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25.10.03
Samedi 25 octobreUn échange de mails avec Laurent, le point de départ ou l'impulsion nouvelle de ce qui justement est resté sans vie depuis maintenant deux ans. > > > Et puis depuis deux ans maintenant, j'ai toujours ce roman au point mort, > hanté > > par les images de la guerre d'Algérie et notamment l'une d'elles qui ne > fait > > que représenter un avion, et qui ressemble à tant de diapos que j'ai vues à > la > > maison prises par mon père, pilote pendant cette sale guerre. > > Si vous décidez de faire un truc avec ces photos, nous pourrions > imaginer un travail en relation sur ce sujet, je dispose du'une > cinquantaine de photos en noir et blanc prises par mon père en Algérie > (il était trop feignasse pour colorier toutes ses photos) : il y > conduisait des camions et accessoirement il se faisait tirer dessus avec > les mains prises par cette saloperie de volant ça avait vraiment l'air > très amusant comme vacances et comme de temps en temps il lachait cette > saloperie de volant, hé bien il prenait des photos des trucs. Quelle > jeunesse épatante. > C'est quand même assez miraculeux que l'espèce humaine ait survécu à > l'homo erectus, voilà ce que je me dis souvent. Surtout avec la droite > au pouvoir. Mon père a vécu la guerre d'Algérie comme un véritable camp de vacances. Pilote d'avion il n'a jamais été inquiété pour sa vie. Je crois que ses journées se composaient assez invariablement d'un petit vol du matin, apéro le midi, repas, sieste, petit vol de fin d'après-midi et puis soirée à jouer au tarot avec les autres officiers. Quand on connait mon père on se dit que cela devait lui paraître le paradis. D'ailleurs il n'écrivait jamais à sa mère qui se faisait beaucoup de soucis parce qu'elle le croyait au front tandis que lui était en vacances. L'idée de mon roman est celle d'un homme d'affaires de mon âge en déplacement pour son travail dans une ville où il ne connait personne, et dans laquelle il est livré à lui-même la plupart du temps. Le soir il rentre dans sa chambre d'hotel regarde les films pornos de la chaîne payante et puis un soir tombe sur "l'Ennemi intérieur", film documentaire de Patrick Rotman sur la guerre d'Algérie. Au détour de quelques extraits de films amateurs, il reconnait une scène où deux soldats arrosent une femme avec un jet d'eau et il est surpris par la scène suivante qui n'est pas celle qu'il attendait, il comprend alors que la scène qu'il vient de voir est un extrait d'un des films que son père avait tournés en super 8 et que cette scène n'était pas le chahut de potaches qu'il avait toujours cru être mais bien le début d'une scéance de torture ou de viol d'une Algérienne. Cela ne correspond pas du tout au vécu de mon père en Algérie que j'ai questionné maintes et maintes fois sur le sujet et qui toujours me dit que non vraiment il ne participa à aucun combat et n'eut jamais de contact avec les Algériens, ce que je veux bien croire. Et puis dans le même film de Patrick Rotman, j'y ai vu une photographie d'une de ces avions appelés T6 dont j'appris que certains furent utilisés pour des bombardements au napalm. Nouvelles questions pressantes au père, et de nouveau, "mais non tu sais en Algérie, je n'ai fait que des heures de vol et des parties de tarot". Ce que je veux bien croire. Mais alors comment expliquer que toutes les conversations que j'ai pu avoir avec mon père à propos de la guerre d'Algérie aient toutes mal fini parce qu'il ne veut pas entendre que la France s'est comportée en Algérie comme la Gestapo en Europe dans les années 40? Et pourtant, je suis sûr qu'il n'a fait que piloter des avions boire l'apéro le midi et jouer aux cartes le soir. C'est toute la confiance que je lui fais. Bref, je touche à quelque chose de tellement sensible et douloureux que toujours je m'arrange pour trouver quelque chose à faire qui m'éloigne de ce roman commencé il y a trois ans et qui est au point mort depuis deux ans? Amicalement Phil 24.10.03
![]() Vendredi 24 octobre Visite surprise de Martin qui vient passer la soirée à la maison en compagnie de Garance. Martin est naturellement venu avec du bon vin de Bourgogne, et commente qu'il l'a acheté au marché d'Autun, ce qui est un gage de qualité, parce qu'au marché d'Autun, nul n'essaierait de vendre du mauvais vin, trop peureux de voir revenir les clients déçus. A vrai dire avec Martin, les choses vont de cette façon aussi, nous nous connaissons peu un peu mieux depuis que nous avons travaillé ensemble pour l'Entre-tenir à Saint-Dizier mais la confiance règne. D'ailleurs Martin n'a pas fait de manières qui s'est annoncé la veille pour le lendemain est est-ce qu'on pourrait le loger lui et sa fille? Je vais refaire le site de Martin, dont j'admire le travail. Cette grande toile de Martin est temporairement accroché dans l'atelier à Saint-Dizier et chaque fois que Martin arrive là-bas, il dit toujours il faudrait quand même que je la reprenne. elle est accorchée juste derrière le poêle. 23.10.03
![]() Jeudi 23 octobre Toute une journée dans l'exaspération des enfants qui tournent en rond dans la maison, dehors il pleut et il vente, et je vois bien qu'ils trouvent la maison étroite. Une tentative de sortie. A Paris, retrouver Anne, pour déjeuner, mais cela ne calme pas les esprits, cartainement pas l'esprit surchauffé de Nathan. En revenant nous passons prendre Gisèle et nous passons l'après-midi et un bout de la soirée à reprendre les pages de son site. En bonne entente comme toujours. Mais le soir après l'avoir raccompagnée, j'en veux un peu aux enfants tout de même d'avoir eu raison de toutes mes forces du jour, de les avoir toutes brûlées, consommées, je fais la vaisselle, et c'est bien tout ce dont je suis capable en écoutant La suite africaine de Henri Texier, Aldo Romano et Louis Sclavis, en sourdine. Je bois un thé en regardant par la fenêtre, nul ne bouge, il y a quelques lumières dans les salles de bain alentour et toujours les nappes de lumières bleutées aux reflets changeants qui éclairent les plafonds aux fenêtres des immeubles. Si j'avais une télévision allumée moi-même, je saurais sans doute dire quelle chaîne telle ou telle fenêtre regarde en ce moment même, puisque je recevrais moi-même, synchronisés, les mêmes changements de luminosité selon les sautes d'images. Muettes ces alternances de reflets sont féériques, et ce sont sans doute les publicités qui créent le spectacle le plus animé, le plus changeant. A la même heure à Puiseux, j'aurais regardé les feuilles de l'érable ballotées dans l'obscurité de notre jardin sombre. En été j'aurais bu mon thé assis sur les marches du perron, dans le noir ou presque, le village entier aurait été plongé dans le noir, inerte, noirceur cependant trouée par endroit par le passage toujours bruyant d'un tracteur, revenant des champs lesté de ballots de paille, ou simplement ramenant à bon port un fermier harassé de fatigue. Il est temps de se coucher, c'est sans doute aussi ce que vient de se dire la voisine d'en face dont la lumière dans la salle de bain vient de s'éteindre. Demain sera un autre jour si les enfants le permettent. Et dire que dans sept mois, un petit Paul ou une petite Juliette Anne m'a promis qu'on ne toucherait plus à rien, qu'on s'en tiendrait là, que, cette fois, le prénom du petit être ne serait pas décidé en route vers la maternité, comme, somme toute, Nathan fut choisi pour prénom et dire donc qu'un peu plus de désordre, un peu plus de cacophonie devraient remplir cette maison dans sept mois maintenant. Photographies de Gisèle Didi 22.10.03
![]() Je reviens du cinéma où je suis allé voir Les invasions barbares de Denys Arcand. Un homme y meurt courageusement, entouré de ses amis, mais aussi de son fils. Je vois bien comment il m'arrive si souvent de penser à ce moment-là de la vie, de me demander fréquemment où j'en serais de mes forces morales, et du courage aussi. Nul ne fait le malin devant la mort. depuis que les enfants sont nés cette préoccupation s'est en quelque sorte corsée et les choses se sont tout à fait aiguisées depuis que j'ai pris cette drôle de manie de tenir mon journal en ligne. Je m'interroge souvent à propos de la signification de cette habitude surprenante, la réponse qui m'apparaît toujours comme étant la plus plausible est que je le fais surtout pour les enfants, et parfois au delà d'eux, pour ceux qui me lisent, c'est une façon de laisser des traces. En sorte que je me fais l'impression de rédiger mon testament tous les soirs. Et c'est tout de même amusant que ce soient là mes pensées aujourd'hui, ce soir, puisque dans l'épaisse paperasse que j'ai déblayée aujourd'hui, factures impayées et autres pensums, j'ai aussi recopié assez bêtement c'est à dire sans réfléchir, sans y mettre toute ma tête le testament que mon cousin notaire m'avait préparé Anne et moi ne sommes pas mariés, il faut penser à tout, dans ce tout sont incluses toutes sortes de lugubres considérations et le recopiant donc sans réfléchir, j'ai accueilli Madeleine venue me faire un câlin, je l'ai prise sur mes genoux, j'ai calé sa tête dans mon cou tandis que j'écrivais et que écrit de main selon l'expression apparemment consacrée je demandais qu'au delà de moi Anne fut protégée contre ses propres enfants, ce qui évidemment, si ces clauses devaient s'exercer, serait le signe d'avoir pauvrement réussi dans le legs moral aux enfants. Exactement ce que je n'aimerais pas laisser derrière moi, des égoïstes en plus dans un monde dans lequel ils règnent justement sans partage. Et puis, quand faut y aller, faut y aller Descendre jusqu'à la Porte dorée, prendre le périphérique intérieur, à la porte d'Italie, prendre direction Lyon. Sur l'autoroute du soleil, à la bifurcation, prendre en direction de Bordeaux. Arrivé à hauteur d'Orléans, prendre direction Clermont-Ferrand. Arrivé à hauteur de Clermont-Ferrand, prendre direction Montpellier. Sortir à Brioude, et prendre la direction du Puy en Velay. Une dizaine de kilomètres avant Le Puy en Velay, obliquer vers Aubenas et Mende. Prendre ensuite la direction de Langogne. A Langogne prendre direction Villefort. Traverser Villefort, à la sortie de Villefort, à la fourche, prendre la route du milieu en direction de Bessèges. Aller jusqu'à Brésis. Traverser le pont de Brésis, et prendre tout de suite sur la gauche à la sortie du pont. Monter pendant cinq kilomètres et prendre enfin le petit chemin qui mène au hameau du Bouchet de la Lauze. Le lendemain Prendre la départementale 155 en direction de Brésis, après un kilomètre, prendre en direction de Besses. Prendre systématiquement à gauche jusqu'à se retrouver sur le chemin forestier de la forêt domaniale de Besses. Ensuite sur le chemin forestier, au premier embranchement à gauche, au deuxième, à droite. Dans le grand virage marqué par le grand hêtre, monter vers la gauche. A la fourche prendre à droite pour déboucher sur la Garde de Dieu. Et c'est là que je souhaite que vous dispersiez mes cendres. Photographies: Nathan et Madeleine à la Garde de Dieu, juillet 2002. 21.10.03
Mardi 21 octobre Suis allé faire un tour, le soir, dans le quartier, marcher dans le froid de l'automne, dans les rues encore un peu en vie du quartier, à l'heure des chiens. Une voiture est garée, une femme essaye de monter à son bord mais peine à le faire et je l'entends alors éructer littéralement contre un enfant qui apparemment ne veut pas retourner sur le siège arrière de la voiture. Je suis très peiné de voir que cette femme crie aussi véhément contre ses enfants quand bien même elle est sûrement exaspérée par son enfants désobéissant, pour cela je peux compatir, je ne suis, loin de là, pas exempt de ces emportements que les enfants savent faire naître en de telles circonstances j'essaie toujours de me rappeler que si je leur donne une chance ils vont trouver quelques chose de drôle à dire qui sauvera la situation, mais je ne leur donne pas toujours cette chance . Et puis quand j'arrive à la hauteur de cette voiture mal garée, je m'aperçois que ce n'est pas un enfant contre lequel elle crie de la sorte, mais un chien. En un sens je suis soulagé, je me dis que ce n'est qu'un chien qui reçoit un tel flot de jurons et d'invectives, et non, c'est heureux, un enfant. Mais à vrai dire, me revient cette parole d'un collègue, au déjeuner il y a quelques mois, le sujet de la conversation avait dérivé sur les châtiments corporels dans l'éducation des enfants, lui avait dit, je m'en souviens, je ne tape pas sur mon chien alors je ne vois pas pourquoi je taperai sur mes enfants. Et c'est bien cela qui me fait peur, s'agissant de cette femme irascible, c'est sans doute aussi comme ça qu'elle parle à ses enfants. Et qu'ont-ils tous ces gens à parler à des animaux domestiques. Est-ce que je parle à mon ordinateur moi? Non de temps en temps je soupire qu'il soit conçu pour m'emmerder, quand de fait, la programmation des logiciels ne rend pas immédiatement accessibles mes rêves de graphisme les plus fous, quand je reviens au calme, je comprends que c'est peut-être beaucoup demander. 20.10.03
Lundi 20 octobre Toute la journé dans l'épuisement complet après le départ de Laurent et Catherine. Dès que je suis revenu du Val de Fontenay où je les avais escortés pour prendre la bretelle d'autoroute, j'ai passé le pas de la porte et le sentiment d'une fatigue lourde a pesé sur tous mes gestes. Après tout, le coureur de fond ressent la même chose quand il a longtemps courru, son coeur a battu plus fort pendant un long moment et c'est exactement cela quand Laurent et Catherine sont là, le coeur bat plus fort. Je suis épuisé. Une saine fatigue. 19.10.03
Dimanche 19 octobre Belle soirée tout de même hier soir, et quel plaisir d'avoir à sa table, Anne, Gisèle, Laurent et Catherine. Ces quatre-là dans ma vie ont plus qu'un repas à partager et un repas c'est déjà bien. Dimanche matin dans le bois de Vincennes. Je suis étonné de voir toutes ces personnes qui reproduisent un peu de l'agitation qui est la leur toute la semaine: tant de monde qui court et pédale en tous sens. C'est vrai, c'est bien la première fois que je vois notre quartier un dimanche, dans son effervescence de personnes mal réveillées qui titubent pour aller acheter des croissants à la boulangerie, les fleuristes ont l'air de faire des affaires aussi, d'autres poussent des cabas jusqu'au marché, acheter une dorade ou une belle pièce de viande pour le repas dominical. Au marché je prends des huîtres que Laurent nous fera fristouiller au four avec un trait de vin blanc de l'ail, du persil et une écaille de beurre: je déguste des huîtres chaudes pour la première fois de ma vie. Le soir Laurent et Catherine sont partis dîner à Paris pour quelque aniversaire sentimental, nous grignotons avec Anne, nous sommes épuisés et un peu inquiets pour Nathan qui de nouveau donne les signes patents de ne plus être tout à fait avec nous, cette fois-ci nous ne pouvons plus reculer, allons voir quelqu'un. Anne s'endort épuisée, tôt. Je prends quelques notes de toutes ces nouvelles connaissances acquises de Laurent, à la fois dans le maniement des images numériques mais aussi dans la mise en page pour le site. L'idée de reprendre entièrement le site, tout du moins sa maquette, se précise. Une fois de plus le savoir-faire précieux de Laurent me vient en aide avant de me lancer dans un grand chantier.
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