A quoi tu penses?

Curieux le rêve de cette nuit qui me poursuit de ses significations ramifiées, je vivais seul et vieux dans mon ancien appartement de l'avenue Daumesnil à Paris, appartement qui avait malgré tout hérité d'un peu de toutes les autres habitations traversées depuis, le grand appartement de Portsmouth et sa moquette bleue de Prusse, l'appartement de la rue Charlot à Paris pour sa vue sur une cour intérieure, la maison de Puiseux-en-Bray, pour l'exceptionnelle hauteur de ses plafonds, sans compter que certains de mes proches étaient désormais distribués autour de moi dans des rôles différents de ceux d'aujourd'hui, Madeleine avait pris le rôle de sa grande soeur Clémence, sans doute l'effet de vieillissement paradoxal dans une situation qui s'apparente malgré tout à un retour en arrière dans le temps, mon père avait les traits de mon frère, et m'aidait à repeindre l'appartement — ce qui de fait s'était produit lors de ma dernière installation dans cet appartement, mon père et mon frère Alain m'avaient aidé à repeindre l'appartement — j'étais devenu le vieil homme auquel Nathan avait promis qu'il s'occuperait bien de moi, et de fait Nathan faisait de la soudure dans une des pièces pour réparer un radiateur défectueux — dans le rêve, le sentiment très agréable que Nathan fasse de la soudure, cela ressemblait d'ailleurs à l'installation des radiateurs dans le garage par mon ami Gégé, ce qui faisait grâce à ce dernier ajout, la maison de Fontenay, une liste exhaustive de toutes mes habitations depuis l'avenue Daumesnil.

Mais le plus curieux dans ce rêve, c'était que j'étais vieux. Et maigre.

Et c'est ce sentiment, très étrange pour moi naturellement, la maigreur, qui perdure, de façon douloureuse, avec les images du rêve allant s'estompant, que je ressens tandis que le train passe près de la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire.