A quoi tu penses?

Quand j'ai levé les yeux de la traductioin que je fais pour Emmanuelle, et vérifier que nous apporochions bien, comme je le sentais, de la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, j'ai vu une femme seule dans un cimetière, se receuillant devant une tombe fleurie en nombre récemment, cette femme avait la mine indéfinie des femmes de soixante ans en province, elle portait un pantalon noir et un manteau violet, mais ce dernier aurait pu être de n'importe quelle autre couleur, elle avait le cheveu court avec une absence de style qui dit bien que l'on ne fait plus attention à cela justement, on se fait couper les cheveux, une fois de temps en temps, c'est tout, j'ai eu en la croisant, si vite, du regard, au passage du train, le sentiment vif que le croisement du train était symbolique du croisement de nos destinées. Elle paraissait receuillie et forcément triste, j'étais concentré, à la fois sur la traduction pour Emmanuelle, et aussi je pensais au plaisir du travail accompli, hier soir, c'est dire si je ne partageais pas en humeur le chagrin de cette femme, sa tristesse, et pourtant, je reste conscient qu'une autre fois, je serais accablé de tristesse et des personnes me croiseront autrement animées en sentiments que je ne le serais par quelque deuil ou désespoir, eux iront à un rendez-vous avec l'être amoureux ou auront connu quelque félicité à leur travail, ou même encore sortiront d'un cinéma qui projette une rétrospective des films des Monty Python, et je serais tête basse, triste. Puis ce sera au tour d'un autre. Et pourtant j'ai quand même le sentiment que l'on transmet plus efficacement la tristesse que le bonheur, qu'elle est davantage contagieuse.

Peut-être, pourtant, que la femme du cimetière a relevé la tête, et est repartie chez elle passer des madeleines au four pour ses petits enfants qui viendront goûter tout à l'heure et anticipant leurs rires joyeux et clairs est-elle déjà moins triste, tandis que pensant, désormais, moi-même, au cimetière de Garches, et à la tombe de mon frère, une bonne part de ma bonne humeur du moment est-elle en train de s'altérer vers des teintes plus sombres.

Peut-être.

One should never speak about my neighbor, not even in her back. One should not talk to her either. She had not asked permission to fall pregnant. Actually for most things she would not wait for the permission to be granted. I think that she jumped over the gate, when she still did not have the right to the key. I would not have done so, but I would hide to write, because I was never too sure it was permitted. I was looking at my neighbor's son, all crooked in his stroller, his eyes catching the full sun, and I was wondering what did not grant him the right to move, to see, to hear, to speak, to raise a hand to wipe his mouth. I was watching his mother and I was admiring her on the sly. I was admiring her for having done that, a forbiden child, drooling and hogging the sky to himself. I was ashamed also, the poor one. I have written down this story without permission, not even his, let alone his mother's, just to tell her, way too late, your son is handsome, as I was passing down the courtyard, and opening the gate in front of her.

Extrait donc du The locks in the drawer, d'Emmanuelle Pagano.