Le Bloc-notes du désordre |
samedi, octobre 09, 2004
![]() Samedi 9 octobre Depuis le temps qu'on me le prédit et que je fais la sourde oreille, que je fais mine de l'ignorer, je devais tout de même bien m'attendre à ce que cela arrive, qu'une personne dont je mentionne l'existence dans le bloc-notes ait à se plaindre d'y figurer d'une façon ou d'une autre. Et pour tout vous avouer j'étais parfaitement impréparé pour cette éventualité. J'avais sans doute sousestimé que les mondes que je cotoyais dans mon existence et celui un peu irréel tout de même de l'internet et des visiteurs de mon site finiraient par se toucher. Alors c'est venu d'une maladresse. Mon ami Julien m'avait bricolé un de ses petits programmes dont il a le secret, celui-là m'espionnait au travail c'est à dire que plus ou moins aléatoirement il concaténait (accumulait) toutes les données copiées par voie de souris. Une nuit au travail, j'avais résolu de recopier comme article du bloc-notes tout le contenu de cet espionnage, la somme des textes était longue, le bloc-notes à l'époque vivait de façon souterraine, et je n'avais pas vérifié qu'au bas de ce long copié-collé, figurait une liste de distribution de courrier électronique interne. Or certaines personnes de mon service, au détour d'une recherche généalogique, ont fait des requêtes sur leur nom dans google et de découvrir, effarés, non seulement le site d'un de leurs collègues, sa nature parfois intime mais aussi le fait que leur nom y figurait. Alors je tiens à préciser à ces collègues, que j'ai prestement fait disparaître leur nom de ces pages et que je m'excuse absolument que ma maladresse les ai conduits à cette mention fortuite de leur nom. Je suis sincèrement désolé. Cher X Je vais essayer de te faire une réponse détaillée et surtout sincère. J'ai également reçu un courrier d'une autre personne du service qui m'a dit être émue de se retrouver là mais supposait, à raison, qu'il s'agissait d'une fausse manip, j'ai répondu en présentant mes excuses et j'ai bien précisé que ce contenu avait été supprimé. Mon site intitulé Désordre (http://www.desordre.net) est en fait un site assez connu, en moyenne 5000 pages sont visitées par jour, le site comprend 8000 fichiers pages. De manière à ce que tu saches tout, j'écris aussi des livres et des articles (notamment sur la photographie) qui sont publiés dans d'autres sites internet que le mien, et avant cela j'étais aussi un photographe qui a connu (il y a dix ans) une petite notoriété, on trouvait mes photos dans des revues comme Photographies et la Recherche photographique. Je m'arrange en général pour ne pas faire étalage de tout cela, notamment au travail. Avec l'arrivée d'internet, il y a dix ans, les choses ont pris un tour un peu particulier parce que cela rend facilement accessible à tous un travail qui serait autrement connu que par les gens de la partie, les moteurs de recherche réservant parfois des surprises, comme nous venons de nous en rendre compte. Ce qui fait que des mondes qui jusqu'à maintenant ne se touchaient pas finissent par se rencontrer. Pour cette raison, je suis habituellement très vigilant, et fait en sorte que je ne parle jamais de notre compagnie de façon directe, et certainement pas en tant que mon employeur (sauf l'erreur commise qui retient aujourd'hui notre attention et je crois que tu as déjà compris qu'il s'agissait d'une erreur de manipultation, autrement comment expliquer cette rencontre fortuite entre un extrait de roman et un extrait de liste de distribution interne?). Par ailleurs, je suis allé voir dans les statistiques de fréquentation du site la page incriminée il ressort ceci: /bloc/cachette/2003_11_02_archive.html 2 171.1 K 4 342.2 K 6 441.7 K La page en question a été visitée deux fois hier (toi et une autre personne apparemment), quatre fois dans la semaine, et deux autres fois dans le mois, c'est le lot des pages d'archives du site de n'être absolument pas visitées ou de façon complétement aléatoire et donc très incertaine. Il y avait ailleurs dans le site, pareillement enfoui dans les archives, un extrait de mail qui, en le lisant bien, et entre les lignes, aurait pu laisser penser que je travaillais dans notre compagnie, je l'ai modifié hier soir et gommé cette mention et l'ai remplacée par un intitulé générique. Il y a effectivement un site, celui de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (Arts décos de Paris) dans lequel est publiée, de façon non fidèle d'ailleurs, une interview qu'ils avaient faite de moi dans le cadre d'un dossier sur les anciens élèves connus de l'Ecole. Je leur avais envoyé des mails pour leur dire que je n'étais pas content de la fausseté des informations qu'ils véhiculaient mais je n'ai jamais obtenu les corrections voulues. Sinon, nulle part dans mon site n'est fait mention de notre compagnie en tant qu'employeur. La plupart des gens pour et avec lesquels je travaille sur des projets savent que je suis informaticien mais n'ont aucune idée de l'indentité de notre employeur. Pour ce qui est des photographies. J'avais fait des photographies de la salle à l'état de chantier parce que précisément mon site était coïcidemment en chantier au même moment, donc je me servais d'une image de "désordre" apparent comme page d'accueil du site, j'ai remplacé ces images par d'autres qui représentent aussi du "désordre", ce sont des photographies d'une scierie en Bourgogne. Voir http://www.desordre.net (il y a un script aléatoire qui t'envoie directement sur une page dont l'adresse effective est http://www.desordre.net/labyrinthe/versions/version_aleatoire/001.htm de 001.htm à 012.htm) Donc ces images de la salle ont disparu de la surface. Je vais regarder, cela va prendre du temps, où sont toutes ces photographies en archives et les faire disparaître. Cela fait, j'espère dès lundi soir, il n'y aura plus d'information ou d'images litigieuses sur le site. Je mets en copie Y, en tant que mon manager, ce qui te montre que je ne prends pas le sujet à la légère. Cordialement. Philippe vendredi, octobre 08, 2004
vendredi 8 octobre Il semble que les choses aillent bien pour Nathan ces derniers temps. La psychologue ne cesse de nous vanter les progrès qu'il fait et elle y trouve apparemment un réconfort elle-même et je n'arrive pas à savoir s'il s'agit d'une satisfaction professionnelle, elle se réjouissant de faire du bon boulot avec Nathan, ou si aussi des liens visiblement affectifs que ces deux-là ont noués, lui tiennent à coeur à elle aussi. Sans doute un peu des deux. Une fois de plus j'oublie de lui parler de notre démarche pour obtenir un rendez-vous au Centre Médico-Psychiatrique de Fontenay, du coup je me fais du souci pour la prochaine séance, parce qu'il faudra bien que je lui annonce, puis que le rendez-vous au CMP est pour le lendemain de cette prochaine séance. Au retour nous passons chercher Anne à son travail, Nathan est calme, comme souvent à l'issue des sécances avec la psychologue, Anne a le temps de me montrer les premiers tests d'étalonnage des tirages du cimetière de voitures pour Martin. Nous rentrons presque sans encombre semblant nous frayer sans mal un chemin au travers de la circulation pourtant dense de l'autoroute de l'Est un vendredi soir. Anne est à l'arrière qui allaite Adèle, finalement je ne mets pas la casette de Mingus qui traîne dans la voiture depuis plus de six mois: the shoes of the fisherman's wife are some jive ass slippers. jeudi, octobre 07, 2004
Jeudi 7 octobrePour le salon des revues à l'espace des Blancs Manteaux (rue des Blancs Manteaux, métro Saint-Paul, samedi de 13H30 à 14H30, présentation du site sur écran géant, davantage de renseignements sur le site de fluctuat.net), on me demande une desciption du site en moins de 5000 signes. Voilà à peu de choses près ce que cela donne: Désordre (http://www.desordre.net) Philippe De Jonckheere et Julien Kirch, conception et réalisation Initialement conçu comme un portfolio de mon travail de photographe, le site Désordre est devenu une construction tentaculaire du fait même de l’utilisation de l’html et de ses liens hypertextes, une idée en entraînant plusieurs autres, selon le principe d’un coq à l’âne démultiplié. Le site compte aujourd’hui plus de 20000 fichiers destinés à égarer le lecteur en le catapultant d’un coin à l’autre du site pour son plaisir supposé. Il comprend des parties fixes, qui, de fait, sont toujours présentes pour véhiculer le travail de photographe et aussi celui d’écriture, mais également des parties plus dynamiques et interactives qui prennent à leur compte la possibilité de programmation en java (toute programmation sur le site : Julien Kirch) ainsi que des pages régulièrement mises à jour selon un principe quotidien. De même que l’on prête aux Carnets de Joubert la vertu de réunir toutes les velléités d’écriture de leur auteur, donnant souvent à voir ses intentions, rarement l’oeuvre achevée qui de fait ne vit jamais le jour le site Désordre donne principalement à voir la table de travail de son auteur et tout ce qui s’y produit, aussi bien ses réalisations finies que ce qui demeure habituellement dans l’ombre, les brouillons et les tentatives infructueuses. En cela la question du quotidien est centrale, et avec elle l’intimité, notamment celle de l’atelier. Certains travaux du Désordre sont également spécifiquement conçus pour l’Internet, comme la version hypertexte d’un roman, une page quotidienne de collages photographiques, les jeux de Memory et de Tangram, un journal en ligne et une navigation tantôt raisonnée tantôt aléatoire. Le site s’interroge aussi souvent sur son passé, sa lente construction, et ses perspectives avenir, donnant à voir, par endroits, les travaux de refonte futurs. Ainsi le Désordre se nourrit de son propre désordre pour se répandre, n'aboutissant bien sûr à rien d'autre qu'à davantage de désordre. Philippe De Jonckheere et Julien Kirch http://www.desordre.net mercredi, octobre 06, 2004
Mercredi 6 octobre Le mercredi c'est le jour du linge. Et le linge à vrai dire et bien c'est à moi qu'incombe la tâche de le plier et de le ranger. Le mercredi c'est aussi le jour des enfants. Et donc le mercredi comme il n'y a pas d'école, les enfants montent nous voir dans notre chambre, ils glissent leurs petits corps endormis et tout chauds contre les notres et ils ont droit de regarder Debout les zouzous Debout les zouzous, je le dis pour ceux qui n'ont pas d'enfants, c'est une série de petits films d'animation pour les enfants, parmi lesquelles on trouve les pires sucreries et fadaises qui ne me mettent pas toujours de bonne humeur le matin mais dont les enfants rafolent, alors disons qu'ils y ont droit une fois par semaine. Et parmi toutes ces séries de dessins animés tous plus mièvres et stupides les uns que les autres, il y a Clifford le grand chien rouge, je vous interdis de rie mais j'adore la chanson de Clifford le grand chien rouge avec lui il faut que cela bouge, Clifford le grande chien rouge. Bref. Donc en fait je ne me lève pas toujours avec plaisir le mercredi, passé la chason de Clifford le grand chien rouge, je me lève pour éviter les autres dessins animés, je fais du café, j'en monte à Anne qui a une plus grande patience que la mienne pour Petit Potam et autres à vrai dire j'aime bien aussi la chanson de Petit Potam, ce que je confiais à Emmanuelle hier soir qui dans un grand rire m'a fait tout de même remarquer qu'elle m'avait conu plus intraitable sur le sujet notamment d'Ornette Coleman, alors évidemment de m'entendre pareillement faire l'éloge de la musique de Clifford le grand chien rouge, il y a de quoi rire évidemment. Le linge, ah oui, le linge. Bah le linge il ne se plie pas et il ne se range pas tout seul, alors dès qu'Anne et les enfants m'ont libéré la place sur la grande table je vais chercher le linge de la semaine dans le garage, je mets de la musique, ce matin c'était Aladin Sane de David Bowie, Madeleine se trémousse, en chantant phonétiquement les paroles, je me dis que c'est heureux qu'elle ne comprenne pas les paroles (Crack baby crack give me your rear, ça contraste un peu d'avec Clifford le grand chien rouge, passons), et je m'y mets. En fait une fois que je suis lancé, je ne déteste pas entièrement cette corvée, j'aime la douceur des vêtements des enfants, je suis rempli de tendresse en pliant les petits pyjamas d'Adèle, je rêvasse en fait. Et de temps en temps, dans la masse des vêtements, un t-shirt mauve de Madeleine tranche étonnament sur un T-shirt moutarde de Nathan et je suis épaté par l'association de couleurs, je me promets de la prendre en note, qu'elle me resservira un jour, enfin, à la réflexion, ce n'est tout de même pas très probable, que je me serve, moi, d'une telle association de couleurs. Et une heure plus tard, tout est en tas, je n'ai plus qu'à monter le ranger, jusqu'à la semaine prochaine, où je me léverai grognon. L'après-midi, j'emmène Madeleine au Théêtre Roublot voir un spectacle de marionnettes. Où vous verrez, avec soulagement sans doute, que je lutte assez bien contre son abrutissement hebdomadaire de Debout les zouzous. La comédie de l'écho, compagnie Loutka. Théâtre Roublot, Fontenay sous bois Sur une petite scène de théâtre, un théâtre de marionnettes paraît encore plus petit, en ombres chinoises, pendant l'attente du lever de rideau, on voit cinq marionnettes inanimées. Autant vous le dire tout de suite, je ne connais rien aux marionnettes, c'est sûrement un genre à part entière, mais auquel je ne connais rien, ma dernière expérience de marionnettes datait de l'année dernière lorsque j'avais emmené les enfants voir un guignol sur une petite place d'Albi et que j'aurais volontiers cassé la gueule du marionnettiste tant son spectacle était la fois pitoyable et fort cher et que je n'aime pas beaucoup quand on prend les enfants pour des cons. Par ailleurs dans le début de Il était une fois en Amérique de Sergio Léone, on voit Robert de Niro cherchant réconfort dans une fumerie d'opium dans laquelle est donné un spectacle de marionnettes en ombres chinoises, détail qui m'a terriblement impressionné, contribuant bien davantage que le Lotus bleu à ma fascination pour les fumeries d'opium. Et puis une ancienne camarade des Arts Décos, Sophie Huttin, avait beaucoup travaillé à la fabrication de marionnettes essentiellement constituées de morceaux de bois flotté dont elle faisait provision sur les plages et les berges. Enfant je détestais tout particulièrement que l'on m'emmène au guignol parce qu'il fallait crier avec les autres enfants et je supportais mal la tridence de leurs cris enfantins et refusais d'y ajouter la mienne. Et je crois que je vous ai tout dit de ce que je connaissais du monde des marionnettes. Le noir se fait dans la salle et je suis interloqué dès la première scène, puisque la femme qui actionne la première marionnette, ne fait rien pour se cacher et prend autant à parti le public que sa marionnette qui joue de la trompette. Puis ce sont deux autres têtes de comédiens-marionnettistes qui apparaissent et qui déclament, synchrones, le texte d'introduction de la pièce. Le rideau de ce petit théâtre se lève pour laisser voir un plus petit théâtre encore de marionnettes, à l'intérieur même du premier théâtre je crois qu'on appele cela un castelet , tout paraît minuscule mais me renvoit immédiatement à ce que j'ai vu de plus beau au théâtre, l'adaptation de Hamlet Par Daniel Mesguisch au Théâtre de la Métaphore à Lille, et comment usant de la scène dans laquelle le prince Hamlet engage une troupe de théâtre pour lui faire jouer une pièce satirique à l'usage de son père et de sa terrible marâtre, la scène s'ouvre sur une nouvelle scène qui elle-même s'ouvre pour laisser voir l'espace des cintres du théâtre même et derrière encore les coulisses au fond desquelles de trouve une porte vitrée au travers de laquelle on pouvait voir les passants affairés de la rue de Béthune faisant leur marche de Noël. Les premières scènes de la Comédie de l'écho jouent pareillement d'inclure le théâtre dans le théâtre. A plusieurs reprises, les marionnettistes sont visibles actionnant leurs créatures dans le petit théâtre à l'intérieur du théâtre, ou encore passant leur tête dans un trou prévu à cet effet, donnent un visage à des pantins stupéfiants d'avoir figure humaine, ou encore les marionnettistes passent eux-mêmes pour des marionettes en ombres chinoises, puis ce sont les marionnettes que l'on voit en ombres chinoises et par un subtil jeu de profondeur un des marionettistes apparaît à la même taille presque qu'une marionnette. C'est un défilé de bonnes idées, de trouvailles lumineuses, de jeux d'ombres et de lumières à la fois simples et judicieux, un véritable bonheur, le spectacle vivant dans sa plus belle dimension. N'étaient-ce... un conte sans grand intérêt, une histoire mal racontée, des voix peu talentueuses, pas très habitées, un jeu de comédiens très limité et comble de regret, un paysage sonore très prévisible qui ne joue presque pas avec l'écho justement. Les bruitages sont grossiers, la musique ronflante. A vrai dire, j'aurais tant aimé que cette troupe de marionnettes joue Ubu-roi d'Alfred Jarry et que peut-être les marionnettistes laissent les voix à de véribales comédiens. Je crois alors que j'aurais eu ce rêve de lilliputien, devenir minuscule pour me laisser emprisonner par ce petit théâtre trompeur et illusioniste. mardi, octobre 05, 2004
Mardi 5 octobreUne histoire à lire en écoutant la petite musique d'attente en composant le 1077. Tababatbatala, Tababatbatala, Tababatbatala, Tababatbatala, Tababatbatala, Tababatbatala, ad eternam De façon tout à fait inexplicable, j'ai perdu ce matin vers dix heures ma conenction internet. D'abord je ne m'en suis pas du tout formalisé, j'ai continué de faire ce que j'étais en train de faire, j'ai vaqué à mes petites affaires, j'ai même cherché dans l'encyclopédie de mon ordinateur un renseignement que je chercherais habituellement sur internet, j'étais d'ailleurs ravi de le trouver facilement, c'est dire si je n'en prenais pas ombrage. Et puis dans le début de l'après-midi tandis que je venais de coucher Adèle pour sa sieste, j'ai réessayé et cela ne fonctionnait toujours pas. Je pouvais me connecter mais quoi que je fasse, de l'internet, du mail ou du ftp, cela ne voulait rien savoir. J'ai débord raisonné avec impatience, je me suis dit que dans l'usine à gaz que m'avait construite Pierre, dans le jeu croisé des deux parre-feux sûrement quelque chose faisait obstruction, j'ai commencé par débrayer le parre-feu installé par Pierre, mais cela n'améliorait pas les choses, j'ai rétabli ce parre-feu, puis j'ai baissé la garde de celui de Windows, mais là non plus cela ne donnait rien. Je me suis déconnecté, je me suis reconnecté, j'ai très vite coupé les deux parre-feux et j'ai réessayé mais cela ne donnait toujours rien. J'ai vité rétabli les deux parre-feux, je me suis déconnecté puis reconnecté, toujours rien. J'ai ensuite fouillé dans les paramètres réseau de l'ordinateur, j'ai lu en long en large et en travers les menus d'aide de Windows sur le sujet mais non, vraiment, je ne voyais pas quel paramètre faisait frein. J'ai essayé de connecter le portable de mon travail directement au modem mais là aussi cela ne donnait toujours rien, puis j'ai fait de même avec le Mac d'Anne, et de nouveau rien. Alors j'ai bien voulu regarder la vérité en face, d'abord que cela m'embêtait de ne pas pouvoir me connecter et d'autre part que j'allais devoir appeler mon fournisseur d'accès sur un de ses lignes téléphoniques sur lesquelles les robots sont plus nombreux que les personnes humaines, et ces mêmes personnes qui disent souvent s'appeler Arnaud ou Béatrice, sont en fait très éloignés de nos soucis, parce qu'ils sont, de fait, situés au Maroc ou en Tunisie comme si c'était à ce point rédhibitoire de dialoguer avec Mohammed ou Fatima, des prénoms bien français leur sont choisis de même qu'on donne à Mohamed et Fatima des cours de diction pour qu'ils perdent leur accent arabe, je n'ai pas besoin de vous dire à quel point tout ceci me fait horreur. Et de fait Fatima alias Béatrice, qui est payée le tiers de ce qu'une vraie Béatrice serait payée pour le même travail mais vous savez là-bas c'est déjà bien de gagner autant, c'est vrai un tiers de smic c'est sûrement l'opulence, de quoi je me mêle vraiment? , Fatima/Béatrice donc a bien du mal à comprendre mon problème et finit par jeter l'éponge en me demandant de téléphoner au service technique, elle me donne un numéro, dont je découvre en le composant qu'il va me coûter fort cher de converser avec un technicien qui nul doute va me prendre de très haut, d'ailleurs le voilà, il décroche, il s'appele Arnaud, son ton pas très aimable me dit que lui doit vraiment s'appeler Arnaud. Je me dis qu'il ne faut pas que je m'en fasse un ennemi, que je m'abstienne absolument de lui préciser que je sais un peu comment ces choses là se passent, que je suis informaticien moi-même, donc je le laisse me poser des questions auxquelles je réponds tout de même sans hésitation et de le mettre rapidement sur le voie que je viens d'essayer à peu près toutes les configurations possibles sur trois ordinateurs différents, alors je l'entends respirer plus fort Arnaud parce qu'il se rend bien compte que cette fois, c'est vraiment de son ressort, que c'est vraiment un problème technique. Il me dit qu'il va se renseigner, qu'il ne faut pas que je quitte, je le rassure, la petite musique qui va bientôt m'être jouée, même à ce prix-là, 34 centimes d'euros la minute et dire que je peste parfois contre le prix des rééditions de Coltrane ou d'Duke Ellington chez le disquaire est délicieuse. Finalement c'est assez rapide, où l'on m'informe que je dépends du relai de Vitry qui a sauté, que c'est normal, que les techniciens sont sur le coup, et que même, il dit sans doute cela pour que je me rende compte que vraiment tout est fait pour que cela reparte, les techniciens vont probablement travailler sur ce problème toute la nuit, c'est étrange comme cela me semble familier les techniciens qui vont travailler toute la nuit sur ce problème. Allez je peux bien vous l'avouer, j'écris ces lignes relatives à la jouréne de mardi, aujourd'hui c'est-à-dire, jeudi, j'ai un peu de retard dans le bloc-notes voilà tout. La connection n'est toujours pas rétablie, je viens de téléphoner à Mohammed alias Arnaud qui vient de me dire que d'après les informations dont ils disposent désormais au centre d'appels, le centre de Vitry n'est toujours pas rétabli. Je me dis que le pauvre Mohammed/Arnaud doit en avoir assez de botter en touche ces appels, donc je discute un peu avec lui, j'essaye de rendre les choses un peu détendues, je me dis qu'il y a peut-être quelque chose à sauver de ce naufrage toutes proportions gardées, je vous assure que jeperds pas de vue qu'il n'y pas mort d'homme dans cette affaire je lui demande s'il a lui, la possibilité de faire un geste commercial pour me dédouaner de cette facheuse indisponibilité, il dit qu'il va se renseigner, musique maetro, et puis 96 mesures plus loin, il revient à la ligne et me dit qu'il vient de remarquer que je bénéficie d'une offre ancienne d'ADSL, et que pour le même prix, je devrais pouvoir jouir d'une connection jusqu'à dix fois plus rapide. Je me dis que décidément Mohammed est un chic type, en revanche je ne vous recommanderais pas son employeur qui ne mérite pas d'avoir Mohammed dans ses rangs, surtout pour un tiers de SMIC. Et n'est-ce pas incroyablement représentatif du commerce d'aujourd'hui, on est en mesure de promettre la Lune à ceux qui ne sont pas encore clients, dès que vous êtes client, vous avez un numéro pour joindre Arnaud et vous continuez de payer le prix fort et ancien, pour une offre entièrement dévaluée. Et dire que je croyais encore il n'y a pas très longtemps qu'il y avait souvent des bénérfices à tirer d'être un ancien client. Et vous savez, cela aussi je peux bien vous l'avouer, cela fait deux jours que je n'ai toujours pas de connection internet à la maison, je ne peux pas dire que je tourne en rond, parce que cela tout de même je me l'interdis, je ne déteste rien tant que la dépendance, mais du coup cela me donne du temps, ceendant à médire comme cela sur la nouvelle économie ou deviser gentiment sur tout le mal que je pense de tout ce mensonge, je n'ai tout de même pas l'impression de mettre dignement à profit ce temps libre soudainement imparti. Allez c'est décidé, dès qu'Adèle se réveille je l'emmène se promener, d'ailleurs je l'entends qui joue avec son mobile. lundi, octobre 04, 2004
Lundi 4 octobre Anne reprend le travail aujourd'hui. Et j'ai presque le sentiment de faire connaissance, une connaissance exclusive, avec ma petite fille Adèle, sans doute parce qu'elle est, pour la première fois vraiment, sous mon entière responsabilité pour la journée. Alors nous faisons connaissance, et je me demande si les premiers éléments de cette connaisance n'ont pas trait avec la musique. Apparemment, Adèle apprécie Coltrane, beaucoup moins Duke Ellington, ce qui me rend perplexe, que peut-elle bien reprocher aux arrangements féconds de Duke et aimer dans la sauvagerie de Coltrane?, elle sourrit dès le ténor de Coltrane mugit et gémit dès que l'orchestre de Duke Ellington ronfle & en cela elle n'est pas très différente de son père qui s'emballa et s'enthousiasma pour Coltrane dès qu'il en entendit, mais qui dut écouter beacoup de Duke Ellington pour en saisir toute la malice. Mais comme Madeleine et Nathan, elle semble apprécier Pascal Comelade. Finalement, je crois que je suis fait pour m'entendre avec cette petite fille là, et je vois bien qu'elle aussi aura plus tard plaisir à jouer au memory. dimanche, octobre 03, 2004
Dimanche 3 octobre Curieuse coïncidence tout de même, je suis en train de donner la touche finale à Trajets, ce projet de photographies numériques et je reçois un mail qui me demande ceci: >Cher Philippe, >Me donne-tu l'autorisation de mettre ton texte contre les photographies de HCB dans mon blog ? >In extenso. >Par ailleurs, j'aimerai faire de l'extrait suivant (tiré de la préface d'Algues, je crois) >" En effet les photographies aujourd'hui sont devenues suffisamment manipulables, et nul ne s’en >prive, que nul ne peut ignorer, désormais, en regardant une photographie, qu'elle est l'image la plus >fausse possible de ce qu'elle représente, de même que le surnombre de ses objets, de ces images, >concourre à rendre chacun d'entre eux de plus en plus insignifiant." (P. De Jonckheere) > >la phrase de la semaine prochaine : elle est tout à fait synchrone avec ce que je pense. > >A te lire. > >CLaude Oui, je crois que les images exceptionnelles sont amenées à disparaître tout à fait. La profusion des images est telle que logiquement aucune ne peut plus sortir du lot. Comme me le faisait remarquer mon amie J, il y a deux semaines, les images sont en train de devenir le langage. Il est désormais possible de faire des photographies avec un téléphone portable, je sais je ne vous apprends rien, mais en ce qui me concerne, cela reste du domaine de l'incompréhensible, je maintiens une manière se cloison entre les actes de téléphoner et de photographier, téléphoner pour obtenir un renseignement par exemple ne m'engage pas comme de prendre une photographie, quel qu'en soit le sujet, il m'appraît donc que de photographier avec le même outil que celui qui permet de tépéhoner, ce voisinage donc, n'est pas compréhensible par moi. Je me souviens que dans sa préface au Photopoche dédié à William Klein, Chistian Caujolle, admirant les photographies très directes et sans fioritures du début de William Klein imaginait que, plus tard, nous disposerions d'appareil-photos qui seraient comme des stylos. Et d'imaginer alors quels miracles William Klein produirait avec cet appreil-photo-stylo. En fait William Klein ne fait que répéter à l'envi ses vieilles recettes qui datent de la fin des années 50, une photographie d'ailleurs qu'il rend de plus en plus décorative par des ajouts incroyablement naïfs de peinture et dire qu'il a des admirateurs pour ces mièvreries, sans doute complètement indoctes de la peinture de Robert Rauschenberg. Et puis cette vision de science-fiction des années 80, prévisant les années futures, celles que nous vivons aujourd'hui n'anticipe pas que, certes l'appareil-photo qui tient dans un stylo existe (le téléphone a remplacé le stylo, puisque plus personne ne sait écrire avec un stylo et certainement pas moi et que tous s'envoient désormais des messages, qui contiennent parfois des images, en utilisant le téléphone, mais surtout l'image est devenue infiniment pauvre et trop nombreuse en somme. Je veux tout de même croire qu'il existe un moyen de subsistance à ces images photographiques, un moyen qui permettrait de sortir les plus intelligentes d'entre elles de la masse: les séries d'images. Lorsque je regarde le travail de Barbara Crane, il y a effectivement quelques images qui sortent du lot, mais c'est surtout quand ses images sont prises dans la globalité de la série à laquelle elles appartiennent que ses images font sens. Barbara Crane définit un principe de fabrication des images, une série, comme, parmi ses dernière séries, de photographier des cadavres de petits animaux sur fond noir, aucune de ces images n'est plus spectaculaire que les autres, mais l'accumulation d'images selon le principe simple de cette série, donne à voir à la fois le caractère obsédant de la mort approchante (comme elle me le fait souvent remarquer, Barbara n'est plus toute jeune), mais aussi que chaque silhouette de ces cadavres se découpant de façon non franche sur le velous noir contre lequel elle a photographié ces animaux, chacune de ces silhouettes donc est une forme autonome, la forme, le plus souvent abstraite, ayant toujours été placée au centre du travail de Barbara. Dans le cas de la très grande prolixité du travail de Barbara Crane, la profusion des images devient en fait aidante dans l'appréhension des images individuellement. Mais une fois encore, l'image isolée perd de son sens, de son importance. C'est curieux mais cette disparition de l'image ne parvient pas à m'attrister au contraire. Je regarde les nombreuses images que je prends tous les jours, et aucune d'elles ne retient véritablement mon attention, je ne trouve rien d'exceptionnel à aucune d'entre elles, en revanche mises bout à bout, je finis par les trouver éloquentes de ce qu'elles représentent à elles toutes: ma vie, et l'enfance de mes enfants. |