
A quoi tu penses?
Montées à Nevers, je suis désormais encadré par trois personnes qui ont toutes les trois, en un seul mouvement, déplié leur ordinateur portable et se lancent dans une passionnante réunion de travail pour mettre au point leur présentation commerciale du lendemain matin. Je suis au milieu d'eux, je monte le son d'Albert Ayler à fond dans mes écouteurs, mais les bribes qui filtrent malgré tout de leurs interrogations restées apparemment sans réponse me laissent songeur. Dans ce support d'exposé aux schémas simples, elles se demandent s'il ne faudrait pas changer un peu la couleur du fond ou au contraire d'augmenter le corps de leur police de caractères, elles disent la taille de la typo, pour rendre cela plus lisible, plus percutant, hasarde ma voisine de droite, le mot percutant est repris par les deux autres, qui n'ont plus que ce mot à la bouche. Ce que je perçois de l'écran de biais est une horreur évidemment. Au passage devant la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, j'extraie avec peine mon appareil-photo, en bousculant un peu ma voisine de gauche, et dans le reflet de la vitre je vois bien leurs sourrires moqueurs à mon égard, genre, photographier une centrale nucléaire depuis la fenêtre du train!
J'imagine que je pourrais les aider un peu avec leurs difficultés chromatiques pas assez percutantes en ce qui me concerne, la typo jaune sur un fond bleu, je ne vois pas bien ce qu'elles pourraient ajouter comme force à ce qui relève déjà de l'explosion mais je me garde bien de les aider, chacun son métier et les vaches seront bien gardées, suis pas représentant de commerce moi, et, quitte à devenir sourd par la suite, j'augmente à son point ultime le volume de la musique, parce que justement, je crois que je préfère être sourd plutôt que d'entendre cela.
De toute façon, je suis de très mauvais poil ce soir.