Le Bloc-notes du désordre |
samedi, mars 05, 2005
![]() Samedi 5 mars Je peux donc enfin ranger mes disques et notamment exhumer du garage les vynils, pour lesquels un espace est enfin prévu. Je fais tout de même un peu le tri, je ne crois qu'il soit utile que tout le voisinage apprenne que j'ai nourri une prédilection adolescente particulière pour deux formations exécrables, Yes et Genesis, et tout un tas de produits dérivés, pâles copies de ce qui était déjà sans relief, on appelait cela de la musique progressive et j'aurais du davantage écouter mon père à l'époque qui me certifiait sur facture que c'était du bruit, en tout cas de la très mauvaise musique et que si elle était "progressive", le progrès n'était pas certain. J'en garde quand même un ou deux de côté, histoire de pouvoir faire rire, ceux de mes amis dont je sais qu'ils ont connu les mêmes errements, mais qui n'ont pas mon sens de la sauvegarde, je suis sûr que j'arriverais à les faire rire avec ma vieille galette de Close to the edge de Yes et d'éprouver leur mémoire des paroles de Foxtrot de Genesis. Je retombe sur d'autres vieilleries, pas plus recommandables, pareil, les conseils du père s'ils avaient été écoutés m'auraient fait gagner beaucoup de temps, je l'entends qualifier Led Zeppelin de pesant, quelle oreille!, et dans lequelles je mets la main sur une belle série de disques de Deep Purple. Alors c'est amusant parce que récemment avec l'ami Phil nous avions parlé de Smoke on the water, du coup j'installe le Made in Japan sur la platine et à notre plus grande surprise avec Anne, nous découvrons que nous écoutions la même chose au même âge et que nous attraperions presque la chair de poule aux vocalises inqualifiables de Ian Gilan dans Child in time, et je me moque d'Anne en lui disant qu'elle rêvait sûrement de partir à l'arrière d'une moto conduite par Jon Lord, le claviettiste moustachu, chevelu et dépoitraillé de Deep Purple. Nous sommes incrédules que ces types sans grâce et sales aient pu à ce point être nos idoles et comment cette musique effectivement pesante selon le verdict du père, et sans amplitude, nous paraissait alors le comble de la beauté et du raffinement, notamment les vocalises crues envoûtantes dans Child in time et qui nous font davantage l'effet de gémissements d'oenuque aujourd'hui. Madeleine, elle trouve que c'est pas mal, sans plus. Mais ça l'amuse toujours quand on met la musique à fond les ballons selon son expression piquée à Anne-Pauline. La photographie en tête de cet article n'est pas une photographie d'époque de Deep Purple en concert à Bailleul, Nord, mais une photographie du groupe Helter Skelter, d'époque elle aussi c'est-à-dire de la même époque que Made in Japan de Deep Purple comme le prouvent les rayures et les pétouilles, en concert, eux aussi, mais pas au Shepard's Bush de Londres, non probablement à la salle des fêtes de Bailleul, Nord. Oui, vous ne les aurez peut-être pas reconnus, mais ce sont mes cousins qui sont ici en photo, et comme à l'époque, enfant, j'étais persuadé que les Beatles étaient un groupe du Ch'Nord. Et d'ailleurs à propos d'Helter Skelter, j'ai appris récemment décidément les lecteurs du bloc-notes ces derniers temps font leur possible pour rétablir mes documentations partielles et inexactes qu'Helter Skelter était en fait le morceau le plus long des Beatles puisque sa version originale dure tout de même 27 minutes et que contrairement à ce que j'avais entendu un peu vite depuis des dizaines d'années, ce qui est éructé à la fin du morceau ne l'est pas par John Lennon, mais par Ringo Starr qui éructe, donc, textuellement, donc, I got blisters on my fingers (J'ai des ampoules aux doigts), ce qui après 27 minutes d'affilée de ce morceau de hard rock, avant l'heure des Deep Purple et Led Zeppelin déjà mentionnés, paraît plus compréhensible que ce que j'avais entendu jusqu'à maintenant. vendredi, mars 04, 2005
![]() Vendredi 4 mars Mon ami Pascal est passé en début d'après-midi il m'avait demandé si j'étais là dans la matinée, mais j'avais traduit de moi-même qu'il viendrait en début d'après-midi pour m'apporter ce fameux meuble dans lequel je vais pouvoir ranger ma musique, c'est-à-dire à la fois mes disques vynils et CDs mais aussi mes mini-disks et mes cassettes de même que la chaîne. En fait c'est assez curieux mais j'ai conçu ce meuble il y a quelques temps déjà et comme je butais sur des difficultés de réalisation, Pascal m'avait offert de se pencher sur le problème et en un tour de main avait résolu ce qui me paraissait proche de l'inaccessible. Du coup, ironisant sur le fait que pour construire des étagères il valait mieux ne pas faire comme pour un certain site internet, keep it simple, stupid, comme dirait Julien, il m'avait dit qu'il me le fabriquerait. En concevant ce meuble, je m'étais également fait cette réflexion que le début de l'autoportrait en amateur de jazz devrait commencer par la description de ce meuble. Dont acte. Le meuble qui contient la musique est un parallélépipède d'un mètre quatre-vingt onze de hauteur, de 51,3 centimètres de profondeur et d'un mètre vingt de large. Ce meuble est fabriqué dans du médium, matériau peu gracieux, qui offre cependant l'avantage de présenter des champs aussi propres que sont les coupes. En revanche à travailler c'est une horreur, le passage de chaque outil dans ce matériau occasionnant une poussière fine considérable. Le meuble est divisé en deux parties égales dans sa largeur et sept parties de hauteur différentes. Les deux premières hauteurs en partant du bas accueille donc quatre casiers de taille identique dans lesquels viennent se loger pour les deux casiers de gauche, deux larges rangées de disques trente-trois tours un tiers, un seul de ces disques est légèrement tiré et un amateur de jazz pourrait reconnaître la pochette de Something else d'Ornette Coleman. Les deux autres casiers, ceux de droite accueillent eux l'équipement stéréophonique à proprement parler, dans le casier du bas on trouve une platine de disques vynils de marque Technics qui, lorsqu'elle tourne, éclaire le tour de la platine d'une lumière orangée qui se reflétant sur de petits ergots espacés régulièrement, par effet de stroboscopie, permet le réglage très précis de la vitesse de rotation, dans le cas présent le bouton qui permet d'affiner ce réglage est inopérant et il semble donc que la platine tourne un poil trop vite, de manière incurable. Cette platine, comme trois autres éléments rangés dans le casier supérieur, est reliée donc à un amplificateur de marque ARCAM sur lequel sont posés, l'un au dessus de l'autre, un lecteur de CD et un tuner, tous les deux de marque ARCAM également, et enfin un petit mini-disc de marque SONY. A côté du mini-disc est posée la boîte vide du CD de Gerry Mulligan avec Paul Desmond, CD qui se trouve dans le lecteur éteint. Les hauteurs suivantes sont comblées par des casiers qui arrivent au ras des étagères et qui contiennent chacun une trentaine de CDs, ces casiers sont amovibles et lorsqu'on les tire à soi ils libèrent la profondeur complète du meuble, au fond de ces logements cachés sont rangés d'autres CDs, pour la plus grande majorité d'entre eux, des disques gravés pour avoir été empruntés à la bibliothèque municipale de Fontenay ou simplement prêtés par des amis au premier rang desquels, Pascal, l'ami menuisier qui a construit ce meuble, d'autres casiers libèrent l'accès à des boîtes de minidisk, ceux-là ont été enregistrés avant que ne soit acquis un graveur de CDs, en l'absence duquel il faut reconnaître que la facilité de connexion et de déconnection du petit appareil sur toutes le chaînes permet de se comporter en coucou chez ses amis et de copier leurs disques sans avoir à les emprunter. C'est d'ailleurs de cette façon qu'ont été enregistrés, pour ainsi dire, tous les minidisks rangés donc derrière les casiers amovibles. De même avant l'acquisition du minidisk, de nombreuses cassettes ont été enregistrées de CDs empruntés à la médiathèque Marguerite Durand, du XIIIème arrondissement de Paris, rue de Tolbiac. Ces casettes sont également rangées dans le fond des étagères que cachent les casiers amovibles. Une nouvelle hauteur aurait permis de ranger quelques livres, elle accueille finalement une nouvelle rangée de CDs, de même que le fait de ce meuble, qui, lui aussi, supporte une nouvelle rangée de CDs. Partant du meuble, discrètement, deux câbles doubles relient l'amplificateur aux enceintes de marque AE, placées un bon mètre, de part et d'autre, devant le meuble. Sur le côté du meuble une chaise en bois au dessin qui rappelle les sièges romains, dessinée et fabriquée, comme le meuble, par Pascal, l'ami menuisier, lui aussi jazz aficionado, cette chaise reçoit, elle aussi donc, deux piles de Cds d'une hauteur de quarante centimètres chacune. L'équilibre de cet ensemble paraît précaire. L'extrême majorité des Cds et des disques vynils, de même que des minidisks et des cassettes contient du jazz. Tandis que nous nous sommes appliqués à décrire ce meuble le tuner est allumé et réglé sur la station FIP, 105.1, il est 19H50, Charlie Parker au saxophone alto, dont on apprend, ce 12 mars 2005, que nous célébrons la présentatrice a employé le verbe fêter qui décidément ne convient pas le cinquantième anniversaire du décès. L'émission est en train de s'enregistrer sur le minidisk. Le volume est assez fort. Nous sommes à table. jeudi, mars 03, 2005
![]() Jeudi 3 mars J'ai fait cette nuit deux cauchemars étranges. Le premier m'a réveillé en effroi au milieu de la nuit, profitant de mon inattention, Nathan traversait la rue et se faisait écraser dans une violence terrible, son petit corps était sans vie, les traits curieusement appaisés, il portait sur lui encore cette odeur que j'aime sentir dans ses cheveux épais, j'étais bouleversé, des caméras de télévision arrivaient tout de suite sur les lieux et demandaient que la scène soit refilmée, j'avais beau m'y opposer, un agent de Mercedes, la marque de la voiture qui avait écrasé Nathan me proposait un pont d'or m'expliquant que le fait que Nathan soit mort écrasé, apparemment sans souffrance, était pour Mercedes une excellente publicité pour leur nouveau pare-buffle de ville, je me suis réveillé empli d'une inextinguible tristesse. J'ai mis longtemps à calmer ma respiration dans l'obscurité de notre chambre mais j'ai fini par me rendormir. Le rêve que j'ai fait ensuite est différemment étrange. Je pénètre dans une pièce cubique de 64 mètres cubes, dont trois des murs sont couverts d'étagères combles de livres à l'apparence ancienne, reliés pleine peau, leurs tranches sont cependant de toutes sortes de couleurs désaturées et poussiéreuses. Dans ce cube parfait de quatre mètres par quatre mètres par quatre mètres se tiennent deux hommes âgés. L'un d'eux est en fait le duc de saint-Simon, non pas tel qu'il existe en portraits et en habits de l'époque, non, en vieil homme fatigué et en robe de chambre mauve sombre, en cela il ressemble au Dave vieilli de la fin de 2001 l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrik. L'autre homme est son secrétaire, lui ressemble à Jacques Dupin aujourd'hui. En fait de secrétaire, il est devenu la mémoire de Saint-Simon et connaît par coeur l'oeuvre entière de Saint-Simon à la façon des hommes-livres à la fin de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury qui est d'ailleurs contenue dans les 64 mètres cubes dans lesquels je viens de rentrer, pour un entretien, par une porte ménagée dans le quatrième mur de cette pièce. La lumière est neutre comme elle le serait si la scène était éclairée de façon tamisée par le haut, en fait exactement comme sont éclairées les toiles de Rothko pour le restaurant Four seasons du Seagram building à New York désormais exposées à la Tate Gallery. Une pénombre à laquelle on s'habitude lentement, et dans laquelle on finit par discerner les plus fines nuances de gris. Je suis là pour un entretien, mais je ne suis pas très à l'aise parce que je n'ai jamais lu Saint-Simon et malgré tout il va falloir que je conduise cet entretien avec cet écrivain dont je mesure tout de suite qu'il est immense. D'ailleurs il m'accueille froidement d'un alors c'est vous qu'ils m'ont envoyé, un bloggueur. Je lui réponds que je n'aime pas beaucoup ce mot non plus, ce qui le réchauffe un peu, il maugrée cependant que de toute façon je ne vais pas pouvoir beaucoup l'aider, parce que lui ce dont il a besoin c'est un informaticien qui soit capable de réparer cette vieille bourrique de Copernic, c'est ainsi qu'il appele son secrétaire en lui donnant un coup de pied, je lui dis que je suis informaticien, et que je vais peut-être pouvoir l'aider, alors il m'explique que le problème avec ce foutu Copernic, qui ressemble donc à Jacques Dupin, ce sont les temps de réponse et il me propose un exemple, et dit: "Copernic", nouveau coup de pied, "dans quel tome ai-je écrit..." et je me réveille, Madeleine qui s'était nuitamment glissée entre Anne et moi vient de me donner un coup de pied dans le bas du dos. En emmenant Anne au métro de Vincennes, je lui parle du second rêve, mais pas du premier, que j'avais oublié entre-temps. C'est revenant de Vincennes, m'arrêtant à la Porte Jaune pour aller me promener dans le bois enneigé avec Madeleine et Adèle sur le dos que ce rêve me revient avec cruauté. mercredi, mars 02, 2005
Mercredi 2 mars Cela fait presque huit ans que je vis avec Anne. Et je crois que cela presque huit ans qu'elle n'écoute plus la radio. Et je crois bien que je suis responsable de cet état de fait. Parce qu'en fait je n'aime pas la radio. Pour moi la radio c'est du bruit. Et comme toutes les personnes qui n'aiment pas la radio, je suis incapable d'écouter la radio en même temps que je fais autre chose, c'est même pire que tout, cela finit par m'énerver. Chaque fois que je vais dans l'atelier de mon ami Pascal, j'entends France Culture, Pascal écoute France Culture toute la journée. Et même, connaissant très bien leur programmes, et notamment ceux qui sont suceptibles de lui casser les oreilles, il s'arrange pour avoir à faire du bruit dans son atelier pendant ces programmes. De même qu'il y deux mois il avait des problèmes d'organisation de son temps de travail parce qu'il ne voulait, pour rien au monde, rater un des épisodes du feuilleton sur Led Zeppelin de François Bon, du coup il était obligé de s'organiser pour ne pas avoir à utiliser d'outils électriques à l'heure dite. Chaque fois que j'entre dans l'atelier de Pascal, dans lequel notamment j'aime bien faire des photographies de son incroyable désordre, tout de suite France Culture me casse les oreilles. Et je vois bien comment Pascal ne l'entend même plus. Si de temps en temps il tend l'oreille pour entendre un argument dont il reconnaît tout de suite qu'il est plus haut que les autres, un peu comme ces personnes qui ont la télévision allumée chez eux en permanence, qui ne la regardent pas du tout, et de temps en temps lèvent les yeux de leur ouvrage et, au son, savent qu'ils doivent regarder telle ou telle scène, ce que je suis toujours médusé de voir, parce que moi quand une télévision est allumée, elle a beau l'être, programmée sur des conneries, je la regarde avidement, je suis absolument incapable de regarder ailleurs. En fait ce que je reproche à la radio c'est un peu ce que je reproche à la télévision, c'est ce bavardage permanent, son ininterruption. De même, ce que je n'aime pas à la radio c'est de ne pas pouvoir choisir la musique. J'entends des gens me parler de leur plaisir d'écouter la radio et comment en certains moments de leur existence la radio a joué un rôle de premier plan, passant juste au bon moment la bonne chanson ou le morceau de musique qui était l'expression parfaite du moment. Les rares fois où je me suis prêté à ce genre de jeu, allumer la radio au hasard comme le fait le personnage d'Alex dans Mauvais sang de Léos Carax, et de trouver la première fois des parasites et du souffle je suis assez systématiquement mal tombé, là où j'aurais voulu les variations Golberg pour souligner toute l'intensité de la contempaltion de la vue de ma fenêtre, je tombais sur les pires mièvreries de variété. Une fois, le 31 août 1997, les choses se sont produites à l'envers, mon radio-réveil "sonna", et ce qu'il aurait du me transmettre, de la soupe sans nom, une fois sur trois du Elton John, c'est dire, fut, au contraire, donc le quatrième mouvement de la cinquième symphonie de Malher à moins que ce ne fut le cinquième mouvement de la quatrième, pour être sûr de ne pas dire d'âneries, faute de vérifier, il s'agissait de ce mouvement lent qui est rabâché de Mort à Venise de Visconti et j'aurais cru à un déréglement tout à fait de mon poste de radio, captant miraculeusement sur la bande FM de la côte sud de l'Angleterre une radio qui fût écoutable, quand à la fin de ce mouvement sublime des cordes qui s'en vont, la voix du speaker annonça, ce qui du point de vue du choix musical des radios en Angleterre, fut une excellente nouvelle, la mort de Diana. Cette fois exceptée donc la radio m'a toujours porté sur les nerfs. Mes collègues anglais la mettaient la nuit durant au travail ou encore le samedi après-midi, où match de foot après match de foot, j'entendais un écho continu, pas très compréhensible par moi, qui avec ces rumeurs de foule, ressemblait beaucoup à la scène des toits dans Une Journée particulière d'Ettore Scola, ou d'autres fois encore la sortie d'un film ou d'un disque était accueillie par ces radios épouvantables par un matraquage infernal, un jour j'avais même appelé Ocean FM et j'avais laissé comme message sur leur répondeur-enregistreur que je venais de faire passer le chapeau à mon travail pour pouvoir leur acheter des disques, parce qu'en huit heures de temps ils avaient passé douze fois le même tube insupportable de Madonna. Les collègues de l'équipe du soir ont été hilares lorsque mon message fut repassé deux ou trois fois dans l'après-midi à l'antenne accompagné de quolibets anti-français de rigueur. De dire donc que je n'aime pas la radio, c'est mal dire les choses. Ce que je déteste d'ailleurs par dessus tout, c'est France Info au petit déjeûner, surtout parce que l'on n'y apprend jamais la seule nouvelle qui pourrait nous faire plaisir, l'assassinat de Bush ou la rupture d'anévrisme très douloureuse et la mort de Le Pen. Non la radio au petit-déjeûner, très peu pour moi. il y a peut-être une exception à cette détestation de la radio, l'émission Jazz à Fip, qu'il m'est arrivé une grande nombre de fois de suivre en voiture, du temps où nous habitions à Puiseux, l'heure de cette émission coïncidait merveilleusement avec mon heure de sortie du travail et durait presque aussi longtemps que le voyage du retour à la maison. Mais depuis quelques années je goûte un peu moins le gimmick de l'émission, façon Joe Zawinul, je préferais de loin les guitares électriques à la Larry Corryel du gimmick précédent. De même depuis quelques années, la part belle est faite dans cette émission de jazz aux musiques du monde, dont il faudrait parfois que l'on m'explique en quoi elles sont à voir avec le jazz, musiques de percussions traditionnelles à la très grande pauvreté, de temps en temps cependant j'ai encore le grand frisson quand une voix de FIP annonce "25 minutes de bonheur" et lance Autumn Leaves du trio De Johnette/Jarret/Peacock. Il y a très longtemps même j'enregistrais les émissions de Jazz à Fip à la fois pour les réécouter mais aussi pour obtenir les références des albums qui avaient particulièrement retenu mon attention. D'ailleurs c'est amusant parce que j'avais emporté avec moi quelques unes de ces cassettes à Chicago et il m'est arrivé de nombreuses fois de les écouter dans le labo à l'école, et j'entendais avec plaisir les voix outrageusement sensuelles des présentatrices de FIP mettre en garde contre des embouteillages, datant d'il y a un ou deux ans, sur la lointaine ceinture périphérique de Paris, ou encore des bulletins annonçant des "fraîcheurs nocturnes" de quelques degrés au dessus de zéro, températures qui auraient été considérés comme fort agréables en hiver à Chicago. En fait pour un type qui n'écoute jamais la radio, je m'aperçois qu'il m'est tout de même arrivé deux ou trois choses "avec la radio", mais vraiment rien qui aurait été à l'échelle de la guerre des Mondes revisitée par Orson Welles, ce que je regrette évidemment. Mais dans l'ensemble vraiment je n'aime pas la radio et je crois que par ma faute Anne en a été privée depuis qu'elle me connaît. Ce qui fait de moi un véritable dictateur, ce dont j'ai honte. Alors, pour fêter nos huit ans de vie commune avec Anne, j'ai décidé de lui offrir un tuner. Elle est vraiment contente je crois. Du coup je découvre, incrédule, les programmes de radio, sur France Culture le même ton pédant qui m'insupportait dans l'atelier de Pascal, dans Jazz à Fip quelques découvertes, une radio, TSF qui ne passe que du jazz du bon comme du mauvais, ça m'ennuie rapidement, les informations sans les images, cela finit par être reposant, moins écrasant, de la très belle musique classique, j'ai sûrement eu de la chance mais je suis tombé sur une émission à propos de Stravinsky, dont je connais somme toute si peu de choses. Et donc à l'âge de quarante ans révolus, je découvre une invention du siècle dernier et je ris à gorge déployée quand je m'aperçois qu'une de mes obsessions quand j'étais adolescent de me demander s'il pouvait y avoir une âme soeur quelque part sur cette terre qui écouterait le même disque de Pink floyd que moi à exactement la même heure, cette question avec la radio perd tout son sens, c'est une évidence. Oui, je sais ce n'est pas glorieux, mais il m'a fallu 40 ans pour découvrir que vous et moi, nous avons, peut-être, entendu, en même temps, ce très beau morceau de Miles Davis, une tasse de thé à la main en regardant par la fenêtre. mardi, mars 01, 2005
![]() Mardi premier mars Ce que je peux m'insupporter parfois. J'ai la pensée courte. Je ne vérifie pas toujours ce que je dis. Je ne prends pas toujours le temps de réviser mes connaissances, je me fie trop à une mémoire, dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle est phénoménale, ma mémoire visuelle, je ne dis pas, mais le reste de ma mémoire est en fait une mine de gruyère, elle est pleine de trous et j'ai beau le savoir, je ne vérifie pas toujours ce que me souffle cette mémoire. Et quand enfin, je suis mis devant l'évidence de mes erreurs et de mes inexactitudes, je nie les faits en bloc, quand bien même ils sont hurlants de vérité, je sors alors mon arme absolue, ma mauvaise foi. J'empoigne ma mauvaise foi comme je roule des mécaniques dans les rues sombres, manière de dire, vous voyez le morceau que je suis alors laissez-moi tranquille, et de fait personne n'a encore essayé de me bousculer et pourtant le premier venu, c'est certain, me ferait tomber en me poussant. Avec la mauvaise foi, je fais de même, j'invente des arguments et des raisons à toutes choses qui n'en sont pas, mon imagination me rend bien des services, je mens effrontément, je tords les faits jusqu'à tout rompre. Je ne sais pas pourquoi je fais cela. Parce que cela me demande beaucoup plus d'énergie de tirer de telles salves de mauvaise foi et de pensées courtes, que cela me demanderait, sans doute, de me renseigner un peu, d'approfondir surtout. En cela je n'ai pas quitté le temps de l'adolescence, lorsque l'on développe des trésors d'imagination pour trouver des moyens de couper aux corvées de vaisselle, déviations et ramifications qui coûtent bien davantage d'efforts que de faire effectivement la vaisselle. Voilà, me voilà rendu au fait majeur me concernant, je suis et je demeure un adolescent capricieux et paresseux. Lorsque j'étais effectivement en âge d'être un adolescent capricieux et paresseux, je l'étais pleinement, paresseux et capricieux, et je sais aujourd'hui comment je devais faire le désespoir des mes parents, de mon père surtout, qui avait une idée assez précise de mes capacités et du très peu que j'en tirais vraiment. Cela je le sais aujourd'hui parce que je me désespère moi-même de cette inadéquation entre les moyens dont je dispose et l'absence de profondeur dans mon propos la plupart du temps. Certains amis admirent les livres que j'ai lus, c'est vrai je les ai lus, mais je suis parfois surpris du peu que j'ai retenu d'eux. Certaines bribes avec une grande clarté, mais l'essentiel de chaque livre parti dans l'oubli. Je pourrais très bien désormais passer le reste de mon existence à lire et relire ce que j'ai déjà lu, pour nombreux d'entre ces livres ce serait presque comme une première lecture. D'ailleurs il m'arrive de relire certains de mes bouquins et je suis souvent estomaqué d'y trouver des choses dont j'avais oublié du tout au tout et comme elles m'apparaissent aujourd'hui essentielles. Mais nul doute que si je me tiens à mon plan d'aujourd'hui, de ne plus lire que les livres que j'ai déjà lus, dans dix ou vingt ans, si vie m'est prêtée jusque là, je relirais ces livres à nouveau pour la première fois et tel un tamis j'en retiendrais les grains les plus grossiers. Et nul doute alors que parmi ces pépites, certaines me diront vaguement quelque chose, mais comme le reste, l'oubli recouvrant tout, ce sera comme si je rejettais à la rivière les quelques grammes d'or que j'étais venu y chercher. Et pourtant il m'arrive de penser de moi-même que je prends un peu d'épaisseur, que je bonifierais presque pour certaines choses. Mais ce dont j'ai acquis la certitude aujourd'hui, et aujourd'hui plus qu'un autre jour parce que je me suis disputée avec une amie, et que j'ai sans doute été d'une très grande mauvaise foi, j'ai donc acquis la certitude qu'une existence entière, fut-elle longue, ne suffirait pas à faire de moi un homme enfin réalisé. Cette pensée pour décourageante qu'elle soit me pousse à davantage d'humilité et me donne l'espoir infime qu'à force de cette humilité, j'arriverais peut-être quand même à une manière de demi-résultat, dont il faudra de toute manière que je me contente. Plus j'y pense et plus je me dis que ce n'est pas grand chose une vie d'homme. La mienne en particulier. lundi, février 28, 2005
Lundi 28 févrierQuelle dispersion et quel soulagement de s'y retrouver un peu. Anne-Pauline part avec Nathan à Nancy pour la semaine, depuis le matin Nathan avait mis son bonnet et ses gants pour manifester son assentiment de partir de la maison, avec Anne-Pauline, mais tout de même nous retenons notre souffle, une semaine, elle est bien courageuse Anne-Pauline! Pourvu que cela se passe bien, Nathan. Justement parce que nous avons rendez-vous chez la psychologue pour faire le point. J'avais demandé à Hanno s'il voulait bien passer l'après-midi avec Madeleine pour la détourner un peu de ce qu'Anne et moi pressentions comme un nouvel épisode éprouvant, nous avions rendez-vous chez Monsieur Grenadine, en face, et Hanno finit par dévoiler son plan, il allait emmener Madeleine à une répétition d'opéra, profitant d'aller revoir Françoise. C'est curieux parce que je me suis dit une fois pendant la séance que pendant nous discutions avec la psychologue, Madeleine rencontrait Françoise que j'ai vue pour la dernière fois deux jours avant que ne naissance Madeleine et qu'en même temps aussi Nathan faisait route vers Nancy, Nathan dont il était donc question, dans ce triangle presque équilatéral de sièges entre Anne, la psychologue et moi. Ce qu'il ressort c'est que Nathan va mieux, mais cela ne gomme en rien, presque au contraire, aux difficultés de vie commune que nous avons avec lui. Ce dont nous nous ouvrons, nous disons, Anne comme moi, cette violence qui monte en nous lorsque Nathan nous pousse dans les derniers degrés de nous-nêmes, ce qui peut arriver plusieurs fois par jour. Nous disons cette détresse, nous disons aussi que nous sommes toujours à la recherche d'une explication à ses difficultés, Anne parle du bien-fondé d'un scan du cerveau, ce que ne rejette pas la psychologue, elle appele cela une recherche de causalité, à cette formule, je comprends qu'elle n'a rien contre nos recherches je lui dis même que récemment j'avais fait des recherches sur internet sur les éclipses pendant les grossesses, puisqu'Anne était enceinte de Nathan, ce que nous ne savions pas encore, lorsque nous vîmes l'éclipse du 11 août 1999, c'est dire si nous sommes toujours en recherche, et les questions saugrenues que nous sommes capables de nous poser! en revanche elle est inquiète que nous n'augmentions pas les entreprises thérapeutiques, je la rassure sur le fait que j'ai bien compris que Nathan de ce point de vue était sans doute arrivé à un certain point de saturation. Et comme nous parlons de causalité, revient le fameux épisode de l'opération chirurgicale à l'âge de 9 mois pour une réduction d'hernie inguinale, et comment l'incurie du service chirurgical de l'hôpital de Beauvais, avait notamment permis qu'un doute subsistât quant au côté sur lequel il fallait opérer Nathan et vue la boule que cette hernie faisait, c'était moi qui l'avais détectée, en changeant Nathan, on pouvait se demander aussi quelles autres choses encore ces gens-là n'allaient pas savoir faire. Léa, la psychologue, nous alors dit cette chose étonnante qu'un jour Nathan avait chanté en séance et que la courte chanson qu'il avait entonnée était cet extrait de Léa de Louise attaque: "Léa, elle est pas maladroite, elle est pas mal à gauche" justement commentant une maladresse de Léa, mais aussi par le jeu de mots "mal à droite mal à gauche", faisant écho à ce que Nathan a du recevoir de cet épisode lamentable, la psychologue nous expliquant qu'il y avait du y avoir une dispute entre les différents professionnels dans la salle d'opération, justement entre le côté gauche et le côté droit et comment ils avaient du chercher Anne dans les couloirs de l'hôpital pour savoir de quel côté il fallait opérer, Anne prise de panique, me téléphonant pour être sûre, tout cette angoisse tout d'un coup d'avoir confié la santé de notre enfant à des incapables Nathan était-il déjà anesthésié ou seulement prémédicamenté?, combien a-t-il reçu de cette situation d'incompétence? Cette discussion décidément me fait un effet mi figue mi raisin, je suis content d'apprendre que Nathan va mieux, que nous avons évidemment toutes les raisons de nous accrocher mais je suis épuisé de savoir aussi que ce combat n'est pas terminé, loin de là, et finalement, je ne suis pas du tout détourné de ma colère de savoir qu'il y a effectivement des personnes, les professionnels de la santé, présents dans cette salle d'opération, contre lesquelles je pourrais tourner ma colère, simplement de pouvoir les maudire en pensée. Ce dont je suis sûr désormais c'est que ce froncement de sourcil de Nathan, n'est pas le seul fait d'une ressemblance avec moi, son père. Ce froncement je l'ai vu pour la première fois barrer le visage de Nathan quand Anne est revenue de l'hôpital de Beauvais, et qu'en quelque sorte je crois qu'il n'a jamais quitté ce visage. Je ne sais pas exactement depuis quand date cette barre de rides qui accentuent mon front au dessus des sourcils, mais je peux seulement deviner qu'elle date de la mort de mon frère Alain ou même de ses premières hospitalisations en service psychiatrique. Et je n'aime pas du tout le voisinage de tout ceci. Je n'aime pas que Nathan ait comme cela le sourcil froncé, comme son père. dimanche, février 27, 2005
![]() Dimanche 27 février Arkhangelsk, février 2005, base à midi, température -40 Celsius -40 Fahrenheit, vent 32 km/h La photographie, que de mensonges, photographie effectivement prise à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis. |