A quoi tu penses?

Il s'en est fallu de peu que je ne manque de prendre ma photographie de la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, parce que je fermais les yeux en écoutant Keith Jarrett, l'album Bye bye Blackbird dédié à Miles Davis alors tout récemment disparu. Et c'est en paniqaunt, presque, que j'ai sorti mon appareil de ma besace, et que j'ai eu juste le temps de faire quelques images.

Mais alors je me pose la question, aurait-ce été grave que je ne parvienne pas à prendre cette photo? Qui aurait pu me le reprocher? Est-ce que cette peur panique n'est pas l'aveu que je me sois pareillement enchaîné à ce travail quotidien que sont à la fois le bloc-notes et ses contraintes internes, comme A quoi tu penses?, ou encore La vie, et pour ces collages de photographies, des contraintes formelles aussi. Et pourtant c'est là une prison très salutaire. Par exemple, quand je suis autrement enchaîné, en ce moment, aux travaux de peinture dans la maison et que ma seule récréation de la journée peut être d'aller, après la sortie de l'école, à la piscine avec les enfants, d'une part pour leur faire plaisir, et pour la leçon de natation de Nathan, mais d'autre part aussi pour lutter efficacement contre les courbatures fourbues après des journées à passer ponceuse, pinceau et rouleau, il est en fait excellent que je m'astreigne au moins une fois par jour à cette prise de notes et de photographies, geste qui finit par sauver la journée de sa monotonie engluante.

Alors le sentiment que tout n'est pas perdu. Que je suis parvenu à faire une chose de bien dans la journée. Et puis cette semaine, pour la première fois depuis un mois, l'impression que cela avance. Les deux chambres des filles sont terminées, il ne reste plus que le grand chantier des placards et des tiroirs de la cuisine, et puis il y aura la cage d'escalier et la petite véranda. On touche au but, j'ai peine à y croire.