Le Bloc-notes du désordre |
samedi, mars 19, 2005
Samedi 19 mars Dans le grand auditorium, les fauteuils sont profonds et rouges, à l'arrière de la scène, dans les cintres, l'écran de projection est immense et le petit écran des sites que nous y démultiplions remplit cet écran entièrement, curieuse impression tout de même de retrouver dans d'aussi vastes dimensions, ce qui d'habitude n'occupe qu'une transversale d'une vingtaine de pouces. Et cela fonctionne. Toute cette technique dont je sais pourtant la fragilité de par ma profession, cette technique sensible ne faillit pas, les pages répondent présent et s'affichent donc dans les dimensions gigantesques de l'écran derrière nous sur la scène. Vient mon tour. Je m'installe derrière le petit écran et je pianote l'adresse du site. S'affiche l'image de perfection de la petite Satoko et les menus déroulants. Comme me l'avait demandé Alain, je commence par les origines, par le début. Ma toute première confrontation avec internet date de 1987. Oui, cela paraît curieux, mais en ces temps "reculés", j'étais étudiant aux Arts Décos et nous suivions les cous enthousiastes d'un professeur de vidéo qui s'appelait Don Foresta. Son optimisme était contagieux, lui qui développait cette idée que la technologie naissante allait révolutionner le monde de demain et qu'il était important que les artisites s'embarquent dans cette aventure sans quoi, prévoyait-il, les formes du futur seraient disgrâcieuses. Don avait une fois organisé un échange triangulaire avec une université du Japon, les Arts Décos à Paris donc, et une école de New York, Cooper Union peut-être, je n'en suis plus très sûr. A l'aide, donc, d'un modem qui prenait l'apparence d'une très grosse boîte rudimentaire, reliée par un dédale de câbles eux aussi très grossiers, nous avions reçu, après un chargement interminable, et donc patient, une image envoyée par les étudiants japonais. Il s'agissait d'une vignette de trois cents ou quatre cents pixels de large représentant un paysage japonisant au lever du soleil. Nous devions altérer cette image pour l'envoyer aux étudiants américains et nous fûmes quelques uns prompts à suggérer la solution graphique évidente de modifier la position du soleil dans l'image pour l'envoyer aux Américains qui firent de même, et couchèrent, eux, le soleil, pour renvoyer l'image à l'envoyeur, au Japon, pays du soleil levant, la course du soleil sur ce paysage de l'Epinal japonais, ayant épousé, à rebours, celle du soleil, au travers des trois fuseaux horaires de Tokyo, Paris et New York. Je me souviens de l'ambiance électrique qui régnait lors de cet échange sommaire, j'avais littéralement le sentiment de vivre dans un monde futur, à ce point futur d'ailleurs que j'imaginais sans mal que ce qui nous en séparait vraiment était une bonne trentaine d'années, que ce serait là en somme le monde tel qu'il existerait quand j'approcherais de l'âge de la retraite, et d'ailleurs je mis très longtemps à m'intéresser aux ordinateurs et à leurs possibilités de traitement de l'image, notamment photographique. Dans les années 90 je me souviens avoir lu de nombreux articles dans le Monde diplomatique à propos des "autoroutes de l'information", terme dont je comprenais difficilement ce qu'il recouvrait mais dont je devinais que tout ceci appartenait à un monde encore très éloigné de nous dans le temps. En 1996, à la mort de François Mitterrand, est sorti le livre du professeur Gubler, le Le Grand Secret dont je n'aurais jamais très bien compris l'intérêt si ce livre n'avait pas été frappé par la censure, et comme je lus que cette tentative de censure était désormais inefficace parce qu'elle fût tout de suite contrecarrée par la publication en ligne du livre in extenso. Avec un collègue, au travail, nous parvîmnes à "télécharger" terme qui demeurait très abstrait pour moi ce texte et à l'imprimer, et j'eus le plaisir de le lire, quasi-religieusement, tant javais le sentiment de vivre une expérience très à la marge. Plus tard ce que je retins de mes premiers pas sur internet, c'était la grande difficulté de trouver du contenu. Combien de sites alors qui clamaient que telle ou telle partie du site était en travaux, et qui disparaissaient en fait avant d'avoir eu la chance de faire partager ce qui promettait d'être un contenu digne d'intérêt. Et comme aussi ma démarche peu assurée de débutant dans mes recherches me faisait souvent trouver ce que je ne cherchais pas mais me faisait continuer de rechercher, de façon toujours aussi infructueuse, l'objet initial de ma recherche. Cette frustration émerveillée m'a conduit, lorsqu'il fut temps de construire mon propre site, de concevoir un site qui fut à l'image de ces recherches infructueuses. Pour atteindre cet objectif de perdition de son visiteur il a beaucoup fallu se reposer sur de vastes dimensions du site. Aujourd'hui le site pèse presque un gigaoctet, ce sont ces dimensions imposantes qui permettent encore d'égarer les visiteurs du site, même ceux qui sont habitués à ses pitreries depuis ses début. Plutôt que de faire semblant, devant vous, de visiter le site, en feignant de tomber dans mes propres chausse-trappes, je préferais vous montrer comment le site va évoluer et où en est sa refonte actuelle. Un des paradoxes du travail qui est le mien sur le site, c'est que je sois confronté à une interface graphique que je trouve très laide. Travaillant au site, ce que je vois à l'écran est en général moche et laid. Et pourtant c'est au travers de ce filtre insatisfaisant au regard que je tente de créer de nouvelles formes, elles plaisantes visuellement. Pour lutter contre cet ennui visuel, j'ai fini par choisir de montrer au visiteur du site ce que justement je vois quand je travaille aux pages du site. Un autre paradoxe du site veut que pour perdre efficacement mon visiteur il soit important pour moi au contraire de m'y retrouver notamment à cause du très grand nombre de fichiers qui composent le site, aussi pour "faire désordre", il est primodial que le rangement de ces fichiers soit dans l'arborescence du site d'une rigueur maniaque. J'ai également décidé de donner à voir cet ordre contradictoire qui ne l'est pas tant que cela, puisque ce qui est rangé à mes yeux peut relever de la cacophonie à un tiers. Parmi les nombreux ressorts qui sont utilisés dans le site pour fourvoyer ou tromper le visiteur des scripts aléatoires (la plupart écrits et conçus par mon ami Julien Kirch, qui, depuis plus d'un an et demi maintenant, m'aide de sa très grande science de la programmation) permettent de rendre à la fois l'apparence et le contenu du site très mobile. Pour compléter cette intranquillité d'aspect, le site utilise de nombreux scripts d'ouvertures superposées de nouvelles fenêtres, les chemins de navigation qui appelent cet entassement de fenêtres n'étant pas tous prévisibles, une impression tridimensionnelle est ici recherchée. Enfin, pas le biais croisé d'une page d'archives qui rend compte des différentes étapes de la construction du site et d'un site dans le site dans lequel sont exposées les prochaines étapes de la construction, une dimension temporelle contribue à agrandir les limites du labyrinthe. Et ils étaient tout juste une demi-douzaine les personnes disséminées dans les fauteuils cossus de l'espace Franquin d'Angoulême pour entendre cet exposé. Mon ami Alain s'agissant d'internet parle volontiers de l'éléphant dans le couloir que nul ne semble voir, je crois qu'il n'a pas tort, tous les jours me sont données les preuves de cette méconnaissance à la fois d'internet et de ses possibilités pourtant invraissembables. C'est un peu comme si, toujours pour paraphraser Alain, Guthenberg ayant fini sa journée de travail, ayant tiré son premier texte, soit allé boire une choppe dans l'auberge voisine, se soit vanté d'avoir tout juste révolutionné le monde, nul ne l'aurait cru et pourtant, avec les textes imprimés fut fondée notre civilisation de l'écrit. Il n'est pas impossible que l'invention d'internet soit pour notre monde un phénomène de plus grande ampleur encore, mais nous feignons tous de l'ignorer, parce que c'est beaucoup plus grand que nous. La liste complète des liens qui furent projettés sur le grand écran http://www.cinematicfilm.com/acces%20copie.html http://www.cinematicfilm.com/laurent%20hart.html http://www.cinematicfilm.com/j%20aurai%20ta%20peau.html http://www.cinematicfilm.com/dancer.html http://www.art-video.org/ http://www.uneminute.net http://www.bechamel.com/ http://www.iamas.ac.jp/~aki98/ http://www.presstube.com/ http://www.davidshrigley.com/animation/animations.html http://www.mudam.lu/shrigley http://www.hoogerbrugge.com/ml.html http://www.coconino-world.com/village/index.php http://lereb.free.fr/lereb_online/strips/mains.htm http://www.bonobocomix.com http://www.crouty.net/ http://www.lares.dti.ne.jp/%7Eyugo/storage/monocrafts_ver3/03/index.html http://enbalyon.free.fr/frespech/secretintro.htm http://www.aw-net.com/zack http://sodaplay.com/constructor/index.htm http://sodaplay.com/zoo/index.htm http://violainecousty.site.voila.fr/ http://www.lemouchoir.com/ http://www.bfpsite.com/ vendredi, mars 18, 2005
![]() Vendredi 18 mars On ne rencontre jamais vraiment son public. Combien de personnes ce soir au vernissage se sont arrêtées devant les deux grands tirages de l'autoportrait en carrés?, si peu en fait et ceux qui se sont arrêtés, ne s'y sont souvent pas arrêtés assez de temps pour se donner la moindre chance de comprendre le plus petit des enjeux de ce travail, en grande partie parce que c'est un travail somme toute incompréhensible. Ou alors il faudrait passer du temps, sans doute beaucoup de temps, pour y déceller les abymes et les labyrinthes qui sont dissimulés dans ce travail. A vrai dire c'est un travail qui me demande déjà à moi un certain effort de concentration pour le regarder, quand bien même je suis nécessairement au fait de ce qui y est recherché. Alors pensez, toutes ces personnes que j'ai vues passer, littéralement, devant ces deux grands panneaux d'un mètre carré, et qui y ont accordé un peu le même regard torve dont ils auraient gratifié un étalage de carrelage de cuisine, quelles étaient vraiment les chances de ces spectateus inattentifs d'y trouver la moindre signification. Et quand je mets dans la balance ce regard furtif et sans attention, avec donc dans l'autre plateau, ce que ce travail a coûté d'efforts et de métier pour le produire, un sentiment de dégoût sans fin se prend de moi. Se pose alors clairement cette question: mais pour qui est-ce que je travaille?, pourquoi?, aussi. Et je crois que je viens de retrouver une réponse que j'avais déjà trouvée il y a quelques années à cette question que je me posais alors: des expositions?, mais pour quoi faire? Pourtant avec le site, et sa notoriété finalement réelle, avérée, et qui jusqu'à maintenant n'a fait que croître, j'obtiens un tout autre plaisir. Le soir même d'ailleurs en consultant mon courrier, je trouve le numéro 3 de la revue Le Carrosse dans lequel est publié le premier épisode d'Une Fuite en Egypte. Malgré tout aussi, le plaisir d'être avec Alain et Céline de bonobo.net et Olivier comme parmi les miens, nous sommes tous fatigués, mais heureux, on boit des coups jusqu'à trois heures du matin, comme soulagés de ce que nous avons accompli. Pourtant aussi, dans une discussion sans grand intérêt avec un étudiant des Beaux-Arts qui faisait un peu le beau, dans son propos sans fondement très profond, cette discussion pauvre m'aide à explorer plus outre, mentalement, l'idée qui germe en moi de ces très grandes pages d'images dans lesquelles on se proménerait avec la "main baladeuse". jeudi, mars 17, 2005
jeudi 17 mars Sauter dans le train en ayant courru dans les couloirs de métro, le train part tout de suite. Reprendre son souffle, se calmer, laisser ruisseler la transpiration, respirer plus calmement. S'intéresser enfin au défilement du paysage et être surpris d'être déjà à la hauteur du péage de Saint-Arnoult! Il y a quelques minutes seulement n'étais-je pas encore dans la rame de métro entre Daumesnil et Dugommier, et de penser chaque fois que je prends cette ligne à cette recherche du vide dans Espèce d'espaces de Georges Perec, ce vide d'espace et de pensée, vaine tentative qui chaque fois échoue, on ne peut pas penser à rien, pour ma part m'efforçant entre Dugommier et Daumesnil ne penser à rien, je finis toujours par penser à ce passage d'Espèce d'espaces de Georges Perec. Engoncé dans mon fauteuil de train, j'ai bien du mal à faire assez de place pour l'ordinateur portable, je crois que je suis devenu trop gros. Je suis devenu de trop pour moi-même. Je n'arrive plus à me porter. Dehors, je regarde, maussade, le paysage passer à toute allure. Tout est écrasé par la vitesse, tout petit, j'ai le sentiment de voir enfin passer le décor en carton-pâte comme le verrait un personnage miniature depuis un train électrique jouet. Le paysage est écrasé par la vitesse, je me fais une comparable application, je me sens écrasé par le temps. Je me rends bien compte comment ces derniers temps je manque beaucoup d'humour, ce qui dit bien cela aussi, j'ai pris conscience que la mort n'était plus pour demain mais pour ce soir. Et qu'en sauront mes amis qui viendront me chercher à la gare d'Angoulême, que sauront-ils de ces pensées qui me lestent? Rien sans doute. Comme quoi nous traversons de mieux en mieux les existences des uns et des autres. Arriver à Angoulême, et être acceuilli sur le quai par cette annonce inattendue Niort, Niort deux minutes d'arrêt. Ne pas savoir exactement où se trouvent Niort et Angoulême. Ne pas savoir s'il faut descendre ou rester dans le train. Aviser finalement une carte de la France en étant resté dans le train, puis regarder son billet de train et comprendre que je me suis trompé de train à Montparnasse. Echouer donc à La Rochelle. Le soir à Angoulême, travail en commun, tous dans la même pièce, ce qui change tout de même de la dispersion qui est la notre habituellement. mercredi, mars 16, 2005
Mercredi 16 marsTéléphoner à Ray et le surprendre dans son travail. Comme toujours. Ray est TOUJOURS en train de travailler. Il s'excuse de devoir quitter l'atelier pour traverser le jardin et aller chercher le numéro de téléphone que je lui demande dans son carnet d'adresses resté dans la maison. Je veux tout imaginer. Il est 12H30 à Chicago, il fait sûrement très frais, il y a peut-être même de la neige au sol. Cette odeur de froid sec à la fin de l'hiver en Amérique du nord me manque. Ray remonte les escaliers vers la cuisine. Il est accueilli dans la cuisine par cette odeur persistante de café. Il revient un peu essoufflé, je pense à cet atelier dans lequel Ray travaille tous les jours, le matin en partant avec son mug de café à la main, comment il met de la musique au bas de l'escalier Ray écoute le meilleur des jazz, pléthorique discothèque que la sienne, Ray a entendu en concert Coltrane jouer avec Monk, combien étaient-ils de Blancs comme lui à cette époque à savoir l'importance de ce qui se jouait alors, la rencontre de Trane avec Monk, que Coltrane commentera comme une expérience effrayante, avec le sentiment de peur de sans cesse pouvoir tomber dans une de ces chausses trappes rythmiques typiques de Monk, Coltrane avait parlé d'une cabine d'ascenceur dont le sol se serait dérobé, même pour lui, c'était cela jouer avec Monk avant de monter et d'entrer dans ce monde pas simple de ses images. Comment il m'avait expliqué un jour qu'avec l'âge, chaque nouvelle image lui coûtait en effort de sans cesse refaire la synthèse de tout ce qu'il avait fait jusque là, une vie dans l'atelier. A écouter du très bon jazz. mardi, mars 15, 2005
mardi 15 mars Au CMP. Je ne sais pas pourquoi mais arrivé au CMP il s'est fait jour qu'il fallait parler de ces choses. De ce qui somme toute est infiniment douloureux. Mon frère Alain, mort par suicide, il y a bientôt douze ans. En fait je fais terriblement attention de ne pas superposer les histoires, celle de mon frère Alain souffrant de bouffées délirantes je ne suis pas certain que l'on puisse nécessairement parler de schizophrénie, le terme que nous entendions alors, était bouffées délirantes, et celle de Nathan petit garçon et ses retards. Dans la psychologie familiale, il y a que ce soit si difficile pour mes parents de ne pas confondre le traumatisme que fut la maladie et la mort de mon frère Alain avec les difficultés qu'éprouve Nathan. Et comme il est difficile pour moi de ne pas m'énerver quand ils sont coupables de cette superposition. Mais tout de même ce que je n'avais pas prévu, c'était l'émotion que ferait naître une des questions de la pédopsychiatre, lorsqu'elle me demanda si je me faisais des reproches pour ce qui était arrivé à mon frère. Non, je ne me suis jamais fait de reproches. Mais précisant les choses, j'ai du expliquer que lors de la première hospitalisation de mon frère Alain j'étais en fait retenu aux Etats-Unis où j'étais en période de probation pour mon immigration et que donc je n'ai pas pu rentrer tout de suite. Lorsque j'ai enfin pu quitter les Etats-Unis pour rentrer en France, nanti que j'étais, enfin, de cette fameuse carte verte, mon frère Alain était en fait hospitalisé depuis plus de deux mois, je crois. Et la question, "vous l'avez trouvé changé à votre retour?" est une question qui m'a heurté parce qu'elle m'a rappelé, comme si c'était hier, cette arrivée dans cette clinique à Sèvres et de découvrir le regard terriblement fixe d'Alain, ses mains qui tremblaient incontrollablement, ses cheveux courts qui donnaient à voir des entrées de calvitie de part et d'autre du haut du front, ses ongles qui n'étaient plus rongés, il avait des lunettes qui étaient enfin à sa vue. Il était méconnaissable, il était malade. Et je pleure chaque fois que j'y pense. C'est bien cela qui ressort de tout ceci, combien je maîtrise mal ces derniers temps mes émotions. Et qu'il est sans doute temps de faire quelque chose à ce sujet. Cette journée pourrait être toute entière marquée par cette séance éprouvante, mais fort heureusement Julien est venu dîner à la maison. J'ai fait des crevettes à la sauce aux huîtres et les servant dans un grand plat, j'ironise auprès de Julien que longtemps, mes plats chinois étaient la seule façon vraiment efficace de faire la paix avec les enfants d'Anne, Julien et Clémence, qui devant de tels mets abandonnaient un peu de la tension qu'ils maintenaient à mon égard. Le reste de la soirée s'écoule très agréablement, nous travaillons dans un premier temps sur la nouvelle maquette de remue.net et puis je parle des prochains développements du désordre, de ces choses que j'aimerais faire, mais pour lesquelles me manquent de si nombreuses connaissances, qui sont en fait du "langage" pour Julien. Souvent c'est comme si Julien me prêtait cette langue justement. Que de choses apprises par moi lors de ces échanges! Et comment chaque fois que Julien élargit le périmètre de ces connaissances de nombreuses idées deviennent réalisables. Mais alors, sous cette avalanche l'impression de crouler un peu à la fois sous la besogne mais aussi avec l'idée que ces développements sont sans fin, ce qui est à la fois décourageant et enthousiasmant. lundi, mars 14, 2005
lundi 14 mars Rentrer darre darre à la maison. Emmner Anne à la gare. Puis aller chercher Nathan à l'école. Comme tu as un beau sourire mon garçon, tu as l'air content de me voir. Nourrir Adèle. Faire quelque chose à manger à Nathan. Et puis il est déjà temps de repartir pour aller chez la psychologue. Un café et une grenadine chez Monsieur Grenadine. Comme d'habitude, je parcours à toute allure tout le Parisien du jour & la médiocrité de cette feuille de chou ne m'empêche cepndant pas d'y glâner quelques informations, plus tard je suis toujours surpris de voir à quel point ces inforamtions étaient soi erronnées soit terriblement parcellaires. Nous montons et Nathan est très rapide à se mettre "au travail", selon l'expression consacrée. Je descends la rue du Chemin Vert et j'y trouve le magasin les trésors d'Adrien ouvert inhabituellement. J'avise la vitrine dans laquelle je vois un jeu de taquin identique à l'un des miens. Je décide de l'acheter pour en faire cadeau à Julien qui doit passer demain soir à la maison. La discussion est toujours agréable avec le monsieur du magasin. Dont j'apprends cette fois-ci qu'il est âgé de 77 ans, âge qu'il est difficile de deviner sur cet homme singulièrement vert, et que cette boutique de jouets fut en fait ouverte par sa femme et lui il y a neuf ans, tandis qu'il étaient fraîchement retraités de la petite industrie, et que sa femme et lui avaient trouvé dans cette boutique de vieux jouets le moyen efficace de lutter contre l'ennui, "regarder la télévision" dit-il. Je finis pas remonter dans la rue, je prends même le temps d'un nouveau café que j'ai tout juste le temps d'avaler quand je réliase que je suis légèrement en retard pour aller rechercher Nathan. Nathan m'accueille avec beaucoup d'enthousiasme et me donne un morceau de pâte à modeler jaune dont il me dit que c'est un serpent, qu'il est pour moi et que c'est pour mettre dans la voiture. A vrai dire je suis un peu ému d'autant que la psychologue me précise bien qu'effectivement ce serpent jaune est bien pour moi. Nous rentrons dans le calme. Plus tard j'irai chercher Madeleine à l'école et plus tard encore Anne au métro de Vincennes. Quand elle a appelé Anne m'a dit que j'avais le voix nettement plus détendue que la semaine dernière. En fait le soir elle m'avouera qu'elle a sermoné les enfants pour qu'ils me ménagent un peu. J'ai parfois honte de me dire qu'il faut que mes enfants fassent des efforts pour se rendre supportables à moi, qui suis souvent trop concentré sur d'autres préoccupations. Entretemps j'ai reçu ce poème de Baudelaire, envoyé par François comme en embuscade à la lecture du bloc-notes.
dimanche, mars 13, 2005
dimanche 13 mars Aujourd'hui cette idée de doter la Vie d'un calendrier. Et l'impression de mettre son existence en boîte, dans des bocaux. De la ranger. Ce que je fais dans site ne m'apparaît pas toujours en pleine clarté, ce que cela veut dire de tout mettre de sa vie dans un site internet. Lorsque je m'en aperçois, cela m'effraie un peu. L'impression aussi d'un but qui ne s'atteint jamais, quand j'aurais fini la nouvelle version, de nouvelles idées se bousculeront, elles demanderont davantage de travail. Quand bien même je continue de compliquer les choses, je n'arrive toujours pas à me perdre. Même et surtout dans les galeries les plus anciennes. Amusé, je me dis que tout ceci est pathologique. Et que je ne lutte plus contre le mal. Mais alors existe-t-il déjà un nom pour cette maladie? Cette manie de récupérer les ingrédients les plus futiles de son existence pour en faire quelque chose, est-ce que qu'en psychologie, ou même en psychiatrie, cela ne devrait pas porter un nom ? je ne voudrais pas passer pour paranoïaque, évidemment. |