214309 Et ce soir plutôt qu'un autre, sans doute échaudé par tous ces va-et-vient entre le travail, sa représentation, et le travail qui s'attache à cette représentation, je remarque mes labyrinthes à billes posés sur l'écran de mon ordinateur — j'utilise ces labyrinthes, sur lequels, avec les années, j'ai acquis une belle dextérité, parfaitement inutile et oiseuse au demeurant, pour tromper l'ennui et l'attente des traitements de gros fichiers, pour lesquels ma machine, une vieille brouette, rappelons-le, peine et s'essouffle à absorber des modifications, même modiques, de fichiers, notamment des images, pesantes en mémoire, ou encore pour occuper l'attente de téléchargements qui n'avancent pas eût égard à une connection à faibles débit et longévité, on s'étonne souvent de ma patience à supporter de telles attentes, tout est relatif, personnellement après des années passées à remuer des cuvettes de révélateur, pour un temps de développement supérieur à cinq minutes, histoire de rendre les noirs charbonneux à souhait, prévoir une adjonction de benzotriazol, après donc, une pratique assidue de la photographie argentique, j'ai souvent le sentiment, avec le numérique, de manier la foudre — et ce soir plutôt qu'un autre donc, de remarquer donc, le voisinage fréquent de mon plus ancien labyrinthe à billes, posé sur le dessus de l'écran, donc, d'avec sa représentation et le bonheur vraiment, fétichiste sans doute, d'avoir un jour remarqué sur cette photographie de Georges Perec écoutant Wagner, les yeux clos, allongé sur son tapis, de remarquer donc, sur sa table basse à lui, cet objet si familier à moi, ce labyrinthe à billes aux méandres concentriques sur lequel, sans doute à la même époque, les années soixante-dix, peut-être même, en même temps que Georges Perec lui-même jouant avec son labyrinthe à billes, nous jouions, mon père, mon frère Alain et moi à celui qui parviendrait à rentrer le plus vite possible les cinq billes dans la cellule centrale, c'était mon père qui chronomêtrait sur sa lip.

Labyrinthe Georges Perec Père Années 70 vieille brouette

 

 

 

 

215523 Revenons à nos moutons. Prenant une photographie de cette activité de corrections attentives, je mesure à quel point je trouve très laides toutes ces interfaces graphiques des différents programmes que j'utilise pour travailler les textes, les images ou les pages de site et c'est pourtant dans les ramifications et les détours de ces programmes que je parviens à donner corps à ces idées, celles même que j'ai pû avoir tandis que je poussais Madeleine sur sa balançoire, que je torchais Nathan ou même que je faisais la vaisselle: là aussi que d'heures passées devant une image lumineuse souvent trouvée moche!

Corrections

 

 

 

 

215817 S'assurer ensuite que tout fonctionne, se réjouir tout de même que les coutures ne soient plus visibles, une fois le travail fait, c'est déjà ça.

Travail

 

 

 

 

 

 

215905 Lutrin de luxe pour un brouillon, une liste de corrections à apporter, toutes rayées, donc toutes faites.

Corrections Brouillon

 

 

221307 Je reviens donc à cette chronique, les images ont désormais une nette avance sur les lignes écrites, à l'état de notes manusrites proches de l'illisible, augmentées, fort heureusement pour la lisibilité, de quelques fichiers .txt — 22042003notes01.txt , 22042003notes02.txt, 22042003notes03.txt, 22042003notes04.txt, il y en a douze pour le moment, certains de ces fichiers contiennent trois lignes à peine, comme la citation de Julian Cannonball Adderley à propos de Bill Evans, un autre fichier contient la liste des mots clefs* par lesquels je me promets de faire cheminer le récit, c'est une partie encore mouvante du texte, quelques trois semaines après le 22 avril 2003 — dans lesquels j'ai pris également quelques notes, ces notes n'en sont, elles, dans la chronologie, qu'aux rêves du sommeil de ce matin. Quelles images pour ces rêves? Avant de reprendre cette chronique, je décide d'aller me faire une tasse de thé. Je descends et trouve Anne fort attendrie, regardant sur notre téléviseur quelques extraits de vidéo qu'elle a faits des enfants ce matin dans leur chasse aux oeufs de Pâques dans le jardin, tandis que je dormais, et elle me demande si cela m'intéresse de regarder avec elle!: transition inespérée. Se dire aussi qu'au delà de la petite astuce de narration toute trouvée, qui consiste à utiliser les images d'événements s'étant produits pendant le sommeil pour précisément illustrer le temps de ce sommeil, nous vivons tout de même dans un monde fait d'imbrications, qui dans le cas présent me donne l'illusion par les images de n'avoir pas tout raté, dans mon sommeil, de cette chasse aux oeufs de Pâques.

Clefs Notes Rêve Anne


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