A quoi tu penses?
Dans le train qui file nuitamment tout près de la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, je surprends le geste simplement tendre de cette femme sur l'avant-bras de son compagnon et c'est toute une désespérance qui me tombe sur les épaules: non seulement je rentre au bercail après une semaine tellement pleine, de péripéties, peut-être pas, mais d'aventure cela oui, mais je devine déjà les formes sombres et froides qui m'attendent dans ma maison déserte.
Vivrais-je toujours si seul?, au point de retrouver sans peine, dans
ce train du dimanche soir, les ambiances chaleureuses de familles anglaises
buvant le thé dans les petites alcoves du car-ferry reliant dans
la nuit tombée tôt en hiver le Havre à Porstmouth et comme j'enviais
alors le confort morne de ces familles. Aujourd'hui c'est naturellement
cette douceur de femme qui me fait envie, mais c'est surtout la chaleur
que je jalouse.