Le Bloc-notes du désordre |
samedi, novembre 13, 2004
vendredi, novembre 12, 2004
jeudi, novembre 11, 2004
Jeudi 11 novembre Je ne sais pas ce qui nous a pris avec Anne aujourd'hui mais nous voilà lancés dans une grande politique de rangement de la maison, qui d'ailleurs s'étend même au garage, c'est-à-dire au décor du desordre.net. Le jour gris sans doute qui peine à rentrer par les fenêtres de la maison. Oui, il n'y a pas grand chose à faire contre un ciel si bas. Miraculeusement je retrouve le chargeur de batterie du Mini-disk sous une pile de linge, mes prochains enregistrements sonores n'en seront que meilleurs, le certificat d'assurance pour les enfants à l'école dans un Tintin, Tintin au pays de l'or noir pour être précis, L'institutrice de Nathan me le réclame à corps et à cri depuis deux semaines pour la sortie de la semaine prochaine, mon stylo-plume dans un étui pour stylo, ça, c'est à peine croyable, dans une pile de CDs non étiquettés aussi, pas moyen de savoir ce qu'il y a dessus sans tous les passer dans la machine et faire l'inventaire de leur arborescence, je retrouve le crack que je n'arrivais plus à retrouver sur le net pour un programme qui expire demain, je retrouve également mon vieux double-lecteur de cassettes, celui qui était dans la labo à Portsmouth, les touches sont gluantes d'hyposulfite, je me souviens distinctement avoir écouté du Monk période Charlie Rouse au ténor avec une faiblesse prononcée pour l'album Misterioso et de l'Art ensemble of Chicago, tant d'heures ai-je passées à remuer des cuvettes de révélateur, à découper des négatifs, à enduire des feuilles de papier et de toile d'émulsion liquide et d'attendre patiemment qu'elles séchent en lisant à la lueur jaunâtre du sodium des passages lumineux de la Recherche du temps perdu, ce lecteur de cassettes je le remonte du garage et le propose à Madeleine, elle s'émerveille qu'elle puisse l'avoir pour elle seule, dans sa chambre, et me dit qu'elle va le nettoyer elle-même et elle part chercher résolument une éponge, Anne lui trouve aussi une boîte à chaussures dans laquelle elle va pouvoir serrer toutes ses cassettes dépareillées essentiellement des contes pas toujours très bien lus, mais voilà nous les avons trouvés dans une foire à tout et les enfants les ont adoptés, et puis aussi sa cassette des Castafiore Bazzoka et aussi celle de Contes et légéndes de syldavie de Pascal Comelade. Nous venons aussi à bout d'une montagne de linge en retard, les enfants vont enfin pouvoir aller à l'école avec des chaussettes qui ne sont pas dépareillées, ce que Madeleine a presque l'air de regretter, Madeleine qui décidément s'accomode bien des approximations de ses parents, entre le lecteur de cassettes oxydé à l'hydroquinone, ses cassettes achetées à vil prix dans une brocante et les vêtements de souillon selon l'expression consacrée à la maison, tu es gentille ma fille d'être ainsi indulgente avec tes parents et de te contenter de si peu. Du coup le soir, j'essaye vainement de me mettre au travail mais je ne trouve plus rien, tout a été rangé. C'était mieux avant? C'est pas sûr en fait. Entre l'ordre et le désordre, la perpétuelle insatisfaction. mercredi, novembre 10, 2004
![]() Mercredi 10 novembre Le livre qui met en colère. Mais pourquoi l'avoir lu? Les bons sentiments. La colère contre les bons sentiments. Une connaissance d'Anne auprès de laquelle Anne, sans doute, s'était un peu ouverte des difficultés que nous rencontrions avec Nathan, lui conseille de lire le livre de Catherine Chaine, livre qu'elle lui rapporte le lendemain, tu verras c'est très beau. Ce livre je suis tombé dessus dans la journée, Anne avait oublié de le rendre. Je ne savais pas trop de quoi il retournait, j'ai juste remarqué qu'il y avait quelques images de Marc Riboud dedans, ce qui d'ailleurs ne rendait pas à mes yeux le livre plus attrayant, je déteste déjà suffisamment Cartier-Bresson, imaginez un peu ce que je pense de ses plus médiocres suiveurs. Où l'on voit quelques portraits en noir et blanc d'une petite fille mongolienne avec force cadrages penchés et arrière plan flous, compositions savamment déséquilibrées, histoire de surdire un peu, qu'au cas où nous le l'aurions pas remarqué cette petite fille n'est pas tout à fait "normale" ce n'est pas mon vocable, c'est celui du livre, cette confrontation normal/anormal étant de toutes les pages et d'user aussi de symboles tellement ressassés, le reflet de la petite fille qui regarde au travers de la vitre d'un train qui file à grande vitesse, toujours aussi amusant comment les photographes se croient rapidement philosophes dès qu'ils introduisent un reflet dans une de leurs images, reflet qu'ils appellent pompeusement "jeu de miroir". La pesanteur de tout ceci. En matière de photograhies de personnes trisomiques laissez-moi préférer les images invraissembables de Diane Arbus le jour d'Halloween dans un institut d'accueil de personnes handicappées mentales. Bref. La quatrième de couverture me fait deviner que ce texte est écrit sous la forme d'un lettre d'une mère à sa fille, la fille s'appele Clémence et elle est mongolienne. Elle a vingt deux ans aujourd'hui. Cette lettre c'est pour lui dire que voilà, je n'ai pas été une vraie mère pour toi parce que je n'ai pas pu, parce que tu étais "anormale". D'ailleurs tu as un frère qui lui est "normal" et avec lui les choses ont bien été, avec toi ce ne sera jamais possible parce que toi tu es mongolienne. Et je lis ce livre sans plus pouvoir m'en détacher, il est écrit dans une langue tellement pauvre que même Christine Angot ou Michel Houellebecq auraient pu l'écrire. A plusieurs reprises je voudrais m'en détacher mais je n'y parviens pas, ma nausée est addictive. Au bout du compte les mots se dérobent pour dire un peu ma colère à cette lecture. Car je ne sais plus contre quoi je peste le plus. Est-ce cette stratégie de l'abandon érigée en exemple?, est-ce le retournement de la situation à son avantage, faire de son refus de faire face à une situation difficile un exercice d'auto-glorification?, ou est-ce encore la plaidoirie lourde de la justification, prendre tous à temoins de sa démission et défier quiconque de condamner ce qui justement devrait l'être, se réfugier derrière l'argument que seuls ceux qui connaissent la même épreuve peuvent comprendre, et puis aussi cette petite opération esthétisante, quelques photographies apparemment nonchalantes, "spontanées" dit-on généralement jamais très bien compris ce qu'il y avait de spontané en photographie dans lesquelles on voit toute la tendresse factice ce n'est peut-être pas à moi d'en juger de cette mère, comme pour brouiller les cartes. Fausse manière de dire que rien n'est simple. Merci, on s'en était un peu gourré. Je me raisonne. Je m'efforce de me raisonner. La connaissance d'Anne qui lui prête ce livre parce qu'elle elle fait un parallèle direct entre cette jeune mongolienne et notre petit Nathan et ses difficultés psychologiques, cette connaissance n'a rien dans le crâne. Donc toi Phil, astreins-toi à ne pas tout mélanger. Refermant le livre, j'ai la rage au coeur. C'est amusant parce que mon premier réflexe c'est d'ouvrir un fichier de bloc-notes sur l'ordinateur et d'y jeter quelques notes et de me dire que oui c'est cela même que je vais faire, je vais démolir ce livre dans le bloc-notes. Et m'attirer encore quelques ennuis d'ailleurs. Mais voilà ce livre est tellement minable, tellement informe que je ne sais pas par quel bout le prendre. En faire une critique littéraire?, ce n'est pas possible tellement l'écriture est faible et suinte à chaque mot de la volonté de cette femme, et de cet homme, de s'ériger en exemples, le souci de justifier l'indicible démission. L'attaquer sur le fond, je ne suis pas sûr d'être capable d'une pensée suffisamment articulée, je le sais je vais tout mélanger, je vais penser à mon frère Alain, handicappé mental, c'est mal dire, que mes parents n'ont jamais laissé tomber et pour lequel je me préparais mentalement à devoir prendre leur relais s'il devait arriver malheur. Je vais penser au regard à la fois clair et absent de Nathan. Un jour la thérapeute d'Anne avait parlé d'handicap, le terme nous avait paru terrible, il nous heurtait et puis nous avons appris à l'accepter, finalement il nous aide à toujours nous rappeler de la réelle difficuté de Nathan à adhérer avec notre monde et nous rappele sans cesse à la nécessité de la patience, de toute façon tant de maux sont regroupés dans cette appelation vague. Non, sur le fond non plus, je ne peux pas attaquer ce livre, la colère est mauvaise conseillère. Dire simplement le dégout. Dire simplement, je suis désolé, Madame, Monsieur, mais nous ne sommes pas du même monde. Votre livre est abject. Et dire à la connaissance d'Anne que non, nous ne souhaitons pas suivre cet exemple de démission. Et souhaiter de tout coeur que le monde de ces gens-là et le notre ne se touchent pas trop souvent. Photographie de Diane Arbus extraite de la série Sans titre mardi, novembre 09, 2004
Mardi 9 novembre Martin et Isa nous régalent de leur visite. Isa avait quarante millions de choses à faire c'est son expression, j'aime bien les expressions d'Isa, elle dit des choses comme l'incroyable douceur du temps, quand c'est elle qui les dit cela sonne drôlement bien, je vous assure aujourd'hui à Paris et elle ne fait que passer en coup de vent vers les midis et elle rentrera fort tard et fourbue; Martin avait, lui, prévenu qu'il venait pour travailler. Et nous passons une bonne partie de l'après-midi dans le garage à poser les bases d'une refonte de son site. L'idée c'est de faire du site de Martin une véritable visite de son atelier et il est venu avec une pile de Cds avec lesquels il y a la matière de tout un site. J'éclate de rire, j'avais dit qu'après la refonte du désordre, je ne ferai plus de site, que ces constructions me démangeaient. Bon allez d'accord Martin, on va finir par le faire ce fameux site. En attendant, Cherche hébergeur qui m'ouvrirait deux gigas d'espace disque pour pas trop cher. Parce que si Martin commence à creuser lui aussi ses galeries dans mon foutoir, la pieuvre n'a pas fini de grossir. lundi, novembre 08, 2004
Lundi 8 novembre Anne reviens conquérante de chez la psychologue: Nathan a réussi à faire un puzzle! Anne comme moi en pleurerions. Nathan tu ne t'imagines pas le plaisir que tu nous fais, comme nous sommes fiers. Min ch'tiot gârs. dimanche, novembre 07, 2004
Dimanche 7 novembreS'amuser de peu de choses vraiment. Un pari stupide, mais qui fait ma joie. Je ne sais pourquoi avec Pascal nous nous sommes retrouvés à fredonner l'air de Robbery Assault and Battery de Genesis et de se dire tous les deux que nous ne parvenions pas à nous souvenir de la dernière fois où nous avions du entendre ce disque. J'arguais que ce fut sans doute le dernier disque de Genesis qui fut écoutable et Pascal d'infirmer en me disant que c'était le dernier dans lequel Peter Gabriel avait joué. Je lui soutiens le contraire. Je lui dis que le dernier c'est Selling England by the pound, dans lequel le dernier morceau du disque More fool me est une fadaise chantée par Phil Collins qui laissait d'ailleurs présager ce que seraient les épouvantables mièvreries qui suivront. Tu paries?, me dit-il. Tope-là. Et lui de persévérer que le premier disque que Genesis ait fait sans Peter Gabriel c'est And then they were three c'est fou, je me dis que je me souviens, mot pour mot, de Like the dust that settles all around me / I caught a glimpse in the night / the ways and holes that used to give me shelter / are all lost to me now c'est pathétique, se consoler tout de même qu'une grande partie de ma connaissance de la langue anglaise vient de là, ce ces mots comme glimpse qu'il fallait chercher dans le dictionnaire et de le contredire que non, celui-là c'est après le départ de Steve Hackett, le guitariste, incroyable aussi que l'exactitude des noms me poursuive encore, mais là aussi se consoler en me disant que ce fut une habitude qui plus tard me guida dans mon apprentissage de l'histoire du jazz, de se rappeler facilement de qui joue quoi par exemple que le jeune pianiste dans Trio de Charles Mingus c'est Hampton Hawes, pianiste fauché trop tôt par la drogue, peu de temps après avoir enregistré le remarquable This Guy's in love with you ou encore que le Scott La Faro dans Free Jazz d'Ornette Coleman, celui qui donne la réplique à Charlie Haden, c'est aussi celui du premier trio de Bill Evans avec Paul Motian comme batteur, le même Paul Motian que dans l'album Montral Tapes avec Gonzales Rubalcaba, ces ricochets finalement m'auront permis de partir d'Ornette Coleman l'album Song X avec Pat Mehteny, et déjà charlie Haden à la contrebasse jusqu'à Louis Amstrong et de revenir vers Ornette Coleman. J'assure à Pascal que le soir même, rentré à la maison, j'irai regarder dans le garage, je suis certain que j'ai encore le vynil. Et de fait le soir, de retour à Fontenay, tandis que nous avons sommes rejoints par Anne-Pauline et Emmanuelle pour dîner, Pascal téléphone et je descends en toute hâte regarder dans le garage et retrouve facilement la galette A trick of the tail et de constater, dans les crédits, qu'à l'époque Genesis était un quatuor et non un quintet, sans Peter Gabriel donc. J'ai gagné mon pari. Plus tard dans la soirée, je me dis que ce serait marrant d'écouter ce vieux truc, je l'installe sur la platine et là non, ce n'est vraiment plus possible, on ne peut plus écouter des choses pareilles, c'est vraiment affreux, nous en rions et du coin de l'oeil je remarque le CD récemment sorti de Joe's garage de Frank Zappa et je dis aux filles, attendez on va faire quelque chose de drôle, je mets le CD de Zappa et vais sur le morceau Why does it hurt when I pee? une des ces parodies musicales dont Zappa avait le secret, celle-ci pour se moquer des grandiloquentes orchestrations de Genesis, et nous aurions pleuré de rire à ces juxtapositions opérées avec la sélection de l'ampli passant du vynil au CD. Si vous avez n'importe quel disque de Genesis, jouez-le en même temps que cela. C'est à se pisser dessus. S'amuser de peu de choses en fait. |