Le Bloc-notes du désordre |
samedi, octobre 02, 2004
Samedi 2 octobreIl est curieux ce voyage du retour et je me sens terriblement agité. La discussion est âpre, d'abord, avec Anne, nous ne paratgeons pas du tout le même point de vue s'agissant des séances de thérapie de Nathan, tout à la discussion, je fais des photos de ces plaines que j'aime tant photographier en plaçant scrupuleusement l'horizon au centre de l'image je viens de laisser le volant à Anne à Vitry-le-François comme pour détourner ces pensées agitées. Lorsque nous approchons de Paris, la tension monte dans la voiture parce que les enfants n'ont pas eu de pause vraiment dans ce voyage empressé du retour, pressés que nous sommes parce que je vais aller travailler tout à l'heure. Du coup je m'énerve, je ne cesse de leur demander de se taire, ce qui d'ailleurs ne sert à rien et je m'énerve derechef de constater que mes admonestations n'obtiennent pas leur silence, ils sont indifférents comme s'ils se savaient dans leur bon droit, être en droit de râler parce que ce voyage est trop long. Au travail la nuit, tout d'un coup, je comprends mieux cette agitation, j'ai terriblement mal au ventre, je pourrais rendre, je fonce à la cafétaria m'acheter un coca, qui me fera roter toute la nuit mais au moins non, je ne rendrai pas. Et dire que c'est probablement, une nouvelle fois, le restaurant chinois à deux pas de la librairie où Anne-Pauline travaille. En février, j'avais très mal digéré leurs galettes de poissons à la sauce pékinoise. Et cette nuit je ne saurais dire ce que je digère le plus mal, la sauce de leur canard laqué ou mon appréhension d'être malade de cette cuisine dont le goût même me rappele mes vomissements, d'il y a plus de six mois. Arrivée la fin de la nuit avec la relève, je suis content d'avoir résisté, d'avoir finalement digéré, comme le procureur dans Anatomie d'un meurtre d'Otto Preminger James Stewart qui joue du piano à quatre mains avec le Duke lui-même qui prévient les avocats des deux parties qu'il ne faudra pas compter sur sa somnolence pour les audiences de l'après-midi, parce qu'il pourrait digérer de la fonte. Oui, c'est ça, le sentiment d'avoir finalement digéré de la fonte. vendredi, octobre 01, 2004
Vendredi premier octobre Le choc qu'était tout de même la pièce d'hier Daewoo , ne me fait pas oublier que, la veille, avant de partir en fin d'après-midi pour Nancy, la journée avait été riche. Au réveil Nathan présentait un visage tuméfié et rouge écrevisse. Je vais à la pharmacie la plus proche et achète un flacon de Primalan le Primalan, je le dis pour ceux qui n'ont pas d'enfants est un très bon médicament contre les allergies mais une heure plus tard, en dépit de l'efficacité coutumière de ce remède, il apparaît que le visage de Nathan n'est pas beau à voir, avec ses yeux verts il ressemble un peu à un lapin albinos. Anne est plus inquiète que moi, qui me parle de son frère qui avait fait un oedème, une fois, et avait manqué d'y laisser la peau, il faudrait aller voir un médecin mais voilà, Gégé ne connait pas de médecin à Pont-à-Mousson, je parle des urgences, cela tombe bien Gégé me dit qu'elles sont au bout de la rue. Me voilà donc parti, à pied, main dans la main avec Nathan qui est tout calme, et nous marchons tranquillement pour les urgences, cela parait un peu paradoxal, j'essaye de me raisonner et de me dire qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Nous sommes en fait assez rapidement reçus par le médecin des urgences, d'emblée je lui dis que j'espère qu'il n'a personne d'autre que nous dans un état qui réclame une attention plus importante que nous, que je suis désolé mais que voilà, je ne connais personne ici. C'est un homme qui inspire tout de suite la confiance, un homme doux, beau aussi parce que sa peau mordorée tranche très bien que le blouse blanche, et il me pose les questions d'usage tandis qu'il laisse Nathan jouer avec son stétoscope, il me demande s'il y a des antécédents, des allergies connues, des problèmes de santé habituels. Ma pensée ne fait qu'un tour, que dois-je répondre à cela? Mais décidément cet homme inspire la confiance, Nathan l'a tout de suite adopté, alors je lui livre que Nathan souffre de difficultés psychologiques, le médecin me demande s'il y a un diagnostic, parce que je ne veux pas que Nathan entende certains mots, j'epèle le diagnostic et c'est curieux parce que le médecin comprend tout de suite les enjeux de cette situation, il acquièsce le coup du mot épellé, et m'assure que j'ai bien fait de le dire (et qu'il en teindra compte dans sa prescription d'ailleurs). A vrai dire je n'en mène pas large avec mon petit garçon que j'amène aux urgences pour un problème dont je me doute tout de même que c'est un problème bénin et de me montrer aussi très ému par les révélations que je viens de faire. Finalement le médecin après avoir ausculté Nathan me dit qu'il a effectivement un oedème, que ce n'est pas grand chose, qu'il va lui donner un corticoïde léger et que justement c'est drôlement important pour lui de savoir ce qu'il sait désormais parce qu'il va réduire la dose qu'il aurait donnée normalement, le médécin m'assure que j'ai bien fait de venir le voir et il ajoute que j'ai bien fait aussi de considérer que les difficultés psychologiques de Nathan relevaient du médical. En sortant, nous marchons de nouveau main dans la main, Nathan s'arrête, me tend les bras pour un câlin, je sais qu'il a tout compris et que cet effet de tendresse, c'est une façon de dire qu'il est d'accord, que je m'occupe bien de lui. Ce n'est pas tous les jours comme ça. Ce n'est pas tous les jours que j'ai le sentiment d'être à la hauteur. Et le lendemain donc la joie de Nathan très téméraire à la piscine, c'est comme une récompense, mieux un triomphe, et ses éclats de rire dans le chahut que Gégé et moi faisons pour les enfants, comme un feu d'artifice. N'aie pas peur mon garçon. jeudi, septembre 30, 2004
Jeudi 30 septembre Pas facile de faire le tri dans tout ça. Il y a le livre, le roman Daewoo de François Bon, il y a la pièce de théâtre, dont de nombreux extraits figurent dans le roman, il y a la pièce telle qu'elle est montée et jouée, et puis il y a tout ce qui est à la fois périphérique et central dans Daewoo, son contexte. Et qui voudrait tenir chronique de tout cela serait bien embêté de séparer ces éléments, d'en faire des groupes distincts, tant l'amalgame est cohérent. Et c'est sans doute cette cohérence qui fait de Daewoo à la fois un texte et une démarche. Au départ, oui, je crois qu'il vaut mieux commencer par le commencement, il y a cette fermeture d'usine, ce que la presse annonce comme appartenant au cortège tant de fois ai-je entendu ce mot vide de sens, à propos de ces fins, un présentateur de télévision doit annoncer plusieurs fermetures d'usine le même jour et on dit cortège sans doute parce qu'on trouve que le mot sonne bien, qu'on lui suppose de porter la compassion de ces fermetures d'usine, de ces pertes d'emploi. Les trois usines de l'industriel coréen, Daewoo, installées en Lorraine à grand renforts de subventions publiques sont délocalisées ce mot-là, celui de la délocalisation cache un autre mot, que tous font l'effort de ne pas prononcer, c'est le mot de fermeture, le mot de la fin justement parce que les subventions, qui ont tout de même duré dix ans, n'ont plus cours. Sont naturellement à déplorer le cynisme de l'industriel dont tout un chacun sait qu'il est un escroc à grand échelle, celui aussi d'une certaine classe politique qui n'a pas peur d'affirmer que s'agissant de ces subventions publiques, il y a eu retour sur investissement en somme est-ce là la vocation de l'état?, voir mais surtout cette chape de plomb qui s'abat sur toute une vallée et ses habitants, la vallée de la Fench, cette même vallée qui avait connu de profondes souffrances sociales au début des années 80, lorsque le pays bradait sa sidérurgie, parce que pas suffisamment rentable. Dans la crise due à la fermeture des usines Daewoo en Lorraine, ce qui frappe, c'est l'indifférence qui s'étend à tous ces hommes et surtout toutes ces femmes, ouvrières, qui y travaillaient, des vies brisées auxquelles on oppose le discours ambiant, ce verbiage immonde de la réalité économique. Il n'est pas craint de dire à ces hommes et ces femmes qu'ils doivent repenser quel verbe incroyable! leur vie, qu'ils doivent s'en inventer une nouvelle et on les sommerait volontiers d'aller se vendre avec les mêmes trésors de fausse inventivité de la publicité et du marketing, on leur recommanderait sans rougir donc, des méthodes, de ce charabia pour vaincre le stress, positiver que sais-je encore?, mes oreilles ne sont pas toujours ouvertes quand cette langue est parlée à ces hommes et ces femmes dont on vient de disposer comme d'un stock de denrées obsolètes. Il y a eu les trente glorieuses, étaient-elles si glorieuses ces années qui ont fait fructifié le travail de quasi-esclaves, main d'oeuvre étrangère, chair à canon, époque de la reconstruction, bâtie sur le mythe politique de la Résistance il y a eu les deux chocs pétroliers, de 100.000, les chômeurs sont devenus un million en France de 1974 à 1981. C'était la crise. Et en choeur avec Yves Montand, la droite chantait Vive la crise, on apprenait déjà le retournement de sens, ah!, cette exhortation du vieux beau à "se retourner les manches"! Incroyable comme les puissants de ce monde attendent des plus faibles la même santé que la leur. Et puis dans les années 90 force était de constater que le ressort était durablement cassé, c'était l'ère financière, il n'y en avait que pour ceux qui parvenaient à tirer leur épingle de ce marasme, et souvent la ruse ultime consistait à planter là ses employés et donner leur travail à faire à de pauvres bougres, qu'on n'irait plus chercher chez eux, mais, au contraire, cette fois-ci, ce seraient les usines qu'on apporterait chez eux, et bénéficier d'une main d'oeuvre si peu coûteuse. A chaque nouvelle injure à ceux qui perdent le travail, on oppose un nouveau lexique qui chaque fois retourne un peu plus le sens. On ne dit pas fermeture donc, on dit délocalisation Et dès que délocalisation crisse comme la craie sur le tableau noir, on parle alors de redéploiement. Et tout est à l'avenant. Vous me direz, je ne parle pas de littérature, ce n'est pas tout à fait vrai. François Bon interroge ce vocabulaire de la fausseté et à l'âpreté de cette fameuse réalité économique il relève et oppose des faits avérés. Il rappelle, par exemple, utilement, que l'industriel coréen est recherché par Interpol pour fraude, ce qui n'empêchera pas le gouvernement Juppé, en pleine connaissance de cause, d'en faire un chevalier de la Légion d'Honneur pour service rendu à la nation, ou encore qu'en dépit, ou plus exactement à cause des fermetures d'usines en Lorraine le groupe Daewoo n'a jamais été aussi prospère, chiffres à l'appui. Qu'est-ce que la littérature a à faire dans le voisinage de cette trivialité économique? Beaucoup de choses en fait. Il n'a plus cours le temps du roman balzacien, on continue de dire roman, mais les formes mêmes de ces récits ne sont plus principalement préoccupées par l'imaginaire. Les temps varient et on voudrait que pour en rendre compte ce soient les mêmes outils que l'on utilise pour mesurer notre monde? Daewoo est un roman. Daewoo, c'est à la fois le titre d'un roman et à la fois le nom d'une société. Ce n'est pas seulement une provocation, manière de dire, vous voyez je me sers de votre nom, du nom de votre société, pour mieux vous accuser, non, ce n'est pas seulement cela, c'est aussi une manière de dire que s'il faut subir les assauts du marketing qui s'emploie à nous faire nommer les choses par leur noms de marque, frigidaire pour réfrigérateur, alors d'accord, mais battons-nous à armes égales. Tordre le langage, l'écrivain sait aussi le faire. Le champ romanesque s'élargit d'autant. Il ne fait plus l'impasse sur une partie de la réalité jugée indigne d'intérêt, il s'engage au contraire à y regarder de plus près. L'engagement est double, c'est une volonté politique parce qu'elle s'attaque à tourner en dérision la pauvreté du langage dominant, à montrer comme il cherche sans cesse un mot pour en éviter un autre Fermeture n'égale pas délocalisation qui n'égale pas redéploiement qui sera bientôt remplacé par opération stratégique de recentrement sur le métier, je vous assure, je l'ai déjà entendu il est aussi formel parce qu'il contextualise le récit, il ne parle pas de supermarché pour faibles revenus, il dit Lidl, et nous rend alors immédiat une réalité qui nous est habituellement masquée. C'est un parti pris tranché. Nous ne sommes pas très éloignés de ce mouvement de la pensée décrit dans le début du Mot et les choses de Michel Foucault, ce mouvement incertain et adventice qui s'hasarde à nommer ce que la pensée ne connaît et ne comprend pas encore. De même, il n'est plus question de construire des phrases bien balancées, d'écrire beau, il est question de sauvegarder une parole et il importe que ce soit la parole de celles et ceux qui n'ont habituellement pas voix au chapitre, d'écrire vrai. Car c'est de bien de sauvegarde dont il s'agit ici, la sauvegarde de la mémoire. Daewoo est aussi une oeuvre de mémoire au même titre que La Recherche de Marcel Proust qui traque ces parcelles fragiles de mémoire involontaire, ou encore dans la même traque de l'infraliminaire, de ce qui est voué à la disparition, les Je me souviens de Georges Perec et Face à l'immémorable de Louis-René des Forêts. Elles sont minuscules ces paroles de femmes en détresse, qui les écouterait si François Bon n'avait pas placé devant elles son enregistreur de mini-disc le Sony comme il l'appelle, voir plus haut, frigidaire pour réfrigérateur, Lidl pour supermarché à petits prix et convoqué et invité à la fois cette parole rentrée, parole modeste qui, pourvu qu'on l'écoute, est tellement disante. François Bon ne fait pas mystère que c'est une parole transformée par lui, elle est certes enregistrée avec le Sony, mais c'est davantage une copie de sécurité, la véritable retranscription est celle qui met les mots de l'écrivain dans les pas de ceux qui sont dits par ces femmes avec lesquelles il s'entretient. On pourrait y voir un artifice, mais ce serait mal prêter l'oreille, c'est en fait une manière d'amplification de cette parole ténue et, pareillement, entendre ces paroles par le truchement du filtre supplémentaire des comédiennes elles y parviennent avec des grés inégaux ces quatre comédiennes, la parole hésitante, comme coincée dans la gorge d'Agnès Sourdillon est encore celle qui sonne le plus juste permet de l'entendre encore mieux, d'épier les exaspérations et la colère et d'écouter la lassitude sans fin, mais aussi cette profonde humanité qui pousse cinq d'entre elles à rendre visite au patron, au siège, (20 euros d'essence partagés en 5, ça faisait quatre euros chacune) et de lui avouer, finalement, qu'elles ne sont venues là que pour le regarder travailler, pour essayer de comprendre ce que cela veut dire pour lui, le travail, penché qu'il est sur son ordinateur portable duquel sort en sourdine une musique classique. C'est à croire d'ailleurs que nous sommes devenus sourds à ce point, depuis la fin des années 60, qu'il nous faut désormais une amplification pour entendre. Mais la voix porte, celle des comédiennes, drôle de jeu tout de même celui de ces actrices qui portent en elles les voix de ces autres femmes, comme aux réunions avec les patrons on envoie celles qui parlent le mieux, celles qui sauront dire pour les autres, lourde responsabilité en somme, puisque c'est en quelque sorte ce fardeau écrasant qui pèsera de trop sur l'une d'entre elles, Sylvia, dont le texte de Daewoo dit à la fois l'absence après la mort et ce qu'il reste de parole à celle qui justement portait celle des autres. La forme aussi de Daewoo. Le livre comprend à la fois la recherche de François Bon, une écriture qui sans cesse tient en elle la question et les conditions de son existence, manifeste par endroits de pouvoir dire que oui, désormais le roman, ce pourra être aussi cela, un récit polymorphe, composé de diverses origines, le texte de la pièce de théâtre, la retranscription des paroles des anciennes ouvrières de Daewoo qui ont donc été sacrifiées, et puis encore et toujours ce cheminement de l'auteur dans sa propre garrigue. Le refus de trancher entre ces trois venues nous dit à la fois la difficulté d'écrire, mais aussi l'acceptation pleine du caractère complexe des situations, précisément parce que les rouages qui font que le destin d'ouvrières lorraines peut se sceller dans la lointaine et extrême orientale Corée. Dans ce labyrinthe touffu, il est encore bon d'entendre celles dont tout nous pousse habituellement à ne pas les écouter. Et que des rapports de commissions chèrement commandées par nos gouvernements à des bureaucrates éloignés des hommes et des femmes qu'ils feignent d'observer, ces rapports tout à la gloire d'une économie parfaitement immorale et entièrement vouée au court terme, ces rapports donc, mentent. Ils sont tissés de paroles mauvaises et fausses, parce qu'ils oublient sans cesse que l'économie libérale est une doctrine, pas un état de fait. En cela ils sont paresseux à la réflexion et se bornent à l'immédiat; pour François Bon, l'immédiat ce sont ces paroles de femmes qu'ils a longuement écoutées, qu'il a enregistrées, qui ont habités le disque dur de son ordinateur portable, son outil de travail, et qu'il a filtrées pour nous rappeler en temps utile qu'elles ne sont pas quantité négligeable. Un témoignage. Un texte. De hommes et des femmes. Une oeuvre. mercredi, septembre 29, 2004
Mercredi 29 septembre Nous partons rapidement vers onze heures pour le rendez-vous de midi. Mais nous avons beaucoup d'avance. Aussi nous avons très largement le temps de prendre café et grenadine au bistro d'en face. J'ai dit à Nathan que nous déjeunerions dans ce café, après la séance, aussi ce dernier s'attend à y déjeuner tout de suite. J'ai un peu de mal à le canaliser. Nous montons finalement après y avoir été invités par la psychologue de sa fenêtre du premier étage qui donne sur le cour dans laquelle Nathan et moi jouons. Je remets à la psychologue une enveloppe qui contient imprimées trois semaines du bloc-notes, comme nous en avions convenu au téléphone, pour qu'elle puisse juger sur pièce de cette "étrange" manifestation publique de ce qui peut ressortir des séances. Puis je m'en vais. Je vais à la Musardine, cela fait quelques temps maintenant que je n'y suis plus allé, il faut dire que ces derniers temps, Madeleine m'accompagnait souvent, aussi était-il préférable d'aller au square plutôt que de traîner dans cette librairie pleine d'hommes libidineux et suants! Bref. J'achète un ou deux livres dans le but de les offrir à Anne. Je suis toujours surpris du mauvais entrain de la jeune femme qui travaille à la caisse à faire des paquets cadeaux avec les livres qu'elle vend. A croire qu'elle ait fermement décidé que ces livres n'étaient pas aptes à faire des cadeaux décents. Bref aussi. Je remonte chercher Nathan et je suis acceuilli par la psychologue qui est très heureuse de me montrer un dessin de Nathan, m'assurant que c'est la première fois que Nathan lui a implicitement demandé à dessiner. Je crois qu'elle est ravie aussi parce que je me doute bien que ce doit être plus facile, sans doute, de travailler d'après dessins que d'après les hypothétiques arrangements de jouets dont Nathan est coutumier. Mais tout de même ce dessin comprend une forme fermée dont il serait poussé de dire qu'elle est figurative, mais je dois avouer que je trouve aussi cette volonté malhabile de représenter rassurante. Nous nous quittons en reconfirmant les prochains rendez-vous. Nous descendons au café d'en face. Et commandons une assiette de frites pour deux avec une entrecôte. On ne peut pas dire que ce que nous mangeons là est très bon, mais l'hospitalité des personnes qui travaillent dans ce café vis à vis de Nathan est telle que cela a l'air de lui faire rudement plaisir, à Nathan, de manger ici. De retour à la maison, nous recevons un coup de téléphone d'Anne-Pauline qui nous presse à propos de la pièce Daewo qui se joue au théâtre de la Manufacture de Nancy et pour laquelle elle aimerait bien prendre des places pour nous. Nous décidons d'un seul coup de partir le soir même. Et que nous irons voir la pièce le lendemain soir, et est-ce que Gégé veut bien garder les enfants? Oui? tout va vien, nous voilà partis. mardi, septembre 28, 2004
Je suis tout de même incrédule. Ce matin donc, j'accompagnais Pierre et Sabrina dans cet immense magasin de meubles à monter soi-même. A vrai dire je me doutais bien que j'aurais à y passer du temps, que Pierre serait circonspect, comme il peut l'être, et de peser le pour et le contre de chaque article. Et que pour compliquer les choses, il prendrait, chaque fois, soin de consulter Sabrina dans ces choix. Et je me doutais aussi que cette concertation n'aplanirait pas les choses non plus. Qu'en étant tous à ce point soucieux de respecter les différences de chacun, nous aurions du mal, pour chaque article à trouver une manière de consensus et que la déambulation dans cet immense entrepot, d'article en article, figurant sur la liste de Pierre, bref ce serait long. Et ce fut long. Mais, bien préparé à cette éventualité, je n'en prenais pas ombrage. Je fus tout de même surpris de constater qu'il fut plus complexe de choisir une corbeille à papier que disons une table de salle à manger, des meubles de rangement et un bureau. Et pourtant cette question de la corbeille à papier avait tellement l'air de tenir au coeur de Sabrina. En rentrant à la maison, j'avisais ma propre corbeille à papier, sous le bureau, souvent pleine, plus souvent pleine que vide d'ailleurs ça c'est un mystère tout de même, elle se remplit plus vite qu'elle ne se vide et pourtant elle ne déborde pas vraiment, je tasse voilà tout. Et non, vraiment cette corbeille m'est toujours aussi indifférente. Et à vrai dire je ne crois pas que je parvienne à rendre claire et intelligible toute cette interrogation qu'ait provoquée pour moi cette insistance de Sabrina à ce que la corbeille à papier soit comme ceci et non pas comme cela. C'est bien cela qui est véritablement étrange parfois, l'irréconciliable difficulté à décrire les choses, et comment ces dernières se dérobent durablement à la description. lundi, septembre 27, 2004
Lundi 27 septembre Toute la journée, j'aurais bien essayé de travailler, de m'atteler à différentes tâches, même insignifiantes, mais chaque tentaive me ramenait à mon impuissance: j'étais décidément trop fatigué pour tenter quoi que ce soit. Je n'aime pas ces journées où je dois payer le tribut de la fatigue occasionnée par le travail, j'ai alors le sentiment que ce dernier déborde illicitement sur le reste de mon existence, sur ma vraie vie. Mais alors n'est-ce pas un juste retour des choses?, pour toutes ces occasions et elles ne sont pas rares où le travail est à ce point peu accaparant que je peux me consacrer, sur mon temps de travail, à quelques petits travaux pour ma modeste boutique. Oui sans doute, mais tout de même, ma fatigue m'énerve. |