Le Bloc-notes du désordre |
samedi, janvier 08, 2005
![]() Samedi 8 janvier Cette impression irréelle ce matin en faisant l'amour avec Anne dans la pénombre chaude de l'aube, Anne ressemblait à un des modèles de Delacroix dans la mort de Sardanapale. Belle matinée encore plus tard, relisant le début d'Illness as a metaphor de Susan Sontag, au lit, en écoutant East Coasting de Charles Mingus, Nathan et Madeleine m'apportent mon petit déjeuner au lit, était-ce l'odeur des biscottes beurrées, mais j'ai repensé à ces matins où mon frère Alain et moi nous nous disputions le plaisir d'apporter au père son petit déjeuner au lit, tout comme moi ce matin, il dépliait sa serviette sur le bord du lit et la tête appuyée dans le bras droit en équerre, il buvait son café noir en trempant ces tartines, dans toute la chambre l'odeur du sommeil profond, du café et des biscottes beurrées. Madeleine est redescendue mais Nathan est resté près de moi, vraiment j'ai revu ces matins du père et comme Nathan me ressemble enfant. Puis levé, j'ai pris note pour cet Autoportrait en amateur de Jazz de ce qu'il y a de plus remarquable dans ce disque de Mingus, le piano de Bill Evans, un chef d'oeuvre d'accompagnement, le disque entier tient sur ce piano discret et économe, du coup on entend un Charles Mingus à la contrebasse comme débarassé de devoir tout faire lui-même, comme sur d'autres disques, la contrebasse est alors plus calme, les notes plus rondes, plus graves. vendredi, janvier 07, 2005
![]() Vendredi 7 janvier On parle souvent de ces occasions ratées ou encore de ces moments où l'on passe à côté d'une vraie découverte ou d'une véritable rencontre. Je me souviens comme Barbara Crane lorsqu'elle était venue à Paris dans toute l'exiguité de mon appartement de l'avenue Daumesnil, elle avait souri que je pavienne, en dépit du manque de place, à tout garder, comme elle avait dit. Elle, elle accrochait toutes ces petites choses dont elle ne savait pas ce qu'elle ferait plus tard, ni même si elle en ferait quelque chose, elle accrochait donc ces petits riens à la porte de son réfrigérateur en utilisant des aimants. D'ailleurs c'est à peine étonnant que les aimants, le porte du réfigrateur et aussi un carroussel de diapositives dans lequel elle rangeait ses notes éparses soient eux-mêmes devenus le sujet de quelques unes de ces photographies, je reconnais bien ce mouvement de la pensée et de l'inspiration qui font feu de tout bois. Barbara ironisait d'ailleurs sur ces occasions manquées, elle disait, voilà tu gardes tel bout de ficelle, ou tel morceau de carton ou telle image venue d'on ne sait où, tu le gardes précieusement de côté pendant des années, les gens qui vivent avec toi se demandent vraiment pourquoi tu gardes ce bout de scrap, cette chute, et d'ailleurs tu t'aperçois que tu n'en feras rien parce que vraiment les idées ne viennent pas en ce qui concerne cette chose infime alors tu finis par te ranger à la raison de ceux qui t'entourent et un jour de grand eménage tu finis par jeter cette petite chose, la semaine d'après tu trouves dans le canievau le morceau de tissu ou de métal rouillé avec lequel ton autre morceau de pas grand chose aurait fait une association parfaite, un dyptique ou je ne sais quel autre collage, et elle avait ajouté que ce désagrément lui était arrivé tant de fois. Cela m'avait édifié, du coup vous pouvez être sûr que je ne jette rien, absolument rien, que je garde tout. Et de fait, je ne crois pas avoir vécu beaucoup de ces occasions manquées de peu. Non, je crois même que j'ai une chance exceptionnelle en la matière. Hier donc je scannai des disquettes, j'y ai passé une bonne parie de la journée, d'ailleurs je me disais à quoi bon, je n'étais pas très sûr de ce que je tentais là, et puis avant de fermer ma boutique comme je dis souvent, je suis allé chercher mon courrier dans lequel j'ai trouvé un mail de mon ami alain de bonobo. Alain m'a invité à participer à une exposition colelctive d'images numériques en mars et je lui avais proposé alors de reprendre certaines images d'infographie qui apparaissent dans le site mais que je n'ai jamais poussées à fond, Alain dans son mail me disait que non, ce que lui voulait, c'était du neuf. Et cet après-midi en écoutant Henri Texier, une tasse de thé à la main, le regard par la fenêtre ignorant presque qu'Adèle jouait sur sa couverture au sol, l'image complète d'un autoportrait en carré et en carrés m'est venue, justement à cause des disquettes de la veille. J'ai fait un rapide croquis que j'ai scanné et que j'ai envoyé à Alain. Ce passage avait finalement duré très peu de temps.
Et le soir même Julien m'offre d'installer un wiki dans le site, une manière de bloc-notes amélioré dans lequel je vais pouvoir tenir à jour toutes les notes que je prends, à propos d'idées que je ne mène pas toujours à bien. Uen façon de dire comment les choses seront, pas véritablement une machine à lire le futur désordre, mais presque, d'ailleurs je crois qu'elle devrait aussi servir à lire le passé, puisque tel ou tel projet enfin réalisé aura laissé sa trace dans le site sous sa forme embryonnaire. Quelle belle journée celle d'aujourdhui, toute de congruence. A la bibliothèque, j'ai emprunté, le double disque des oeuvres complètes d'Albert Ayler chez Impulse!, The third decade de l'Art Ensemble of Chicago, deux disques de Pascal Comelade que je ne connaissais pas et le livre de Susan Sontag Illness as a metaphor sur lequel je suis tombé par hasard et qui tout de suite m'a fait me souvenir de cette lecture qu'elle avait faite de ce livre justement à l'Art Insitude de Chicago, je viens d'en relire la préface, c'est absolument brillant. La maladie est la zone d'ombre de la vie, un territoire auquel il coûte cher d'appartenir. En naissant, nous acquérons une double nationalité qui relève du royaume des bien-portants comme de celui des malades. Et bien que nous préférerions tous présenter le bon passeport, le jour vient où chacun de nous est contraint, ne serait-ce qu'un court moment, de se reconnaître citoyen de l'autre contrée. Je ne décrirai pas ici ce que cela signifie vraiment d'émigrer au royaume des malades et d'y séjourner, mais je parlerai des phantasmes d'ordre répressif ou sentimental qui s'élaborent à partir de telles circonstances; non de la géographie réelle, des stéréotypes définissant le caractère national. Mon propos n'est pas la maladie physique en soi, mais l'usage qui en est fait en tant que figure ou météphore. Or la maladie n'est pas une métaphore, et l'attitude la plus honnête que l'on puisse avoir à son égard — la façon la plus saine aussi d'être malade — consiste à l'épurer de la métaphore, à résister à la contamination qui l'accompagne. Mais il est presque impossible de s'établir au royaume des malades en faisant abstraction de toutes les images sinistres qui en ont dessiné la paysage. C'est à l'élucidation de ces métaphores et à l'affranchissement de leurs servitudes que je consacre cette enquête. jeudi, janvier 06, 2005
Jeudi 6 janvierJe suppose que ce que je cherche avant tout c'est non seulement de perdre les visiteurs dans le site mais de m'y perdre moi-même. Ce n'est pas une mince affaire parce que j'ai une mémoire d'éléphant en grande partie héritée d'avoir beaucoup joué au memory enfant et que vous seriez surpris du nombre de fichiers (parmi les 25000 d'entre eux) de ce site que je peux effectivement me figurer juste par leur nom et de savoir dans quel sous répertoire de quel répertoire ils sont rangés, aussi il est rare, ce que je regrette, que je tombe dans mes propres chausse-trappes, et à chaque fois je suis plutôt médusé et incrédule, alors dans la construction de cette nouvelle version du désordre je multiplie les aiguillages, un peu, sans doute, dans l'espoir qu'ils finiront par m'égarer aussi. Je dois être un drôle de zigue tout de même. Aujourdhui j'aurais passé une bonne partie de la journée à construire cette porte, je ne sais pourtant pas encore très bien à quelle charnière du site je vais l'accrocher. Ben vous verrez bien, je suppose, ou vous ne verrez jamais. mercredi, janvier 05, 2005
![]() Mercredi 5 janvier Je ne sais pas pourquoi je me mets à repenser à ce genre de choses, sans doute le passage éclair de Clémence à la maison qui revenait d'Islande, de me dire que voilà des vies qui se croisent mais qui ne se touchent pas vraiment, je me suis mis donc à penser à toute cette simultanéité des choses, des événements, du réseau terriblement complexe de nos existences, et sans doute aussi, par extension, au caractère bougrement factice des traces que tout ceci laisse sur nos écrans, puisque ce n'est plus sur le papier je ne parle que pour moi, je n'ai pas remplacé ma coûteuse imprimante lorsqu'elle a rendu l'âme l'hiver dernier, justement parce qu'elle était si coûteuse, à ce prix-là, je veux parler du prix de l'encre, j'ai développé la faculté, dont je ne me croyais pas capable, de lire à l'écran. Mais ce n'était pas de ma pingrerie dont je voulais parler ce soir, non, plutôt que l'imbrication des existences et surtout de la difficulté mentale d'en embrasser plusieurs. Clémence est arrivée à Paris le 17 décembre, ce dont j'ai gardé trace grâce à cette photographie de la gare montparnasse incluse dans la Vie. Et puis elle est partie pendant pas tout à fait quinze jours en Islande rejoindre son frère Julien en voyage d'étude. Je veux bien croire qu'elle ait vécu toutes sortes d'expériences enrichissantes pendant cette quinzaine encore que la médiocrité de ses images n'en donne pas un aperçu très fiable, mais je ne peux pas dire que j'ai pensé à Clémence tous les jours de cette quinzaine, tentant d'anticiper ou d'accompagner en pensée ce qu'elle pouvait bien vivre lors de son voyage en Islande. Et lorsque clémence et Julien m'ont appelé le 28 décembre au soir pour me souhaiter un bon anniversaire, j'avais un peu de mal à saisir quel pouvait être le contexte pour eux de cette appel à vrai dire je n'ai pas honte de le dire mais parmi les nombreuses idées fausses que je me fais de l'Islande, par pure ignorance, c'est qu'il doit faire nuit 24 heures sur 24 en hiver, tout particulièrement du solstice d'hiver cet appel me surprenait lors de cette très belle fête que m'ont faite mes amis, dans le même souffle en quelque sorte Susan Sontag mourrait, rejoignant en cela deux autres auteurs pour lesquels j'avais la plus grande admiration et dont j'ai appris la mort un 28 décembre, Samuel Beckett et Louis-René des Forêts. Et repensant à la mort de Samuel Beckett que j'apprenais en lisant le Chicago Tribune, pas très loin des scores de football américain, je repensais à cette drôle de journée du 28 décembre 1989, le jour de mes 25 ans, les photos autoportraits le matin, puis aller au travail dans la neige, et le soir mon ami Greg passait me prendre pour m'emmener jouer au billard dans une salle célèbre pour être le décor de l'Arnaqueur de Robert Rossen ou de la couleur de l'argent de Martin Scorcese, je ne sais plus, là aussi dès que je mets ma mémoire au travail, elle ne m'aide en rien, ne faisant que compliquer ce que je perçois déjà avec difficulté. Clémence est revenue à Paris pour moins de vingt quatre heures avant de repartir pour Angers où elle suit ses études de psycho. Ce soir elle est déjà dans sa chambre d'étudiante et demain ses journées reprendront un cours dont j'ignore tout ou presque mais qui suivra celui de mes journées à moi notamment d'emmner les enfants à l'école, de m'occuper d'Adèle, de profiter de ses petites siestes pour travailler un peu dans le garage, de lui donner son biberon en écoutant l'Art Ensemble of Chicago ou Albert Ayler, autant d'éléments qui s'emmêlent comme dans la tête d'un joueur d'échecs qui joue plusieurs parties en simultané et en aveugle. Il arrive cependant qu'en dépit de très grandes prédispositions pour ces parties aveugles simultanées & il faut pour cela un esprit un peu invraissemblable ces joueurs surdoués perdent les pédales concourrant à une catastrophe sans nom sur presque tous les échiquiers dont ils avaient encore pleinement le contrôle mental quelques minutes auparavant. Et c'est sûrement ce qui me serait arriver dans le cours sinueux de cette réflexion qui s'égare dès les premiers virages, j'aurais très rapidement déraillé. N'empêche, je m'aperçois que je pense toujours plus ou moins de la même façon, comme si le centre du monde se trouvait être sous mes pieds, Dans les Cévennes, le Mont-Lozère et la vallée de la Cèze me donnent le sentiment de centre de la terre, de même la carrefour des Rigollots à Fontenay, ou encore la Croix de Chavaux à montreuil, ou bien encore la librairie de mon amie Alain, le page 189, au 189 de la rue du Faubourg Saint Antoine, et lorsque je vivais à Chicago, j'avais aussi ce sentiment que tout ce qu'il se passait dans le monde se passait à Chicago d'ailleurs un professeur de l'école de Chicago m'avait beaucoup étonné en me demandant si je n'avais pas le sentiment de rater quelque chose en vivant à Chicago en même temps que la chute du Mur de Berlin, et comparablement je vécus la chute du régime de Milosevic en septembre 2000 dans un embouteillage à Chicago, à la radio, je me dis qu'en matière d'égocentrisme je défis l'entendement, et pourtant lorsque je lis en ce moment, principalement en provenance de rezo.net des nouvelles du raz de marée en Asie du Sud Est, je pourrais en pleurer. Ce monde est décidément trop grand et trop complexe pour moi. Pour Clémence, sans doute aussi, que l'Islande c'était le centre du monde ce quinze derniers jours. Photographie de Clémence Verley mardi, janvier 04, 2005
![]() Mardi 4 janvier L'air de rien cela avance. Cette nouvelle version verra peut-être le jour cette année. Hier j'apportais la dernière main au référencement artisanal du moteur de recherche, aujourd'hui mon ordinateur en carton-pâte que je viens de terminer. Ce qu'il reste à faire: Reprendre entièrement le répertoire photographie Faire toutes les photos du garage et tisser un nouveau labyrinthe où tout sera évidement rangé différemment du bureau à Puiseux. Pourquoi pas essayer de faire cette visite en flash. Refaire la bibliothèque, non seulement y insérer les nouveaux livres, mais aussi reprendre entièrement le système de visite. Enfin reprendre une à une toutes les pages du site et virer les "retour à la page précédente" condition sine qua non pour que le livre de sable électronique fonctionne vraiment. Et enfin implémenter le taquin pour corser un peu l'effet de labyrinthe. Bref il y a du boulot! Comme dirait Julien, il me faudrait un wiki pour noter tout cela. lundi, janvier 03, 2005
Lundi 3 janvier Le matin pour apporter la dernière main au moteur de recherche du bloc-notes du désordre. Rentré darre darre tout de même à la maison pour aller chercher Nathan à l'école et l'emmener ensuite chez la psychologue. Arrivé au café, je suis drôlement content de pouvoir souhaiter une bonne année au patron du café, cet homme est bon et je ne lui veux que du bien, aussi mes voeux sont-ils sincères, et je suis d'autant plus heureux que Nathan y va aussi de sa bonne année pour Monsieur Grenadine. Nous montons et nous souhaitons églament l'année belle à Léa, d'ailleurs elle remercie Nathan pour ses voeux laissés sur le répondeur du cabinet, je prends alors le temps d'expliquer les circonstances de cette initiative de Nathan pour qu'elle mesure bien le potentiel de ce message. Et je me fais même la réflexion que j'ai matière à la piéger un peu, d'être à psychologue psychologue et demi j'en connais une qui ne va peut-être pas rire à mes jeux, en lisant ces lignes, n'est-ce pas J.? je raconte donc à Léa que nous essayons d'expliquer à Nathan comment fonctionne un répondeur, et que par exemple il m'est arrivé une fois de lui faire laisser un message sur notre répondeur depuis un autre téléphone pour lui faire entendre son message sur notre répondeur à notre retour. Et que d'ailleurs si elle a encore le message de Nathan sur son répondeur, elle devrait le lui faire écouter, elle s'empresse de me repondre que oui elle l'a gardé, voilà, je suis content, dans cet empressement je viens de démontrer qu'elle est emballée d'avoir reçu ce message de Nathan et qu'elle le garde un peu sur son répondeur, et j'aime toujours ces signes qui montrent que cette relation entre Nathan et elle ne sont pas seulement professionnels. Bref on s'amuse comme on peut à psychologue psychologue et demi. Je ressors avec Adèle sur le dos, dehors il faut grand beau temps, je décide de descendre en direction de l'avenue Parmentier et puis d'aller voir la statue de Léon Blum sur la place éponyme. J'ai une prédilection toute particulière pour la magnifique sculpture de Philippe Garel représentant donc Léon Blum, écharpe au vent, d'ailleurs c'est cette écharpe au vent qui retient beaucoup mon attention, j'aime qu'elle soit au vent de façon permantente, qu'elle ait à la fois la légéreté du tissu au vent et la rigidité d'une sculpture, et notamment d'être le moulage sans fioriture d'un matériau brut, de même que d'autres passages de cette sculpture sont de très beaux gestes de sculpteur, laissant voir le geste de pétrir, ce qui repris dans la fonte devient très vivant. Et puis je remonte vers la rue du Chemin vert, je monte chercher Nathan, dont j'apprends qu'il a eu une séance un peu agitée mais dans laquelle, une fois de plus dans ses jeux on remarque qu'il prenne en compte toutes sortes de contraintes spacio-temporelles qui sont autant de progrès. C'est à la fois peu et à la fois beaucoup. Et c'est exactement cela que je ressens, à la fois la joie devant les progrès et l'amertume qu'ils ne soient pas plus déterminants, la lenteur des progrès et leur petitesse chaque fois me ramenant à la magnitude de ce contre quoi Nathan se bat avec l'aide de sa psychologue. dimanche, janvier 02, 2005
Dimanche 2 janvier Le journée, plongé dans ces lignes de code qui devraient bientôt dessiner une manière de moteur de recherche facétieux pour le bloc-notes. |