Le Bloc-notes du désordre |
samedi, décembre 04, 2004
Samedi 4 décembre Cela fait donc plusieurs jours que je rumine des images anciennes, et qu'en en cherchant une, je tombe sur d'autres images, toutes ces images datant de Chicago à la fin des années 80, du coup je me dis que je devrais essayer de mettre en ligne une partie de ce travail qui date de cette époque et dont l'essentiel est contenu dans un très grand portfolio composé de trois cartons à dessins combles, intitulé Le lent voyage, du coup j'y trouverai sûrement aussi le moyen d'ajouter de ces morceaux de récits que je prenais en note et que j'ai retrouvés lors du déménagement l'année dernière, d'ailleurs j'avais déjà exprimé cette idée d'en faire quelque chose. Et puis il y a sûrement, des séries d'images comme celles du Pola journal dont je suis en train de refaire les scans, en ce moment, qui trouveraient facilement leur place dans le site... je finis par me faire l'effet d'un Bartlebooth, personnage dans la Vie mode d'emploi de Georges Perec, dont l'existence serait divisée en trois parties essentielles, peindre des aquarelles de paysages de par le monde, puis en faire faire des puzzles dont la reconstitution est longue, les puzzles, et leurs images reconstituées doivent alors être rapportées sur les lieux qui ont été représentés par lui à l'aquarelle pour y être brûlés. Las, Bartlebooth ne vit pas assez longtemps pour mener son projet invraisemblable à bien et meurt avant d'avoir pu reconstituer tous les puzzles. Et ne suis-je donc pas en train de lui ressembler, pendant une quizaine d'années faire des photographies, puis dépenser une autre quinzaine d'années pour les disperser dans les méandres d'un labyrinthe, labyrinthe pour puzzle, et comment détruirai-je tout cela dans une douzaine d'années? En fait en quelques clics. Cela ne me prendra pas une dernière quinzaine d'années. vendredi, décembre 03, 2004
Vendredi 3 décembreCette photographie retrouvée hier me fascinait déjà il y a quinze ans, elle continue de m'étonner aujourd'hui, à la réflexion les photographies qui me surprenaient il y a quinze ans ne sont pas nombreuses à avoir conserver la magie qui leur permet encore de me provoquer, si sans doute les photographies de Robert Frank, de Robert Heineken, ou celle de Barbara Crane, mais je n'ai plus aujourd'hui la même fascination, par exemple, pour les photographes Joel Sternfeld ou Joel Meyerowitz, par exemple, mais pour cette photographie d'étalonnage de film si. Et pourtant, je comprends bien pourquoi les musées de la photographie, outre-atlantique au moins, s'arrachent des photographies de Meyerowitz, et ne feront rien pour obtenir un tirage, même de très bonne qualité, de ce bout de film 4'X5'. Je le comprends mais cela n'empêche pas que je préfère de loin la photographie de la jeune femme aux cheveux de jais, au chemisier blanc immaculé et toute cette nature morte d'objets uniquement rassemblés là parce qu'ils offrent différentes manières de recevoir et réfléchir la lumière, sans compter les quelques feuilles de ficus pour corser un peu l'affaire contre un fond naturellment gris moyen, c'est-à-dire reflétant 18% de la lumière. Mais voilà, imaginez que je ne vous ai pas donné tout ce contexte, et que vous tentiez d'en comprendre la signification, c'est-à-dire autant qu'une photographie puisse avoir un sens. Oui, imaginez que vous ne sachiez rien de cette volonté de tester l'émulsion c'est un peu comme de lire La Disparition de Georges Perec en sachant que c'est le livre de la littérature française qui a été écrit sans utiliser une seule fois la lettre e donc oui, essayez. Peut-on par exemple imaginer que cette jeune femme est serveuse dans un bar? d'où les bouteilles à la gauche de l'image et les deux verres de vin, un verre de vin rouge, un verre de vin blanc mais alors comment expliquer la présence de l'appareil-photo et du lecteur de cassettes? maladresse de photographe d'avoir laissé là son appareil? non, évidemment pas, mais alors pourquoi avoir laissé la mire de couleur? Et quel est donc cette étrange peluche miniature de couleur bleue? Ce qui d'ailleurs fait rebasculer cette image dans sa fonction déclarée, un étalonnage de film, donc, on prend une jeune femme avec des cheuveux très noirs et on lui fait porter un chemisier blanc, parce que ça évidemment ce n'est pas ce qu'il y a de plus facile à faire, cette espère de grand écart, mais passons, du coup, d'accord, on comprend mieux la mire de couleur et toute les matières qui sont ici présentes, les fleurs pour la multitude de couleurs, et on veut bien croire que le photographe ait trouvé un modèle assez patient pour continuer de sourrire en dépit de ces circonstances navrantes on me reproche assez souvent de ne pas sourrire quand on me prend en photo, à la pace de la jeune femme, je vous assure que je n'aurais pas le sourrire , mais passons sur le sourrire de la jeune femme, quand bien même le sourrire, pourquoi la petite peluche bleue? je me suis mis à imaginer que le photographe tenait beaucoup au sourrire de la jeune femme, qui était passablement pressée d'en finir après tous les patients, et fasitidieux, et longs, réglages de cette photographie, qu'elle n'avait plus du tout envie de sourrire à la fin, que le photographe l'avait pourtant exigé et qu'elle avait marchandé avec lui qu'elle ne sourrirait que s'il acceptait de mettre sur la table un objet de son choix à elle. Et elle avait mis cette espère de petite peluche bleue ridicule pour le faire enrager, ce qui d'ailleurs l'avait contraint lui à trouver un objet à poser de l'autre côté de la mire pour équilibrer la composition et qu'il n'avait rien trouvé de mieux que ce petit cavalier à l'effigie de la marque Fuji, oubliant du tout au tout que le film 4'X5' sur lequel il faisait cette photographie était de marque Kodak. Ou la jeune femme avait profité d'un moment d'inattention du photographe trop affairé à s'assurer pour la quatrième fois d'affilée en regardant par les coins libres du verre dépoli qu'il pouvait apercevoir la fermeture entière du diaphragme et qu'il ne risquait donc pas d'avoir de vignettes sur les bords, d'ailleurs il avait raison de s'en préoccuper parce que justement il en a oublié deux, oh pas flagrantes, mais vignettes tout de même et que cela a du le mettre dans tout ses états, mais non, c'est pas grave on pourra recadrer au tirage, et puis... mais c'est quoi cette peluche bleue, encore un coup de cette gentille garce de Satoko! Et c'est une autre de ces choses qui ne lassent de m'étonner dans cette photographie et qui la rend assez chère à mes yeux: cette image est l'image d'une volonté de très grand contrôle sur l'image, désir immature de perfection et que beaucoup de choses finissent par échouer, à commencer donc par la petit peluche bleue au premier plan, et puis ces vingettes qui ne sont pas flagrantes mais qui nous éloignent de la perfection, la main du modèle posée sur la table encore un coup de cette gentille garce de Satoko! est une vraie maladresse, elle souligne que les objets avaient été posés trop en avant du modèle, le film Kodak utilisé pour faire de la réclame à Fuji, la mire de couleur est insufisamment redressée ce qui fait que ses couleurs sont ternes et ne peuvent être fiablement utilisées comme couleurs de mire, Saotoko est un peu décoiffée et elle a une raie de cheveux assez disgracieuse, comme une cicatrice blanche au milieu de ses cheveux de jais. Et d'ailleurs je suis sûr qu'elle est décoiffée parce qu'elle a profité de l'inattention du photographe pour installer sa petite peluche bleue. Mais pourquoi cette petite peluche bleue? jeudi, décembre 02, 2004
Jeudi 2 décembre Ca y est je l'ai retrouvée. Cette photo à laquelle j'avais pensé comme illustration de mon article à propos des poils blancs de ma barbe. Il devait rester dans les combles encore une demi-douzaine de cartons que nous n'avions toujours pas déballé parce que je croyais, à tort, qu'ils ne contenaient plus que toutes sortes de choses dont l'utilité n'est pas prouvée, et il faut dire que j'en traîne de telles choses, de ces cartons remplis d'objets hétéroclites que je garde jalousement en dépit de les avoir trouvées dans la caniveau et qu'ils soient justement rouillés. Je me souvenais avec précision de cette photographie et de quelques unes de cette même série, je me souvenais que j'en n'avais probablement plus de tirage mais le négatif, cela oui. Ce dont je ne me souvenais plus c'était ces quelques autres images que j'avais conservées dans cette même boîte de films 20X25. Les négatifs de cette série d'autoportraits donc, mais aussi quelques portraits de Mouli et moi par une femme dont je ne suis plus très sûr du nom, Shapiro?, pas sûr, son travail consistait à faire des portraits à la fois photographiques et écrits de coturnes et de couples, de gens qui vivaient ensemble. Je crois que c'est Joyce Neimanas, qui était son professeur, qui lui avait conseillé de nous recontrer Mouli et moi, parce qu'à Joyce, Mouli et moi étions la plus étrange des associations de coturnes, je ne crois pas que j'avais accueilli le projet avec beaucoup de patience, mais j'avais cédé à l'insistance de Mouli qui voyait là l'occasion de retenir une image qui ne fût pas une des miennes de ce que furent ces deux années de vie commune, et nous en avions vu de drôles tout de même la tentative de suicide d'un troisième larron au gaz dans notre appartement du nord de la ville et comment j'avais envoyé au diable son psychiatre, mais je vais trop m'égarer si je commence à raconter ces histoires-là, non, Mouli et moi en avions vu de toutes les couleurs dans ce pays de fous je sentais que Mouli voulait se livrer à ce regard de photographe comme on se faisait tirer le portrait au XIXème siècle, une image, une seule, pour toute une vie. J'avais trouvé très décevant le résultat naturellement, j'avais malgré tout gardé ces images, tirages bâclés, par souci de conservation, comme je suis heureux de retrouver ces images aujourd'hui! Comme il est doux le souvenir de Mouli! Et puis, merveille, je retrouve cette cassette de musique indienne classique que Mouli l'écriture de Mouli sur la cassette, et comme je pestais contre ses feutres à la pointe bizautée avec lequel je ne parvenais jamais à écrire quoi que ce soit et encore moins iune invective contre Mouli pour m'avoir laissé la vaiselle en partant écoutait si souvent, ce n'est pas celle qu'il écoutait en étant si ému, un flutiste légendaire du nom de Mali, non, il s'agit là d'une cassette de Malini Rajurkar, chanteuse qui avait l'admiration de Mouli. Et puis aussi cette autre image, un ekta d'étalonnage, dont je me souviens avoir bavé pour faire un immense tirage que j'avais ensuite découpé en deux laies agissant comme deux rideaux à la porte d'entrée de la section photo de l'école à Chicago, décoration qui n'avait pas survécu plus d'une journée, j'avais été très déçu. Toutes ces photographies et la cassette se trouvaient dans la dernière boîte de film dans le fond du dernier carton descendu des combles pour en ranger le contenu dans le garage. Ce faisant, paradoxalement le sentiment que le désordre est complet maintenant. mercredi, décembre 01, 2004
Mercredi premier décembre Je serais bien incapable de dire un peu le cheminement de ma pensée tandis que je me promenais dans le haut de la rue du Chemin vert, pendant la séance de Nathan chez la psychologue. Il semble à ce sujet que ma pensée fut plus vagabonde encore que de coutume, je me souviens avoir rejoint la rue Sevran et puis d'être aller du côté de la rue Saint-Maur, de l'avoir descendue un peu et puis d'avoir longé le square de la rue du Général Guilhem mais c'est bien tout. A quoi j'ai bien pu penser tout ce temps?, cela je ne saurais vraiment le dire. Et nous ne sommes que le soir-même de cette rêverie éveillée, autant dire le peu de chance de cette pensée rêveuse de survivre, elle est déjà morte, à moins, bien sûr, que la mémoire soit chose si capricieuse qu'au contraire dans une dizaine d'années en ayant une pensée voisine à ce vagabondage dont il ne me reste rien ce soir, à moins donc que la mémoire dans quelques détours imprévisibles me fasse me rappeler ce qui m'avait tant absorbé. Tout cela paraît bien minuscule. Et dire qu'à peu de choses près c'est l'intrigue de toute la recherche du temps perdu! mardi, novembre 30, 2004
Mardi 30 novembreEtonnant comment reprenant les pages du Pola journal, et résinscrivant les dates de la fin de 1998, j'ai le sentiment que j'écris ces dates à jamais, que je les confine défintivement au passé. Cette année qui avait commencé dans un concert de cornes de brumes dans la rade de Portsmouth comme pour couronner cette étreinte que nous avions eue avec Anne. Anne enceinte. Et puis le retour en France. Le début d'une nouvelle vie avec cet emploi qui n'occuperait plus que deux jours par semaine et de laisserait les cinq autres intacts, j'allais pouvoir en faire des choses!, l'été dans les Cévennes et le déménagement à Puiseux, l'apprentissage de cette nouvelle vie, la première fois que je vivais à la campagne et que j'en apprenais les rites, à la fois se fier au temps qu'il fait dehors et se méfier des voisins, le Nouvel An, cete fête de tous les diables dans la grande maison, les amis. Un mois et demi plus tard, naissait Madeleine. 1998! Et je viens d'en écrire les dernières pages en reprenant le Pola journal. lundi, novembre 29, 2004
Lundi 29 novembre >Anne mon amour > >C'est un peu idiot tu me diras de t'envoyer de la sorte un message qui nul >doute va décrire quelques circonvolutions compliquées à travers la masse de >câbles derrière nos ordinateurs, mais aussi se perdre dans un premier temps >dans les serveurs de nos mails respectifs, oui c'est idiot tout ce chemin >alors que tu es assise à côté de moi, qu'importe, juste un message pour te >dire que je t'aime. > >Phil > > >Philippe De Jonckheere Email: pdj[@]desordre.net Site: http://www.desordre.net dimanche, novembre 28, 2004
Dimanche 28 novembre Il y a du monde à la maison. Et je n'aime rien tant que cela, que les différentes pièces de la maison soient habitées, qu'il s'y passe plusieurs choses à la fois, qu'Anne-Pauline cuisine de merveilleuses dorades pendant que je regarde, dans le garage, avec Gégé de nouvelles possibilités de logos pour les guitares électriques que fabrique Gégé, Adèle fait la sieste tout en haut, Madeleine écoute des cassettes, Madeleine aime les histoires, et Nathan est sûrement affairé à quelques agencements de tous ses jouets. Dehors il fait un temps gris, mais qu'importe toutes les petites ampoules de la maison nous font un peu de lumière. Et le soir quand je ressors pour aller travailler cette nuit, j'aime voir que ma maison soit habitée, qu'il y ait de la lumière aux fenêtres. |