagé. Je suis descendu refermer la porte du garage, j'ai accueilli avec plaisir la vue du vide dans le garage, pas seulement parce que c'était un peu de bordel qui se résorbait dans cette pièce qui sera bientôt la pièce de travail. C'était comme si la maison était redevenue saine. 25.11.03
Mardi 25 novembreLes coïncidences. Ce qui est voisin dans le temps. Hier soir, la tête pleine de cette enfance saccagée par la barbarie nazie. Depuis deux jours, je suis en train de lire le livre d'Art Spiegelman que m'a offert Anne-Pauline, livre qui retrace les années de collaboration d'Art Spiegelman avec le magazine The New Yorker, livre écrit par son auteur à sa propre gloire, il faut bien l'avouer. Ce qui est assez fâcheux d'ailleurs c'est de voir à quel point Spiegelman a l'air de mesurer l'à-propos de ses illustrations en fonction du nombre de courriers courroucés que recevait son hebdomadaire. Avec une préface très convenue de Paul Auster, on a le sentiment que tout ceci ne sort pas de son vase clos et déconnecté du reste des Etats-Unis dans lequel survivent les intellectuels américains et plus particulièrement de ceux de New York. Dans cette manière de rétrospective pourtant une illustration sort du lot, celle à propos du film de Roberto Begnini La vie est belle, on y voit un déporté, trés affaibli, tenir l'Oscar qui avait courronné le film La vie est belle, la légende de cette illustration prête ces paroles au déporté: "Je voudrais remercier tous ceux sans qui ce film n'aurait pas été possible". Et le soir même La vie est belle est programmé à la télévision. Comme beaucoup j'ai vu ce film à sa sortie en salles en 1998 et j'étais très mitigé, je faisais plutôt partie du clan des sceptiques, pas certain que l'humour de Roberto Begnini que je goûte habituellement beaucoup notamment dans Down by law de Jim Jarmush soit dans son bon droit et ne péche d'être outrancier. A la lecture du livre de Spiegelman, je me suis dit qu'il faudrait sans doute que je revois ce film, je l'ai donc regardé à la télévision. Mes doutes ne sont plus des doutes: on ne peut pas faire un tel film, et planter son décor en pleine Shoah. On ne peut pas. Oh!, ce n'est pas pire qu'une grosse production holywoodienne sur le même sujet, et qui concoctera un récit très romancé sur fond de réalisme un réalisme hollywoodien, je ne veux pas parler ici du réalisme d'Allemagne année zéro de Roberto Rosselini à propos de ce dont il importe surtout de maintenir les faits dans leur intégrité. C'est précisément parce que cette recherche des faits est sans cesse menacée par notre part de puérilité, cette partie de nous qui ne veut pas et ne peut pas, comme les enfants, endosser sa part de responsabilité, qu'on ne peut à aucun moment courir le risque de déformer ce qui déjà s'altère parce que la mémoire n'est pas assez précise et n'offre aucun pérénité. Impossible préservation en fait que celle de la mémoire de ceux qui sont morts. Et pourtant c'est à nous, ceux qui ne sont pas encore morts que revient l'écrasante tâche de garder le souvenir de ceux qui sont morts et enterrés, comme on dit, et ainsi, nous-mêmes, mourant emportons bien plus que notre seul bagage dans la tombe, avec nous disparaissent aussi les morts précédents dont nous étions les derniers légataires. Une des personnes qu'Elyane avait réunies pour témoigner en faveur de cette femme juste, cette personne est morte la semaine dernière, on ne sait si elle a eu le temps de signer son témoignage. Avec elle-même cette femme emporte dans la tombe une partie de la mémoire de cette autre femme courageuse, juste. La mémoire aussi de ce qui est abominable. Cette mémoire, si nous en prenons soin peut nous sauver de retourner à la nuit, c'est dire si elle est précieuse. Lors de la dernière mascarade électorale en France, les barbares, les hommes mauvais avaient réuni un cinquième des suffrages au second tour. D'aucuns un peu optimistes avaient vu là le signe d'une victoire. Je passe sur le fait que ces élections ont en définitive été gagnées par le Front National puisque de son propre aveu l'actuel gouvernement d'extrême droite admet conduire par endroits une politique digne du Front National pour lui couper l'herbe sous le pied et nous prévenir d'un retour en force de ces idées nauséabondes, à cela je ne comprends pas bien où se trouve notre bénéfice. Non, nul ne peut se réjouir qu'un cinquième du corps électoral ait voté pour l'idée même de la régression. Parce qu'un cinquième du corps électoral cela ne veut pas dire un électeur sur cinq, ce qui en soit est dramatique, c'est à dire, prenez cinq personnes dans une pièce, l'une d'elles est pestiférée, les chances de survie des quatre autres personnes jugées encore saines sont bien maigres. Non, c'est bien pire, un cinquième du corps électoral, cela veut, en fait, dire qu'un cinquième de chacun de nous est contaminé. Les idées du pire sont présentes dans chacun de nous dans cette dilution d'un pour cinq. Les choses ne peuvent pas aller autrement, nous n'avons de chances de nous séparer de l'abject qu'en prenant en chacun de nous cette part de l'abominable, en la faisant toujours reculer. Enfant je n'étais pas toujours très sûr de ce que cela voulais dire que d'être juif. Je comprenais que les Juifs avaient été persécutés et ceux qui avaient participé à cette terreur n'étaient pas recommandables, mais à vrai dire les Juifs me faisaient tout de même un peu peur. Je me souviens qu'au milieu des années soixante-dix, j'avais du asssister à l'enterrement d'un camarade de classe et que j'avais du, à cette occasion, porter la kipa, en sortant du cimetière j'étais très pressé de l'oter et des camarades de classe se moquaient de moi. En fait je ne savais absolument pas ce que c'était qu'une kipa et je la craignais comme si elle avait été capable de mauvais sorts. Jusqu'à l'âge de 13 ou 14 ans, je ne savais pas que les Nazis avaient exterminé les Juifs d'Europe. J'ai appris à cet âge la signification du mot Holocauste en voyant le film éponyme. Ce film d'ailleurs m'a fait très forte impression, une impression mêlée entre l'épouvante et la fascination. J'ai été angoissé par une scène dans laquelle des Juifs étaient brûlés vifs enfermés dans une synagogue. J'avais aussi été très troublé, aguiché, par une scène dans laquelle une femme est contrainte de faire le commerce de son corps pour obtenir de faire passer des biens à son mari juif. Je crois me souvenir que le personnage de cette femme est interprêté par Meryl Strip. Je me souviens avoir lu très peu de temps après cela les livres de Martin Gray que je dévorais, j'aimais beaucoup les récits d'évasion et de fuite, en cela je lisais Martin Gray comme Je suis une lègende de Richard Matheson, un récit d'aventures oppressantes dans lequel un homme seul fuit ses exterminateurs. J'ai compris seulement beaucoup plus tard, à la lecture de Primo Levi la spécificité historique des camps de la mort, de la méthode industrielle dans le massacre. Et fait incompréhensible par moi, j'ai compris il y a vraiment peu de temps que tous les camps de concentration n'avaient pas été des camps d'extermination, et que ces derniers étaient réservés aux seuls Juifs et aux Gitans. Encore aujourd'hui autant j'éprouve une compassion indéflectible pour les victimes juives de l'abomination nazie, autant je sais si peu de choses de la culture juive. Je me demande même si j'accepterais de porter une kipa pour un enterrement ou tout autre cérémonie religieuse, et acceptant si je ne ressentirais pas une grande gêne à le faire. Ce sont des aveux pénibles. De temps en temps il m'arrive d'entrevoir les désirs d'absolu qui animent ceux qui ont basculé dans la politique de l'immonde. Bien sûr je vis sous une carapace qui me protègent de telles idées, mais cependant je vis dans la peur d'être tenté par elles qu'un jour ma vigilance ne soit pas ferme. Dans ces moments-là le mauvais cinquième de mon corps électoral, j'ai le sentiment d'en sentir la présence. Un cinquième de nous-mêmes. 24.11.03
Lundi 24 novembre Le soir je passe dépatouiller cette histoire d'imprimante chez Elyane. Je lui en installe une nouvelle qui semble fonctionner désormais, et Elyane a l'air bien soulagée de voir que ce texte qu'elle a écrit avec ténacité sur l'ordinateur est enfin sur du papier, du vrai papier, des feuilles palpables. Elle serait surprise, Elyane, de savoir à quel point je suis également tranquillisé que tout ceci est effectivement imprimé, désormais le dossier est complet et va pouvoir être transmis à cette assemblée israélienne dont j'ai oublié le nom et qui veille à la mémoire de ceux, non-juifs, qui eurent l'intégrité par temps obscurs de refuser de précipiter leurs voisins dans les abattoirs de l'humanité, parce qu'ils étaient juifs. Je dis à Elyane à quel point la scène des retrouvailles m'obsède, et je crois qu'elle comprend bien ce que je veux dire. Elle sait très bien que je répercute cette situation sur Madeleine et Nathan, qu'Elyane quand elle fut séparée de ses parents avait l'âge de Nathan et son frère l'âge de Madeleine pas beaucoup plus. A la gare, les enfants qui ne reconnaissent pas leur père, Elyane en sautant du train se jette au cou d'un controleur et il n'est pas facile de lui expliquer que, non, cet homme n'est pas son père, et puis, si, le frère d'Elyane reconnait son père à la cicatrice qu'il porte au doigt et qu'il met à jour immédiatement. Tous repartent en train le soir même vers la maison de l'Oise qui avait efficacement caché les parents, l'occupation durant. La nuit est tombée et il reste un demi-douzaine de kilomètres à parcourir dans le noir depuis la gare. Il fait grand vent et le père a bien du mal de demander aux enfants de se taire, de contenir toutes ces choses qu'ils ont à dire depuis si longtemps, d'attendre d'être à la maison, parce que, c'est sûr, un tel vent va les attaquer à la gorge, les choses dont on a peut pour les enfants après avoir envisagé le pire quatre ans durant. Impossible de détacher mon esprit de ce moment de l'existence d'Elyane. En rentrant, je suis épuisé, je vais me coucher vite, mais comment trouver le sommeil quand en songe je me vois marcher dans la plaine ondulée de l'Oise, nuitamment, avec les deux enfants, un à chaque main. Et se dire que c'est la dernière nuit, celle qui libère de celle, opaque et mauvaise, qui a duré quatre ans, épaisse de peurs terribles. 23.11.03
![]() > Laurent > > Tu viens de me faire une drôle de surprise. Je lis ton billet dans "les > propositions de lecture" qui renvoit au site "onirique" de Sandra Montant et > > dans le florilège que tu donnes je reconnais un ou deux rêves que j'ai déjà > lus > moi-même sur ce site. Et puis celui-là qui m'apparait très familier: > "Je me souviens avoir rêvé d'être en voiture avec Georges Perec qui faisait > des > calembours tortueux à chaque panneaux indicateurs (je suis médusé par ma > capacité en propre de faire de vrais calembours dans mes rêves, ce dont je > suis > absolument incapable à la veille) et je finissais par l'engueuler en lui > disant: "Georges tu me saoules!"" > > Et de me rappeler ce matin de décembre l'année dernière. J'avais passé une > bonne partie de la nuit à travailler sur les Voeux de Perec > , je m'étais couché tard et j'avais fait > > ce rêve d'être en voiture avec Perec. J'ai pris mon thé, j'ai allumé > l'ordinateur pour m'y remettre, j'ai regardé mon courrier, il y avait un mail > > de Sandra qui me parlait de tout à fait autre chose j'avais entammé une > correspondance avec Sandra à propos de son site en lui disant que cela me > rappelait "la boutique obscure" de Perec, puis j'avais croisé la chronique du > > quotidien de Sandra dans son Adam Project, y voir > > surtout les chroniques de LL de Mars, celles de Sandra et celle de Catherine > de > Trogoff) et j'avais souri alors de voir que Sandra se connectait, tous les > matins, dit-elle, à mon petit "désordre" , j'étais amusé de trouver le > message de Sandra justement ce matin-là, je ne fais pas tous les jours > d'aussi > beaax rêves, et je suis allé sur son site où j'ai écrit ce rêve curieux > d'être > en voiture avec Georges Perec qui me saoulait avec ses calembourgs, notamment > > celui-là, "automobiliste maladroit, tu cales en bourg". > > Jusqu'à ce matin, jusqu'à lire ton article, j'avais oublié du tout au tout ce > > rêve, comme on oublie ses rêves, qui tous retournent à la masse informe. > > Amicalement > > Phil > > > -- > Philippe De Jonckheere > Email desordre@desordre.net > Site http://www.desordre.net > Bloc-notes du désordre: http://www.desordre.net/bloc/ > ( Ne manquez pas non plus de visiter le site de l'Entre-tenir à Saint-Dizier: > > http://entretenir.free.fr, de même le site de la photographe Barbara Crane: > http://www.barbaracrane.net) >
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