Le Bloc-notes du désordre |
samedi, novembre 27, 2004
Samedi 27 novembreUn livre tout le monde sait ce que c'est, je veux dire par là que c'est tout de même un objet qui est à ce point ressassé qu'on ne puisse douter qu'il soit fait de papier, d'une couverture cartonnée ou non, et qu'il contienne de la lecture. Et lorsque l'on dit qu'il ya des bons et des mauvais livres, on entend par là que leur contenu est plus ou moins pertinent. On dira facilement que le dernier roman de Christine Angot est un mauvais livre et que la Recherche du temps perdu est un livre sublime. Plus rarement on s'entendra dire que la reliure de tel livre est de bonne ou de mauvaise facture, on se plaindra d'ailleurs nettement plus souvent d'une mauvaise reliure que de vanter l'excellente façon d'une autre reliure: un livre tant qu'on en perd pas les pages qui se soucierait de sa reliure, et de son pli. Et pourtant il existe des livres dont la forme repense ce qu'est le livre en tant qu'objet, des livres qui s'inventent des contours différents pour mettre en valeur différement leur contenu, vous savez ces livres aux pages épaisses sur les bords desquels le lecteur est invité à tirer une languette, ce qui a pour effet de modifier le contenu de la page, ou des livres dont l'ouverture d'une double page provoque le dépliage en trois dimensions, telles les ailes du papillon qui sortent du cocon, de nouvelles formes, on trouve sutout cela dans les livres de nos enfants. Il y a les flip-books aussi, ces livres que l'on égrenne du gras du pouce et qui sont des petits cinémas portatifs. Et puis il y a ce que l'on appele les livres d'artistes, de ces livres qui repensent la forme complète du livre, ne vous attendez plus à un objet rectangulaire fait de papier. Non apprenez ici qu'un livre peut être fait de céramique, qu'il puisse contenir des ingrédiens comestibles, contenir un miroir vous renvoyant votre image de lecteur, est-ce que la semelle usée d'une chaussure n'est pas le livre de toutes les lieux parcourues par le marcheur? En fait si l'on veut bien y penser, un livre cela pourrait être une multitude d'objets, encore une fois pas tous rectangulaires et pas tous faits de papier. Isa Bordat fabrique des livres depuis une quizaine d'années, et ses livres justement ont abandonné depuis longtemps l'idée de n'être faits que de papier massicoté de façon rectangulaire. Et de fait les dernies livres d'Isa Bordat sont en céramique, cette série s'intitulant les Chaudrons de transformation. Oui, des livres en céramique. En fait des chaudrons qui comme par magie ne garderaient pas mitonés des cassoulets fumants, mais au contraire dans leur sein, des livres, des livres dans les livres, rappelant que le livre est aussi le travail, à la fois l'objet manufacturé et ce que contient le livre la pensée au travail. Imbrication du contenu dans le contenant, le contenu pouvant à son tour devenir contenant. Un livre peut en contenir un autre, les beaux livres en contiennent souvent plusieurs. Je regrette évidemment que cette chronique ne puisse être l'invitation à une exposition qui ferme aujourd'hui ses portes, mais guettez le travail d'Isa Bordat, amateurs de lecture ou de livres ou les deux, vous serez souvent comblés. vendredi, novembre 26, 2004
Vendredi 26 novembre Je sais je parle beaucoup de Nathan dans le bloc-notes, parce qu'évidemment ses difficultés sont au centre de toutes mes préoccupations et je photographie beaucoup Adèle dans la Vie, parce que justement quand Madeleine et Nathan sont à l'école, je me retrouve souvent en tête à tête avec cette petite fille dont le regard bleu, il faut bien l'avouer, capte admirablement les lumières rasantes de cette fin d'automne. Et pourtant, je vous l'assure je pense beaucoup aussi à Madeleine. Les journées, d'ailleurs je lui reproche suffisamment souvent, sont pleines d'elle. De cette espièglerie sans pareil. Ce soir par exemple, en chemin pour le concert du Surnatural Orchestra au studio de l'Ermitage, à l'arrière de la voiture, nous avons à peine descendu la rue Jules Ferry que j'entends: papa comment on fabrique des briques? Dans une usine qui fabriques des briques Madeleine. Et l'usine on la construit comment papa? Ne JAMAIS répondre appoximativement à Madeleine, jamais. Au Surnatural Orchestra, ils ne sont pas très forts sur l'horaire, je préfère vous prévenir. Une heure de retard sur l'horaire pour commencer le concert c'est souvent la norme, il faut dire ils sont tout de même dix-neuf, il y en a toujours un au moins en retard pour la répèt juste avant, du coup ça décale, et puis ensuite il faut bien qu'ils mangent. Il y en a toujours un pour lambiner, qui finit par aller s'acheter un sandwich dans une rue voisine, et puis comme il n'est toujours pas revenu, un autre en profite pour aller passer un coup de fil, celui qui était parti chercher son sandwich revient la bouche pleine mais celui qui est parti téléphoner à son notaire n'est toujours pas revenu, du coup il y en un autre qui part faire son tiercé, finalement la transaction immobilière est réglée mais au PMU cela traîne un peu du coup un saxophoniste décide d'aller faire un tour s'aérer un peu & les saxophonistes et leurs grands airs le trompettiste a soif, le sousbassophoniste entamme une sieste, le trombonniste repère dans la foule sa maman et sa filleule et va les embrasser, le percussionniste lui s'aperçoit que dans les premiers rangs est assise, la cousine de la voisine de sa concierge et s'empresse d'aller lui conter fleurette, ça prend des heures avant qu'ils finissent par s'étriper en coulisses dans le pugilat habituel qui consiste à coiffer l'un d'entre eux d'une immonde perruque rouge, à en travestir un deuxième en femme, et à déchaussser un troisième, condamné à jouer pieds nus. D'autres rituels ont sans doute lieu, ce n'est que mon quatrième concert du Surnatural Orchestra je n'ai peut-être pas tout remarqué. N'empêche quand ils entrent en scène, nous on a un peu la gorge sèche de tant de cachuètes dévorées nerveusement, et les oreilles pleines d'une épouvantable musique indonésienne qui répète à l'envi la même phrase de flute sur fond de xylophone local, à qui n'est pas fou de flute et de xylophone, c'est une rude épreuve pour les nerfs. Après c'est le chahut habituel, une pêche à tout faire casser et des solistes sans cesse contrariés dans leurs oeuvres par leurs petits camarades toujours potaches. Madeleine et moi sommes grand fans du Surnatural Orchestra. En général Madeleine me tombe de fatigue dans les bras pendant la deuxième partie et je dois souvent la porter en sortant du concert jusqu'à la voiture. Quelques jours plus tard, c'est toute une histoire d'expliquer à la maîtresse de Madeleine de quoi retourne un peu cette histoire de parrain déguisé en femme avec une cagoule et qui joue du trombonne. Le Surnatural Orchestra, c'est toujours une fête, dont les déflagrations se prolongent plusieurs jours après le concert. jeudi, novembre 25, 2004
Jeudi 25 novembreJe fais souvent des petits croquis comme cela. Ce sont, à la réflexion, souvent des emboîtements de rectangles dans d'autres rectangles, plus rarement des formes courbes, je n'ai jamais eu le dessin facile comme j'ai du cravacher en dessin pour réussir le concours d'entrée des Arts Décos, et comme j'ai perdu en peu de temps cette aptitude à la représentation par le dessin, dès la première année des Arts Décos! et dans ces petites imbrications de formes géométriques simples, j'imagine les contours de nouvelles pages du désordre. Dans le cas présent, je voulais donner une nouvelle forme au Pola Journal. Et comment cette esquisse minuscule va me demander plus de dix jours de travail! mercredi, novembre 24, 2004
Mercredi 24 novembre Les séances de thérapie de Nathan ont quelque chose d'immuable. Nous arrivons avec un petit quart d'heure d'avance que nous mettons à profit pour boire un café et une grenadine dans le bistro d'en face dans lequel Nathan est reçu avec beaucoup de tendresse par le barman. Puis nous montons, Nathan avant de monter aime bien aller regarder le jardin de la cour intérieure de l'immeuble, je fais souvent des photographies des plantes grasses de cette cour intérieure. Je suis rarement satisfait de ces photographies d'ailleurs, mais je m'acharne. Nathan gravit les escaliers le plus bruyamment possible, en disant qu'il fait l'éléphant, je suis attendri mais je ne suis pas certain que les voisin de la psycholigue soit pareillement ému par ce petit pachyderme d'une trentaine de kilos et puis il fait souvent semblant de se tromper en allant à droite sur le palier, plutôt qu'à gauche. La porte s'ouvre, Nathan passe devant la psychologue et va directement s'assoir sur son petit bureau ou va dans la remise à jouets y prendre les accessoires qui lui font le plus envie. Je passe toujours avec difficulté dans l'ouverture de la porte, passant de profil devant la psychologue souvent obligée de se plaquer contre le mur et moi de rentrer mon ventre. Nathan est tellement pressé de commencer sa séance que j'ai rarement le temps de relater les faits majeurs de la semaine, je prends congé. Je suis souvent allé à la librairie érotique un peu plus haut dans la rue et puis je me suis lassé de ce butinage, à la fois parce que la promiscuité avec des hommes aussi nerveux et suants devant quelques images salaces a fini par me peser mais aussi parce mon attrait naturel pour les images pornographiques ressemble un peu à ma pratique d'internet, des fois cela m'amuse de fouiner, de chercher et de chiner pour découvrir des raretés, d'autres fois je suis lassé de devoir buter sur autant d'images ressassées avant de tomber sur ce que je cherche ou ce qui est susceptible de m'intéresser. Donc en matière de butinage, j'ai remplacé les visites à la Musardine par des promenades dans le quartier, mais je sens que leur périmètre restreint à la demi heure de la séance va finir par me lasser également, en une demi-heure par exemple je n'ai pas vraiment le loisir de beaucoup m'enfoncer dans le Père-Lachaise. Lorsque je reviens chercher Nathan, sa réaction à mon retour est soit courroucée, ce qui traduit qu'il aimerait bien que la séance dure encore ou soit soulagée, j'imagine qu'en matière de psychothérapie nous sommes tous égaux, des fois heureux de ce qui s'y passe d'autres fois au contraire dans la douleur de ce qui y prend forme. Ce que je trouve en rentrant de ces séances m'émeut souvent. Ce fut longtemps des accumulations sans suite de nombreux jouets, assemblages à l'équilibre précaire, qui se sont, au fil des séances, modifiés et compliqués. La construction de cet après-midi est une des plus complexes qu'il m'a été donné de voir depuis le début de cette thérapie. Il s'agit d'un ensemble polynucléraire, dont tous les noyaux entre eux sont reliés par des manières de liens visuels et d'autres plus narratifs que me précise la psychologue, ce dont elle a l'air de se réjouir, et je me réjouis avec elle. Le magma des débuts donne les signes de se pacifier et des efforts de structure apparaissent. Lorsque je le fais remarquer à la psychologue, elle me répond que de telles structures existaient déjà mais qu'elles étaient comme encombrées par un désordre périphérique qui visuellement occupait tout le premier plan. Et je me déçois beaucoup de ne pas être plus observateur que cela. Non, que, bien sûr, je m'imagine les compétences d'un psychanalyste ou d'un psychologue mais ne pourrais-je pas être un peu plus attentif à ce qui est sous-jecent dans les constructions de mon petit garçon. Est-ce que cela ne l'aiderait pas un peu que je m'intéresse un peu plus à son travail? Parce qu'il s'agit bien de cela je le comprends aujourd'hui, les constructions de Nathan, ces accumulations en noyaux de jouets reliés entre eux par quelques liens visuels ou narratifs ressemblent tout de même beaucoup à ce qui peut me préoccuper des journées entières quand je soulève le capot de mon petit désordre. Tout comme chaque fois que je passe devant un magasin de modélisme, je me réjouis du jour futur où je pourrais faire des maquettes d'avion et des planeurs en balsa avec mon petit Nathan, je me réjouis tout à fait à l'idée que plus tard Nathan pourrait très bien faire un site internet et qu'il reflète un peu de cette construction savante dont il est déjà capable. mardi, novembre 23, 2004
Mardi 23 novembreReçu d'Italie ce magazine de graphisme dont une lettre d'accompagnement dans un très bon français tout de même m'informe que dans ce numéro se trouve un article à propos du site. Je ne parle pas du tout italien et contrairement à ce que je pensais initialement, les mots de racine latine commune d'avec le français ont beau se ressembler, je ne comprends pas un traitre mot de ce qui est écrit. Alors finalement de chercher l'article à propos du site dans cette épaisse et luxueuse revue, à l'irréprochable impression, c'est un peu comme de chercher une aiguille dans une botte de foin. Et d'ailleurs l'aiguille je ne la trouve pas, j'ai beau scruter toutes les petites manchettes en fin de parution, mais non rien, je regarde attentivement toute la section à propos du graphisme en ligne et toujours rien, alors je finis par regarder les images, comme on dit, je remarque ici ou là une bonne idée de mise en page, tout en me demandant comment on fait ceci ou cela sous Xpress, et je continue de feuilleter cette revue à rebours. Pour arriver à l'édito, et quelle n'est pas ma surprise?, l'édito c'est le désordre. Entre temps j'ai trouvé une aimable traductrice italienne, et, ce qui est amusant c'est que dans cette revue plutôt raffinée, ce qu'ils aiment dans le désordre, c'est le côté rudimentaire des images et des idées, comme celle du plan du site dont ils publient l'image. Cela fait drôlement du bien d'être à ce point compris. Alors je crois que ce que l'on dit dans ces cas là c'est graze mille. Et insertion dans la revue de presse du désordre lundi, novembre 22, 2004
![]() Lundi 22 novembre Ce qui frappe d'entrée, c'est que pénétrant dans l'exposition de Bernd et Hilla Becher, on sache ce que l'on va y voir, des photographies, les plus neutres possible, d'installations industrielles regroupées par type d'installations et qu'on s'en sente immédiatement écrasé. C'est une oeuvre dont on connait le principe, et dont il nous semblait connaître les interprétations possibles. Bernd et Hilla Becher depuis 1959 répertorient photographiquement toutes les installations industrielles qui sont sur leur chemin. Plus de quarante ans de ce recensement les ont conduits à produire quelques 16000 images d'autant d'installations industrielles. Ces images sont systématiquement frontales, sans fioriture, d'une égale échelle de gris, quel que soit le temps qu'il fasse le jour de la prise de vue à ce niveau les disparités sont absolument infimes tant la surexposition et le sous-développement systématisés ont eu raison d'anéantir ce qui est connu en photographie sous le terme de contraste local, c'est-à-dire la possibilité de discernement entre deux valeurs différentes mais voisines le fond de chaque photographie est légérement brûlé retenu au tirage cela aussi systématiquement, de même les photographies ont été prises à partir de promontoirs (existants sur le terrain ou du fait d'un escabeau ou d'une construction provisoire pour cette prise de vue) pour atténuer l'imposant des plus hautes installations, neutralité de point de vue amplifiée par le jeu de bascules et décentrements de la chambre photographique. Enfin les différentes installations industrielles, choisies comme sujet parce que constructions humaines absolument dénuées de tout soucis esthétique, sont triées et regroupées par type de constructions, gazomètres, silos à grains, silos à matière, châteaux d'eau, chevallements, halles de traitement, grues, fours à coke, fours à chaux etc... Ces regroupements se font sous la forme de quadrillages de 4 par 4 ou 4 par 5 ou 4 par 2, rien que du très classique et du très simple. Et il serait facile justement de constater la simplicité du procédé, d'être un peu interloqué que ce fût l'oeuvre de toute une existence, de deux existences, celle des époux Becher, et de s'en croire quitte donc affronter une oeuvre conceptuelle opiniâtre et de s'imaginer en quelque sorte que la lecture du procédé, de l'idée fondatrice, est suffisante en soi, et qu'elle sous-tend un discours dans le cas présent dont on serait tenté de croire qu'il est politique puisqu'il parle d'industrialisation bien tentant en effet de voir dans cette répétition des formes une métaphore de la répétition des tâches et de l'abrutissement du travail un survol seulement de cette oeuvre pourrait entraîner cette lecture facile. Et réductrice. L'expérience d'une visite attentive de cette exposition permet bien plus que cela. Une observation méticuleuse donne en fait à voir dès les premières images l'enchevêtrement d'idées simples et combien il conduit à une représentation du réel complexe. En cela la visite de l'exposition n'est pas sans rappeler cette plaisanterie aimable de Franz Kline défendant le travail de Barnett Newman dont un journaliste vantait la simplicité fumiste, Franz Kline de questionner le critique en lui demandant si toutes les toiles étaient de même dimension?, de la même couleur?, de savoir si les bandes verticales intervenaient à intervalles réguliers ou non?, si elles étaient peintes sur le fond ou au contraire si c'était le fond qui était peint sur elles?, de savoir si la bordure des bandes verticales était parfaitement droite ou irrégulière?, et de constater à l'embarras de ce critique peinant à répondre avec précision à toutes ces questions que cette affaire de bandes verticales avait l'air bougrement compliquée pour de simples bandes verticales. En effet que regarde-t-on lorsque l'on regarde une série de Bern et Hilla Becher?, un collage de, disons, seize photographies, en 4 fois 4, représentant seize installations à la destinées commune mais autant de variations de formes usuelles ou regarde-t-on les seize variations de cette même forme générique? Regardant l'ensemble on constate qu'il dessine une forme globale plutôt foncée sur fond clair, une manière de silhouette hybride, qui du fait nous fait prendre conscience que chacune d'entre elles a la valeur intrinsèque d'une forme aboutie, ou comment la variation permet d'appréhender l'unicité. Premier aller-retour. Les installations ici représentées, nous l'avons déjà dit, ont toutes été construites pour remplir une fonction précise, elles ont toutes étaient construites dans l'absence totale d'esthétisme, une grue de chevallement c'est une grue de chevallement, et les variations entre deux grues de chevallement, on s'en rend bien compte, tiennent probablement aux spécificité attendues des deux grues. Alors photogaphier ces deux grues, inesthétiques pour ainsi dire, et les photographier dans un tel effort de neutralisation, de dédramatisation, ne devrait conduire qu'à la plus inesthétique des images. Il n'en est pourtant rien puisque l'image réaliséé dans cette façon stérile produit, contre toute attente, une photographie tellement aboutie qu'il serait tentant de la prendre pour une sculpture. Si le sujet ne fait rien à l'affaire et si la façon de le photographier n'ajoute pas un peu de crédit esthétique au sujet, alors par quel miracle l'oeuvre est-elle produite? Deuxième aller-retour de la pensée. Les époux Becher le disent suffisamment souvent pour qu'on finisse par les croire, il s'agit d'un travail de documentation, dont effectivement nous venons de le voir rien ne fut fait pour qu'il soit beau, qu'il ait ma moindre valeur esthétique. Par ailleurs le regroupement des photographies par classement de type d'installation est un fait objectif, tout comme l'est le point de vue frontalement neutre de chaque prise de vue. Et pourtant cet agencement produit une image, un tableau qui finit par exister en tant que tel, en tant que forme globale, en tant qu'abstraction. En faisant image de rien on finit par faire image de tout. Nouveau voyage d'aller retour, semblable à ceux que font sans cesse les visiteurs de l'exposition, envisageant soit un tableau de seize ou vingt photographies, soit l'une d'entre elles, séparément. Parmi les images des constructions les plus complexes, prenons l'exemple des fours à coke, dans lequel le regard peut s'insinuer dans les moindres détails enfouis et néamoins visibles. On regarde dans un premier temps le tableau de vingt d'entre eux, 4 x 5, puis on en détaille un plus précisément et justement on trouve matière à l'égarement ludique de suivre du regard tant de tuyauteries dont il est difficile de prédire l'utilité, cheminement qui nous procure néanmoins le plaisir du labyrinthe. Ce faisant, nous regardions le tableau, nous finissons par regarder au travers de lui. Le cheminement de l'exposition nous fait passer par huit pièces successives, et une centrale, indépendante, qui sont organisées au sol comme le sont les oeuvres des Becher, aux murs de ces pièces entre cinq et dix tableaux eux même composés par douze, seize, vingt ou vingt-cinq photographies et l'on comprend bien qu'à la succession répétitive des photographies composant chaque tableau, s'ajoute celle de l'accumulation à l'intérieur de l'oeuvre même qui devient elle aussi construction, chaque nouvelle photogaphie s'ajoutant, de sa masse propre, à un oeuvre dont les proportions ne cessent de grandir. L'exposition n'occupant qu'une petite portion d'un des étages de tout un musée, elle dit aussi ce que pourrait être l'histoire de l'art, la somme de tant d'oeuvres, une manière d'épuisement du regard, imaginez effectivement, simulanément dans le même musée, une exposition des portraits d'August Sander, de planches botaniques et anatomiques d'Albertus Seba, de toiles de drippings de Jackson Pollock, de cibles de Jasper Johns, de l'oeuvre entière d'Opalka, des Nymphéas de Monet, des boîtes de Campbell soup de Warhol et de tant d'autres oeuvres accumulatives. Bernd et Hilla Becher photographie sans relâche des installations industrielles depuis 1959, penser à ce que fut la première de ces photographies, la toute première, celle qui allait dessiner les 16000 et quelques suivantes, et celles, à venir, qui ne sont pas encore prises. Penser à la masse propre de chacune d'entre elles la qualité irréprochable de chaque tirage se fondant dans la masse uniforme de toutes les autres dit assez bien combien chacune de ces photographies a coûté de travail et de temps et se figurer la somme de tout cela. Une oeuvre, une vie. Mieux mesurer alors le poids de cette oeuvre, son exception, combien elle résiste singulièrement à la description et à l'explication. L'advention parfaite. ![]() __________ Et le soir même, chercher quelques renseignements complémentaires sur internet pour écrire cette chronique, tomber sur le site de Télérama sur une vidéo absconse où sont enregistrées les réactions de visiteurs, de cette exposition, pris au hasard, visiteurs, dont les comentaires disent assez bien qu'ils ont autant de chances, poules devant un couteau, d'appréhender l'oeuvre des Becher qu'un chimpanzé de taper à la machine à écrire l'intégralité de la Recherche du temps perdu sans faire une seule faute de frappe, probabilité réellement infime mais non nulle. Cette volonté comique et bouffone devant plus grand que soi donne à voir une fois de plus le progrès sempiternel de l'ignorance. Rire ou moquer l'oeuvre des Becher est d'aussi bon goût que de raconter des blagues juives à une cérémonie de commémoration de la mémoire de la Shoah. dimanche, novembre 21, 2004
Dimanche 21 novembre>Ron > >C'est très facile. Parce que tes bulletins sont en prémaché. > >1/ j'enregistre ton bulletin depuis la messagerie directement dans répertoire sous le nom >TB041121.htm >2/ j'enregistre les images en cliquant à droite dessus et en les enregistrant dans le sous->répertoire du répertoire bulletins avec des noms simples, noiret.jpg , heidegger.jpg et >litote.jpg >3/ dans DW, j'ouvre le fichier TB041121.htm et là où les images se présentent comme >manquantes, je clique, ce qui me fait paraître la balise dans la partie de l'écran dédiée au >code. Dans la balise IMG SRC, je remplace le nom de fichier donné arbitrairement par ta >messagerie par "images/noiret.jpg" ; "images/heidegger.jpg" et "images/litote.jpg" >4/ Je vérifie que je n'ai pas fait d'âneries. >5/Je corrige mes âneries le cas échéant. >6/ j'ouvre et modifie le fichier indexLeft.html en insérant une nouvelle ligne pour ce >nouveau bulletin, je vérifie là aussi que je n'ai pas fait d'âneries >7/ Je corrige mes âneries et ensuite je synchronise le répertoire avec le site distant. >8/ Je vais sur le site en ligne vérifier si je n'ai pas fait d'âneries. >9/ J'envoie un petit message aux collègues pour qu'ils synchronisent. >10/ Je ferme le programme. >11/ Je me déconnecte et j'éteins l'ordinateur. >12/ Je vais faire un câlin aux enfants qui ne sont pas encore endormis et je recouvre ceux >qui sont endormis/ >13/ Je vais me coucher après avoir lu quelques pages d'Artaud. >14/ Le lendemain je recommence 100 fois sur le métier... etc ad lib . > >Amicalement > >Phil |