Le Bloc-notes du désordre |
samedi, décembre 11, 2004
Samedi 11 décembre Quand je fais des recherches sur internet, il m'arrive de tomber sur des pages dont je ne comprends pas toujours l'utilité, en y regardant de plus prêt, en affichant leur source notamment, je m'aperçois que certaines d'entre elles sont apparemment générées automatiquement en réunissant des éléments dont je doute fort qu'ils furent conçus un jour pour figurer dans le même voisinage. Ces pages sont apparemment créées dynamiquement pour réagir à des critères de recherche immédiat. Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer comment c'est fait d'une part et à quoi cela rime d'autre part, tout ceci est drôlement mystérieux, mais je suis certain que d'aucuns escomptent derrière cette mécanique obscure attirer à soi des sommes enviables. Et pourtant dans ce dédale, cherchant avec un moteur de recherche le conteu d'un article du bloc-notes dont je me souvenais plus du tout du moment de l'année dernière où je l'avais écrit, mais dont je me souvenais d'un mot peu commun, je faisais donc une recherche sur l'argument "bloc-notes du désordre" + xxx je regrette d'avoir tout oublié de cette recherche je suis tombé sur une version japonaise du désordre. Pour ces pages, dynamiquement créées, aussi, je serais bien en peine de décrire la moindre utilité, si ce n'est, et ce n'est finalement pas rien, mon plus grand amusement de circuler un peu dans le désordre japonisé. vendredi, décembre 10, 2004
![]() Vendredi 10 décembre Finalement quand je suis très affairé à mon travail, que je suis assis toujours au même endroit, devant l'écran de mon orindateur surplombé par des étagères sui portent le fruit de mon travail passé, et entouré de tiroirs qui contiennet cent outils dont je me sers pour le travail en cours, celui qui, travail futur, rejoindra les étagères, peut-être même des étagères qui ne sont pas encore construites, on pourrait donc croire comme assis toujours à cet endroit je ne vois qu'une infime parcelle du monde et que dans de telles conditions je fasse aussi peu de découvertes que possible, et pourtant, j'aurais bien envie de contredire cette façon un peu simpliste de voir les choses. Aujourd'hui j'ai découvert ceci. Depuis que la photographie est devenue pour moi une affaire numérique, je regrette tout de même tous les accidents chimiques dans le laboratoire, autant de micro événements d'épiphénomènes minuscules, de secousses infimes de l'esprit et qui souvent me donnaient la marche à suivre pour les prochaines séries, je regrette que de tels accidents ne viennent plus m'aider pour imaginer de nouvelles forms et de nouvelles façons de faire des photographies. J'ai tant appris des erreurs que j'ai pu faire en photographie. En fait rares furent les erreurs dont je ne parvenais pas à tirer profit. Et de confier donc au hasard la plus grande partie de l'advention. Je reprochais beaucoup au numérique ces derniers temps de ne pas me souffler à l'oreille un peu de ces nouvelles images accidentelles qui me permettaient d'aller de l'avant. Aujourd'hui, sans doute parce que j'avais démarré trop de programmes simultanément, mon ordinateur s'est mis à ramer, comme on dit, et ramant, à accuser du retard dans l'affichage de l'image que j'étais en train de traiter, une image de la Vie, ce faisant l'image est apparue morcellée et composée de plusieurs échelles de représentation. Est-ce que dans cet éparpillement aléatoire ne se tient pas l'idée d'une nouvelle direction? Et imaginons un seul instant qu'un semblable chahut advienne, pas seulement à l'image d'une journée, mais à son récit et, mieux encore, que par l'effet de je ne sais quel accident digne d'un roman de science-fiction et explicable à la lumière de quelque raisonnement mathématiques dont je ne comprends jamais rien des histoires, comme cela, de géométrie sphérique versus géométrie euclidienne plane le cours même de la journée puisse connaître pareille distorsion. A la bibliothèque municipale de Fontenay à laquelle je viens de m'inscrire, j'ai trouvé et emprunté un CD de John Cage que je recherche depuis longtemps. Le soir tard, je scanne des images du Pola Journal en écoutant cette musique qui me parle tellement, qui me parle de ce que l'on peut confier au hasard. Et tout cela assis au fond de mon garage, dans mon pavillon de banlieue. De même que les membres restants de l'Art Ensemble of Chicago ironisent sur la jeunesse de Lester Bowie, répétant dès son plus jeune âge sa trompette tout près des portes des fois que Louis Amstrong passe devant cette porte, par le plus grand des hasards, je me demande bien ce qu'il aurait pensé, John Cage, sillonant, aléatoirement, bien sûr, les rues de Fontenay nuitamment, et vers deux heures du matin, d'entendre, dans le haut de la rue Charles Bassée, la musique de ses sonates pour piano préparé augmentée par le ronronnement de mon scanner hors d'âge et c'est de plus en plus difficile de le faire fonctionner avec les nouveaux ordinateurs. Hautement improbable même en prêtant pour l'occasion une survie à john Cage mais il était deux heures quand j'y ai pensé. J'y ai vraiment pensé. jeudi, décembre 09, 2004
Jeudi 9 décembreC'est un peu curieux tout de même de rentrer, comme cela, chez quelqu'un, qu'on ne connait pas, Daphnée Bitchatch, d'y être invité en tout cas, et entrant, de voir partout du travail. Et par travail je désigne justement à la fois du résultat de ce travail comme du travail lui-même qui vise à ce résultat, mais les mots sont ingrats pour dire cela justement, le travail à l'oeuvre. De même les conditions dites d'ateliers ouverts sont en général les pires pour ce qui est d'envisager le travail de quiconque, vous n'avez qu'à visiter le faux atelier de Brancusi au pied de Beaubourg pour vous faire une idée assez précise de cette inadéquation. Voir un artiste dans son atelier, le voir travailler, voir le travail se faire, sortir du décor, si, cela je veux bien comprendre l'intérêt cela ressemble par exemple à écouter les bandes de studio de John Coltrane, coffret Atlantic, dans lequel on entend les discussions avec les musiciens, un silence, un soupir, et en avant la musique, on entend alors comme il est fragile le silence qui préfigure la musique mais alors de voir l'atelier après le coup de balai pour accueillir les visiteurs et les toiles docilement accrochées sur les murs de l'atelier, cotoyant, sans plus les voisiner vraiment, les conditions de leur obtention, cela vraiment n'a pas beaucoup d'intérêt, d'autant qu'inévitablement les conditions sont idéalement réunies pour que l'artiste se sente contraint de donner des indications purement techniques sur la façon dont sont obtenues les choses, la lecture d'un livre de recettes ne me met pas en appétit comme le fumet du cassoulet d'Anne, je préfère la chose à sa description. Donc en fait pour tout dire je n'étais pas très chaud pour cette visite, mais voilà, c'était aussi l'occasion de faire deux choses à la fois, de voir Julien avec qui nous avions convenu d'un rendez-vous. Et voyant certaines grandes toiles dans des tons très rouges et noirs, d'un premier coup d'oeil qui cherchait autant ses repères dans les toiles que dans les dimensions des pièces de cet appartement, je me suis dit que j'en retenais un de nous faire la publicité d'une de ses amies. Et puis non, à mieux y regarder cette abstraction-là n'a pas l'air feinte, tiens il y a une véritable recherche dans le placement pas si évident que cela de tel aplat, et puis ce n'est peut-être pas simplement du rouge sur du noir, toujours se méfier des jugements un peu rapides. Des cartons à dessins baillaient en V sur deux lutrins en bois, je peux?, oui oui c'est fait pour cela. Et elle ajoute que voilà il y a devant nous dix ans de travail, dix ans de perdu hasarde-t-elle pour faire joli, à sa mine on voit tout de suite qu'elle regrette ce qu'elle vient de dire, sans y penser, pour briser la glace, comme on dit, c'est décidé, je me bouche les oreilles et j'ouvre grand les yeux. Et dans les cartons à dessins, je trouve des dessins c'est entendu, mais surtout des séries de dessins, des dessins qui cherchent, qui ne trouvent pas nécessairement mais qui cherchent, c'est l'évidence. Sur tel dessin, la masse noire est un peu haute peut-être, de fait sur le dessin suivent elle a descendu d'un cran, quelques couleurs sont là, pas flagrantes, qui disent que dans un premier temps ce n'est pas cela qui est recherché, que la couleur viendra après, chaque chose en son temps. Une manière de tenir le crayon plein de vigueur fait suite à une façon plus nonchallante de hachurer les surfaces. Les deux ne se valent pas, les deux fonctionnent, ici des coups plus nerveux débordent, mais restent stériles, et je me fais cette réflexion que quand même ce n'est pas tous les jours que je vois autant de dessins d'un seul coup, autant de tentatives, d'essais, d'échecs et de trouvailles, que j'ai la recherche sous les yeux, d'autant que les peintres abstraits ne cherchent pas tous par le dessin, d'une part, mais aussi ne poussent pas nécessairement très loin cette recherche par le trait, par le dessin. Et puis plus généralement parlant, tous ne donnent pas à voir leur errements, leurs impasses. Et de demander au visiteur de séparer soi-même le grain de l'ivraie. Et puis je commence à m'y trouver drôlement à l'aise dans cet appartement, j'ironise même que cela ressemble un peu à la visite d'un site internet, on arrive sur la page d'accueil pour la première fois, on n'est pas trop sûr de savoir où est-ce qu'il faut cliquer pour commencer je ne vous fais pas de dessin, je suis certain que vous me comprenez à demi-mots. Le bonheur d'une telle visite a cependant ses limites, dans une autre pièce par exemple, les dessins sont entassés, les uns sur les autres, on voit bien ce que cela veut dire, du travail et encore du travail, de la recherche et encore de la recherche. C'est tout de même beaucoup, tout comme le Louvre ne se visite pas en une seule journée ou alors en dix minutes avant un hold-up façon Bande à part de Jean-Luc Godard il n'est pas loisible de regarder tous les dessins qui sont là, dans cette pièce, les uns sur les autres. Dans le couloir, on reprend espoir, de voir des carnets de croquis, hors de leur spirale, mais les feuilles les unes après les autres font l'effet d'un flip-book étonnant, avec là aussi de la suite dans les idées pendant quelques pages et puis cassure, nouvelle cassure, nouvelle direction et cela repart. C'est tout de même curieux, mais regardant les toiles désormais, je n'arrive plus à savoir si les dessins leur ont fait de l'ombre ou au contraire leur donne de l'épaisseur. La peinture de Daphnée Bitchatch est une expérience vigoureuse. Et exigente pour son spectateur, surtout dans sa forme de visite d'atelier. Avec Julien plus tard, en voiture, nous essayons tant mal que bien, de comprendre ce que nous n'arrivons pas toujours à échanger par mail. Et je prends plaisir à ce que justement nous nous comprenons bien. Finalement Julien n'est pas surpris de me voir m'engouffrer plien pot et avec délectation dans les méandres des tunnels des Halles, je ne fais pas semblant d'aimer les labyrinthes et cela Julien l'a compris, il y a fort longtemps. Le soir, dialogue de sourds au téléphone. Epuisant. Tard dans la soirée, je travaille pour me changer les idées, trop d'idées et d'émotions pas toutes compatibles dans une seule journée. mercredi, décembre 08, 2004
Mercredi 8 décembreParfois je me demande pourquoi je fais cela, je veux dire de prendre des notes à propos de la thérapie de Nathan, pas tellement de la thérapie je comprends l'intérêt d'en garder trace même si ces signes sont infimes et pas toujours signifiants mais de ce que je fais pendant qu'il est en séance. Comme si cela pouvait avoir un lien, par exemple ces photographies que j'ai prises aujourd'hui dans les rues avoisinantes. Je ne suis pas particulièrement content de ces photographies mais je suis content de les avoir prises. Et quand je remonte je trouve Nathan avec tous les doigts encapuchonnés par des petites marionnettes, il me les montre crânement. Je sors mon appareil dont le métal est encore froid des rues dehors. Et lui demande de me montrer ses mains pour faire une photo. Il fait mine de ne pas me comprendre et sa psychologue corrige que je devrais lui demander de me montrer ses marionnettes plutôt que ses mains. Et Nathan me montre ses mains, je veux dire ses marionettes. Je fais quelques photographies. Toutes ratées. Et puis Nathan, enlève toutes les petites marionnettes et les rechausse sur les languettes de carton prévues à cet effet sur leur sommaire présentoir, ensuite va ranger le tout à sa place dans les étagères, me demande de l'aider à enfiler son manteau et dit au revoir à la psychologue. Nous nous sourions tous parce que ce n'est pas si fréquent une aussi bonne fin de séance. Je l'embrasse bruyamment et, doctement, la spychologue conclut: "tu vois Nathan quand tu respectes les contraintes de temps et d'espace c'est étrange tout de même qu'elle lui parle comme s'il avait lu Espèces d'esapces de Georges Perec tu es récompensé. Elle n'a cependant pas tort, je repars de cette séance, le coeur léger. Et je dis à Nathan, je suis fier de toi. Il reprend: "Papa est fier de Nathan". C'est vrai quoi, excusez-moi d'être benoît, mais même si Nathan continue de parler de lui-même à la troisème personne du singulier, il fait de drôles de progrès en ce moment, et je suis sacrément fier de lui. De toi Nathan. mardi, décembre 07, 2004
![]() Mardi 7 décembre Une visiteuse, très attentive et de la première heure du désordre, m'avait il y a quelques temps demandé de lui écrire une liste de choses à ne pas manquer à Chicago puisqu'elle s'y rendait et j'avais répondu ceci: A Chicago > >Aller voir absolument "la Grande Jatte" de Seurat à l'Art >Institute (et il y a aussi de très beaux tableaux de Franz Kline). >Le Museum of Contemporay Art n'est pas une mauvaise adresse >en général, j'y ai vu plus de bonnes expositions que de >mauvaises. >Il y a de très belles maisons de Frank Lloyd Wright dans la >ville d'Oak Park, c'est juste à côté de Chicago, en métro >vous y êtes en 20 minutes. >Le centre de Chicago qui tient dans un rectangle de 2X5 >kilomètres est en lui-même une véritable histoire de >l'architecture depuis 1871, date de l'incendie de Chicago. >Je recommande la visite de mon ancien quartier, ce n'est >pas très classe, c'était même un coupe-gorge du temps où >j'y habitais mais les choses ont changé. Cela reste un >quartier pittoresque. Descendre à Milwaukke ou Division, >c'est d'ailleurs dans ce quartier que Simone de Beauvoir a >vécu son idylle avec Nelson Algreen, pauvre garçon, une rue >porte désormais son nom, celui d'Algreen, et j'y suis pour >quelque chose puisque j'étais le centième signataire d'une >pétition pour ce rebaptême. >Pour prendre le meilleur des petits déjeuners à >l'américaine; Leo's 1809 W Division Street. Suis à peu près >sûr que cela n'a pas changé. Breakfast burrito chaudement >recommandé. >Sur le même trottoir mais en revenant vers l'Est, le Gold >Star pour boire de la mauvaise bière et jouer au billard >jusqu'au bout de la nuit, au fond du bar, un collage >photographique géant de quelqu'un que vous connaissez. >Il y a du bon jazz joué au Green Mill (connais plus >l'adresse) et on peut se dire que c'est là qu'Al Capone >descendait pour en écouter attention ce n'est plus Charlie >Parker qui y joue mais des suiveurs. >Montrose Park est agréable pour sa promenade près du lac >(faire un aller retour en voiture sur la partie nord de >Lake Shore Drive n'est pas sans intérêt.) > >Ben je vous envie bien d'aller à Chicago. > >Amicalement > >Phil Ce matin je reçois, par la poste, un collage qui reprend en grande partie les éléments de cette visite synthétique de mon Chicago, et même, même une photographie de Progression immense collage de rayogrammes de bouteilles de bière, dont je suis toujours stupéfait quand on me dit qu'il est encore accroché au fond du Gold Star, 1755W division à Chicago. Merci V., du fond du coeur, suis incrédule que ces choses arrivent et finissent sur ma table de travail. Amicalement Phil lundi, décembre 06, 2004
![]() Lundi 6 décembre J'ai fait une belle recontre aujourd'hui. J'ai recontré quelqu'un dont la parcours très sinueux dans la vie m'a ravi. Olivier est égyptologue de formation. Il joue du saxophone alto, il en joue d'aileurs très bien, j'espère pouvoir acceuillir bientôt une de ses dernières compositions en bout de table, par ailleurs il dirige la revue Special Champignon Magazine. C'est d'ailleurs à ce titre qu'il m'avait contacté pour publier une parmi les photographies de la série des rayogrammes de champignons. Nous somems allés prendre un café dans un bistro proche de la rédaction de sa revue quelque part pas très loin des deux grandes cheminées d'Ivry que je tente de prendre en photographie depuis des années et je ne suis jamais très conent du résultat. Et dans ce café nous avons discuté à batons rompus d'ailleurs était-ce l'heure très matinale de mon réveil ou la discussion, mais j'étais moi-même rompu en sortant d'Ivry. Et dans les méandres plutôt nombreux de cette conversation Olivier m'a expliqué quelques rudiments d'hiéroglyphes, à cette occasion j'ai pu le voir écrire une phrase en égyptien ancien c'est-à-dire en hiéroglyphes, le tout nonchallament sur un bout de nappe. Ce miracle donc a eu lieu au XXIème siècle dans un café des quais d'Ivry. Et ne m'en veuillez pas d'être un peu long à la détente mais je crois que je viens de comprendre seulement maintenant que les hiéroglyphes étaient une écriture, qu'on les écrivait, qu'on ne les dessinait pas, qu'avant tout on les écrivait. Et dire que je me suis toujours beaucoup vanté que mon écritre manuscrite était semblable à des hiéroglyphes, je vois bien ce soir quel genre d'âneries je disais là. dimanche, décembre 05, 2004
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