Le Bloc-notes du désordre |
samedi, janvier 01, 2005
Samedi premier janvier 2005 Quand je rentre le soir à la maison, Anne m'explique que téléphonant aux uns et aux autres pour souhaiter la bonne année, Nathan a exprimé le désir de téléphoner à Léa, sa psychologue. Anne a alors offert à Nathan de laisser un message sur le répondeur du cabinet. Nathan acceptant, Anne a composé le numéro et puis avec des temps d'attente Nathan a dit: "Bonjour Léa C'est Nathan Bonne Année Lundi" et il rendu le téléphone à Anne. Je me demande bien quel effet cela va lui faire à Léa lundi matin de trouver ce message sur son répondeur. Le soir nous avons écouté de la musique. Anne me dit qu'elle a elle aussi le sentiment de redécouvrir les disques qu'elle entend depuis qu'elle me connait. Je note la liste des morceaux que nous avons écoutés pour m'en souvenir, pour me souvenir de cette très belle soirée calme à écouter du jazz. Nous avons commencé par The Chapauqua suite d'Ornette Coleman, juste un morceau. Puis Beauty is a rare thing d'Ornette Coleman aussi. Puis le début de Free Jazz! qui lui fait directement suite. D'entendre la rencontre Dolphy/Coleman m'a naturellement amené à choisir India pour la recontre Coltrane/Dolphy, et dans ce morceau quelques notes très écorchées de clarinette basse m'ont donné envie de retrouver ce morceau de Sonny Rollins avec la section ryhtmique de Coltrane (Elvin Jones / Jimmy Garrison) et Freddie Hubbard à la trompette pour ces quelques notes d'expérimentation complète, où Sonny Rollins joue du sax sans anche. Le gros son (avec anche) de Sonny Rollins m'a alors conduit à celui de Coleman Hawkins accompagné seulement de Shelly Manne, dans l'album de Shelly Manne 1, 2, 3, j'ai laissé le morceau suivant avec son incroyable solo de vibraphone d'Eddie Costa, mais j'ai ensuite enchaîné avec l'album de Duke Ellington en formation réduite et notamment avec Coleman Hawkins et ses très belles prises de bec amicales avec Johnny hodges à l'alto. Et j'ai laissé Anne sur Jumbo drive, je suis allé me coucher, mais j'ai continué d'entendre cette musique primesautière, l'impression tout de même d'avoir parcourru un court extrait de l'histoire du jazz précisément à l'envers. vendredi, décembre 31, 2004
Vendredi 31 décembreMa gorge se serre d'un coup. Je suis parti chercher du pain pour le repas du soir, Nathan avait fini par choisir de manger plus tôt, je crois qu'il avait faim et ne comprenait pas bien cette histoire de repas plus tard dans le soir. Quand je suis revenu du pain, je suis tombé sur le spectacle désarmant de Nathan seul à table, peinant devant son assiette et faisant toutes sortes de grimaces, absent. C'est terrible parce que je n'aime pas être rappelé si souvent aux difficultés psychologiques de Nathan, et pourtant ces rappels, comme des semonces sont fréquents. C'est comme si nous nous accrochions sans cesse à de menus détails, là où se tiennent tapis les minuscules progrès de Nathan et puis ces blocages, ces encombrements, les mauvaises nouvelles en somme, sont tellement plus patents. En rentrant du pain, je le vois tel qu'il est, pas tel qu'il se montre habituellement. Cela ressemble de loin aux intermittences du coeur dans la Recherche du temps perdu, cette scène qui voit le narrateur entendre sa grand-mère au téléphone, et entendre dans cette voix seule, privée de l'animation visuelle, voulue rassurante, de ses traits, la voix nue donc dit que l'âge a beaucoup grignoté et que cette femme aimée est désormais hors d'âge très proche de la mort. En surprenant Nathan grimaçant, en proie à je ne sais quel encombrement intérieur qui fait sa difficulté, j'ai reçu un de ces chocs, comme des réalisations, que oui, certes Nathan fait des progrès, mais le mal dont il souffre n'est pas bénin. Plus tard, Nathan avait fini par aller se coucher vers onze heures, excédé de fatigue. A minuit, nous nous sommes embrassés sous un rameau de gui, et comme les pétards nous y invitaient dans la rue, j'ai mis son manteau à Madeleine et nous sommes allés faire un petit tour dans le quartier, nous avons croisé une bande de jeunes qui faisaient claquer queques pétards et feux de Bengale, nous nous sommes souhaités la bonne année, eux surpris qu'un adulte promène sa petite fille blonde dans les rues et moi surpris par leur politesse à notre égard, des poignées de main que l'on devrait se donner plus souvent. Nous sommes remontés à la maison. Il était tout de même temps de coucher Madeleine, j'ai fait un détour par la chambre de Nathan que j'ai embrassé abondamment sur son front immense, tous les soirs je vais lui murmurer dans son sommeil avant d'aller me coucher qu'il est un petit garçon merveilleux et que je l'aime très fort, naïvement, je me dis que la répétition de ces bonnes paroles entendues dans le sommeil ne peut pas lui faire de mal, ce soir, j'étais au bord de pleurer quand je lui ai murmuré une bonne année, et que oui on allait se battre, qu'il allait s'en sortir. Qu'est-ce que je suis triste quand je pense à Nathan de cette façon. Bonne année mon petit garçon. Et oui, on va s'en sortir. jeudi, décembre 30, 2004
![]() Jeudi 30 décembre Il paraît que je ronfle. Et jusqu'à récemment je pouvais faire semblant de l'ignorer, d'ironiser auprès de ceux qui s'en plaignent et de feindre de ne pas savoir de quoi ils parlent en argant que je n'entends rien la nuit, que cela ne me réveille pas. C'était sans compter l'espièglerie de l'ami Le Lièvre de Mars qui m'aura enregistré dans mes oeuvres donc, cette nuit. Oui, le bruit de réacteur que vous entendez actuellement en lisant cette page, c'est un extrait de son enregistrement. Drôle d'impression, je peux bien vous l'avouer, de s'entendre dormir. C'est comme d'être présent à sa propre absence. D'entendre enfin ce que je prétendais ne pas entendre. Et c'est assez curieux aussi, le sentiment rétrospectif d'avoir été veillé dans son sommeil, ce qui n'est pas sans véhiculer de cette peur qui souvent m'empêche de m'endormir paisiblement, celle que j'appelle la peur de l'égorgeur nocturne ou au contraire me rassurer, je crois que mon rêve le plus cher serait que toutes les nuits une personne, de toute confiance c'est effectivement le cas du Lièvre de Mars veille sur mon sommeil. Je me dis souvent que je me sentirais le plus puissant des hommes si je parvenais un jour à surmonter ma peur de la nuit, du sommeil dans la nuit et d'être exposé justement à mes égorgeurs nocturnes. Donc m'entendant ronfler on ne peut plus dire dormir ou même écraser avec un tel niveau sonore paisiblement, veillé dans mon sommeil par un ami sûr, m'apporte, sans doute au contraire d'Anne, dont l'écoute de cet enregistrement doit rappeler certaines nuits où trouver son sommeil en compagnie d'un réacteur de boeing 747, ne doit pas toujours être aisé, l'écoute de cet enregistrement donc, m'apporte, au contraire, un certain appaisement. Ce qui d'ailleurs me donne une idée, et si je jouais cet enregistrement, en boucle, sur la vieille chaîne l'ancienne chaîne, malgré ses 22 ans de bons et loyaux services, en dépit même d'avoir dû à une lointaine époque cracher des musiques très médiocres comme Yes et Genesis, l'ancienne chaîne fonctionne encore, et nous l'avons donc installée tout en haut, au milieu des livres, près du lit, emplacement idéal somme toute pour jouer des berceuses, je m'excuse du luxe de précisions, je me demande même si je ne vais pas finir par devenir tout à fait soporifique peut-être pas à plein volume, mais en sourdine, est-ce qu'alors le bruit tout doux de ce ronflement tranquille ne m'aiderait pas, certains soirs, lorsque je lutte pour me détendre et m'endormir, à calquer ma respiration sur celle calme qui est la mienne quand je dors. Oui, enfin, je ne suis pas sûr qu'Anne trouverait cela très à son goût. Et pourtant qui sait?, peut-être elle même trouverait-elle un certain réconfort à entendre aussi le soir cet enregistrement, en boucle donc, notamment les soirs où je travaille, les soirs où je ne dors pas à la maison donc. Vous ne me croyez peut-être pas capable de détours aussi tortueux?, vous avez tort, dans un genre voisin, en 1993, le soir du 31 décembre, j'étais invité à réveilloner et Daphna qui était passée me prendre m'avait conseillé de mettre de la musique en boucle et de laisser les lumières allumées pour décourager les cambrioleurs de la Saint-Sylvestre, et j'avais réfléchi pendant cinq minutes quel serait le disque que j'allais jouer à mon appartement pendant toute la nuit, en boucle donc, pour finalement choisir Free Jazz! d'Ornette Coleman, qui me parassait infiniment plus bruyant, et donc plus approprié, que la version acousmatique de 4 minutes 33 de silence de John Cage. Non, non, croyez-le, je suis capable de ce genre de comportements tout de même irrationnels. Je n'ai pas toujours ronflé, je veux dire dans mon sommeil. Et même jusqu'à mon départ en Angleterre à Portsmouth en 1995, je suis presque certain que je ne ronflais pas puisqu'il m'était alors de temps en temps arrivé de dormir en compagnie d'une part de femmes, dont aucune ne s'était jamais plainte de ces ronflements, et d'autre part d'amis de passage à la maison, dans toute l'exiguité de mon appartement parisien. A Portsmouth pourtant je sais que j'ai commencé à ronfler. Non pas que je fus le témoin de mes propres ronflements, non non jusqu'à l'enregistrement dont je m'excuse de vous dire qu'il est en boucle sur cette page je ne m'étais encore jamais entendu ronfler. Et pourtant je sais que j'ai commencé à ronfler alors que je vivais en Angleterre. Certains réveils en sursaut la nuit à Portsmouth me laissaient parfois entendre comme un écho qui s'atténuait immédiatement, mais je ne pouvais me fier à ces résonances. D'ailleurs c'est aussi à Portsmouth, je repense à certains de mes réveils en sursaut au milieu de la nuit, que j'ai commencé à avoir peur la nuit, seul, dans cet appartement immense sur trois niveaux. Le silence qui prévalait dans l'appartement où je vivais vraiment très seul, à la fois m'appaisait et favorisait grandement ma concentration, ce que je mis beaucoup à profit, trois ans durant, travaillant sans relâche à ma photographie, mais aussi parfois m'inquiétait, tant il me paraissait préfigurer assez fidèlement le silence des caveaux, j'avais alors dans l'idée que ma solitude était telle que si un jour une violente crise cardiaque devait me jeter au sol, il se passerait alors peut-être des mois avant que l'on s'aperçoive de mon décès, à Porstmouth, je ne connaissais personne au travail on me trouvait tellement fantasque, et français, que nul n'aurait beaucoup cherché à comprendre que je fus absent de mon travail, on aurait pensé tiens PDJ prononcer pidijay est retourné dans son pays de mangeurs d'ail. Et en France je crois que mes amis et ma famille ne se seraient pas formalisés de ne pas avoir de nouvelles pendant quelques temps, je n'en donnais pas avec régularité, là c'eut été mon mauvais caractère qui aurait prévalu. Oui, à Porstmouth, je ne dormais pas tranquille, en fait je ne dormais que d'un oeil. D'ailleurs c'est curieux mais certaines nuits j'étais tellement effrayé par ce silence dans le vaste appartement qu'il m'est arrivé de trouver refuge sur la plage en été du côté d'Eastney, précisément là où j'avais fait les photographies de The unspeakable crimes of the West & ce qui n'aurait pas du rendre cet endroit très rassurant, je peux vous le dire, mais je n'étais pas seulement un peu irrationnel dans cette peur de la nuit seul ou encore à l'extrême pointe de la presqu'île du côté de Sandy Point, ou bien encore dans un hôtel pas cher de l'Osbourne road, qui aurait pourtant fait un excellent décor pour un film d'Hitchcock. Ai-je à ce point eu peur dans mon sommeil que je me suis mis à ronfler? C'est possible. De meme que l'on prête aux fortes corpulences d'être de solides ronfleurs, j'ai commencé à prendre de l'ampleur façon Orson Welles en Angleterre, l'épais liquide noir et mousseux à l'arrière goût de café que l'on sert dans les pubs, dans de grands verres, sous le nom de Guiness y est peut-être pour quelque chose. Et pourtant je sais que c'est en Angleterre que "j'ai appris à ronfler", pour dire les choses comme cela. En fait j'ai découvert que je ronflais lors d'une de mes nombreuses traversées de la Manche entre Portsmouth et Le Havre. Je prenais de fait souvent le ferry en sortant de ma dernière nuit au travail avant une semaine dite de récupération que j'allais passer en France. En général, je trouvais un coin tranquille sur le ferry, le plus souvent peu fréquenté, un canapé dans un passage ou sous un des innombrables escaliers reliant les différents ponts du bâteau, parfois aussi dans un de ces canapés qui composaient de petits salons. Je m'y allongeais, je ne demandais généralement pas mon reste et m'endormais parfois même avant que le bâteau ne sorte du Solent, la rade de Porstmouth. Et je me souviens très bien qu'un jour je me suis réveillé, il devait être onze heures du matin, allongé, pas très élégamment sans doute, en travers d'un canapé, et me réveillant, ouvrant les yeux je découvrais une famille d'Anglais faisant salon avec les trois autres canapés réunis autour de la table basse qui unissait donc nos quatre canapés. Et je crois que je n'oublierais jamais le haussement furtif de sourcil du père de famille, tenant sa tasse de thé avec une distinction caratéristique, constatant donc que je me réveillais, ne laissant rien passer, flegmatique ce n'est vraiment pas une légende, l'Anglais en plus d'être perfide, terriblement perfide, et pas uniquement sur un terrain de rugby, l'Anglais est incroyablement flegmatique, et oui, il boit du thé à onze heures du matin et à cinq heures du soir terriblement flegmatique, cet imperceptible saut de sourcil, d'un seul sourcil, je parlais désormais courramment l'Anglais, ce petit cillement donc, voulait dire exactement : "goodness me did you snor!" (Bonté divine comme vous avez ronflé!) et avec le même accent que ce père de famille anglais, j'étirais légérement mes traits frontaux ce que le père de famille interpréta sans mal par: "I suppose I had a little snooze, didn't I" (Je suppose que j'ai fait un petit roupillon, n'est-il pas?). Je crois que je ronfle la nuit, quand je dors. Je ne peux plus le nier. mercredi, décembre 29, 2004
Mercredi 29 décembre L'exposition du Images du monde flottant au Grand palais. Un monde fou qui se masse le nez contre les vitrines, d'ailleurs à plusieurs reprises on a le sentiment d'espionner les peintures de ces paravents au travers de nuages de buée. Et pourtant le miracle a lieu. ![]() Des panneaux qui s'étendent sur plusieurs mètres, reliés entre eux par une nuée d'or le plus souvent, de même que la représentation de bosquets séparent et unissent des scènes disséminées d'un bout à l'autre de ces larges panneaux. Certaines figures ne sont pas plus hautes qu'une demi-douzaine de centimètres, elles sont davantage reconnaissables par leur kimonos bigarés que par tout autre effet de ressemblance, même dans les plus saisissants effets de miniature, les traits se fondent dans une représentation toute générique. Le regard s'égard sans mal à la fois dans le minuscule, ou plus globalement dans la nuée, passant de l'un à l'autre avec un égal plaisir visuel. ![]() Puis une série de A qui sont ces manches Tagasode, peinture de porte-kimono , véritable genre. Des peintures de kimono remisés et pliés avec soin sur de large cintres en bois laqué. Etonnantes compositions proches de l'abstraction les motifs décoratifs des kimonos s'alliant dans leurs plis, ce genre de peinture donne le sentiment d'être simplement codé, le bois laqué du porte-kimono est toujours représenté dans son ensemble selon une isométrie parfaite, le bout des pieds touchant le bord du cadre au bord bas du tableau, cette règle établie, liberté aux peintres de plier les kimonos comme bon leur semble. Les harmonies de couleurs sont chaudes, comme si toutes les couleurs les composant avec été unies par une pointe d'ocre. Les kimonos se déploient, amples formes abstraites avec une grande liberté de composition, créant là, un hors-champ, ici un équilibre parfait des masses. C'est idiot, mais je crois qu'il m'est enfin donné de comprendre cette fameuse inspiration qu'ont su y trouver les impressionnistes, combien de fois ai-je lu qu'ils s'étaient entichés de cette peinture traditionnelle japonaise et tant de fois y ai-je vu l'exotisme des couleurs seulement, sorte de fauvisme avant la lettre, ou tout simplement la représentation dans certaines toiles, de Manet notamment, de motifs japonais, il m'apparaît enfin en évidence que les impressionnistes étaient au contraire très attentifs dans leur admiration de cette peinture, alors donnée pour maladroite par les gardiens du temps académiques telle un sous-genre, et qu'ils avaient su y voir, les impressionistes, tout le potentiel de liberté de composition notamment, de collages des motifs. ![]() Devant un très grand tableau en perspective des quartiers de plaisir, une représentation à une point de fuite, j'attrape le vertige à cause des imbrications de tous les plans, la dalle qui est représentée ici est cloisonnée en de nombreuses portions, et un jeu redoutable entre des portions voisines fait croire longtemps à des jeux de miroirs, créant une manière de labyrinthe inextricable, et pourtant non, ce ne sont pas des labyrinthes, simplement des cellules voisines, il n'empêche l'illusion sans cesse perdure, même débusquée, qui continue de creuser des sillons dans lesquels le regard se perd à l'envi. ![]() Dans l'étage supérieur de l'exposition, ce qui est représenté l'est désormais d'une façon plus rapprochée comme si nous pénétrions désormais derrière les cloisons (pour y découvrir notamment les fameuses estampes japonaises érotiques), on pourrait croire un instant que les images s'assagissent, qu'elles sont plus frontales, mais de recontrer trois courtisanes dont les motifs des kimonos s'assemblent, devant de ces paravents, dont nous venons justement de voir à l'étage inférieur de l'exposition, et sur ces paravents, justement de nouvelles images, antérieures en quelques sorte, et voilà de nouveau les tableaux qui se creusent. Et d'ailleurs, devant ces représentations de paravents et leur représentation, le spectateur comprend mieux comment les panneaux, somme toute décoratifs, des paravents étaient en fait inclus dans les intérieurs, aux cloisons coulissantes notamment, voisinaient d'autres effets de décoration dont on devine qu'ils recélaient la même richesse, imaginez un peu un kimono reposant à cheval sur la cime d'un paravent, un de ces paravents du genre Takasode "A qui sont ces manches" le motif du kimono ainsi posé s'alliant, ou non, avec celui du kimono représenté, il ne serait pas faux alors de penser aux arts décoratifs japonais comme à un art total. ![]() Les fameuses estampes érotiques. Comme elles sont fascinantes représentant, enfin, pour l'occidental, les parties génitales dans leur crudité, et le reste du corps emballé indistinctement dans la richesse des drapés. Nous sommes de fait à l'inverse exact des codes de représentation occidentaux en matière d'érotisme qui dit la nuidté de tout le corps, à l'exception des parties génitales justement masquées. Et comme tout est différemment codé aussi pour ce qui est de la narration, trois temps majeurs, celui de la caresse et du baiser, celui de la stimulation du sexe de la femme et celui de la pénétration. Et aussi invraissemblable qui puisse être la fantaisie de ces images, rien de ce qui n'apparatiendrait pas à ces trois temps n'est jamais représenté. ![]() Mais tout de même c'est une fameuse impression que celle d'aller voir une exposition de peinture japonaise en ponantais. Je m'aperçois comme il m'est devenu impossible de visiter une exposition de peintures sans être lesté d'un bagage, sans doute pas conséquent, mais tout de même essentiellement matiné de la lecture de Peinture et société de Pierre Francastel, et comment, somme toute, une telle lecture, et quelques autres encore, tout de même, ne me sont d'aucune aide pour me fournir quelques clefs aidantes pour ce qui est d'appréhender cette exposition, si ce n'est, peut-être, quand même, quelques connaissances, celles-là, presque pratiques, en matière de dessin, de représentation par le dessin, telles que les règles de perspectives isométriques, ou encore quelques considérations en matière de chromatismes. Rafraîchissante exposition tout de même qui me montre qu'en dépit de connaissances même élémentaires, la peinture elle-même finisse, en dépit de ses codes, à la fois sémiologiques, et sociologiques, par triompher en beauté nue. Ce n'est tout de même pas tous les jours que je fais de telles découvertes. Ni d'aussi enthousiasmantes. mardi, décembre 28, 2004
![]() Mardi 28 décembre J'ai quarante ans. Mes amis sont là, pas tous mes amis, mais c'est un peu comme si tous mes amis étaient là. Lors de telles fêtes je réalise que la plupart de mes amis ne se connaissent pas entre eux. Et quand je les réunis autour de moi, il faut souvent faire beaucoup de présentations. Et du coup j'aime quand mes amis s'entendent, se découvrent des points communs, des sujets de concorde. Ce soir il y a les amis qui sont là. Il y a les amis qui ne sont pas là, je pense notamment à Hanno, en tournée en Argentine. Je pense à Emmanuelle aussi. Il y a les amis qui étaient là il y a dix ans, pour mes trente ans, et qui ne sont plus là, je ne dois pas être très fidèle en amitié parce que justement tous les amis d'il y a dix ans, hormis Hanno en Argentine, ne sont plus là. Il y a tout de même l'amie retardatrice, Daphna, qui est là et qui était déjà là il y a dix ans. Il y a les amis donc qui n'étaient pas là il y a dix ans et qui sont là ce soir. Seront-ils là dans dix ans?, pour mes cinquante ans?, j'aimerais bien que oui. Il y a le compère, qui connaît le chemin pour aller dans le garage et y travailler, comme s'il était dans son propre atelier, et je lui laisse bien volontiers les clefs du sous-sol et même celles de la machine. Lorsque je redescends je découvre ses petits dessins laissés près du clavier. Il y a l'ami libraire qui doit savoir au disque près, ce qui est dans ma discothèque, ce qui n'y est pas et ce qui me fait baver d'envie, cet ami m'offre le coffret des derniers inédits d'Albert Ayler, sur les nouvelles enceintes, ça sonne incomparablement. Merci Alain. Il y a l'amie qui m'offre mon propre livre, oui c'est curieux tout de même, mais voilà elle l'a reliée elle même, c'est tiré sur un papier doux comme la soie, c'est comme si c'était son livre à elle. Merci Isa et Martin. Il y a l'ami qui voudrait bien me faire plaisir mais qui n'a pas la science du libraire, et qui lui-même n'est pas très connaisseur en matière de jazz, lui réussit le tour de force assez extraordinaire de m'offrir une compilation de jazz vocal dans laquelle je trouve Busy Line de Rose Murphy, air entêtant que je cherche depuis des lustres. Merci Gégé. Il y a l'ami anglais qui téléphone tard pour me souhaiter un bon anniversaire. Le temps d'échanger quelques plaisanteries avec l'accent cockney. L'amie de Nancy aussi qui n'a vraiment rien pu faire pour venir. Il y a l'ami qui se trompe de gare, le seul, pour venir à la maison mieux vaut descendre à Fontenay sous Bois plutôt qu'à Val de Fontenay, mais qui s'en souviendra dans dix ans?, d'ailleurs cet ami est tellement étourdi que je voudrais bien parier que dans dix ans il commettra la même erreur, descendre à Val de Fontenay plutôt que Fontenay sous bois. Les appareils photos numériques et la caméra d'Anne passent de main en main. Les images sont en grande partie ratées, qu'importe, la fête, elle, est réussie. Il y a Anne qui nous régale tous. De cette cuisine généreuse, pleine de goût, savante même. Les amis d'ailleurs sont surpris, non, tu n'as pas fait les marrons glacés toi-même? Et pourtant si. Et je peux bien vous le dire les amis, elle n'a pas voulu vous servir son foie gras truffé parce que la présentation n'était pas parfaite faute du moule idoine, mais vous en auriez bavé. Quelle fête cette année! J'ai quarante ans. dimanche, décembre 26, 2004
![]() Dimanche 26 décembre Anne-Pauline est venue nous rendre visite une paire d'heures dans l'après-midi, c'est un plaisir tout de même de voir les enfants surexcités lui mendiant moults chahuts, moi-même, je devrais sûrement aller me recoucher un peu dans l'après-midi, essayer de glâner une paire d'heures de sommeil avant de retourner au travail cette nuit, mais j'aurais alors l'impression de gâcher la venue d'Anne-Pauline, je suis allongé sur le divan dans le salon, nous écoutons Anouar Brahem, le soleil passe sous les nuages et inonde soudain la pièce. Photo: un autoportrait d'Anne, comme elle en fait souvent, accompagnée |