Le Bloc-notes du désordre |
vendredi, février 11, 2005
Vendredi 11 février, samedi 12 février Ce qui commence le vendredi soir en allant au cinéma, fatigué et l'envie de sortir de la maison après une journée éprouvante dans le vacarme des nombreuses crises de nerfs de Nathan, aller voir donc le dernier film de Woody Allen, Melinda Melinda comme on regarde un film de fiction à la télévision un soir de méforme. Et finalement, est-ce la médiocrité de ce film depuis quand est-ce que Woody Allen nous sert le même plat avec quelques minuscules variations dans l'assaisonnement de sa sauce? mais je ne suis pas du tout au film que je suis très mollement, faisant quelques photographies selon mon habitude, les projections à raz de terre du Kosmos de Fontenay, se prêtant tout particulièrement bien à des prises de vue, oui, vraiment je ne suis pas du tout le film, ou alors comme on suit un feuilleton, d'ailleurs c'est tellement convenu que cela pourrait être un feuilleton, mais ce qui ne m'aide pas du tout à me concentrer sur le film et ses ramifications un peu prévisibles, c'est que je ne cesse de penser à une idée de roman que je viens d'avoir en arrivant au cinéma, et que je regretterais presque de ne pas avoir pris du papier et un crayon pour en noter les idées directrices oui, c'est un vrai plaisir d'aller au cinéma avec moi, je fais des photos, j'enregistre parfois la bande-son du film à l'aide de mon entegristreur de minidisk, je prends des notes sur des choses qui ne concernent pas toujours le film que je vais voir du coup je suis très attentif aux méandres de cette histoire qui me vient en tête, sachant que si je ne peux pas la prendre en note d'une façon ou d'une autre, je risque de l'oublier, donc j'écoute attentivement cette drôle de voix qui est la mienne, voix un peu enrouée, qui me raconte cette histoire d'un homme qui va au cinéma le soir, pendant que l'on trucide sa famille à la maison, et je pense que si j'avais été voir Orange mécanique, et non, comme ce soir, un mélo de Woody Allen, j'aurais alors songé à une bluette. Pendant toute la durée du film, je peste contre mon imprévoyance, ne pas avoir sur moi de quoi écrire. Et donc je m'accroche à cette histoire que j'imagine et m'acharne à n'en oublier aucun détour, aucun détail. Comme je l'ai dit je n'ai pas pensé beaucoup de bien de Melinda Melinda de Woody Allen, chaque nouveau film de ce dernier étant chaque fois plus médiocre que le précédent, mais toujours meilleur que le prochain (je me souviens que dans les numéros de Rock'n'Folk de la fin des années soixante-dix, les critiques ironisaient de même à propos des derniers disques des Stones, et c'est vrai qu'après Black and Blue, hum... Woody Allen depuis Husbands and Wives c'est un peu les Stones depuis Some girls, pas folichon, j'en connais un que cela va hérisser. En sortant cependant, en descendant la rue du Ruisseau, m'est venue l'idée salvatrice de prise de notes, je me disais: d'habitude je me sers de mon appareil-photo numérique comme d'un appareil sophistiqué de prises de notes visuelles, et dans le cinéma, je pestais qu'il ne fût que cela, je pouvais prendre autant de photographies d'un film qui ne m'intéressait pas je ne sais pas si je vous l'ai dit mais en fait je trouve que le dernier Woody Allen est vraiment nul mais je n'aurais pas pu écrire quelques notes de ce récit qui me venait en tête. C'était sans compter que cet appareil-photo, qui n'est certes pas équipé d'une palette graphique avec stylo-rétractable, peut cependant enregistrer des extraits vidéos. Et me voilà donc dans les rues désertes de Fontenay, retournant vers moi l'appareil-photo en mode vidéo et racontant l'histoire d'un homme qui va un soir au cinéma et comme il a mal refermé la porte de chez lui un égorgeur nocturne en profite pour s'introduire chez lui et massacre sa femme et ses trois enfants. Il est de fait heureux qu'à cette heure les rues de Fontenay soient désertes, sans quoi je crois bien que j'aurais fini à l'hôpital psychiatrique le soir-même. Le lendemain matin, de très bonne heure, il est cinq heures tout de même, je me lève en sursaut pour aller travailler, j'ai assurément mal dormi parce que naturellement ayant pris le soin d'enregistrer mon histoire de carnage familial, j'ai eu bien du mal à trouver le sommeil. Je descends en silence dans l'obscurité de l'escalier et en buvant une tasse de thé brûlante, sur un coin du bar j'écris, presque sous la dictée de mon enregistrement de la veille. Je prends en note, au stylo rouge, le seul que je trouve dans la cuisine, l'essentiel de l'intrigue à laquelle je n'ai cessé de penser hier soir au cinéma, tandis que je prenais dépité quelques photographies du dernier film de Woody Allen que je trouvais par ailleurs très médiocre. Un homme part au cinéma de quartier pour aller voir la Grande Illusion. A mi-parcours il doute d'avoir refermé correctement la porte de chez lui, où sont restés femme et enfants. Mais il est tiraillé entre la paresse de retourner fermer cette porte, la séance qui va débuter incessamment et pour laquelle il a été tenu en retard par un coup de téléphone et le fait aussi qu'il vit dans un quartier calme, d'ailleurs il leur est bien arrivé à sa femme et à lui, par manque de concertation de passer des nuits entières la porte ouverte, c'est-à-dire close mais non fermée à clef. Aussi il finit par ne pas s'arrêter à ce détail et monte au cinéma. Cependant la projection du film est polluée tout au long par les récits macabres qui se superposent aux tentatives d'évasion de la Grande Illusion, récits dans lesquels un tueur maniaque profite de la porte ouverte pour massacrer sa famille dans un déluge de violence sans cesse renouvellée. Mais tout comme il était tiraillé à mi-chemin par cette idée de ne pas rater la séance, il ne veut pas rater non plus la dernière projection sur écran de cinéma de son film fétiche, qu'il voit pour la dixième fois au moins mais pour la première fois au cinéma sur grand écran. A la fin de la séance il s'aperçoit qu'il est presque seul dans la salle, qu'il ne connaît personne dans les spectateurs épars de même que la personne qui tient habituellement la caisse est sans doute occupée à rembobiner les bobines du film. Dans la rue personne, une ou deux voitures, mais personne. Il réalise alors qu'il sera tenu responsable de ce massacre en l'absence de témoins, et le fait de pouvoir raconter l'intrigue de la Grande Illusion, ans ses moindres détails, ne devrait pas le dédouaner en lui tenant lieu d'alibi, quand bien même il est effectivement allé voir ce film le soir du massacre. Et de fait l'absence d'effraction, la porte était ouverte, l'incriminera d'autant. Arrivé anxieux chez lui, il s'aperçoit que la porte est fermée, sa femme l'a sans doute fermée, mais aussi qu'il n'a pas pris la clef de chez lui en partant au cinéma. Sa femme dort pronfondément et il n'a pas vraiment moyen de la réveiller, comme ils se sont disputés avant la séance, il ne voit pas d'un bon oeil que de devoir la réveiller en allant à la cabine téléphonique la plus proche oui, il n'a pas de portable, il n'en a jamais voulu, il n'en aura jamais dans le bas du quartier, la perspective de devoir remonter les rues pentues de son quartier le décourageant. Il décide donc de casser un carreau de la cuisine et ne trouvant pas son opinel dans la poche droite de son pantalon, opinel dont il se disait qu'il allait s'en servir en position fermée, il trouve son trousseau de clef dans cette poche droite, trousseau de clefs qu'il range habituellement dans sa poche gauche de pantalon et non dans la droite. Il entre chez lui dans un silence de tombeau. Lui vient en tête cet haïku d'Issa Sous la lune du soir Ils visitent les tombeaux, Goûtant le frais. jeudi, février 10, 2005
![]() Jeudi 10 février Ces derniers temps sur la liste de discussion de l'équipe de rédaction de remue.net certains d'entre nous ont échangé des textes à la mémoire des professeurs extraordinaires, ceux dont on s'aperçoit, après coup, parfois longtemps après, comment ils nous ont formés et comme ils ont savamment transmis ce qu'il y avait de précieux, la connaissance pas seulement, le goût pour cette connaissance. Parce qu'il est venu dîner à la maison ce soir, je me dis que je devrais dire ma dette pour Alain P. Alain était mon professeur de philosophie lors de ma deuxième terminale, au lycée Florent Schmitt de Saint-Cloud. C'est de sa bouche que j'ai entendu certains noms propres pour la première fois, Samuel Beckett, Jean-Luc Godard dont il nous avait emmenés voir Prénom Carmen dont je me souviens comme si c'était hier de ma découverte incrédule de cette bande-son qui soutendait le film dans un curieux décalage, moments de grâce avec les quatuors de Beethoven ou encore Fellini dont pareillement ils nous avait emmenés voir Et vogue le navire avec la scène du rhinocéros ou celle des musiciens de verre de cristal s'engueulant à propos de la justesse de leur la et comme je devinais instinctivement la portée des leçons d'alors. Alain nous avait prévenus en début d'année que notre compréhension de ce qui était en jeu dans cet enseignement nous viendrait avec le temps, tout d'abord tout au long de l'année Je me souviens de la fluidité de son cours sur le da-sein et le da-mit d'Heidegger et comme il s'employa à nous le donner comme exmple du détournement typique d'une pensée philosophique pour en faire une idéologie, celle-là tout particulièrement nauséabonde mais aussi, plus tard, pour nous-mêmes. Et comme la chose s'est vérifiée de façon diffuse, toutes ces années qui ont suivi, comment dans mes trajectoires parmi les rayons des bibliothèques et des librairies, je gardais à l'esprit cette notion du ricochet si chère à Alain, ricochets me conduisant de Louis-René des Forêts, à Blanchot et Blanchot m'ouvrant ensuite la voie sur Mallarmé, ou encore comment Robert Frank me poussa à lire Kerouac qui lui m'ouvrit le chemin de Ginsberg puis de Burroughs. Et puis il y a eu cet épisode typiquement clodoaldien (les habitants de Saint-Cloud sont des clodoaldiens), lors d'un cours à propos de Sigmund Freud, Alain avait eu le malheur de prononcer des mots très choquants, je crois que le mot qui avait mis le feu aux poudres était celui de sodomie, des parents d'éléves du lycée, autant dire de pudibonds paroissiens de Stella Matituna en matière d'architecture plagiaire et de catastrophe visuelle l'Eglise de Stella Matituna à Saint-Cloud est une merveille, un sous-produit du Corbusier construit avec la brutalité des parkings de supermarchés en Angleterre, un régal vraiment, mais je crois que les clodoaldiens, massivement lecteurs du Figaro, donc au mauvais goût très sûr, certifié même, bons catholiques dans l'ensemble, ces parissiens en sont plutôt contents de leur pièce montée, alors pourquoi faire du mauvais esprit? toujours est-il que cette majorité bien-pensante du Haut des Hauts-de-Seine avait décidé de prendre le mot de sodomie dans la bouche d'un professeur de philosophie très au sérieux. Deux mères d'élèves jouèrent les James Bond girls dans les couloirs du Lycée Florent Schmitt, les soies luxueuses au cou, escarpins vernissés et gros mollets de filles catholiques élévées à Versailles, elles écoutèrent aux portes, et je crois que je n'oublierais jamais la tête déconfite de ces deux grenouilles de bénitier lorsqu'Alain qui avait l'ouie fine et qui n'avait rien perdu du manège pitoyable de ces deux gourdes, ouvrit brusquement la porte et leur pria avec cette classe et cette distinction qui sont les siennes, si elle ne désiraient pas s'assoir pour mieux entendre quelques pages de philosophie selon son expression. De même, un certain Fabien, petit garçon très bien sous tout rapport, pull ocre en v sur chemise blanche à rayures bleues marine, le cheveu blond, pas trop long et propre, s'empourpra lorsqu'il reconnut sa mère parmi les apprenties espionnes de couloir. Jusqu'à la fin de l'année, Alain commença son cours en ouvrant la porte de sa classe et fit cours, la porte ouverte. Ce que j'aime par dessus tout chez Alain devenu mon ami, c'est cette présence silencieuse et attentive de ce que ce sont devenus ses anciens élèves, il lit assidument ces pages comme il ne manque jamais un spectacle dans lequel une jeune femme de ma classe joue, même si le rôle est secondaire. Pendant dix ans, Alain a fait la demande volontaire pour enseigner dans une zone réputée difficile, Nanterre, conscient que c'était là qu'il serait le plus utile. Et je lui voue une admiration sans borne pour cet acte volontaire. J'aime la précision de la langue d'Alain qui ne dira pas "usure" ou "lassitude du couple" mais "conjugalité émolliente", expression trouvée dans son mail de ce matin. J'aime aussi comment Alain démollit les mauvais auteurs de chiquenaudes particulièrement bien troussées, expliquant par exemple comment Houellebecq utilise les ressorts de la pire des littératures moralistes du XIXème siècle, c'est un exemple parmi tant d'autres celui-là me fait beaucoup rire. A vrai dire quand je dis ma dette à Alain, il secoue souvent les épaules prétendant n'y être pour rien, et je suis certain qu'il trouvera bruyantes ces lignes qu'il jugera trop affectives. Sur cette photo de classe cherchez Fabien ou ceux qui peuvent lui ressembler, je remarque que pour les couleurs des vêtements de Fabien, de mémoire, je me sois trompé, mais je suis tout de même rassuré de retrouver ces couleurs clodoaldiennes sur un autre garçon du cru. mercredi, février 09, 2005
Mercredi 9 février Anne n'est pas rentrée seule ce matin. Dans son compartiment elle a fait la connaissance d'une jeune Bosniaque, réfugiée politique, et de sa petite fille de quatre ans. Et comme cette jeune femme devait se rendre à l'OFRA du Val de Fontenay, Anne lui a offert de rentrer avec elle, de prendre un petit déjeûner à la maison et que nous la conduirions à l'OFRA, qui, de fait, est à l'autre bout de Fontenay, donc pas très loin de la maison. Finalement c'est moi qui accompagne cette jeune femme et sa fille à l'OFRA, avec une demi-heure d'avance, mais la queue est déjà longue de gens qui attendent tandis que les bureaux ne sont pas encore ouverts. Tant de physionnomies et de vêtements différents dans cet essain de gens qui attendent. Et j'ai drôlement pitié de cette jeune femme qui va devoir affronter cette queue longue en étant accompagnée d'une petite fille de quatre ans, laquelle a apparemment été malade toute la nuit dans le train. Nous discutons en Anglais, où j'apprends qu'elle est de Bijeljina dont elle est surprise de voir que je sais à peu près où cela se trouve, c'est-à-dire à la pointe Est du pays. Je me garde un peu de lui dire que cette connaissance de son pays est tout de même essentiellement dûe à sa récente guerre civile, parce que je me doute bien qu'elle n'est pas en France de son plein gré, d'autant qu'elle se rend à cet organisme chargé d'examiner les demandes d'asile politique. Plus tard Anne me dira qu'elle lui avait dit pis que pendre des Bosniaques, évidemment elle est Serbe et elle est chassée par ceux qui étaient les victimes d'hier et qui assouvissent un désir de revanche, de vengeance même. N'empêche à la regarder comme cela, on l'imagine mal ayant pris part à tout cela. D'une part parce qu'elle a tout juste 21 ans, elle a une certaine fraîcheur, elle ne porte pas du tout sur son visage d'avoir passé la nuit dans le train et d'avoir veillé sur sa petit fille malade. Et pourtant, l'ayant déposée sur le trottoir devant la queue des autres postulants à l'asile politique, elle se fond avec eux, elle est une demandeuse de plus, dont il est difficile de savoir si au demande sera exaucée ou non, de savoir si elle finira par résider en France ou si au contraire elle sera déboutée et contrainte de retourner dans cette partie de la Bosnie qui lui est désormais hostile. Autour d'elle, pareillement, d'autres sont emplis d'espoir de sortir de cette vie difficile qui est la leur, réfugié, fuyant la violence et l'intransigeance de leur semblables. Lorsque Leila, elle s'appelle Leila, prend sa place dans la queue, elle ressemble à cette poignée de gravier que l'on jette, dans la main la dizaine de petits cailloux étaient tous identifiables, dissembables des autres par le forme ou la couleur, uniques en somme, et jetés vers le gravier de l'allée, dès qu'ils étaient tombés à terre, ces petits cailloux uniques l'instant d'avant se fondaient dans la masse, indistincts du reste du gravier. Le soir, j'avoue mon impuissance désespérée à Anne s'agissant de Nathan de ce que nous appellons dans la famille, pour rendre les choses compréhensibles, notamment par Madeleine, les difficultés de Nathan. Je confie mon manque d'espoir, mon découragement. Anne est comme le roc, elle, elle y croit, elle se bat avec toutes ses forces morales valides. Et pourtant, en fin de journée, repensant à la détresse réelle de Leila, tout juste âgée de 21 ans, je me fais l'effet de beaucoup me lamenter sur mon sort. Je voudrais être plus fort que cela. Dans une Fuite en Egypte, je me suis déjà servi de cette image du gravier, elle contient pour moi une telle image de la douleur:
mardi, février 08, 2005
Mardi 8 février Je suis tellement fatigué que je me couche en même temps que les enfants. Adèle dort, Nathan se berce bruyamment dans son lit, dont je suis obligé de resserrer de temps en temps les écrous et Madeleine a le droit, mardi soir obligé, pas d'école le lendemain, de regarder un film, avant d'aller se coucher. Lorsque je monte après avoir éteint partout et vérifié la fermeture de la porte, je trouve Madeleine sagement assise sur le bord du lit, captivée par son film. Je m'allonge à côté d'elle dans notre grand lit, elle me demande la persmission, en l'absence d'Anne, à Albi ces derniers jours, de dormir avec moi, je lui souris et lui que oui, si elle veut, je serais content de dormir avec elle. Et je m'endors comme il m'arrive parfois de m'endormir à côté d'Anne qui regarde un film ou un documentaire. Plus tard, je reprends mes esprits, j'entends Madeleine qui trifouille un peu avec la télécommande du magnétoscope et qui éteint la télévision, elle éteint la lumière de son côté et vient m'embrasser sur l'épaule tournée contre elle. Je fais semblant de dormir, toujours aussi émerveillé de l'autonomie de Madeleine en toutes choses, contente elle aussi que nous lui accordions notre confiance pour faire d'elle-même les choses. Et je dors profondément, en dépit de ma crainte de dormir seul avec les enfants, proie facile des égorgeurs nocturnes, dès le milieu de la nuit cependant c'est souvent que je me réveille, soit tiré de mon sommeil par des quintes de toux d'Adèle, soit par le lit qui grince sous les bercements de Nathan, lui aussi en proie à des peurs nocturnes, et puis vers cinq heures, Nathan se réveille en sursaut, il se plaint d'avoir mal au ventre, d'avoir peur du noir, d'avoir peur tout court, d'avoir peur mais de ne pas savoir de quoi. La nuit hâchée, je suis content d'entendre le matin l'arrivée d'Anne. lundi, février 07, 2005
Lundi 7 février Nous sommes arrivés in extremis pour l'heure de la séance, il n'était plus temps d'aller boire café et grenadine dans le café d'en face. Nous sommes montés directement chez la psychologue et j'ai tout de suite pris congé, Adèle n'a pas bougé de son sac à dos. C'est curieux parce que je suis à ce point large d'épaules et Adèle toute menue dans mon dos que tous y remarquent sa présence silencieuse avec un temps de retard. Et c'était le cas pour la psychologue. Redescendu au café, j'en ai profité pour commander un sandwich merguez avec un peu de moutarde, le sandwich comme les nombreuses saucisses serrées dans la baguette disent assez bien la générosité des gens de ce café. Un petit noir pour pousser et il était déjà plus ou moins l'heure de remonter chercher Nathan. Comme à son habitude depuis quelques temps, Nathan s'était réfugié dans une manière de cabane qu'il fait dans les rideaux du cabinet et là, à l'abri des regards de tous, il fait ce qu'il appelle son travail. Seule la psychologue est invitée à passer également sous les rideaux pour participer à ce travail, je me dis que décidément c'est un drôle de métier celui qui consiste à travailler à genoux au chevet d'un petit garçon, abrités par un rideau qui cache inefficacement de tumultueuses activités de découpage. Je fais tout de même un peu état des mouvements d'humeur de Nathan en ce moment, et comment il est souvent difficile d'y faire face. La psychologue concède qu'il est souvent traversé par des épisodes intenses qu'elles qualifie de pulsionnels. J'ironise en lui disant que cela va déjà mieux que désormais je n'aurais qu'à me dire que Nathan est traversé par des courrants pulsionnels. La psychologue sourit et je la rassure tout de même, de pouvoir nommer ce magma souvent informe et en fusion qui est celui de Nathan est une aide, malgré tout. Rentrés à la maison dans le calme. dimanche, février 06, 2005
![]() dimanche 6 février Je continue de reprendre les pages du site. C'est un désordre inextricable que celui du code des plus anciennes pages, qui avaient toutes été faites avec une suite bureautique. Tout y est si mal fait, qu'il est parfois plus rapide de refaire entièrement la page. Depuis que je travaille sur ce site, chaque fois que j'apprends quelques nouvelles fonctionnalités ou nouvelles façons d'agencer les pages ou leur contenu, je suis souvent obligé de reprendre nombre des pages les plus anciennes pour harmoniser l'ensemble, et chaque fois je râle un peu plus contre mon incurie d'alors d'avoir pareillement négligé l'apprentissage de la technique, de m'être souvent contenté de la plus incroyable des médiocrités. Oui, je néglige la technique de façon tellement dédaigneuse et puis quand enfin j'apprends à faire les choses correctement, je peste d'avoir été négligeant. D'ailleurs je n'apprends rien, parce que reprenant aujourd'hui les pages, je me demande vraiment quelles sont encore les bourdes que j'accumule au temps présent qui feront ma lassitude et ma colère futures. Et le pire c'est que j'en entrevois quelques unes, comme de ne pas harmoniser mes styles css, par pure paresse, ce qui sûrement me coûtera de longues manipulations de rechercher/remplacer plus tard. J'ai beau le savoir, vraiment la paresse m'immobilise, je dois sûrement rêver d'un temps où toute cette tambouille sera à ce point automatisée, ou pire que des petites mains habiles retordront le code laissé en jachère par son auteur. Se sermoner, mais n'en tenir aucune compte. S'exaspérer mais être incapable de se prendre en main, de se prendre par la main et d'aller lire le manuel. J'avais un collègue en Angleterre qui avait coutume de répondre à mes incessantes questions du genre quelle est la commande qui permet ceci ou comment on fait cela, à ces questions qui sûrement le lassaient, ce collègue, ancien marin, rescapé de la guerre des Falklands, me répondait invariablement "RTFM PDF" (Read the Fucking Manual PDJ, lis donc le putain de mode d'emploi PDJ). Phil, lis le putain de mode d'emploi. |