Le Bloc-notes du désordre |
samedi, février 26, 2005
Samedi 26 févrierEn réponse à François Bon, Parick Rebollar et Jean-Claude Bourdais Vouloir exclure quelques images du travail d'Araki au motif qu'elles sont choquantes, pour mieux garder celles qui représentent ce qui est plus commun à tous, est un non-sens. La photographie d'Araki est boulimique (dans les années 90 les publications de son journal photographique étaient mensuelles!) avec cette volonté d'épuiser ce regard, ce qui correspond en fait à singer le monde des images qui est désormais le notre. A la profusion des images que nous recevons quotidiennement, le plus souvent contre notre gré, Araki oppose un tumulte d'images, les siennes, qui ont une tout autre intelligence, et d'une certaine façon déplace le curseur de l'obscénité. Qu'est-ce qui est plus obscène, l'image d'une sexualité qui n'est pas nécessairement la notre ou celle des dernières publicités pour un grand groupe de supermarchés qui détournent en grande impunité une imagerie qui en d'autres temps s'attaquait à combattre le tout-consommation?, images impossibles à fuir parce qu'elles sont sur tous les murs de la ville et qu'elles défigurent la campagne tout autant. On ne peut pas dissocier certaines images d'Araki de son corpus, parce que c'est précisément dans le nombre multiple de ces images que se tient le caractère unique et perçant de ce regard. On ne peut pas regarder une seule image d'Araki, c'est plusieurs qu'il faut envisager, idéalement ce sont toutes les images d'Araki qu'il faudrait voir, mais à l'impossible nul n'est tenu, pour les même raisons que de ne voir qu'une seule cible de Jasper Johns ne soutend pas la recherche d'épuisement de variations de Johns à partir de sujets simplissimes, et comment cette recherche est celle au coeur du questionnement même de l'image. On ne peut pas nier l'existence de tout un pan des images d'Araki, comme il serait par exemple sournois de refuser de lire dans l'oeuvre de Georges Perec, ceux des livres dont la préoccupation principale est la recherche oulipienne, en se tenant à ceux des livres de Perec qui ne mettent pas en oeuvre cette recherche de la langue, c'est regarder l'oeuvre selon un éclairage biaisé et donc la travestir. Il faut au contraire se rappeler qu'avant d'être un érotomane, particumlièrement actif apparemment, Araki est un photographe qui se pose la question de son sujet, et, choississant de rendre compte du quotidien, de son quotidien, il est alors impossible de ne pas faire certaines images. Ce qui se complique notamment, dans le fait que de photographier des scènes de sexualité fasse intégralement partie du plaisir de travailler à l'oeuvre tout comme le plaisir de photographier d'un Giacommelli soit de survoler les champs de Toscane. Apprendre alors à regarder ces images, celles que l'on ne voulait pas voir d'emblée donnera en retour de mieux comprendre comment le bondage est bien plus polysémique que le seul fantasme sexuel qui lui fait de l'ombre. Ici l'on n'attache pas le corps de la femme aux barreaux du lit pour mieux jouir d'elle, mais au contraire on sculpte son corps en lui donnant des formes insolites et par ailleurs codées, appréhender ce nouveau territoire formel par le dessin permet justement de dépasser ce qui est cantonné au sexuel. Ou encore que l'épuisement du regard et la médiocrité des photographies de bordels souligne en fait la fatigue frustrante de l'érotomane toujours reconduit aux limites de son imagination. Non, dans Araki, il faut tout regarder, tout voir, tout ingérer, c'est une oeuvre qui doit s'éprouver, la fatigue en résultant venant corroborer avec celle du regard de son photographe, Nobuyoshi Araki. Ce qui induit cependant en erreur dans la lecture de l'oeuvre d'Araki sur internet, c'est comment elle sépare les images les unes des autres quand la même oeuvre lorsqu'on la fréquente dans les éditions graphiques ou dans les expositions insiste systématiquement sur le voisinage des images entre elles. Tout comme il n'est pas raisonnable d'envisager d'ailleurs l'oeuvre de Giacomelli sur une support numérique, ce qui prive de voir la matière même des images de Giacommelli, la difraction lumineuse du grain. vendredi, février 25, 2005
jeudi, février 24, 2005
Jeudi 24 févrierIls ne sont pas nombreux ceux dont le coeur est assez large pour accueillir Nathan et ses différences. Martin et Isa sont de ces êtres rares, dont le regard ne condamne pas, accepte la faiblesse de l'autre et a fortiori celle d'un enfant, ne sont pas dépassés par ce qui est insondable dans le mystère de ce qui fait peur à Nathan et ont assez de patience pour ne pas prêter une importance démesurée aux objets que Nathan abime dans son parcours pataud dans le monde des choses. Ce que je vois aussi, c'est que lorsque Nathan est coupé des regards qui condamnent, il évolue plus librement, n'a plus peur de son ombre, ou encore du "bruit" si seulement je pouvais savoir ce qui effraie tant Nathan dans le vacarme?, une image surabondante de son désordre ou de son encombrement?, Pascal un jour avait eu la bonne idée de coiffer Nathan d'un casque anti-bruit, subterfuge qui fut prometteur un temps jusqu'à ce que Nathan dans un moment de rage plia en deux morceaux le casque en question, sans doute que ce dernier le protégeait insuffisamment du "bruit", il avait alors fini par accuser cette protection partielle et donc moins encombré, Nathan peut davantage nous parler, nous parler d'un monde qui n'est plus simplement poreux avec le notre, non, dans ces moments d'accalmie de véritables passerelles relient les deux mondes, instants rares de félicité. Mais ne croyez pas que je fasse preuve de ma coutumière misanthropie m'impatientant contre Autrui et le tenant responsable des difficultés et des blocages de mon petit garçon. Non, ce que Martin et Isa parviennent à créer, ce pont lancé entre les deux mondes, je n'en suis pas toujours capable moi-même, parce que je n'ai pas suffisamment la patience, et pour tout dire il arrive que j'accueille avec bonheur l'arrivée du vendredi et des deux jours à mon travail qui me garantiront d'être un temps coupé de Nathan, ce dont j'ai honte, naturellement, mais qui me procure cependant un répit dans lequel je peux tenter de reconstruire le chamboulement qu'a créé, la semaine durant, Nathan, à force de crises et de hurlements. Plus rares donc sont les moments d'appaisement en la présence de Nathan et c'est ce prodige que créent Martin et Isa par leur patience tellement bienveillante. Du coup je peux partir, profitant de la sieste d'Adèle, faire un tour avec Nathan, qui me tient bien la main, qui me parle, qui rit, qui joue, et que je peux prendre en photo marchant. J'aime cette façon bourrue et volontaire de Nathan pour marcher. Lorsqu'il marche j'ai alors le sentiment qu'il avance, pas seulement dans le chemin que nous parcourrons ensemble aux alentours du temple de Janus, à Autun, non, ce cheminement de l'avant, intérieur. mercredi, février 23, 2005
Mercredi 22 févrierFinalement ne pas se laisser impressionner par la neige et décider de partir malgré tout à Autun chez Martin et Isa. Les voitures dans notre rue pentue ont apparemment bien des difficultés à négocier le virage, je rirais presque de ces banlieusards paniqués par quelques minuscules centimètres de neige, en me disant que j'en ai vu d'autres, n'ai-je pas vécu trois ans dans un pays enneigé six mois de l'année? Et de fait dans ce voyage, le plus difficile sera de remonter la rue du ruisseau à Fontenay et de se méfier de la maladresse des autres automobilistes pour ce qui est de laisser la priorité à droite sur cette chaussée un peu glissante. Après cela ce ne furent que routes parfaitement dégagées, même dans les derniers lacets en arrivant vers Autun. Mais tout de même cette neige qui engloutit les forêts, noire sur ses ourlets le long des routes, cela me rappelle la neige à Chicago. Le premier hiver, la première neige est tombée un premier novembre. Je m'en souviens. Nous étions tous les trois, Mouli, Ollie et moi dans la cuisine en train de boire le thé au cardamon préparé par Mouli, quand tout un coup Ollie a poussé un cri strident. Il était onze heures ou minuit, Ollie l'Irlandais voyait de la neige pour la première fois de sa vie! Quant à Mouli, il paraissait encore plus incrédule, son silence pensif en disait long sur sa perception de cet étrange phénomène: il neigeait. Bien sûr il avait entendu parler de la neige, lu des récits qui parlaient de neige, vu des photographies de montagnes ou de villes enneigées, mais la neige assurément ne faisait pas partie de son vocabulaire, pas plus d'ailleurs que le jaunissement et la chute des feuilles des arbres qu'il regardait avec une circonspection méfiante, combien de fois me dit-il pendant l'hiver que ces branches noires et nues des arbres lui donnaient une impression forte de mort! D'ailleurs depuis quelques temps, c'était assez comique d'entendre les conversations téléphoniques de Mouli avec sa famille à Madras, dans le Sud de l'Inde, charabia rapide et saccadé, parfois interrompu de mots anglais, justement pour dire qu'il faisait froid, freezing freezing disait-il. Cela m'avait mis la puce à l'oreille et je lui avais demandé s'il n'y avait pas de mots en tamul pour dire qu'il faisait froid, ce à quoi Mouli avait répondu que non, le seul mot qui parlât de fraîcheur en tamul, décrivait en fait la fraîcheur désaltérante d'une boisson, certainement pas celle du temps qu'il faisait dehors. Alors imaginez un peu la neige. En tamul la neige se dit snow, comme en Anglais en somme. Nous descendîmes rapidement dans la rue et dans le parking d'en face nous fîmes une bataille de boules de neige, qui était tout de même la première de leur vie à la fois pour Ollie et pour Mouli, tous deux n'en revenant pas de la facilité avec laquelle les boules se confectionnaient d'elles-mêmes, la neige s'agrégeant, collante, et comme il était amusant de se les balancer en pleine poire. Evidemment je n'oublierais jamais, ni le cri d'Ollie regardant par la fenêtre, it's snowing ni cette bataille de boules de neige sur le parking à l'angle des rue Howard et Wolcott dans le Nord de Chicago. Par la suite Ollie et Mouli firent aussi l'apprentissage des rues glissantes, des rues noires de cette neige polluée et fondante, de cette désagréable impression de saleté partout sur la ville. Pour ma part, je fis la découverte de l'hiver interminable, il y eut de la neige et des températures négatives (en Celsius seulement) jusque fin avril, cela allait se réchauffer quand un premier mai, je vis de nouveau de la neige tomber par les fenêtres sur la Wolcott Avenue, j'ai pleuré en me disant que cet hiver serait donc sans fin, qu'il serait éternel, et comme il était alors facile de le croire, tant j'étais chagriné, l'hiver durant, qu'E m'ait quitté. Deux jours plus tard, il faisait pas loin de 25°, les feuilles vinrent aux arbres en deux jours, je repartis en France mi-mai sous une chaleur écrasante. Et quand je revins fin août à Chicago pour une nouvelle année universitaire, la poisse d'un été étouffant était partout sur la ville, les corps de mes amis étaient à la fois halés et amaigris de toute la sueur d'un été à Chicago. mardi, février 22, 2005
Mardi 22 févrierEn fin d'après-midi, j'ai décidé de m'attaquer à une montagne de papiers en souffrance que j'ai découverte récemment en ouvrant un tiroir dans le garage, le tiroir était comble, de fait, de toutes sortes de papier administratifs, factures de téléphones d'eau ou d'électricité datant des premières années à Puiseux, on s'étranglerait presque, rétrospectivement, sur les montants de ces factures, exprimés alors en francs, relevés de banque, et comment le montant est systématiquement négatif, toutes les fins de mois, je repense alors douloureusement à l'endettement sournois et croissant qui fut le notre, pendant ces cinq années à Puiseux, parce que vivant à la campagne nous faisions pas loin de 60.000 kilomètres de voiture par an, et de fait je retrouve toutes ces factures du garage de Saint-Germer-de-Fly, mais je retrouve aussi pêle-mêle, une photographie de Monica Lewinsky découpée dans un journal cette fascination érotique idiote que je peux avoir pour ce visage bouffi de bêtise des reprographies de tableaux de Saint-Sébastien, toutes époques de l'histoire de la peinture confondues, reproductions toutes percées aléatoirement serais-je tenté de dire mais mon ami Frédéric, qui m'avait initié au tir à l'arc ne serait sûrement pas d'accord, lui qui tout de même ne détestait pas que son tir fût précis, ce qui m'était davantage, peut-être pas indifférent, disons, moins important, moi dont le plaisir réside surtout dans cette sensation de libération quand on laisse partir la flèche et qu'elle sort de l'arc, Frédéric donc ne serait pas d'accord sur ce côté aléatoire des trous qui parsèment ces reproductions de tableaux de Saint-Sébastien, puisqu'après tout c'était tout de même la poitrine nue et offerte de ces Saint-Sébastien que nous visions, et atteignions parfois par des flèches, des planches-contact égarées, des radios et des échographies, et comment l'une d'elles de Nathan embryonnaire paraît nettement plus prometteuse que celle de mon testicule gauche alors enflé d'une très belle hydrocèle ce serait sans doute de très mauvais goût de superposer les deux images sous Photoshop comme je l'ai fait avec des photographies du ventre enceint d'Anne et de toutes sortes de rayogrammes et pourtant, graphiquement, je crois que l'abstraction de l'échographie de mon testicule est plus intéressante que l'image ressassée d'une échographie d'embryon, et puis des photographies, des photographies de famille, la plupart prises par des amis, dont je m'amuse toujours qu'ils m'approchent ensuite avec mille prudences en m'offrant ces retirages, s'excusant de ces images balbutiantes, offertes à moi le photographe, qui trouve pourtant dans ces retirages des images qui m'émeuvent beaucoup j'ai une prédilection toute particulière pour les photographies de famille et de nouveau des factures, des tracasseries administratives, et puis aussi des bouts de papier sur lesquels sont pris en note des numéros de téléphone dont je ne sais plus à qui ils correspondent ou encore des listes de mots sans suite, dont je ne sais plus ce qu'ils devraient m'évoquer, et pourtant je les regarde aujourd'hui sous un tout autre angle, celui de l'amusement visuel à cette abstraction involontaire en petit format, je suis abasourdi de tant de richesses égarées dans cette montagne de factures impayées et de correspondances pas toujours très amènes avec ma banque. lundi, février 21, 2005
Lundi 21 févrierLes enjeux de Terre promise d'Amos Gitaï échappent un peu à son spectateur. Terre promise est le récit du traffic de jeunes femmes estoniennes au profit de la prostitution israélienne. Et il serait difficile de dire davantage de ce récit tant il est lapidaire. D'autres films d'Amos Gitaï, comme Kippour présentent cette même caractéristique d'un fil de récit très ténu, et cependant cette manière insistante de filmer près des corps, près des hommes, de ne pas commenter, de laisser tourner la caméra comme on laisse courrir le fil d'un enregistrement et par là même de laisser au spectateur de reconstruire patiemment non seulement le récit mais ce qui lui est périphérique, notamment le commentaire politique. Le sujet de Terre promise donc, est le commerce des corps. De jeunes Estoniennes ont été trompées sur la nature d'un voyage en Egypte et au terme d'un cheminement nocturne dans le désert et de plusieurs passages de frontières cahotiques, sont ensuite vendues à la criée comme la plus élémentaire des marchandises, puis retenues prisonnières, toujours encadrées par d'épais matons, lesquels manquent rarement une occasion de "se servir" dans cette marchandise humaine, elles sont finalement conduites et séquestrées dans un bordel. Et le film pourrait s'arrêter là, ces femmes escalves sont arrivées à leur port d'arrivée et on devine assez bien cette vie épouvantable du corps-marchandise et de la brutalité qui l'encadre. Oui mais. Tout comme dans Kippour, les deux scènes aux extrêmités du film, au début et à la fin, scènes érotiques à l'esthétique pour le moins maladroite, sont séparées par le sens du reste du film et de son sujet, dans Terre promise, la fin est assez désastreuse pour son changement subit de registres, cela commence par des flash backs très poussifs qui d'ailleurs ne rendent pas aisée la compréhension d'un des personnages du film, celui de cette Anglaise, dont on se demande vraiment quelle est la place dans cette intrigue touffue à force de n'offrir aucune explication, fait suite à cette série de flash backs de rêverie la scène de l'attentat à la bombe qui donne, au moins pour l'une d'entre elles, la chance inesperée à ces femmes de se sauver de cette prison épouvantable, là aussi à force d'être elliptique, on se saurait être sûr qu'Amos Gitaï nous suggère que ces femmes sont désormais tellement prisonnières, qu'elles ne songent pas immédiatement à profiter de la confusion crée par l'attentat pour se sauver ou sont elles seulement hébétées par la violence des explosions, malgré tout les scènes cahotiques de l'arrivée des secours et de la confuion des êtres sont admirables, plans brouillons et montage au contraire très précis pour segmenter le désordre disent de façon très éloquente la panique et l'incompréhension, mais alors les flash-backs juste précédents ont considérablement entammé la capacité du spectateur à lire les images en l'absence de leur commentaire, ce qui se faisait naturellement jusque là, jusqu'aux trois quarts du film, ne s'écoule plus avec la même fluidité, décidément ce changement de registre est désastreux. Il est curieux que chez le même cinéaste cohabitent d'une part un exceptionnel talent à suggérer avec une incroyable éloquence, par de longs plans séquences, et au contraire à s'embourber tout à fait dès qu'il tente d'éclairer le propos ou à lui conférer un éclairage plus personnel. Ainsi toutes les scènes de passages des frontières et comment la "manutention" on parle de ne pas "abimer" ces femmes en les exposant à leur vente aux enchères de ces femmes devenues marchandises de même que cette ambiance de camions nocturnes, de geoles improvisées suggèrent admirablement l'environnement concentrationnaire, ou encore comme l'anonymat des paysages et des villes rendent cette affaire de commerce des corps tout à fait universel, autant de dénonciations qui se font dans la suggestion et avec elle l'adhésion du spectateur. Et puis au contraire ce qui n'est plus suggéré, mais expliqué, de façon tellement poussive, avec la plus pesante des maladresses, et qui finit par tirer le film vers le bas. dimanche, février 20, 2005
Dimanche 20 févrierEn lisant, sans grand plaisir d'ailleurs, il faut le dire, le dernier tome du Journal de charles Juliet, je me demande bien où sont passées les années plus fécondes, dans cette vie d'homme devenu appaisé de façon si volontariste, d'une paix qui justement n'a plus grand grief à opposer à la vie, et dans cette absence de guerre désormais ce qui s'écrit y perd beaucoup, malgré donc cette déception de lecture, je remarque cependant à quel point un journal, lorsqu'il est tenu quotidiennement, est une redite permanente de cette connaissance que l'on a de soi. Ainsi pour l'irritation qu'elle provoque chez moi, l'image de l'oeil intérieur qui est si chère à Charles Juliet je vous renvoie à l'entretien que nous avions eu avec lui en compagnie de mon ami Jacky Chriqui pour le numéro d'Initiales consacré à Samuel Beckett parce qu'elle est, à mon sens, très incomplète et très en deça de ce que sont véritablement les arcanes de l'être et derrière elles encore, l'âme de tout un chacun et comment peut-on se croire capable d'atteindre par soi-même ce but invraisembable de toucher son âme? mais irritante aussi parce qu'elle est apparaît sempiternellement dans tous les écrits, et a fortiori dans le Journal, à intervalles presque réguliers, cette répitition abusive donc, comme a contrario de ce que je recherche dans la lecture, me donne à comprendre la tenue d'un journal engage essentiellement ceci, de revenir sans cesse à cette connaissance de soi, et donc à se redire à l'envi, comme, en quelque sorte, on trouverait matière à une nouvelle analyse, dans le but de retrouver ce qui nous a fondé et de l'approcher selon un éclairage différent. Se redire. Tous les jours. En d'autres termes, on s'écrit surtout à soi-même. Et que par le truchement du journal en ligne on est parfois le sentiment que l'on lise par dessus notre épaule, ne change rien à l'affaire. |