A quoi tu penses?

Je pense, et c'est idiot, parce que j'y pense à chaque fois, qu'hier revenant de l'exposition de l'Enfer à la BNF, dans le métro, entre les stations Dugommier et Daumesnil, j'ai sourri à l'impossibilité, précisément entre ces deux stations, de ne penser à rien, parce que c'est justement entre ces deux stations que Georges Perec dans Espèces d'espaces tente lui aussi de créer une manière de vide d'espace, plus exactement d'espace où la pensée serait au repos complet, même pas arrimée à la plus ténue des rêveries, et pendant l'espace des quarante-cinq secondes que dure le tunnel séparant les deux stations de métro, Georges Perec tente de ne penser à rien et mesure l'impossibilité de cette tentative, et chaque fois que je prends le métro entre ces deux stations, je ne peux m'empêcher naturellement de penser à ce passage d'Espèces d'espaces, hier je me posais cette question dont je connaissais déjà la réponse, à quoi tu penses?, à Georges Perec et à l'échec de son vide d'espace entre Dugommier et Daumesnil et me posant la question d'à quoi je pensais, je pensais à la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire.

Mon voisin dans le train, lui, ne lit pas Georges Perec, mais bien le Figaro et je lis par dessus ses épaules, Sarkozy prêt à rentrer dans le dur des réformes, et pour illustrer cet article une photographie de Laurence Parisot, dans un ensemble saumon, chair, entourée d'hommes en costumes sombres, c'est une image véritablement pornographique, on dirait un attroupement de ces mâles le sexe dressé éjaculant sur le corps d'une de ces starlettes de films X. C'est à cela qu'elle ressemble Parisot en ce moment. Son sourrire extatique. Et le massacre qui résulte de la violence de ces hommes avides et costumés. Je n'ai qu'à voir le sourrire de cette femme et celui gourmand, carnassier, des hommes qui l'entourent pour savoir à quel point cela va mal en ce moment.