Le Bloc-notes du désordre |
samedi, janvier 15, 2005
![]() Samedi 15 janvier Voilà bien comment je suis condamné à l'insatisfaction permanente. Je me plains à qui veut bien m'entendre de cette solitude dans le travail, de cet écrasement que je vis parfois à travailler, fabriquer de nouvelles images, écrire, construire de nouvelles pages du site, et tout cela, seul dans mon garage. Et puis de temps à autre, j'ai la possibilité de travailler dans la compagnie d'amis sur des projets communs, et alors comme je vis difficilement que chaque décision soit soumise, pas nécessairement à un vote, mais tout du moins à une discussion, à des palabres même. Parce que nous sommes différents. Nous ne pensons pas de la même manière. Nous sommes différemment équipés. Nos horizons ne sont pas les mêmes, aussi bien ceux que nous affrontons que ceux que nous laissons derrière nous. Mais n'est-ce pourtant pas là que se tient la possibilité de sortir de ces propres (mauvaises) habitudes, de se bousculer, de se pousser à penser avec les outils de l'autre et tout d'un coup embrasser la réalité avec de nouvelles lunettes. Plus tard, se réjouir tout de même de retrouver la solitude de l'atelier, solitude dans laquelle il n'importe plus de justifier ses moindres mouvements, mais le lendemain déjà regretter ces frottements de la pensée avec celle des amis. Longue journée de travail à une quinzaine d'entre nous, remue.net mue. vendredi, janvier 14, 2005
Vendredi 14 janvier Parfois j'entends Nathan dire qu'il est à bout. Il répète cela comme d'autres choses encore dont il ne comprend pas le sens, mais dont l'à propos sous forme de coïncidence fait souvent réfléchir. Lorsque Nathan dit qu'il est à bout, il ne fait que répéter ce qu'il m'arrive si souvent de dire, de lui dire même, quand ses difficultés, ses comportements répétitifs, ses rengaines interminables et ses boucles-prisons m'épuisent, alors je l'exhorte à sortir de cette pensée enfermante en lui disant que je suis à bout. Parfois la répétition alors s'appuie sur ce nouveau mot cette expression qu'il trouve à son goût de répéter désormais à l'envi qu'il est à bout. Papa je suis à bout. Papa je suis à bout. Papa je suis à bout. Papa je suis à bout. Papa je suis à bout. Papa je suis à bout. Papa je suis à bout. Et c'est bien là ce qui nous inquiète et nous exaspère à la fois avec Anne, cette violence qui nous est faite, qui va maintenant souvent au delà de l'épreuve de patience, justement parce que cela nous atteint au delà de la patience dont nous sommes capables, cette violence nous finissons par la rendre aussi à Nathan, nous crions plus fort, nous le secouons ou le poussons, je l'attrape par le col et je le traîne jusque dans sa chambre, les taloches ou les fessées que nous finissons par lui donner, rarement, mais que nous lui donnons malgré tout, en dépit de cet engagement que nous nous étions promis de respecter avec les enfants, ne jamais taper, cette exaspération revient vers Nathan de plus en plus fort. Et nous sommes devenus incapables de juguler entièrement ce mouvement mauvais. Je vois bien comment cette mécanique fonctionne et comment elle s'auto-alimente désormais. Si Nathan nous a poussés dans nos derniers retranchements, nous l'avons alors houspillé, et à la fin de la journée, il a alors emmagasiné suffisamment d'angoisse pour l'empêcher de s'endormir avant onze heures du soir, minuit parfois, plus rarement, mais cela arrive, plus tard encore que nous ses parents. Les lendemains sont alors exécrables, cette fatigue qui est la sienne se généralise à nous tous dans la maison. Et une nouvelle violence voit alors le jour. L'exaspération de tout ceci, pourquoi j'en parle, ici, dans ces lignes, tout ceci ne devrait regarder que nous, mais de même que nous parvenons mal à rester calmes en toutes circonstances exaspérantes, je contiens avec peine le flot impétueux de ces pensées contaminées par l'épuisement. jeudi, janvier 13, 2005
Jeudi 13 janvier Et si je mourrai là tout de suite?, aujourd'hui. Ou encore, et si j'apprenais que j'allai mourrir, disons, dans six mois, dans un nombre donné de jours en fait? Et si... Oui que se passerait-il si..? Je crois que nous pensons tous à ce genre de choses ou même que nous imaginons un peu comment seraient les choses pour nos proches quelques temps après notre mort. Nous y pensons périodiquement je suppose. Encore que je n'émette aucune certitude, j'ai parfois tellement le sentiment de vivre au milieu de contemporains qui ont l'air tellement insoucieux de cette échéance qui nous attend tous, ou encore que le vieillissement et les marques physiques qui l'accompagnent sont davantage au centre de leurs préoccupations, comme si c'était là le tracas, sont-ils à ce point incapables ou si peu désireux de conduire le raisonnement à son terme et de voir au delà du vieillisement du corps, celui de la pensée qui s'effrite et de la mort qui finalement nous délivre du déclin. Oui, c'est cela, n'émettons aucune certitude. Gardons cela pour soi-même. Et donc, et si..?, oui et si..? Je suis un peu affolé tout de même en constatant que l'une de mes premières pensées à cette rêverie maccabre vont vers mon travail et même, même, plus précisément vers le site internet sur lequel je travaille. C'est vrai cela, au fait, qui s'occupe de votre site quand vous n'êtes plus là pour le faire? Qui s'occupe, à défaut des mises à jour, qui seraient alors d'un goût douteux encore qu'il y aurait peut-être quelque chose à fouiller dans cette direction, se sentir partir et rédiger quelques mois d'avance de bloc-notes et s'assurer la complicité d'un proche qui continuerait de donner l'illusion d'une vie qui n'est pourtant plus, ou encore, d'écrire ces quelques mois ou semaines d'avance de bloc-notes comme depuis la tombe, dire, voilà je suis mort, je viens de trouver le moyen d'établir une connection et parvenant à me connecter je vous donne quelques nouvelles, faire définitivement oeuvre de fiction, tout aussi douteux, prétendre que vous êtes effectivement plus de ce monde et que désormais les articles de bloc-notes de tous les jours sont en fait des notes qui avaient été prises par avance et qui sont donc mises en forme par un tiers qui s'occupe de tout maintenant, tromper son monde en quelque sorte et pour ceux qui me connaissent un peu, qui lisent ces lignes depuis quelques temps déjà, habitués à mes tricheries fréquentes, allers-retours pas toujours recommandables entre la fiction et le réel ou tout du moins l'image que l'on s'en fait, ce qu'en j'en dis, se demander tout de même si je ne serais pas déjà en train de faire l'andouille depuis le purgatoire, après tout j'en suis bien capable non, se poser tout simplement la question, qui s'occuperait de renouveller le nom de domaine aussi improbable que cela puisse paraître, le désordre doit avoir la sympathie de ceux qui manquent d'ordre sans doute, mais il existe des sites qui dans leur dénomination montrent qu'ils auraient probablement bien aimé enregistrer le mot désordre comme nom de domaine avant que je ne le fasse et surtout payer à mon hébergeur l'abonnement pour un petit giga de données assemblées brique à brique depuis quatre ans maintenant. Oui, qui s'occuperait de cela? Les héritiers?, je n'ai pour le moment pris aucune disposition de ce genre, ce qui fait partie de mon testament légal finalement n'a trait qu'au financier, plus exactement à l'immobilier. Et puis, Madeleine, Nathan et Adèle sont tout de même un peu jeunes pour que je leur colle de tels soucis. Les amis?, pour eux aussi je ne suis pas certain que ce serait un cadeau. Donc ce qui serait encore le plus probable c'est que le site ne perdure que jusqu'à l'échéance de mon abonnement auprès de mon hébergeur. Avril. C'est quand même curieux quand j'y pense, je me dis voilà je viens de passer pas loin de quatre ans de ma vie à construire quelque chose qui est à ce point fragile qu'il tient en équilibre sous la menace constante de quelques clics des informaticiens de mon hébergeur qui pourraient donc si facilement détruire mon château de cartes, non pas d'un souffle, mais de quelques clics donc, peut-être un simple glisser/déposer dans la corbeille du serveur. Et juste avant que je consacre tant de temps et d'énergie à ce travail harassant du site, j'étais photographe, et photographe je passais des journées au traitement archival de mes photographies, de mes tirages, m'assurant, autant qu'il est possible de le faire, que ceux-ci résistent au temps, à cette décomposition chimique à laquelle est promis un tirage photographique qui serait insuffisamment traité, ou, en d'autress termes, un tirage dont le degré d'acidité (le ph) ne serait pas strictement neutre. Combien d'heures ai-je ainsi passé dans le labo à faire passer un à un des tirages dans des bains d'hyposulfite (un kilo de granulés pour quatre litres d'eau et 240 ml de bisulfite de soude, l'équation est gravée durablement dans mon esprit) ou encore des bains de sélénium pour des virages protecteurs. Et c'est la même personne, moi, celle qui remue des cuvettes pendant des heures en écoutant l'Art Ensemble of Chicago sur un magnétophone c'est encore le souvenir le plus prégnant du labo de Portmouth, la redécouverte de l'Art Ensemble of Chicago dans les odeurs de l'hydroquinone et de l'hyposulfite de soude dont Madeleine a finalement hérité, la même personne donc, qui accepte de confier à la fragilité extrême, l'essentiel désormais de son travail. Je peine décidément à décrire ce mouvement de la pensée, celui m'a fait passer un jour du soucis méticuleux des méthodes archivales à l'insouciance de l'internet et des sauvegardes bâclées. Pire aujourd'hui je commence à envisager la possibilté que certaines des lignes de codes du site, les iframes notamment, ne seront peut-être pas interprétables par les navigateurs du futur, si tant est d'ailleurs que l'html soit un langage qui reste très longtemps le standard. Je dois être fou. Et si, donc, je mourrai bientôt, pas nécessairement demain en traversant la rue, comme on a coutume de dire, mais plutôt emporté par un mal fulgurant que je porte déjà en moi mais dont j'ignore tout, et si donc..? Qui donc s'occupera de tout cela et est-ce que cela en vaut la peine? N'existe-t-il donc pas des cimetières de sites, dont le chemin serait aussi difficile à trouver que celui des cimetières d'éléphants, des cimetières à l'existence mythique, ou encore des cimetières où l'on oublie les siens, des cimetières avec des concessions à trente, soixante-dix ans ou perpétuité? A vrai dire je ne demande pas perpétuité, peut-être une concession de trente ans, ce qui devrait permettre aux enfants de savoir un peu qui était leur père, avec cette préoccupation lointaine de ne pas être pour eux une énigme sans solution. mercredi, janvier 12, 2005
Mercredi 12 janvierNathan avait absolument tenu à emmener sa guitarde oui c'est comme cela que Nathan appelle sa guitare, nous avons bien essayé de lui dire que c'était une guitare, nous n'avons pas, pour le moment, réussi à le convaincre pour la montrer à sa psychologue. Nous avons offert une guitare d'ailleurs je trouve presque navrant que nous ayons pu trouvé dans un magasin de jouets, à très vil prix, une véritable guitare, attention pas non plus une guitare de concert, faite par un luthier, mais une guitare, sur laquelle, il m'arrive de jouer l'air de Smoke on the water pour épater Madeleine, une guitare quoi, la guitarde de Nathan parce que Nathan montrait un réel goût pour les guitares de Gégé. D'ailleurs c'est Gégé qui nous a trouvé des cordes en nylon lors de son dernier passage à Paris, de façon tout de même un peu incroyable c'était des cordes en acier qui était montées sur cette guitare espagnole, et qui ensuite a accordé une première fois la guitare, Nathan fort intéressé par le maniement des clefs a vité désaccordé sa guitare ou plus exactement l'a accordé en open, comme on dit, mais dans un accord particulièrement dissonnant, il faut dire ce qui est. Nathan aime beaucoup Gégé, et Nathan aime beaucoup sa guitarde, à tel point d'ailleurs qu'il ne soit pas rare qu'il dorme avec elle, ce qui n'est pas sans plaire à Gégé, pour qui, c'est écrit, Nathan sera guitariste ou guitardiste. Nathan, avant de partir chez Léa, avait donc pris soin de poser sa guitarde contre la porte d'entrée, il n'était donc pas envisageable qu'il aille chez Léa sans la guitarde. Nous arrivons donc chez Léa et j'ironise en entrant qu'elle va peut-être souffrir d'entendre beaucoup de guitare désaccordée et je lui explique un peu les origines des affinités de Nathan pour la six-cordes. Puis je pars faire un tour, en descendant à l'angle de la rue Servan je remarque deux hommes qui établissent des contraventions pour mauvais stationnement, aussi je me dis que je vais attendre un peu de voir dans quelle direction ils s'engagent après ce pan de rue, pour me donner une chance d'échapper à leur procès verbal ne m'étant pas acquitté de mes droits de stationnement. Leur progression est d'une incroyable lenteur et je suis médusé du temps qu'il leur faut à chaque fois pour remplir une seule contravention, de même que je remarque que deux voitures sur trois dans cette rue qu'ils arpentent écopent d'un papillon, ce qui tend à prouver que nombreux sont les automobilistes parisiens qui, comme moi, ont remarqué qu'il est beaucoup moins coûteux, statistiquement, de prendre une prune de temps en temps que de d'acheter des tickets si onéreux surtout pour les quartiers du centre. A l'angle de la rue je continue de me donner la contenance du type qui attend quelqu'un au carrefour, en fredonnant I'm wating for my man, 26 dollars in my hand le cirque que je peux faire de temps en temps, ne serait-ce que pour me donner une contenance un peu déçu de ne pas pouvoir davantage profiter de ma promenade. Un quart d'heure plus tard, les deux fonctionnaires repartent dans la même rue en sens inverse sur le trottoir d'en face, je peux donc rester tranquille, mais las il ne me reste plus qu'une dizaine de minutes pour aller me promener. Je fais contre mauvaise fortune bon coeur et remonte jusqu'à La Musardine où je suis finalement déçu aussi de trouver ses rangs combles ou presque d'hommes visiblement émus et gênés de ce qu'ils ont sous les yeux. Je ne m'attarde pas, ressort vite, et décide finalement d'aller attendre les cinq dernières minutes dans la cour d'immeuble de la psychologue de Nathan. Je monte enfin, trouve Nathan occupé à construire une cabane avec les rideaux du cabinet, je suis un peu gêné et assure à la psychologue que nous sommes toujours un peu embarrassés de l'état froissé des rideaux après le passage de Nathan. Elle m'assure qu'il n'en est rien. Je lui demande aussi si Nathan ne lui a pas trop cassé les oreilles avec sa guitarde et là aussi je suis rassuré. Je demande à Nathan de remettre ses chaussures et son manteau et j'empoigne la guitare ce qui déclenche la furie de Nathan qui veut prendre sa guitarde lui-même. J'essaye, sans succès, de rappeler à Nathan que s'agissant de la guitarde nous avions un "accord", pour ainsi parler j'ai l'impression que Léa aime bien mes jeux de mots miteux, elle est sûrement lacanienne, cela ne fait plus un pli, je m'aventure tout de même à risquer que nous apprenons à Nathan à jouer de la guitare avec une méthode pour piano aqueux, cela ferait un peu poseur et préparé à l'avance mais je finis par lâcher prise et lui demande de faire attention de ne pas cogner cette guitare contre tous les murs et les marches de l'escalier. Il fait attention et nous descendons dans le calme. Finalement. mardi, janvier 11, 2005
Mardi 11 janvier Les séances au CMP de Fontenay avec Nathan sont décidément éprouvantes, je les comparerais volontiers à de l'ostéopathie, vous ne sentez rien sur le coup, le thérapeute pose les mains et exerce d'infimes pressions sur des endroits de votre corps qui vous ont toujours paru anodins, et puis vous vous relevez, la tête vous tourne un peu, vous vous sentez fragile comme le cristal, vous avez des mouvements qui sont à la fois déliés mais dont vous limitez prudemment l'ampleur, il s'est bien passé quelque chose dans cette apposition des mains et ces pressions à peine ressenties. Les séances au CMP disais-je se déroulent selon le même rite finalement. Nous nous asseyons, les deux thérapeutes et les parents de part et d'autre d'un immense tapis sur lequel Nathan a certaines latitudes pour organiser les jeux avec les jouets remisés sur des étagères, il n'a pas le droit de tous les sortir et il sait qu'il devra contribuer à leur rangement. Et pendant ce temps, il importe que nous discutions des difficultés que nous rencontrons avec lui. Et à vrai dire dans ce fonctionnement, j'avais de nombreux doutes aux débuts, je suis obligé de constater que des choses sont déplacées, je ne saurais dire exactement comment, mais de fait des déplacements s'opèrent, c'est manifeste. Aujourd'hui donc, je me suis ouvert de notre appréhension de la nouvelle équipe pédagogique dont Nathan allait bientôt faire l'objet. Et en amont de ces demandes pesantes d'autorisation à ce qu'il subisse des tests psychologiques conduits par la psychologue scolaire. J'enverrai volontiers ce petit monde promener si ces tests, dont je doute évidemment beaucoup de l'acuité, n'étaient pas un prérequis à l'attribution de cette personne assistante qui se charge d'aider individuellement Nathan dans l'aspect quotidien de sa vie scolaire. Donc Anne et moi pesons bien le pour et le contre, nous voulons bien jouer un peu le jeu, puisque cela permet à Nathan d'en profiter, mais nous sommes tous les deux terriblement dubitatifs de la méthode, naturellement. Et d'en discuter au CMP n'est pas inutile, finalement. Puisque la pédopsychiatre m'encourage à informer la fameuse équipe éducative ah ces terminologies typiques de l'Education Nationale ne cessent de me faire penser à la novlangue de 1984 de George Orwell qu'effectivement Nathan est suivi au CMP et qu'eux seront prompts à prendre le relai de traduire les difficultés de Nathan en des termes qui rentrent dans les sections carrées ou cylindriques de l'Education Nationale; Et quand je demande quel genre d'informations finit par transpirer de ce dialogue, j'apprends que la réponse invariable à toute question au CMP, est que l'enfant est suivi. Et que toutes les précisions demandées sont ensuite toutes plus évasives les unes que les autres. C'est curieux mais cette stratégie de brouillard devant la pesanteur administrative me rend pleinement confiance dans l'aptitude du CMP à nous aider dans notre parcours semé d'embûches. lundi, janvier 10, 2005
Lundi 10 janvier Hier j'ai appris, mon père m'a appelé tard le soir au travail, que ma tante Marie-Thérèse était morte le matin. D'ailleurs je n'ai pas bien compris de quoi mais je n'allais tout de même pas demander des précisions à mon père visiblement ému d'avoir perdu sa soeur aînée. C'est curieux, je ne crois pas que je connaissais très bien ma tante. Je l'aimais beaucoup, mais je ne sais d'elle que ce qu'on a bien voulu m'en dire. Elle était le premier enfant de mes grands-parents paternels que je n'ai pas connus, Oscar et Emilie De Jonckheere. Elle s'est mariée avec Mon Oncle Léandre qui était employé de mon grand-père, Mon Oncle Léandre était l'homme à tout faire dans l'entreprise de négoce de fromages de mon grand-père. Et de fait je me souviens de mon Oncle Léandre comme d'un homme qui était habile de ses mains, en dépit qu'une de ses mains était justement abimée, mais je ne sais pas comment il s'était précisément blessé. Mon Oncle Léandre et Tante Marie-Thérèse ont eu trois enfants, Edith, Anne-Marie et Philippe, mes cousins, que je ne connais pas très bien d'ailleurs, mais que j'aime toujours voir. Mon Oncle Léandre a eu un terrible accident cardiaque qui l'a conduit à la tétraplégie, et j'ai toujours eu du mal et de l'émotion à voir mon Oncle peiner les dix dernières années de sa vie en chaise roulante, muet et paralysé. J'aimais sa poignée de main gauche qui était devenu sa façon de dire désormais les choses. On lui prenait la main et on lui parlait et suivant la façon dont il serrait votre main, vous saviez, peut-être pas dans le détail ce qu'il aurait voulu dire, mais dont il était privé. Je me souviens d'une fois où il avait serré ma main particulièrement fort en serrant les lèvres, c'était une façon prononcée de dire son accord ému. Tante Marie-Thérèse ne se déplaçait pas non plus ni très facilement ni de façon très autonome, des hanches de nombreuses fois opérées lui rendaient la marche difficile et pénible à la fois. Et ce qui m'aura toujours étonné chez Tante Marie-Thérèse, c'est comment en dépit de ces difficultés écrasantes, à la fois celles de son mari tétraplégique et les siennes, ses hanches qui la faisaient tant souffrir, comment donc, elle avait coutume de dire son bonheur à la vie et de s'estimer heureuse d'avoir été épargnée par les pires fléaux. Son bon sourire et son regard rieur, qui la faisait ressembler, de plus en plus, avec l'âge à sa mère, Emilie, que je n'ai connue qu'en photographies, me ravissait et cet optimisme proverbial devenait contagieux, même pour le pessimiste invétéré que je suis. Je me souviens de cette belle journée avec Tante Marie-Thérèse, j'étais allé la chercher en voiture du côté de Pontoise chez ma cousine Anne-Marie, nous avions déjeûner à Puiseux, je lui avais montré quelques tirages que j'avais faits récemment d'après les plaques de mon grand-père, et elle avait pris grand plaisir à nous raconter ce qu'elle savait de ces gens disparus depuis longtemps, inconnus de moi et pourtant si proches que je partage avec certains d'entre eux les traits, mes ancêtres, j'avais eu la bonne idée d'enregistrer le bel accent ch'timi de Tante Marie-Thérèse. Aujourd'hui, je n'ai pas le courage de retrouver cet enregistrement, mais plus tard, je pourrais le faire écouter aux enfants, leur expliquer que leur nom de famille bizarre va avec un accent, l'accent du Ch'nord. dimanche, janvier 09, 2005
Dimanche 9 janvier C'est curieux tout de même cette façon dont l'outil nous façonne presque autant que la matière que nous lui confions. Je cherchais depuis quelques temps le moyen de centraliser un peu les notes que je prends à tout bout de champ, j'avais même demandé à Anne il n'y a pas si longtemps si elle avait la moindre idée d'où est-ce qu'on pouvait trouver de ces clous fixés sur une planchette sur lesquels les serveurs de restaurant empalent les additions et les commandes remplies, je me disais alors que ce clou serait un moyen efficace pour lutter contre l'éparpillement de ces petits bouts de papier, dans lesquels, malgré tout, je retrouve plutôt bien mes petits. Et puis Julien vient de m'installer ce fameux wiki, dont je me disais que ce serait avant tout un bon moyen de travailler avec Julien, mais aussi avec Alain ou L. Je m'aperçois en ayant fait un peu le tour des différents projets que j'ai en cours que ce que je pensais n'être qu'un éparpillement de notes est en fait une dispersion plus grave, ma propre dispersion, car vraiment, est-ce que je pense sincèrement pouvoir mener de front, la préparation de cette exposition d'infographie en mars, invité par Alain, Le désordre en livre, invité par Jean-Claude, la refonte du site, trois idées de roman simultanées, la version graphique du Pola Journal et un roman-photo. Donc la première chose que l'outil produit pour moi, c'est qu'il m'éclaire sur les conditions impossibles de travail que je me donne. Comme je suis un peu écrasé par cette montagne, je me dis que je vais inscrire sur ma liste des choses à faire quelques listes de choses faciles à faire, des corvées même, ce qui me donnera l'occasion de pouvoir rapidement rayer un item ou l'autre, façon de se donner un peu de courage, et je finis presque par trouver quelque réconfort à cet amoncellement supplémentaire. Je commence à prendre du plaisir dans le maniement de ce nouvel outil (très simple d'apprentissage, la preuve j'y parviese très bien) et de m'apercevoir aussi que travaillant à cette prise de notes je produis en soi un nouveau travail: des listes, de nouvelles listes, des listes de listes, je suis tout à mon affaire, on s'en doute. D'où l'idée un peu étrange tout de même, j'en conviens, de vous confier mes listes de courses et les tickets de ces achats. A vrai dire je ne suis pas très sûr moi-même de l'intérêt de ce travail, mais je veux bien tenter l'expérience, quand bien même cela devrait produire des choses assez limitées. Faire feu de tout bois. Du coup je me dis que quite à faire des listes de choses rébarbatives, pour le plaisir de les ordonner un peu, autant faire aussi une listes de pensums, et je découvre alors la joie étrange d'accomplir ces corvées en retard, et sans cesse repoussées par pure procrastination. Le vertige que tout cela me donne aussi, de constater les boucles, la plus simple d'entre elles, dans la liste des mises à jour régulières à faire dans le site, il y a la mise à jour du wiki dans lequel on trouve justement une liste des mises à jour régulières à faire dans le site et dans cette liste il y a la mise à jour du wiki dans lequel on trouve justement une liste des mises à jour régulières à faire dans le site et dans cette liste il y a la mise à jour du wiki dans lequel on trouve justement une liste des mises à jour régulières à faire dans le site et dans cette liste etc... il y a surtout dans tout ceci un abyme de logique qui me procure le plus vif des plaisirs, ennivrant au point de me pousser à m'occuper de paperasses en souffrance. Cette sensation vertigineuse, cette abyme de logique, je crois bien que ce soit là l'un de mes plus grands plaisirs dans la vie. Et naturellement si vous m'aviez dit il y a quelques années que je trouverais autant d'intérêt dans un programme du nom de wiki, j'aurais eu bien du mal à vous croire. |