Le Bloc-notes du désordre |
samedi, novembre 06, 2004
Samedi 6 novembre Levé de bon matin, aux Rigaudières, il fait frais dehors, je pars avec mon petit panier sous les bras, et un couteau. La veille près du poèle, quelques cèpes, que Pascal avait trouvés, mais, disait-il, il était parti trop tard, il faisait nuit et il n'avait pas trouvé grand chose, quelques cèpes donc et une russule charbonnière. Il y a deux ans Pascal m'avait dit d'aller en chercher dans un coin à lui, en bordure du bois, ce que j'avais trouvé curieux, il m'assurait que je trouverai des cèpes à l'orée du bois et j'avais bien du mal à le croire, pour moi les cèpes poussent au fond des bois au pied des grands arbres. J'avais fait belle cueillette et à ma grande stupéfaction j'avais trouvé de très beaux bollets bais, bleuissant sous mon couteau et dire qu'enfant quand nous trouvions de tels champignon qui devenaient bleus à la coupe, Lousteau, l'ouvrier agricole du Bouchet nous les faisait jetter, il donnait même des coups de pied dans les girolles, pour lui il n'existait qu'un seul champignon, le cèpe. Alors, décidant de ne plus lutter contre mes préjugés je suis parti ce matin dans la même bordure mais je ne voyais pas grand chose. Alors je me suis enfoncé davantage dans le bois et puis je suis tombé sur une première tête de nègre, une toute petite, d'ailleurs j'ai failli marcher dessus, ce que sûrement j'aurais fait si je n'avais pas été à l'affût. Et c'est justement ce que j'aime dans la cueillette des champignons, c'est cet affût, cette intranquillité des sens, on se fie d'abord à l'odorat, le mien n'est pas très bon, à vrai dire, dès que j'entre dans une futaie à l'autmomne, je lui trouve souvent une odeur humide de champignon, on ne peut pas dire que je fasse preuve d'un grand discernement olfactif. Et puis j'ai vu une amanite tue-mouche, ce qui a révéillé tous mes espoirs. L'amanite tue-mouche est un champignon vénéneux, mortel peut-être pas mais sûrement il rendrait très malade. En trouver un ne présente donc pas a priori d'intérêt si ce n'est ce que j'ai remarqué, depuis des années, que quand on trouve des amanites tue-mouches, lesquelles sont tellement voyantes avec leur grand chapeau vermillion vif, on trouve généralement des cèpes à quelques encablures. Voyant cette très belle amanite, j'ai posé mon panier et je l'ai photographiée, au prétexte que les amanites, décidément non comestibles, sont, au contraire, très photogéniques, tandis que les bollets le sont beaucoup moins, photogéniques; je ferai donc cela ce matin, je ramasserai les cèpes et je photographierai les amanites. Je suis très à mon affaire quand je cherche des champignons. Par exemple je ne cherche et ne ceuille jamais des golmottes quand je ne suis pas seul, ces champignons-là réclament une attention de tous les moments, c'est qu'il ne faudrait pas les confondre avec des amanites panthères. Oui, ce que j'aime dans la ceuillette des champignons c'est la concentration exigée. Marcher avec lenteur, s'arrêter, humer, regarder de tous les côtés, se baisser regarder au ras du sol, reprendre sa marche retourner une feuille que l'on trouve étonnamment bombée, mais non, dessous ce n'est qu'une pierre un jour je me dis qu'il faudrait que je fasse la collection de tous les objets que j'ai pris pour des champignons, à première vue, et qui se sont révélés par le suite être, des cailloux, des feuilles mortes, des billes de bois, des déchets même, des déjections de gros animaux que sais-je encore?, ce qui est stupéfiant, c'est comment après coup on a tant de mal à retrouver dans ces objets divers les contours qui nous les ont fait confondre avec des champignons poursuivre, de temps en temps s'arrêter de marcher pour ne plus entendre le bruit des feuilles mortes que l'on charrie. Et puis en trouver un. Se dire que ça y est on a trouvé le filon et puis n'en plus trouver, ah si un autre ici au pied de cet arbre, quand on en trouve un, ne pas le ramasser tout de suite, regarder aux alentours de ce champignon voir s'il n'y en aurait pas d'autres. En trouver un autre que l'on ramasse au passage et puis ne plus retrouver celui que l'on avait vu, ah si, juste là, à vos pieds. Avec la pointe du couteau, gratter un peu la terre, se débarasser d'une limace qui fait bombance dans le pied charnu de ce cèpe, caresser jalousement le dos rond de ces bollets ventrus. Reprendre sa marche lente en trouver deux ou trois autres, se dire que décidément les choses se présentent sous un jour favorable. Et puis n'en plus trouver pendant cinq interminables minutes, douter, se dire que l'on fait fausse route, détailler un peu les arbres autour desquels on tourne désormais, remarquer que le sol n'est plus moussu comme il l'était, regarder autour de soi, remarquer un fossé un peu plus loin, les cèpes de Bordeaux aiment bien les fossés. Et effectivement en trouver quelques uns, suivre le fossé comme on suit une veine. Sentir de plus en plus le poids du panier en bout de bras. Se réjouir paradoxalement de trouver des petits spécimens, qui viennent à peine de sortir, ceux-là, les plus frais d'entre eux, on pourra en faire une salade avec du très bon vinaigre. Se réjouir ausis de trouver des gros mais pas encore mangés par l'humidité, ceux-là feront de belles tranches frites dans de l'huile d'olive aillée. Etre au paradis. Sortir du bois le panier plein, faire un grand signe triomphal à Pascal perché sur une échelle, perceuse en main, réparant je ne sais quoi. Il est en fait rare de ne pas trouver Pascal avec quelque outil mécanique dans les mains. Et être très bien accueilli dans la maison, quand fier, on renverse le contenu du panier sur la table. Et dire qu'on y retournera dans l'après-midi. Revenir bredouille aussi des fois, mais à vrai dire n'en avoir cure. Avoir sur soi l'odeur humide du bois. Dans le bois aussi j'ai entendu au loin des coups de fusil. Cette forêt est pleine de chasseurs. Je crois que le gros gibier en forêt de Senonches est presque aussi renommé que ses cèpes. D'ailleurs repensant à cette agitation de l'esprit quand je cherche des champignons je me demande si ceuillant des champignons je ne recherche pas des plaisirs communs avec celui de la chasse, n'était-ce le plaisir de tuer, pour lequel je ne ressens aucune envie. C'est vrai, il y a tant de chasseurs qui s'assument si mal, et vous diront que ce qu'ils aiment dans la chasse ce sont surtout les plaisirs de la promenade en forêt, plus rares sont les vrais chasseurs qui vous avoueront le plaisir de tuer. Un vrai chasseur c'est celui qui dit moi ce que j'aime c'est tuer. Moi ce que j'aime dans la ceuillette des champignons c'est penser à tout plein de choses, cette rêverie née de la concentration et, puis, je peux bien l'avouer, je ne déteste pas l'odeur de l'huile aillée dans laquelle je jette toutes ces lamelles. L'odeur des champignons frits qui envahit toutes les pièces de la maison. vendredi, novembre 05, 2004
vendredi 5 novembreOn me demande un texte pour décrire le désordre, je me demande si je ne finis par prendre goût à ce genre d'exercice comme, par exemple, j'adore répondre à des sondages, même à propos de marques de savon, j'ai alors le sentiment que mon avis compte. Ce qui est dérisoire évidemment. Bref. Voilà mon discours du type qui se juche sur une boîte à savon dans Hyde Park. Mon bonniment en somme. Le livre de sable électronique. jeudi, novembre 04, 2004
Jeudi 4 novembre Ce matin, avant de partir à l'école Madeleine a perdu une dent de lait, aidé par un geste précis d'Anne, à vrai dire je n'aime pas beaucoup ces histoires de pertes de dents qui résonnent étrangement pour moi, comme si elles étaient synonymes ou porteuses de mort. Bref je n'éclaircis pas. Et ce soir, je suis mandaté par Anne pour aller chercher deux ou trois choses qui semblent manquer dans l'accomplissement de notre dîner ce soir. Et Anne de me rappeler que surtout il ne faut pas j'oublie de faire un peu de monnaie pour "la petite souris" de Madeleine, à vrai dire pour cela aussi je ne suis pas enchanté de faire croire ce genre de fables à mes enfants, mais bon je joue le jeu. Je fais confiance à Anne. Les bras léstés de ces quelques courses, je remonte la rue Jules Ferry et dans l'obscurité je suis interpellé gentiment par un clochard qui me demande si des fois je n'aurais pas une cigarette. Je lui réponds que je regrette mais que je ne fume pas, et je pense à tout ce que j'ai dans les sacs, pas grand chose en fait qe je pourrais offrir en réconfort, je lui propose alors une tablette de chocolat mais cela il dit qu'il a, qu'apparemment dans le quartier une femme l'a pris sous son aile et lui apporte régulièrement des repas chauds dont il m'explique d'ailleurs qu'il s'évertue à les manger froids parce qu'il tient absolument à s'endurcir. Et que le froid, si on lui laisse une place trop grande dans la pensée il finit par avoir raison de tout et que pour sa part voilà la semaine dernière il a vu son ami mourrir parce qu'il s'était fait écraser par une voiture qui d'après lui roulait trop vite d'ailleurs il est témoin de l'accident il a déjà été convoqué deux fois au commissariat que demain il doit y retourner qu'il ira avec son pote qu'il désigne de la main c'est le type endormi à un banc de lui mais que le pote lui restera dans la salle d'attente parce que le témoin et bien c'est lui qu'il a tout vu que d'ailleurs ce n'était pas beau à voir que même les pompiers quand ils sont arrivés sur les lieux ils n'ont pas pu faire grand chose d'ailleurs que son port pour sa part et bien il était mort avant d'arriver à l'hôpital ce sont les policiers qui lui on dit que de toute façon il s'en doutait bien parce que voilà le cerveau de son ami avait du exploser qu'il avait titubé et qu'il était tombé sur la chaussée et qu'une voiture était passée juste à ce moment qu'elle avait essayé de ne pas s'arrêter de repartir vite fait mais qu'elle n'avait pas pu parce qu'il y avait de la circulation et que lui il avait bien retenu le numéro de la plaque d'immatriculation d'ailleurs il me le dit qu'il n'en voulait pas à cette femme parce que oui c'était bien son ami qui était tombé et qu'elle bah c'est sûr peut-être qu'elle allait un peu vite mais quand même elle serait aller moins vite ce n'est pas sûr qu'elle serait arrivée à freiner et à éviter son ami mais quand même qu'elle ne devait pas essayer de lui en vouloir à lui parce qu'il n'avait pas eu le temps de retenir son ami qui allait tomber et que voilà il était mort d'ailleurs on allait l'enterer très prochainement et qu'à l'église il avait été le seul à dire quelque chose pour son ami un petit mot d'ailleurs il s'appelait Serge son ami mais tout le monde l'appelait Sergio et que lui il avait parlé que les autres il n'avaient pas osé prendre la parole mais que lui il avait parlé pour dire d'ailleurs que pour sa part et bien Sergio il était sûrement au ciel parce qu'avec la vie qu'il avait eue et bien c'est sûr il était allé droit au ciel et que lui il y pensait à Sergio et qu'il était sûr que Sergio le voyait et l'entendait d'ailleurs il avait été aux pompes funèbres et qu'il avait négocié avec eux que pour 25 eruos il pourrait avoir un plaque Sergio et que d'ailleurs les gens des pompes funèbres ils lui avaient dit qu'ils lui laisseraient du temps pour payer ces 25 euros mais que voilà pour sa part la messe était dite. J'ai fouillé dans mes poches et j'ai fini par donner ce que j'avais de monnaie à cet homme en lui disant que si cela pouvait l'aider à payer pour la plaque de son ami j'en serais très content. Par bonheur Madeleine a oublié de mettre sa dent sous son oreiller ce soir-là. J'ai quand même du mal à me dire que ces deux événements soient pareillement voisins, à la fois le récit logorrhéique de cet homme et les minuscules préoccupations du père d'une petite fille de cinq ans. mercredi, novembre 03, 2004
Mercredi 3 novembreCe matin je me suis levé de bonne heure et une fois n'est pas coutume, je suis rapidement descendu dans le garage, toutes affaires cessantes, pour me connecter et foncer sur le site du New York Times, site qui m'avait permis de suivre d'assez près, il me semble, cette campagne électorale, et de découvrir ce que somme toute j'attendais mais refusais d'admettre, la victoire, électorale ou pas, quelle importance, l'idiot du village préside déjà aux destinées du monde sans avoir été élu depuis quatre ans, de ce singe habillé de Bush magouille dans l'Ohio ou pas. Mes premières pensées sont allées directement vers mes amis Karen et Ray dont j'imaginais le désarroi. En 2000 déjà Ray avait vécu le coup d'état du fils Bush comme une insulte personnelle, je n'osais imaginer cette déception profonde qui devait être la leur et qui datait de la nuit dernière, je voyais distinctement la table étroite en marbre de leur cuisine à Oak Park, en banlieue de Chicago, les grands fourneaux de Karen avec l'écriteau émaillé Ici on mange bien en français, le percolateur et le moulin à café, les dessins de Ray, esquissés en bout de table, dessins souvent maculés de café ce dont il s'accomode toujours très bien, et cette petite télévision survivant à côté de l'immense réfrigérateur, sur cette télévision minuscule, j'avais suivi l'un des débats contradictoires entre Bush et Al Gore j'avais déjà peine à croire à quel point Bush fils s'exprimait encore plus pauvrement que Bush père, déjà connu pour ne pas terminer ses phrases. Je leur envoyais rapidement un mail, un petit mot de soutien. Plus tard dans la journée en raison du décalage horaire je recevais cette réponse de Ray: >Dear Phil and Anne, Thanks for your reaction to the election. We are in >mourning, and depressed. >I wrote down some thoughts about the Bushies and Kerry, for whatever they are >worth. > >When Bush et cie won the election, we were all depressed and will continue to >be for at least 4 years. He will make appointments to the Supreme Court. That >court is already loaded with right wing people. He is going to open wilderness >areas to logging and oil exploration, etc. etc. Much of what he wants to do >will not really solve anything. He is doing these things to get even with " >liberal enemies" and people that are smarter than he is. He knows that >exploring for oil in most areas will not produce enough to make a difference. >He will do it as a symbolic gesture. In the process, he will cause untold >damage to those wild areas and accomplish nothing. >It is interesting how much you and other Europeans know about America's >terrible political state. You know much more than many of our own (dumb) >citizens. Most Americans vote for one thing. Sportsmen vote for a candidate who >likes to hunt ducks. Mothers vote for one who will restrict the content of >school books. (a Texas publisher is already changing "offensive" language in >textbooks, books that will be distributed nationwide.) Many, too many, vote >for the war (hawk) candidate. The irony here is that Kerrry is a war hero and >Bush is not. The most important issue is the misconception that Bush will make >us safe. Fear is his big issue. Terrorism is never going to end, >unfortunately. It is international, as you know. But Bush chose to invade Iraq >so that gullible Americans would have a convenient single enemy to hate, >instead of a vague terrorist threat. Get yourself a little war to make >yourself look good is advice from father Bush. They didn't count on the war >going on for a very long time and costing thousands of lives. >Bush is the most secretive president in history. He is a born-again Christian >(the worst, most reactionary form of evangelism). He insists on opening daily >cabinet meetings with prayer. (His kind off prayer) >Here is an example of how dumb the son of a bitch is: During the debates, >Bush was supposed to say "he can run but he cannot hide" The reference was to >be against Bin Laden, but stupid Bush got it wrong and said the phrase in >reference to Kerry. Bush liked the idea so much that he kept saying it every >day during the campaingne. > >The reason that Kerry did not speak out against Bush was that Kerry is so much >more intelligent that he would make Bush look even more stupid than he is. That >would be great, but it would have worked against Kerry. Voters like the idea of >a tough simple minded cowboy making fun of the sissy college boy. >Bush, an evil little man, was seen as religious and good, while Kerry, an >honest catholic, was seen by catholic bishops in this country, as evil, because >of his position on abortion. Crazy, huh? Many commentators said that the >election was won on moral issues, not so much on who was the most qualified. >America is a largely uneducated country. People turn to patriotism and >religion when they don't know how to analyze or figure things out. It is >increasingly difficult for a qualified, intelligent person to run for public >office. Be glad that you live in a civilized country. >We count you as our best friends. Love, R and K. A vrai dire, sur ce dernier point, nous en France vivant dans un pays civilisé, je n'avais pas tellement envie de deviser avec Ray et de l'éclairer à propos de notre gouvernement d'extrême droite qui désormais a complètement endormi l'opposition en l'habituant, avec nous, les électeurs, durablement à cette espèce nauséabonde de politique virile, mais tout de même, cette progression de l'ignorance en toutes choses m'obsède depuis quelques temps. Dans le cas présent, celui de l'élection aux Etats-Unis, comment un président au bilan économique minable, aussi minable que celui de Herbert Hoover, le président du crack boursier de 1929, comment un président qui vient d'engager en guerre son pays pour des motifs manifestement personnels, à la fois d'enrichissement personnel (tout de même le chèque princier de la société Halliburton pour le vice-président à la fin de la guerre est une chose connue) et de maintien au pouvoir, comment ce président (this president comme n'a cessé de marteler en vain John Kerry pendant la campagne) qui a menti au sujet des armes de destruction massives ce qui est désormais de notoriété publique officielle, c'est-à-dire que nous le savions tous, mais maintenant nous sommes tous autorisés à le savoir, comment ce président n'ait pas été inquiété par une procédure d'empêchement comme Clinton le fut pour quelques malheureuses fellations, pas toutes menées à bien d'après ce que j'ai pu comprendre, dans le bureau ovale, comment ce président qui était la risée de tous jusqu'au 10 septembre 2001, tant ses déclarations étaient quasi systématiquement des gaffes pendables, comment ce président qui a eu une gestion absolument catastrophique pendant cette journée du 11 septembre, comment cet abruti peut-il être élu? Et j'ai bien peur que ce soit pour les mêmes raisons qui ont voulu qu'en dépit d'être le seul premier ministre de la Vème république à présenter un bilan économique favorable, Lionel Jospin n'ait même pas franchi le barage du premier tour aux élections de 2002. A force d'ignorance généralisée. A force de cette ignorance programmée. A force de scotcher les individus devant des programmes de télévisés taillés sur des modèles immondes et de les faire fuir les livres. A force de laisser des pitres et des sportifs illétrés dans la lumière de ces plateaux télévisés et du coup d'être bien embêter de devoir rendre compte à la télévision de la mort de Jacques Derrida. A force de donner en pâture de pauvres gens dénués de talents et reléguer dans l'ombre ceux qui en ont j'ai le sentiment que la télévision a tout de même connu une époque où il fallait avoir écrit un livre ou fait je ne sais quoi d'autre de vraiment extraordinaire pour passer à la télévision, dorénavant il vaut beaucoup mieux ne pas savoir faire grand chose de ses dix doigts, mais disposer d'une opulente poitrine ou encore savoir raconter une histoire belge, qu'on a entendu au café le matin même, en imitant l'accent de Liège, au même titre que je sois effaré de constater presque tous les jours que cette invention merveilleuse qu'est internet, conçue par des scientifiques géniaux du CERN, serve principalement à véhiculer de ces histoires drôles, qui sont le plus souvent sexistes, dépravantes, xénophobes et surtout jamais très drôles, comme de voir aussi les uns et les autres atteints dans la rue de ces curieuses démangeaisons aux oreilles, démangeaisons qui leur permettent aussi d'émettre et de recevoir des messages "écrits", étonnant de voir tout de même que plus le vecteur de communication est puissant et plus il charrie du RIEN. Oui, je sais je fais encore et toujours mon vieux con râleur depuis le fond de son garage de son pavillon de banlieue, rôle que, décicément, en dépit de mon absence de don théâtral, je remplis à merveille, mais tout de même je me souviens de tout ce qui me choquait lors de mon premier séjour aux Etats-Unis, tant de choses dont je suis obligé de constater que nous les avons faites notres de ce côté ci de l'Atlantique. Pêle-mêle. Les gens qui mourraient de froid dans la rue. Les coupures incessantes de publicité quel que soit le programme télévisé. L'omniprésence du sport dans l'actualité (je me souviens d'une époque où le journal Le Monde traitait très rarement des événement sportifs). Les patients qui intentaient des procès à leur médecin parce que telle ou telle cicatrice après une intervention chirurgicale était trop longue et de gagner de tels procès. Les gens qui lançaient des invitations à dîner par exemple mais qui savaient très bien que personne n'y viendrait, je vous assure cela commence à venir ici aussi. Les gens qui disaient, je suis tellement content pour toi quand il était manifeste qu'ils crevaient de jalousie. Tout le monde allait chez le psy. Tout le monde prenait des calmants. Des vitamines. Des pillules pour maigrir. Les fruits et les légumes n'avaient aucun goût sauf dans les magasins bio. Les gens faisaient du jogging à tout bout de champ. Il y avait des sacs en plastique déchiquetés, accrochés à la cime des arbres. Fumer était interdit partout. La chirurgie esthétique était considéré comme de la vraie médecine. Les adolescents séchaient le collège dès l'âge de dix-onze ans Be cool stay in school, luttait péniblement le slogan rapidement tourné en dérision, les mômes de se lancer Be cool don't rot in school. C'était l'Amérique de la fin des années 80 et du début des années 90. L'Amérique de Bush père. Et est-ce que cela ne ressemble pas à ce l'on commence à connaître ici. Je ne vous cache pas ma frayeur: je n'aimerais pas connaître ici, en Europe l'Amérique de Bush fils. Mais je sais que cela viendra. L'ignorance progresse tous les jours. Reçu ce mail aussi de Jean-Marie sur la liste de remue.net le même jour, une citation de Gilles Deleuze:
Et pour finir sur ce chapitre lancinant: et pourquoi n'envoie-t-on pas des observateurs de l'ONU quand il y a des élections aux Etats-Unis, comme on ne manque jamais de le faire quand des élections se tiennent dans un pays du tiers monde? Et sûr qu'ils auraient du travail ces observateurs, les Etats-Unis étant, à ma connaissance, le seul pays dans le Monde où l'on peut voter par correspondance deux semaines avant le jour des élections, se rétracter le jour des élections, faire un vote provisoire dans un bureau de vote et revenir un autre jour pour changer ce vote, être inscrit dans plusieurs états, et le gouverneur de Floride un certain Jebb Bush faire en sorte en 2000 que le grand électeur de Gore ait une case à cocher juste à côté de celle du candidat de l'extrême droite, Pat Buchanan, que les cases d'ailleurs ne soient pas parfaitement alignées et qu'il y ait une confucion possible à tel point que dans certains contés de la Floride, état déterminant dans l'élection de 2000, ce candidat de l'extrême droite, ait reconnu que le score dont il était crédité n'était sûrement pas le sien et qu'il avait du hériter de nombreuses voix démocrates. Vous pensez sûrement que j'invente, rappelez vous ces scènes risibles de 2000 où l'on voyait des personnes recomptant les votes en examinant certain bulletins à la loupe! Je n'ai pas beson d'une loupe pour savoir que sûrement ce scrutin là, celui de 2004, aussi était truqué. Bastards! Photographie du projet d'installation The Castle qui ne vit jamais le jour et qui consistait en un gigantesque labyrinthe construit dans Gallery 2 la galerie des anciens de the Scholl of the Art Institute of Chicago à partir de piles de journaux. Dans ce labyrinthe un téléviseur dont l'image était filtrée par une feuille d'acétate représentant Bush père jouait le rôle du Minotaure, dans un des détours de ce labyrinthe. mardi, novembre 02, 2004
![]() Mardi 2 novembre Depuis quelques temps déjà Anne et moi constatons des crevasses un peu partout dans la maison, ce ne sont peut-être pas des crevasses mais des fissures cela certainement. Récemment le voisin a fini par faire réparer son portail dans lequel il était obligé de donner de violents coups de pied avec force grincements pour finir par l'ouvrir en force donc, et force est d'admettre que chez nous les choses ne vont pas mieux puisqu'une des deux portes de notre portail ne s'ouvre plus du tout et que, déjà, sur la porte restante, il y a un jeu de plus en plus fort pour l'ouvrir et la refermer. Je crois qu'il faudrait être aveugle pour ne pas voir que des glissements de terrain sont ici au travail, et le tassement des maisons les unes contre les autres propres à Fontenay où les maisons s'appuient sur leurs voisines pour gagner de belles hauteurs et ainsi palier le manque de place du à leur étroitesse amplifie ces mouvements, tectoniques?, est-ce possible? N'empêche, est-ce le plafond un peu bas du garage qui en certains endroits m'oblige à me baisser pour ne pas me cogner contre les tuyaux de conduite d'eau chaude dans la maison, mais je me sens de plus en plus tassé dans le fond de mon garage où je travaille. Et je ne serais pas surpris finalement qu'un jour la maison en s'écroulant ne finisse par m'ensevelir tout à fait et j'en viens même à me demander si ce ne serait pas encore la plus pratique des solutions concernant ma fin: à la fois déjà enterré, n'en jetez plus merci, si je suis mort laissez moi où je suis, sous les décombres et bâtissez sur elles, mais aussi dans la compagnie de toutes ces boîtes si longtemps accumulées dans lesquelles s'entassent toutes les images que j'ai pu faire. Oui, c'est cela, un homme devrait toujours être enterré avec ses images, comme dans certaines pratiques religieuses, ou pas, mais extrême-orientales, on brûle la dépouille avec ses possessions. Et je me souviens de ces obsèques volontairement minables que les Khmers rouges avaient faites à Pol-Pot, mort dans la misère, brasier sur lequel on jetait ostensiblement sa natte et une chaise en rotin et quelques livres aussi, comme on l'aurait fait d'un de ces feux du printemps dans le jardin pour se débarasser de toutes les cochonneries accumulées pendant l'hiver. Bon débarras. lundi, novembre 01, 2004
![]() Lundi premier novembre Parmi tous ces projets chimériques dans lesquels je me lance parfois comme pour m'opposer pas tant au passage du temps mais à ce qu'il emporte, j'avais, en 1993, le premier novembre, entamé un projet que je voulais appeler Toussaint. Ce projet aurait consisté à venir prendre une photographie, tous les ans, le premier novembre, au cimetière de Garches, dans sa nouvelle extension, c'est-à-dire là où est enterré mon frère Alain. Et on pouvait se demander ce qui aurait varié d'une année sur l'autre, les morts n'auraient pas changé de place ou tout autre tour pendable dont ils sont sûrement capables, non ce que j'aurais voulu donner à voir c'était leur conquète prévisible de cette nouvelle extension qui leur était faite. On avait commencé à enterrer les morts, les nouveaux morts, dans le haut du terrain, c'est à dire au pied des premiers imeubles de cette résidence très connue dans l'Ouest parisien, la Verboise, immense cité d'immeubles tous identiques, enfin, bâtis sur le même modèle n'étaient-ce quelques variations dans l'agencement des modules, mais aussi que certains immeubles sont garnis d'appartements de grand standing aux vastes proportions tandis que d'autres plus bas, plus tassés sur eux-même contiennent des appartements aux dimensions plus modestes, je connais mal les tenants et les aboutissants de ce vaste projet immobilier, bien que j'ai vu cette ville-champignon littéralement grandir avec moi, à la fin des années 60 et au début des années 70, puisque nous vivions de l'autre côté de la rue du 19 janvier, mais je ne serais pas étonné que ce projet fut soutendu par quelque dessein architectural un peu despotique et nourissant l'ambition de créer une ville dans la ville, autonome, ce qui naturellement n'aboutit qu'à créer une ville dortoir dans un ville, Garches, qui fait déjà figure de ville-dortoir. Une dernière remarque à propos de la Verboise, je dois à cette cité la compréhension précoce que les lieux d'un film s'ils sont contigus dans le récit ne le sont pas forcément dans la réalité, ainsi, dans le film Police Python 357 d'Alain Corneau, avec Yves Montand, dont je me souviens juste que le récit se passe à Orléans, nombres de scènes nocturnes du film sont en fait tournées dans les nombreux parvis de la Verboise, et depuis cette compréhension, au cinéme, je ne cesse de guetter ces fausses continuités, dans Peur sur la ville d'Henri Verneuil, le passage trois fois de suite de la même rame de métro dans la même station. Avec l'accroissement de la population dans les banlieues, il apparaissait naturel que le petit cimetière de Garches et son extension allaient naturellement croître, et j'avais dans l'idée que cette croissance pourvu qu'elle soit enregistrée à date fixe tous les ans servirait, une fois de plus, ces sempiternelles métaphores sur le passage du temps qui m'obsèdent tant. Je ne suis plus jamais retourné sur la tombe de mon frère Alain depuis ce jour, ce qui mit fin prématurément à ce projet. dimanche, octobre 31, 2004
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