Le Bloc-notes du désordre |
samedi, novembre 20, 2004
![]() Samedi 20 novembre Ce matin, en arrivant au travail, cette découverte insolite. Je rentre dans l'ascenceur, au fond de la cabine, le miroir me renvoit l'image d'un homme bien fatigué qui s'est levé à cinq heures du matin. Je ne me regarde pas très souvent dans un miroir. Je n'en vois pas très bien l'intéret à vrai dire, si, peut-être pour se raser. C'est bien ce que je dis, je ne me rase pas très souvent, donc finalement, je ne me regarde pas très souvent dans un mirroir, en conséquence je ne vois pas souvent la tête que je fais. Pour dire les choses comme celà. Ces confrontations me surprennent toujours, d'abord je m'apparais toujours plus gros que je ne m'imagine. Et ce n'est pas seulement, enfin je ne crois pas, que l'image que renvoit un miroir est un peu tassée, même un miroir normal, non déformant, non je crois que je ne me vois pas comme gros. Pourtant je n'ai aucun mal à accepter ma condition d'obèse. Elle est objective, je pourrais difficilement la nier, il suffit de regarder un de ces barêmes qui ne trompent pas, 1,83m, plus de cent-dix kilos j'ai même pesé à un moment presque 120 kilos vous n'avez qu'à voir par vous même. C'est comme si je n'étais pas moi-même. J'ai toujours le sentiment en constatant que je suis plus gros que je ne l'aurais cru que j'ai été augmenté d'une partie qui n'est pas moi-même, puisque je ne me sens pas gros. D'ailleurs mes amis me le disent bien qui souvent me rassurent et me disent qu'ils sont impressionnés par mon poids, quand je le leur annonce, parce que ce n'est pas comme s'ils me percevaient de cette façon. Anne le dit bien aussi en disant que ce n'est que mon ventre bedonnant qui n'est pas moi. Bref. Non, ce matin, en m'approchant pour constater ma mine fatiguée, en la scrutant de près dans le miroir de l'ascenceur, j'ai eu une manière de choc. J'aime bien me voir fatigué, pour le coup, quand je suis fatigué je me vois tel que je pense être, un type fatigué parce qu'il n'arrête pas, d'ailleurs tous aussi s'accordent à dire que je ne fais pas mon âge, que je fais beaucoup plus vieux que je ne le suis vraiment, on me donnerait facile 45-50 ans, je n'aurais quarante ans qu'à la fin de l'année. Je tire une certaine fierté de cela, enfin c'est ce que je crois, ce que je croyais jusqu'à ce matin, Je me dis voilà on pense que je pourrais être beaucoup plus vieux que je ne le suis vraiment, cela tend à prouver que ma vie est bien remplie, que je fais des choses, que j'occupe utilement mon existence, alors me voir fatigué, le front terriblement ridé, un peu labouré tout de même pour mon âge je n'aurais jamais le talent de Samuel Beckett, ça non, d'ailleurs je ne suis pas sûr d'y tenir, en revanche quand je regarde des photographies de Beckett à la quarataine, je me dis que j'aurais peut être plus de rides sur le front que lui, si toutefois j'atteins l'âge des photographies plus connues de lui, le front strié et parcheminé, et j'en deviendrais presque orgueuilleux de ce labour de la peau du front me voir fatigué donc, plus vieux que mon âge, cela me renvoit une image plutôt flatteuse de moi-même, une image avec laquelle je suis en accord. Tout occupé, pendant le court voyage du rez-de-chaussée au cinquième étage, à cette observation, je m'aperçois que cela doit faire deux bonnes semaines que je ne me suis pas rasé, donc je ne fais plus négligé mais barbu, et que vois-je?, le poil de ma barbe est majoritairement blanc. Je regarde de plus près. Oui les poils de ma barbe sont très blancs. Des cheveux blancs cela aussi j'en ai beaucoup, d'ailleurs on ne peut plus dire que je suis poivre et sel, je tire de plus en plus sur le sel, ce qui d'ailleurs ne me dérange pas du tout. Mais curieusement de découvrir que le poil de ma barbe aussi est blanc, cela je ne peux pas dire que cela me fasse plaisir. Bon, bien sûr vous imaginez un peu la scène, un type arrive au travail le matin, monte dans l'ascenceur et remarque pour la première fois que le poil de sa barbe est blanc. Je m'excuserais presque de vous raser avec cela. Mais tout de même, je ne peux m'empêcher de me dire que ces poils de barbe un peu fournis, je n'ai pas l'impression de les avoir depuis si longtemps que cela. De même ceux sur ma poitrine ou dans le dos d'ailleurs, qu'en quelque sorte, j'avais le sentiment, à peu de choses près, que je venais à peine de sortir définitivement de l'adolescence. Et tout d'un coup ces poils de barbe blancs me feraient basculer de peu dans le troisième âge, la vieillesse. Et vous allez rire mais je crois que c'est ce matin en arrivant au travail que je me suis aperçu de la vaste supercherie de cette existence qui décline si peu de temps après avoir atteint une manière de zénith, un peu comme le ferait un avion de ligne qui relierait Paris à Londres ou Bruxelles, à peine atteinte l'altitude de croisière que l'avion amorce sa descente. Et pourtant c'est curieux en sortant de l'ascenceur je suis arrivé dans cette vaste salle dans laquelle je travaille et je n'ai pas remarqué que mes collègues me trouvaient changé. Comme quoi tout est relatif. Et je n'ai sûrement pas tort de me tenir habituellement éloigné des miroirs. Leurs reflets parfois, de bon matin, finiraient par m'inquiéter. J'avais pris cette photographie le 28 décembre 1989, c'est-à-dire le jour de mes 25 ans, je m'étais dit, vingt cinq ans, un quart de siècle, tout de même cela se fête, et je m'étais dit que je ferai une photographie de moi, nu, à vingt-cinq ans, dan sle décor de mes vingt-cinq ans, avec dans l'idée qu'il faudrait que je fasse de même, le jour des mes cinquante ans et aussi le jour de mes soixante-quinze ans, étais-je jeune de penser comme cela que j'étais comme assuré d'atteindre pareil âge! Parfois je me dis que ce sera déjà bien si je parviens à faire la deuxième des deux photogaphies, alors la troisième vous pensez. Ce qui est étonnant déjà, c'est le changement en presque 15 ans, dans dix ans, je crois que j'aurais vraiment du mal à retoruver mes traits dans ceux du jeune homme de vingt-cinq ans. Alors, à l'âge de 75 ans... vendredi, novembre 19, 2004
Vendredi 19 novembre Qu'est-ce que je peux bien dire d'une journée comme celle-là?, qui n'est certainement pas vide, au contraire, mais qui n'est pleine qu'une d'une seule chose, passer d'une urgence à l'autre, tout le jour, et dans ces urgences aucune qui ne soit pas directement concernée par les enfants. Sans doute que beaucoup se contentent de telles journées, pour ma part, j'aimerais aussi ne pas faire que cela, pouvoir par exemple me donner comme objectif raisonnable d'aller voir toutes les expositions du Mois de la photo toutes celles qui m'intéressent et même, même, essayer d'en faire un compte-rendu, comme j'avais fait pour les rencontres d'Arles de cet été. Y parviendrais-je? Et est-ce que cela en vaut la peine?, c'est-à-dire, est-ce que les enfants dans leurs exigences toutes enfantines n'ont pas davantage de poids que cette modeste expédition qui vise surtout à ne pas me couper tout à fait du monde de la photographie, de continuer de me faire une idée de ce qu'il s'y passe, ou de ce qu'il ne s'y passe pas? Du nerf mon gars! jeudi, novembre 18, 2004
![]() Jeudi 18 novembre Dans l'exposition Des images qui ne seraient pas du semblant, la photographie écrite, passage de Retz, 9 rue Charlot renseignements sur le site du mois de la Photo je retrouve des photographies des performances de Chris Burden que je n'avais pas vues depuis très longtemps, depuis Chicago, en 1988. Chris Burden s'est rendu célèbre dans les années soixante-dix pour ses perfomances qui mettaient notamment en jeu la notion de danger. Je n'ai jamais vu une seule perfomance de Chris Burden dont je ne connais que l'intitulé des performances ou encore les photographies des mêmes perfomances, je ne crois même pas avoir vu de vidéo de ces performances. Et pourtant, dès que je lis leurs descriptions ou que j'en vois des photographies j'ai le sentiment très proche d'en parfaitement comprendre les tenants et les aboutissants d'une part, mais aussi de ressentir beaucoup de cette tension des performances. La plus célèbre des perfomances de Chris Burden sans doute, Shoot datant de 1971 le voit, jeune, probablement encore étudiant dans une école d'art américaine, se tenant droit devant un mur blanc. A une quinzaine de mètres devant lui, un homme, dont la description de la performance précise qu'il s'agit d'un ami, ce qui n'est pas anodin, cet ami donc tire à l'aide d'une carabine 22 Long riffle dans le bras de Chris Burden, à balle réelle. D'autres photographies de cette même performance montrent, entre autres choses, le bras gauche de Chris Burden blessé, du sang en coule de deux trous de part et d'autre du bras, la photographie en quelque sorte atteste que oui, le coup de carabine a bien été tiré et oui, Chris Burden, l'auteur de cette performance, a bien été touché par le tir de son ami qui lui avait précisément demandé de tirer dans la bras. Une chance pour Chris Burden cet ami était bon tireur apparemment. En d'autres temps je crois que je serais resté très éloigné de cette forme de création, sans doute parce que la fascination abmiguë qu'elle exerce sur moi appartient davantage à la curiosité qui est la mienne lorsque j'essaye de percevoir dans la trame grossière des photographies de mauvaise qualité le détail du supplice des cents morceaux tel qu'il est décrit, et les photographies publiées, par Georges Bataille dans les Larmes d'Eros. Une fascination mauvaise en quelques sorte qui me renvoit à la fois à la peur de subir pareil châtiment et le désir inavouable de le perpétuer ou tout du moins d'en être le témoin proche, nous sommes là dans la dimension du fantasme, de ces fantasmes dont on ne souhaite pas réellement la réalisation. Dans d'autres pièces Chris Burden met pareillement sa vie en danger, des dangers toujours calculés mais qui ne sont pas entièrement abrités des accidents et des impondérables, comme de se piquer simultanément la potrine avec deux électrodes à la très forte tension, ce qui a pour effet de brûler assez sévèrement Chris Burden, tout en le sauvant d'une électrocution certaine selon l'expression reprise dans la description de la pièce. La métaphore, s'agissant des chemins de la création est assez puissante, puisqu'il est indéniable de dire que Chris Burden est un artiste qui prend des risques. Ces risques ne sont par ailleurs non-exempts d'une forte provocation, ainsi une autre performance consistera pendant toute la durée d'une exposition dans un musée d'art contemporain de s'allonger au milieu d'une pièce et de rester parfaitement immobile. Cette performance prendra fin lorsqu'un visiteur plus hardi que les autres, après deux semaines d'exposition, s'enquierera auprès de Chris Burden, allongé à terre et silencieux, de savoir si tout va bien et si le visiteur peut faire quelque chose pour lui, Chris Burden de se relever et d'exulter qu'enfin, après deux semaines d'exposition, quelqu'un lui a adressé la parole pour s'assurer qu'il ne courrait aucune danger. Que l'on pense à toutes les fois où nous avons croisé dans la rue un clochard, allongé, dans la rue, et que nous n'avons pas su quoi faire. C'était peut-être aussi simple que de lui adresser la parole. De lui demander si on peut faire quelque chose pour lui, ou pour elle. Et pourtant cette pesonne sans domicile courait un réel danger et n'était pas abritée par la couverture protectrice d'un musée. Etrangement, la photographie est devenue le musée de cette pratique artistique, la performance, née dans les années 60, enfantée en quelque sorte par Allen Kaprow. De fait, que garder de ces moments de grande instensité, de scénographie minimale et de jeu avec et de mise à l'épreuve du le public? Dans les années 60 et 70 les films de perfomance sont plutôt rares, sans doute parce que trop coûteux, l'arrivée au milieu des années 70 de la vidéo rendra plus atteignable l'image mobile, mais à vrai dire en s'insitutionnalisant, notamment en devenant une matière à part entière dans les écoles d'art aux Etats-Unis, la performance perdra beaucoup de sa force, comme si une demi-clandestinité avait était garante de l'advention de cette expression. Ce sera donc essentiellement la photographie, surtout plus abordable que le film, qui sera choisie pour maintenir un semblant de muséologie de la perfomance. Et la photographie y gagne quelque chose. Chris Burden se fait tirer dessus, dans le bras, à la carabine, par un ami, à quinze mètres, c'est à peu de choses près l'intitulé complet de cette pièce. Qui a véritablement vu cette performance?, une dizaine ou une vingtaine d'étudiants d'une école d'arts aux Etats-Unis, peut-être davantage de personnes, mais cela n'est pas certain. Pourtant cette performance est l'une des pièces les plus connues de l'histoire de la performance, elle est à la performance ce que les premières vidéos de Bill Viola furent à la vidéo, des pièces fondatrices. En dépit de ce public restreint et confidentiel, l'"image" de cette performance est très connue, et le serait-elle vraiment s'il n'y avait que la photographie de l'ami comparse mettant en joue et Chris Burden stoïque une quinzaine de mètres plus loin? Probalement pas, ce qui authentifie et donne enfin corps à cette performance pour ceux qui comme vous et moi qui n'y étaient pas, je veux bien croire que les personnes qui furent témoins de l'incroyable tension qui devait régner lors de cette performance se passent aisément des photographies de mauvaise qualité, qui sont, pour nous les plus nombreux, ceux qui n'ont pas vu cette pièce, l'unique attestation possible qu'une telle chose ait pu avoir lieu en d'autres termes, la photographie ici sert de preuve. Enfin de preuve, entendons-nous bien, ces deux trous pissant le sang dans le bras de Chris Burden pourraient tout aussi bien, sur cette photographie de faible facture, avoir été manipulés et donc feints. En fait toutes les autres photographies des performance de Chris Burden pourraient être de véritables supercheries tout comme il est impossible de statuer de façon très tranchée sur la vraisemblance ou non du saut dans le vide d'Yves Klein. Il n'empêche, il est plus que vraisemblable que ces performances aient véritablement eu lieu. Puisque par exemple au moins l'une d'entre elles a donné lieu à un procès qui doit être dûment consigné quelque part dans les écrits d'une cour de justice californienne, Chris Burden ayant été, en effet, arrêté sur la voie publique, c'est-à-dire véritablement allongé à même la chaussée enveloppé dans une couverture de survie, signalé aux automobilistes de cette rue par quelque marcage au sol. La police fut alertée très rapidement qui arrêta Chris Burden, il fut cependant relaxé de son procès parce que le jury ne fut pas en mesure de se prononcer sur la faute qu'il avait commise, si toutefois il s'était véritablement mis en danger et si oui y avait-il faute?, en se mettant pareillement, de son propre chef, en danger. Ces boucles d'indétermination dans l'oeuvre de Chris Burden sont au centre même de son travail. En un sens les oeuvres de Chris Burden posent davantage de questions qu'elles n'offrent de réponses. Elles interrogent les fonctionnements les plus élémentaires qui régissent la société des hommes. La simple mention du procès et des circonstances de son arrestation fait autant partie de l'oeuvre que la performance d'une part ou l'image de cette performance, puisqu'elle invite le spectateur à réfléchir à sa position si lui-même avait été membre de ce jury indécis. L'oeuvre de Chris Burden est donc très largement protéiforme et aussi polysémique. Et poutant vous seriez surpris de voir comme elle ne paye pas de mine en tenant dans un album de photographies de mauvaise qualité, les intitulés de chaque pièce étant au mieux tapés à la machine à écrire, parfois même corrigés à la main. mercredi, novembre 17, 2004
Mercredi 17 novembre Est-ce parce que les séances de thérapie de Nathan sont plus porteuses ces derniers temps que je ne prends plus la peine d'en consigner les moindres détails à nous visibles? C'est possible. C'est aussi que je pressens comme je ne suis pas près d'oublier les séances de ces dernières semaines, cette joie immense de voir Nathan ranger avec ordre et méthode les jouets déployés pour les séances, de voir ses dessins comporter de plus en plus de figures closes, de le voir aussi réussir des puzzles ou encore aujourd'hui cet enchevêtrement de cylindres de couleurs aux diamètres décroissants, de peiner, de persévérer, et de finir par réussir. Du coup ce que je note de cette séance n'a pas grand chose à voir avec la thérapie à proprement dit, au comptoir tandis que je note en toute hâte, à la volée une bribe de phrase, qui devrait me servir pour Finalement Nous aimions par dessus tout espionner les conversations des couples alentour dans les restaurants et surtout celles des couples naissants, phrase qui m'était venue à l'esprit dans la voiture en conduisant Nathan chez la psychologue, à un feu rouge, regardant par la fenêtre de la portière, je vis ce couple en vitrine d'un traiteur chinois se convoiter du regard, j'eus le sentiment qu'ils ne savaient peut-être pas encore toute l'étendue peut-être de ce qu'ils avaient à vivre ensemble ou qu'au contraire le jeune homme allait souffrir que sa déclaration allait tomber à plat je prends un café au comptoir, dans mon dos, trois jeunes gens jouent avec le flipper du Bar Moderne, c'est un de ces vieux flippers sans flipper justement, où l'on contemple, enfin c'est ce que je suppose que l'on fait, la chute contrariée d'une bille d'acier et de se réjouir ou non qu'elle finisse ou non tant tel trou qui permet ou ne permet pas de réaliser une combinaison heureuse ou non. Les trois jeunes gens sont très calmes mais tout d'un coup, tandis qu'une bille menace de s'arrêter dans un des trous de la dernière rangée, tous les trois s'exclament en même temps: "Ni!" et d'ailleurs étant pareillment ignorant du japonais comme des règles de ce flipper sans flipper, je ne saurais dire ce que ce "Ni!" veut dire, est-ce un cri pour accueuillir une bonne ou une mauvaise chose? et feraient presque sursauter tous les habitués du café, je ne parviens pas à contenir mon rire, pensant aux chavaliers qui disent "Ni!" dans Sacré Graal des Monty Python We'e the knights who say NI! and we won't stop saying NI! until you bring us a scrubbery! A scrubbery? oui, c'est un peu couillon mais me voilà bien hirare dans ce bar dans lequel il m'est arrivé de pleurer en pensant à Nathan. Et le soir ce que deviennent les deux lignes écrites dans une écrite seulement lisible par moi sur le bord du zinc: 60/ Les ajouter à Finalement mardi, novembre 16, 2004
Mardi 16 novembreEt vous avez sans doute trouvé que je poussais un peu la veille, certains même se disant qu'ils allaient m'apporter des oranges en prison. Tout de même! Et je ne serais pas surpris que d'aucuns m'en veuillent de faire des tours pendables de ce genre. Rassuez-vous à ce genre de jeu, on finit toujours par jouer à tel est pris qui croyais prendre, à l'arroseur arrosé en somme. Par exemple ce soir, je suis allé à cet atelier-rencontre à l'université de Jussieu, des étudiants de lettres modernes rencontrant François Bon. Vous dire que je connais François. Que nous développons ensemble le site remue.net pour sa partie en html. Vous le savez sans doute. Et dans l'échange des mails pour tous les menus réglages impliqués dans la maintenance d'un tel site, des liens se sont noués qui ne sont pas seulement hypertextes. Du coup on se voit de temps en temps. Et je lis ce qu'écrit François, sans doute plus assidûment, que lecteur, au faible appétit papivore, je le ferais si je ne connaissais pas François, et pour ce qui est de Daewoo, j'aurais lu à la fois le dossier de presse, les pages des coulisses sur le site publie.net" et puis je suis allé voir aussi la pièce à Nancy. Et comme beaucoup j'aurais pas mal mordu à l'hameçon de cette parole patiemment amassée, receuillie, enregistrée au minidisk, de marque Sony, vous m'avez compris je n'avais pas saisi, pas entièrement, à quel point le récit de Daewoo, tout aussi fidèle fut-il, était tout de même pour sa grande part une invention, une fiction, un roman, c'est pourtant marqué dessus, roman. En fait c'est bien de cela qu'il s'agit, ce qui compte c'est que cela reste vraisemblable. En tout cas je m'aperçois que je suis plus crédule avec ce qui est écrit qu'avec les images que je sais toujours fausses. Elles aussi ne s'appuient que sur une sensation lointaine et diffuse de vraisemblance. A la fin de F for fake le dernier film d'Orson Welles, un documentaire qui s'attache à décrire le monde des faussaires, il y a une pirouette étonnante, celle-même du cinéaste de l'énigme de Rosebud et du faussaire de la guerre des mondes: en effet à la toute fin du film, Orson Welles déclare que tout ce que montre le film est absolument avéré, à l'exclusion, toutefois, des dix-sept dernières minutes du film qui elles ne sont que pure invention, l'ennui, bien sûr, c'est que sans magnétoscope ce film je l'ai vu au cinéma il est très difficile de remonter, dans le temps de dix-sept minutes, avec un peu de précision. Le spectateur s'aperçoit alors de la très grande difficulté de démêler le vrai du faux, puisque dans les dix-sept dernières minutes supposées, ce que l'on s'imagine, en se trompant forcément, de ce que sont dix-sept minutes de film, certains éléments corroborent les scènes du début du film, et donc, si un mensonge vient souligner une vérité supposée, celle-ci devrait être entièrement corrompue par la fausseté de cette allégation mensongère. S'agissant de faire document à propos des faussaires, on comprend mieux comment la fausseté est de tout ce qui nous entoure. Et est-ce que de dire et d'admettre la fausseté est une vérité? La vérité, c'est que s'agissant de la véritable rêverie de ce faux accident, j'ai dit la stricte vérité, j'ai réellement manqué d'avoir cet accident. Mais à vrai dire, si vous me passez l'expression, j'ai tellement eu peur d'avoir cet accident, après-coup, que si d'aventure cet ouvrier de la voirie nocturne s'était fait écraser quelques minutes plus tard, par un autre automobiliste, que ce dernier ait pris la fuite, qu'il soit naturellement recherché et que par un hasard, qui n'est peut-être pas si extraordinaire, le policier chargé de l'enquête relative à cet accident tombait sur mon récit d'hier, je crois qu'il aimerait beaucoup m'interroger et que nul doute je finirais par devenir un suspect vraisembable dans cette affaire. Au terme d'une garde à vue éprouvante pour mes merfs, il n'est même pas exclu que je finirais, en toute bonne foi, par m'accuser de cette mort dont je ne serais pourtant pas responsable. On imagine aisément que cet aveu, extorqué, en garde à vue, par d'habiles enquêteurs soufflant sur moi le chaud et froid pendant toute la durée de cette garde à vue, n'aiderait en rien dans ma confusion, celle que j'entretiens déjà parfaitement seul: monsieur le Juge je vous assure que je n'ai pas écrasé cette personne. Oui je sais j'ai écrit le contraire, mais comprenez-moi bien, j'écris souvent le contraire de ce qu'il se passe. Ce n'est pas que je sois menteur, Monsieur le Juge, c'est juste que parfois, ce que je vis et ce que je rêve de vivre finissent par se croiser, pas s'échanger, d'ailleurs, à vous, mes lecteurs, je peux bien vous le dire, des fois je crois bien que j'invente. Ah!, on sonne... deux gendarmes apparemment, je me dépêche de transmettre ces lignes avant que l'on ne m'emmène. Entre deux gendarmes justement. De même lorsque je travaillais pour la revue Entant donné Marcel Duchamp j'étais chargé de la numérisation de documents originaux, certains d'entre eux étaient terriblement abîmés, jusqu'à l'illisible, et je dus, de temps en temps, retoucher légèrement certains de ces documents, et je me souviens avoir commis la bourde, tout indocte que je sois de l'essentiel de l'oeuvre de Marcel Duchamp, de retoucher certains des gros points noirs que l'on voit en haut à droite du Grand verre, apparemment cela causa grand trouble à un ami nettement plus féru de Marcel Duchamp qui patiemment dut m'expliquer comment ces quelques coups de tampon de clonage inopinés dans Photoshop, détruisaient, potentiellement, la signification compliquée d'une des oeuvres majeures du XXème siècle. Et dire que j'avais cela avec mes tout petits pouvoirs de photograveur amateur. lundi, novembre 15, 2004
![]() Lundi 15 novembre La soirée commençait bien, nous avions invité Emmanuelle à venir manger de ces huîtres de Noirmoutiers rapportées la veille par les parents, nous les arrosions avec un très bon gewurtzraminer dont nous bûmes un peu plus d'une bouteille et puis vint le moment de reconduire Emmanuelle chez elle à Montreuil, en chemin la conversation se poursuit, je dépose Emmanuelle devant chez elle, j'attends qu'elle ait passé le pas de sa porte pour redémarrer, je ne sais pas pourquoi mais je me dis que je devrais quand même faire tour du pâté de maison, m'assurer qu'un tueur pyschopathe ne l'attendait pas dans la porte cochère, mais non une minute plus tard lorsque je repasse sous ses fenêtres appremment Emmanuelle a allumé chez elle, je me dis que peut-être le tueur psychopathe l'a peut-être emmenée chez elle, et je me dis que si jamais je sonne à nouevau chez Emmanuelle pour m'assurer que tout va bien, je seras ridicule, pire que quand j'imite le cri du dindon, alors je repars vers la Croix de Chavaux et je prends l'avenue Gabriel Péri en direction de Fontenay, je m'aperçois que je suis fatigué et que je roule un peu au milieu de la route. Dans le virage qui fait que la rue Gabriel Péri devient celle de Stalingrad, un homme se tient au milieu de la route, il travaille sur la voirie et porte une des ces gilets comme justement Emmanuelle s'est achéte il n'y pas longtemps, pour faire du vélo et être bien vue, phosporescent pour être bien vu, sauf que son gilet, cela j'ai le temps de m'en rendre compte, il est très poussièreux, mais ce que je n'ai pas le temps de faire c'est déviter cet homme, je pile mais c'est insuffisant, je l'écrase. Je sors de ma voiture rapidement. L'homme est parterre fauché, je ne lui trouve pas de vie. Il est mort. Je vins de tuer cet homme. Déjà ces collègues un peu plus haut sur la rue de Stalingrad accourent et constatent comme moi qu'il est mort, je les regarde, je ne sais pas quoi leur dire je crois qu'ils vont me lyncher, je crois même que je préférerais cela, expier ma très grande faute tout de suite, mais je dis: "Si l'un de vous a un téléphone portable il faudrait appeler une ambulance pour votre collègue et la police pour moi". Je me surprends de dire une telle phrase, si parfaitement balancée et qui justement calme les collègues de ce pauvre homme que je viens de tuer au volant de ma berline familiale, qui a pourtant de bons freins. Ils sont deux à appeler, ils se sont répartis les tâches, d'ailleurs je vois bien que ce sont des hommes qui ont l'habitude de se répartir le travail, l'un appele une ambulance l'autre la police. Ce sera la police qui arivera la première, et aux premiers policiers arrivés sur les lieux, je dirai calmement: je viens de tuer cet homme avec ma voiture, arrêtez-moi. Le policier un peu décontenancé par ma façon de me rendre, me demande les papiers de la voiture, je lui réponds que je ne les ai pas mais je lui fais remarquer qu'en regard de ce que je viens de faire cela me parait assez secondaire. Il me pousse un peu sans ménagement dans le fourgon tandis que l'ambulance arrive et que le médécin du SAMU se jette sur l'homme que je viens de tuer et confirme vite que c'est fini effectivement je l'ai tué. On me fait souffler dans un ballon au même moment qu'un brancardier apporte un masque à oxygène à son collègue médecin qui lui fait signe que non, ce n'est pas nécessaire, qu'il est trop tard, que le type est mort. En un mot qu'il ne respire plus. Et je continue de souffler dans le ballon à en prendre haleine. Je ne me souviens plus du reste parce que je crois que je me suis évanoui. Et quand j'ai repris mes esprits j'étais de nouveau au volant de ma voiture, je venais d'arriver dans le bas de la rue Charles Bassée à Fontenay. Je rentrais hypnostisé, parce que oui, j'avais bien manqué d'écraser cet homme imprudent, au milieu de la chaussée, et effectivement son gilet jaune phosphorescent était tellement poussièreux que même les bandes blanches censées renvoyer la lumière des phares, je les vis à peine. Je ne l'ai donc pas écrasé et je ne l'ai pas tué. Cet homme, j'ai eu le temps de le voir, était le sosie parfait de mon collègue qui s'était suicidé l'année dernière. Je n'étais pas fier quand je suis rentré à la maison. |