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11.10.03
![]() Samedi 11 octobre Une façon de prendre date par rapport aux engagements politiques du moment. C'est une chose. Je fus plus étonné en revanche qu'auprès de ceux que je croyais mes amis, les miens, mon point de vue soit à ce point discutable et d'avoir du, en somme, le clarifier et l'expliquer plus outre. >>Chers amis >>Vous dire à tous, frères d'armes en sorte, que je n'ai pas l'intention de ne >>pas intervenir à l'espace des Blancs Manteaux à l'occasion des rencontres des >>revues électroniques et graphiques. >>Je comprends certainement les enjeux, notamment pour ceux qui concernent >>l'intermittence du spectacle, des luttes actuelles. En matière d'intermittence >>mon engagement personnel date déjà de début 1995. >>Cet été j'ai suivi de près les grèves des intermittents et notamment les >>annulations des différents festivals, et j'étais secoué par les témoignages de >>toutes ces personnes qui avaient le sentiment douloureux que leur engagement >>politique les conduisait à une manière de suicide. >>Quelques trois mois plus tard, je suis obligé de constater que ces batailles >>aux nombreuses pertes n'ont rien prévenu et que gouvernement et ministère de la >>Culture se moquent de ce gâchis comme d'une guigne. Ce qui me redonne à >>entendre les paroles de nombreuses personnalités politiques au début de l'été, >>le souci unique était le manque à gagner en retombées économiques des >>festivals, et en fin d'été, le soulagement des mêmes était perceptible, ce bel >>été, du point de vue du tourisme, avait permis d'éviter la catastrophe, dommage >>que tous ces morts soient venus ternir et salir la fête. Je me souviens aussi >>des paroles du minitre comptable de la culture exhortant les intermittents >>grévistes à retourner à leur travail pour ne pas courir le risque de manquer >>d'heures pour le maintien de leur statut. >>Alors je me demande s'il n'est pas temps d'arrêter le massacre, de >>s'automutiler en quelques sortes, parce que les blessures que nous nous >>occasionnons seront autant de plaies dont nous aurions à souffrir dans les >>combats futurs. Je ne crois pas à l'irreversibilité des choses, l'intention >>politique est là, n'en doutons pas, mais fort heureusement les hommes >>politiques nauséeux d'aujourd'hui ne sont pas éternels et devront laisser leur >>place à d'autres, avec lesquels il sera sans doute plus facile de discuter. En >>attendant cette alternance urgente, gardons de la vie au coeur de ce que nous >>sommes, nous pourrons renaître. >>En revanche, ne soyons pas aveugles dans l'attente, et rappelons chaque fois >>qu'il nous en est donnée l'occasion que nous jugeons coupables les tentatives >>de démolition au seul motif du profit pécunier. Polluons les spectacles en >>rappelant sans cesse au public qu'ils ne sont sur les planches qu'au prix du >>travail et de la passion. >>Pour lire en fête, rédigeons un manifeste, un texte, que nous nous donnerons >>devoir de lire à chaque participation. >>Amicalement à toutes et tous. >>Philippe De Jonckheere, artiste ... et informaticien pour faire vivre >>le "reste". Et puis il a fallu clarifier sa position plus tard dans la journée. >Dans un premier temps j'ai eu envie de laisser tomber la discussion, je me >disais que si tu avais envie de travestir mon point de vue, sans doute pas >assez militant, en le citant partiellement, libre à toi. Et puis comme ce sont >des choses qui me tiennent à coeur, et depuis bien plus longtemps que le >printemps dernier, je me dis que, non, il importe que je clarifie. > >En aucun cas n'ai-je appelé à désarmer. D'ailleurs je n'ai appelé à rien, je ne >m'en sens ni l'autorité ni la force. Je n'ai pas l'intention de ne "rien faire" >et surtout pas pour éviter des blessures. En revanche je ressens de façon >douloureuse l'engagement jusqu'au boutiste de celles et ceux qui ouvrent eux- >mêmes des brêches dans la coque pour retirer aux assaillants de faire couler le >bâteau. Les assaillants en question ne peuvent que jouir salement de ce suicide >collectif. > >Il m'est arrivé deux fois de décrocher une de mes expositions, parce que >j'avais à coeur de ne pas cautionner des principes qui me faisaient horreur (en >1991, cela se passait aux Etats-Unis __ >http://www.atol.fr/lldemars2/desordre/mailporno/ __, et en 1995 cela se passait >à Reims __ http://www.desordre.net/l5-s1.html), les deux fois j'ai beaucoup eu >à souffrir de ce que je considère aujourd'hui comme des erreurs: je n'aurais >pas du décrocher ces deux expositions, ceux à qui ces gestes étaient destinés >s'en moquaient tout à fait, quant à moi, ces décrochages m'étaient violents. >Une fois encore je suis convaincu que l'attitude des intermittents du spectacle >cet été, aussi courageuse qu'elle fût, n'a conduit à rien, si ce n'est la >douleur auto-infligée, une douleur qui laissera des cicatrices profondes aux >plus démunis. > >Pour toutes ces raisons, je redis que je n'ai pas l'intention de ne pas >participer à Lire en fête. Et ceci n'est que mon point de vue auquel je ne >pousse personne à souscrire. > >Phil > >PS: en revanche je te rejoins sur le principe de la désobéissance >civile. 10.10.03
vendredi 10 octobreL'obscurité est faite, le silence aussi. Dans le noir on entend un imperceptible frottement et puis une petite lumière faiblarde commence à trouer le rideau de scène, puis un filet de voix égrenne: "je me souviens que Reda Caire est passé en attraction au cinéma de la porte de Saint-Cloud". L'obscurité est maintenant percée tout à fait par une lumière, derrière elle, une silhouette sombre besogne et poursuit: "je me souviens que mon oncle avait une 11 CV immatriculée 7070 RL2". Les masses sombres qui se découpent désormais tout autour de la silhouette dessinent approximativement, à la manière des dessins d'enfant, des montagnes obscures, et parmi elle, un homme est juché sur un vélo, il pédale, c'est la lumière de sa dynamo qui éclaire la scène, et surtout, le public, le cycliste continue de réciter: "je me souviens du cinéma les Agriculteurs, et des fauteuils club du Caméra, et des sièges à deux places du Panthéon." Plus tard dans le spectacle, à la faveur d'un éclairage graduellement moins parcimonieux, on reconnaîtra l'homme, l'acteur et sa voix à la fois douce et monocorde, une voix qui porte peu mais qui se tient au creux de l'oreille de tous, cet homme, c'est Samy Frey, qui, pédalant, récite les je me souviens de Georges Perec. Le spectacle de Je me souviens de Samy Frey reprend à son compte le mot d'ordre d'Antoine Vitez, en son temps, faire théatre de tout. Georges Perec a écrit Je me souviens en 1978. Ce texte inspiré de I remember de Joe Brainard, est une longue énumération, toutes préfixées, par la locution je me souviens puis suivie de toutes sortes d'articles, ritournelles enfantines, noms de cyclistes, de personnalités politiques, de musiciens, de figures historiques, de sportifs à la renommée brève, d'acteurs de cinéma, d'événements minuscules ou au contraire au retentissement planétaire, de calembourgs et autres astuces éculées, de souvenirs d'après-midi, sans doute pluvieuses, passées à vérifier que les nombres dont les chiffres donnent un total de neuf sont divisibles par neuf, et tant d'autres connaissances également infimes. L'argument scénographique qui veuille que le récitant de cette énumération de faits et savoirs minuscules soit perché sur un vélo et qu'il pédale, à bonne allure le vélo ne se meut pas, en revanche les roues elles sont mues, paradoxe obtenu, par une ingénieuse base sur laquelle le vélo est perché, et qui par un système de rouleaux, qui enchâssent les roues, empêche le vélo d'avancer en dépit de son cycliste qui pédale rapidement avec quelques accélérations et quelques ralentissements, un passage en danseuse même, cet argument peut paraître d'une part mince et d'autre part arbitraire. Il n'en est rien. Très rapidement un rythme s'installe et le coup de pédale alerte et continu du cycliste récitant devient le pendant du ressassement du préfixe je me souviens à chaque article de cette mémoire. Par son implacable monotonie le jeu de l'acteur-cycliste épouse l'ânnonement du texte. Et c'est en quelque sorte le seul artifice de cette récitation qui ne privilégie aucun des 479 souvenirs énoncés, qui sont ainsi donnés sans hierarchie. Les ritournelles et airs de chanson qui figurent en italique dans le texte sont chantés, ni très fort ni très haut, le bruit des klaxons des voitures d'antant (rheuh-rheuh) est imité, mais sans que ce soit là le moindre effort pour contenir l'inexorable déversement de ces articles de la mémoire. Le décor est un peu mobile qui donne à imaginer le cycliste traversant un paysage de montagnes très sommairement figurées, donc, par des tentures, incidemment éclairées, assurément une représentation destinée à plonger le texte dans le domaine de l'enfance, le berceau de la mémoire, et à ceux familiers de la biographie de Perec, ils sauront reconnaître l'importance de ce souvenir enfantin de la montagne, qui avait caché, à Villard de Lans, Georges Perec enfant juif, aux Nazis dans leur entreprise de saccage de l'humanité. Le pire, s'agissant du seul Perec, n'avait cependant pas été évité, puisque la mère de Georges Perec avait certes réussi à cacher son fils mais n'était pas parvenue à échapper à la terrible industrie. Ce décor onirique et inquiétant, parce que sombre et distendu, de même qu'une bande-son très feutrée, manière de magma sonore à la limite de l'audible, rappelent avec beaucoup de discrétion, par allusion distante, cette partie la plus obscure de cette recherche de mémoire, de même que le texte effleure seulement cette enfance assombrie 37 Je me souviens qu'à la fin de la guerre, mon cousin Henri et moi marquions l'avance des armées alliées avec des petits drapeaux portant les noms des généraux commandant des armées ou des corps d'armées. J'ai oublié le nom de presque tous ces généraux (Bradley, Patton, Joukov, etc.) mais je me souviens du nom du général de Larminat. Et 268 Je me souviens que pendant son procès, Eichmann était enfermé dans une cage de verre. La récitation se poursuit, toujours en pédalant, un peu d'essoufflement est parfois perceptible dans la voix de Samy Frey et la transpiration gêne de temps en temps l'acteur qui s'éponge en quelques gestes discrets. Dans le "jeu" de l'acteur, cette fatigue n'est pas feinte, mais c'est elle qui lentement, et de façon de plus en plus lancinante, donne corps au texte, cette énumération de ce qui serait sûrement enfoui si cela n'avait pas été, avec effort, non seulement remémoré, mais aussi écrit, comme pour préserver la mémoire, lui épargner des effort inutiles, et lui permettre donc de nouvelles extractions: de même que l'acteur cycliste pédale sans avancer, il s'épuise, et pareillement sans cesse convoquée la mémoire s'amenuise, ne remontent en surface que des bribes de plus en plus lointaines et privés d'un contexte aidant. La mémoire est un effort, souvent douloureux, nous obligeant à creuser de plus en plus profondément, parce que ce que avions jusqu'alors de vie est à jamais enfoui. Les mines que nous forons sont de plus en plus profondes, les galeries les plus adventices ne nous rapportent que très peu de matière. Cette masse indifférenciée comme perdue sur un fond de grisaille où la lumière n'a accès que par intermittence et semble même de jour en jour se faire plus rare, quel langage serait assez chargé de désir pour lui donner relief et couleur, à moins de recourir aux artifices d'une transfiguration mensongère? (Louis -René des Forêts in Face à l'Immémorable). Notre travail de mineur peut facilement passer, par malchance, à côté d'une veine prometteuse, et il n'en saura jamais rien, c'est dire si ces gesticulations sont vaines. Aussi désespérés et agités qu'elles soient nos tentatives de retenir un peu tout de même de cette matière impalpable sont vouées à l'échec, en effet, bien sûr, ce qui est retenu là, au prix de tant d'efforts, deviendra insigifiant aux générations futures: qui se souviendra alors des flippers sans flipper, de l'enlévement du petit Peugeot, de Mowgli Jospin, d'André Le Troquer, des slogans publicitaires de la margarine à l'époque de la cuisine au beurre, des coureurs cyclistes des années cinquante et de leur chambre à air de rechange nouées autour des épaules en huit? De même que le cycliste nocturne éclaire un peu de la route qu'il parcourt, la chemin qu'il a déjà parcouru retourne aux ténèbres. A la fin du spectacle Samy Frey est dos au public, il pédale, en silence, jusqu'à l'épuisement, la scène n'est plus éclairée, le fond de la scène est lui faiblement illuminé par le petit phare avant de son vélo, le cycliste cesse de pédaler, à bout de souffle, et pose un pied à terre, dans le noir. Rideau. A la fin de Je me souviens, Georges Perec avait demandé que quelques pages blanches soient laissées sur lesquelles le lecteur pourra noter les "Je me souviens" que la lecture de ceux-ci aura, espérons-le, suscités. C'est en récitant, encore et encore, et en pédalant encore et encore que Samy Frey, remplit ces pages laissées blanches pour être prolongées par d'autres. Je me souviens que j'étais souvent obligé de débrayer la dynamo de mon vélo dans les côtes nombreuses de Garches, le soir, en hiver, en rentrant de l'entraînement de volley-ball, parce que son frottement ajoutait de trop à l'effort de la montée, je n'étais alors pas très rassuré par les alentours sombres, contre lesquels l'éclairage flaiblard de mon vélo aurait pourtant lutté avec peine. 9.10.03
Visite chez le gynécologue aujourd'hui, et toujours nous épions cette mince agitation de pixels un peu au centre de l'image, le coeur, le gynécologue place sa sonde sur ce frémissement flou et nous donne à entendre des battements très saccadés et curieusement très bruyants, sans doute parce qu'amplifiés hors de proportions. Je me souviens de ce jour funeste de mars, l'embryon ne bougeait pas et aucun remous de pixels n'était décelable. Je voudrais cesser de penser à cette précédente promesse qui ne fut pas tenue et n'avoir d'attention que pour ce nouveau serment, l'accompagner de mes voeux, sans arrière-pensées, je m'y efforce, mais on ne lutte pas aisément contre la peur. 8.10.03
![]() Mercredi 8 octobre La journée passée avec les enfants, ils sont patients avec moi quand je les traine dans une agence de Frnace Télécom et font un nombre réduit de bêtises, Nathan devient un peu plus discipliné pour ce qui est de me donner la main dans la rue, j'aime cette petite main chaude dans la mienne souvent froide et ce petit boulet qu'il faut tirer à soi quand on est pressé, Nathan lui marche à un train de sénateur tout entier accaparé par ses rêveries. Et pourtant, de nouveau nous nous faisons des soucis pour lui, pour ce manque évident d'adhésion à ce qui l'entoure. Nathan, tout de même, tu ne peux pas douter de l'amour que nous avons pour toi, alors n'oublie pas de grandir un peu. 7.10.03
![]() Mardi 7 octobre Les jours se suivent mais assurément ne se ressemblent pas. Aujourd'hui j'ai passé une belle journée en compagnie de mon amie Gisèle, nous étions chez elle, nos deux ordinateurs portables côte à côte sur la table, chez elle, travaillant à la nouvelle maquette de son site. Et puis, en retard, parce que l'html nous avait resisté plus longemps que nous l'anticipions nous sommes allés à Confluences écouter mon ami Laurent Grisel lire des extraits de son livre la Nasse. Je suis vivement impresionné par l'exigence de Laurent dans son texte. Son point de départ parait infime, une conversation entre Pierre Bourdieu et Hans Haacke, sur la véritable possibilité, ou non, de travailler avec l'institution (sans plus tarder allez faire un tour dans le Terrier à la rubrique Un artiste peut-il travailler avec l'institution? Non. Un jour peut-être le Lièvre de Mars nous gâtera des actes de ce colloque dont je sais qu'il était de haute tenue). Exigence littéraire dans ce que le texte reprend tour à tour les formes conceptuelles de l'oeuvre de Hans Haacke ou encore la teneur des propos de Pierre Bourdieu jusqu'à rendre, par la citation, les propos du sociologue poétiques. On dira bien vite c'est bien le moindre que de rester fidèle aux formes dont on s'inspire. Encore fallait-il dans le texte poétique reprendre à son compte les imbrications d'un entretien labyrinthique. Soufflé, je le suis aussi que Laurent, qui doit ignorer tout de la signification du mot compromis, lise ce texte comme il le lut, dans un bouillonnement, comme si le texte était encore sur la machine à écrire et qu'il le lisait à voix haute pour entendre si cela sonne. Mais avant tout c'est le texte que je trouve lumineux créant du volume dans les plis, encore une fois prenant à son endroit ce que d'autres avaient déjà débattu, incroyable collage de la parole de Bourdieu, de celle de Haacke mais aussi de celle de John Berger, collage donc, d'une part, mais aussi de creuser inlassablement le sillon, dire sa place dans cette discussion, dire sa place donc, tout arrimé qu'on soit à la table de travail, seul, pesant le pour et le contre dans toute la solitude d'écrire. Le soir, après la lecture, en rentrant en voiture, lentement, le long des rues sombres de la ville, une nuit trouée par les lumières bleutés aux plafonds des appartements, se dire, une fois de plus, que, pourvu qu'on veuille bien s'exiler de sa propre table de travail, des espaces de résistance existent, il faut travailler à les faire grandir, d'autres luttent parfois en secret, nous ne sommes pas seuls, c'est un drôle de fantasme, celui d'appartenir à une grappe d'ombres qui se reconnaissent entre elles, mais vivent seules la plupart du temps. Un extrait de la Nasse de Laurent Grisel, et en haut une photographie de Gisèle Didi. 5. Et si ça ne va pas ? Il faut seulement continuer. Non ? N’est-ce pas la liberté de créer qui compte par-dessus tout ? N’est-ce pas la liberté de dire vrai même contre toute évidence, toute intuition immédiate, même de façon décevante, désillusoire, qui donne la joie de vivre, les sensations de vitesse, d’immobilité, de glissade, de découverte ? Ce que tu as pris en passant, c’est fait pour jouer, c’est fait pour être donné, reçu, lancé et relancé. C’est une force allante. Ça va, c’est laissé, c’est repris. L’art c’est d’aller au devant seul ou non seul avec ce qu’on a ramassé en passant avec ou sans risque. Laurent Grisel, in La Nasse 6.10.03
Lundi 6 octobre Réveillé de bonne heure et de fort vilaine humeur, je n'aime pas les chefs qui appelent ceux qui travaillent la nuit chez eux le matin. Je me souviens de cette expression d'un ancien collègue, y'en a certains tu leur mes un noyau d'olive dans le cul ils te font deux litres d'huile Et du coup tout est à l'avenant dans cette journée maussade durant laquelle je ne me suis jamais départi de cette humeur mauvaise. Rien à n'en garder. 5.10.03
Samedi 4 octobreJe m'interroge sur le prix des choses. J'ai découvert, il y a peu de temps, à la faveur d'un court-circuit, que notre nouvelle maison à Fontenay n'était pas isolée électriquement, qu'il y a bien une broche de raccordement au tableau pour des prises de terre, mais qu'en fait elle n'était reliée à aucune terre. J'ai fait venir un électricien à la suite d'un court-circuit d'une part je ne suis pas très bricoleur, d'autre part, je ne comprends rien au fonctionnement de toute installation électrique quelle qu'elle soit, j'en connais uniquement le danger et après qu'il ait réparé ce court-circuit, je lui ai demandé un devis pour installer la terre dans notre maison. J'ai reçu ce devis qui fait état d'un montant de 1058 euros avec dans la colonne des fournitutes un kit de terre pour la somme de 450 euros. Comme je trouvais les sommes rondelettes, j'ai appelé mon ami Gégé, dont nous avons tous pour habitude de dire qu'il est un mouton à cinq pattes parce qu'il sait tout faire. Gégé a manqué de s'étrangler à la lecture du devis et m'a proposé de venir samedi m'installer mon piquet de terre. Nous sommes allés dans un supermarché de produits de bricolage, Alors me viennent certaines réflexions désobligeantes. Pourquoi facturer une telle intervention, d'une heure environ, à plus de mille euros? Comment se fait-il qu'un piquet de terre que l'on trouve dans le commerce pour 8 euros devient un kit de terre à 450 euros? Je croise régulièrement cet électricien en accompagnant les enfants à l'école, le petit garçon de l'électricien va dans cette même école. Je voudrais installer une bibliothèque dans le salon, un emplacement encastré existe déjà qui permettrait de le faire de façon élégante. J'ai fait quelques croquis de cet ensemble et je me renseigne sur le prix des matériaux dans le supermarché de bricolage. Je ne choisis pas de beaux matériaux, quelques planches de médium, sur lesquelles je ferai un chanfrein avec des baguettes de ramin, feront très bien l'affaire pour des étagères qui de toute manière seront combles de livres et de disques. Et additionnant ce qui doit l'être, je m'aperçois que le prix de tous ces matériaux est deux fois plus élevé que le prix d'une bibliothèque déjà manufacturée. Comment peut-on vendre dans le même magasin des matériaux ouvragés pour deux fois le prix des matériaux bruts. Ce matin, je suis allé retirer de l'argent liquide au guichet de ma banque, plus exactement dans une agence de cette banque qui n'est pas celle qui détient mon compte, mais il s'agit bien évidemment de la même banque. Une fois le reçu signé, et l'argent passé de main en main par dessus le guichet, la guichetière me prévient que cinq euros me seront facturés pour ce retrait de 500 euros. Je lui fais observer que je suis obligé de faire ce retrait parce que cela fait trois semaines que la banque échoue dans ses tentatives de me faire parvenir un nouveau chéquier, service d'ailleurs qu'elle me facture en dépit de son incapacité à le rendre correctement. Lorsque nous sommes arrivés à Fontenay, l'opérateur téléphonique public, nous a contraints à attendre une semaine pour nous donner une ligne, parce que cela devait soit disant nécessiter l'intervention d'un technicien sur place, qui par ailleurs nous a appelés étourdiment sur cette ligne, une heure avant son arrivée sur les lieux. Il a fallu se battre pour ne pas payer cette intervention. Plus tard, le même opérateur téléphonique public a refusé trois fois de suite le paiement de notre première facture, pour des raisons injustifiées, ce qui a occasionné un retard de paiement pour lequel notre ligne a été interrompue, son rétablissement ne fut ni immédiat ni facile à obtenir, ni gratuit bien sûr. Contre cela aussi il a fallu se battre. Lors de la signature de la promesse de vente, une fois le document signé, l'agent immobilier nous a annoncé que les anciens propriétaires ne laisseraient pas le four de la cuisine. Et quand nous argumentâmes que cela ne pouvait pas être, puisque le document que nous venions de signer contenait une description précise du pavillon et que cuisine équipée signifiait que la cuisine était équipée, l'agent immobilier nous a expliqué sans rire que les anciens propriétaires étaient sentimentalement attachés à leur four. Il y a eu un peu de commotion mais finalement le four est resté à sa place. Aujourd'hui je comprends parfaitement l'attachement sentimental des anciens propriétaires pour leur four électrique, après tout, c'est le seul équipement de la cuisine qui fonctionne correctement. Je crois régulièrement les anciens propriétaires de la maison à l'école également, leur petit garçon va aussi dans cette école. Nous n'avons toujours pas le haut débit à la maison. A vrai dire trois sociétés sont en concurrence: nous irons à la première qui voudra bien décrocher le téléphone quand je les appele, et non à celle dont la musique du message d'accueil est la moins lassante, parce qu'à ce jour aucune des trois sociétés n'a encore répondu à mon appel, ces trois sociétés m'indiquant que suite à un très grand nombre d'appels tous leurs opérateurs sont en ligne et ne peuvent pas prendre mon appel pour le moment, si je voulais bien le renouveller. Mercredi soir tandis que je reposais le téléphone un peu brusquement, Anne me demandait ce qui m'énervait, je lui répondis que la société foutait le camp, mais qu'il n'y avait personne pour prendre mon appel. C'est idiot de dire des choses pareilles, évidemment. Mais c'est vrai. Un petit peu vrai. Alors qu'est-ce qui peut relier un électricien facturant des pièces pour plus de cinquante fois leur prix, un supermarché qui vend un produit manufacturé pour deux fois moins cher que le prix des matériaux qui le composent, une banque qui facture un service qu'elle ne rend manifestement pas, un opérateur téléphonique public qui escroque ouvertement ses utilisateurs, des propriétaires qui essaient de voler un four dont la valeur est égale à 0,3% à la valeur du bien qu'ils vendent et des marchands de vent qui ne répondent pas aux numéros de téléphones partout inscrits sur les affiches de la ville? L'appétence pour une denrée nocive, l'argent.
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