Le Bloc-notes du désordre |
vendredi, septembre 17, 2004
Vendredi 17 septembreJ'entends souvent qu'on peut faire de bonnes affaires sur internet. Et d'ailleurs que depuis qu'internet n'est plus le lieu d'échanges de quelques chercheurs disséminés sur le globe et dont je m'aperçois chaque jour un peu plus que ceux-là avaient dessiné les plans d'une très bel outil, qu'ils avaient dans cette même foulée ingénieuse imaginé des façons de s'en servir, s'envoyer des mails, participer à des forums, envoyer et recevoir des bulletins et des lettres d'information et surtout thésauriser les traces de leur savoir dans de rudimentaires pages html, que faisons nous de mieux aujourd'hui à part, tout de même, oui, des mises en page moins soviétiques?, pas grand chose à vrai dire depuis que ces temps ne sont plus, temps dont nous lisions des traces dans des articles enflammés du Monde diplomatique à propos de ces autoroutes de l'information qui avaient un parfum de cet an 2000 qui se profilait, depuis ces temps bénis, à vrai dire, internet cela sert surtout à faire des affaires. Alors bien que j'y répugne ces derniers temps j'avais décidé de me servir de l'outil des outils pour faire une affaire, acheter un nouvel ordinateur, avec force comparaison de prix et étude comparative des perfomances et du rapport qualité/prix. J'avais fini par élire le produit le mieux adapté à mes besoins, celui qui correspondait au plus près à notre budget et ne boudons pas notre plaisir du nouveau matériel, du nouvel outil dont on se fait une joie, celui qui me faisait aussi davantage envie que d'autres. Je passe commande donc. Et je m'exhorte tout de même à baisser un peu ma garde, cesser de stygmatiser une époque de l'irréalité et du retournement de sens, masquant tant la gravité pourtant avérée du monde. Je dois reconnaître, tout de même, que c'est bien pratique d'aller de site en site et de relever les perfomances annoncées des différents ordinateurs, de jongler avec les comparateurs de prix, pour trouver le plus offrant, il y a même une manière de joie simple de jeu de piste: je finissais par dénicher une promotion très intéressante. Je commandais. Oui vraiment c'est très pratique cet internet marchand, on vous prend littéralement par la main pour trouver ce qu'il y a de moins cher, en deux temps trois mouvements, vous achetez à l'aide de votre carte de crédit et ce sont un petit millier d'euros qui passent de compte à compte, la livraison à votre porte dans deux jours, oui vraiment ce XXIème siècle est tout de même en train de se produire non? Et puis les choses patinent, le lendemain matin on apprend au téléphone que le modèle choisi n'est plus disponible, embêtant ça. Vous n'avez pas un produit équivalent à me proposer?, ah si justement, on vous offre le modèle au dessus, quelle aubaine!, me dis-je, il est à cent euros de plus dont on vous fait cadeau. Semaine prochaine donc. Je suis d'un naturel patient, donc tout ceci va très bien en plus je viens de faire une affaire. Et je suis comme tout un chacun j'aime bien me rassurer sur la façon dont j'engage des sommes importantes. Début de semaine suivante, je guette un peu le livreur, chaque camion qui freine à hauteur de la maison pour s'engager dans la rue du ruisseau est une promesse déçue, je retéléphone pour prendre des nouvelles, je me gendarme tout de même: cette impatience ne peut quand même pas être de mise pour un bien de consommation. Ah oui le modèle on risque de ne pas l'avoir en version française, je me retiens in extremis d'accepter une version anglophone du système d'exploitation, parce qu'à vrai dire à mon travail tout est en anglais alors j'ai un peu l'habitude tout de même, écoutez on va vous donner drôle de mot quand même moyennant le millier d'euros en question le modèle encore au dessus, là c'est vraiment une affaire, vous faites contre mauvaise/bonne fortune bon coeur et de nouveau la livraison est promise pour la semaine prochaine. D'ailleurs vous commencez à être sérieusement en bon terme avec la charmante Stéphanie à l'autre bout du fil, vous lui glisser que vous l'avez reconnue à son léger accent belge et dans le cas présent son absence étonnante d'hésitation pour ce qui est d'orthographier votre nom batave. Et puis c'est idiot naturellement, mais vous êtes incapable de lui pre^ter un autre visage que la petite standardiste casquée en vignette au dessus du numéro de la hotline, votre Stéphanie c'est forcément elle. Début de semaine suivante. Tout de même!, vous retournez sur les sites de matériel informatique pour constater que là vous faites vraiment une affaire, 300 et quelques euros de rabais et du coup des perfomances un peu au delà de ce que vous auriez été prêt à acheter. Vous piafferez presque. Début de la troisième semaine et coup de fil très embêté de Stéphanie qui ne sait plus comment vous dire que non, le PC ne va pas être là dans la semaine comme promis, mais qu'il va falloir attendre encore une semaine. Poliment pour ne pas la froisser, vous vous entendez désormais très bien avec Stpéhanie, vous n'allez tout de même pas vous fâcher pour si peu avec elle, vous lui dites votre sentiment d'être mené en bateau, elle vous assure qu'en fait l'absolu dernier modèle du fameux ordinateur en version française va effectivement être acheminé pour vous seul dans toute la France et là vous vous dites que tout cela n'est pas raisonnable, vous connaissez un peu ces histoires de clients irascibles qui finissent par obtenir monts et merveilles en demandant à parler au superviseur de Stéphanie I want to talk to a manager et vous lui dites que non vraiment vous n'avez rien contre son petit accent de Liège mais que là vous voulez parler à un supérieur. Et le supérieur de vous rappeler pour vous offrir on se fait tout de même beaucoup de cadeaux dans le monde des affaires contrairement à ce qu'on entend toujours sur le sujet finalement le modèle à 1500 euros, le geste commercial par excellence, la fleur de l'année, précise-t-il. Vous vous dites que tout de même là ils mettent les formes. In extremis tout de même, vous enquêtez et de découvrir qu'avec ce nouveau modèle ni le scanner ni la tablette graphique et pas grand chose d'autre ne seront adaptables, alors vous rappelez écoutez vous êtes bien gentil mais ce n'est pas de cela dont j'ai besoin, moi ce que je voudrais, et vous pensez à ce personnage secondaire de Quai des brumes qui dit tout au long du film, moi ce que je voudrais c'est dormir dans un vrai lit avec un vrai drap du dessous et un vrai drap du dessus. Rendez-moi mes sous. Alors l'après-midi, vous vous dites que tout ceci est ridicule et vous allez tout naturellement au supermarché d'importance du quartier où en deux temps trois mouvements vous vous portez acquéreur d'un très bon ordinateur, pour un millier d'euros, il a les capacités du fameux modèle à 1500 euros, on vous fait un rabais parce que c'est un modèle d'exposition qui n'a jamais été mis sous tension, vous fraternisez avec le vendeur qui vous dit qu'il a pratiquement le même et que vous allez voir vous en serez très content. Il vous donne même quelques conseils pour construire votre réseau avec les deux autres ordinateurs de la maison. On se sépare content, lui a vendu une belle bête et nous, nous repartons avec votre machine, la votre, elle est dans le coffre de la voiture, elle sera bientôt à la maison, branchée, opérationnelle. Ca a pris une heure. Je ne voudrais pas vous dire que je suis absolument revenu de l'internet marchand, mais tout de même, j'y crois plus comme avant c'est-à-dire comme il y a deux ou trois semaines. Et puis cela n'a l'air de rien mais je trouve que la poignée de main avec le vendeur du supermarché, et bien elle a du goût, presque. jeudi, septembre 16, 2004
Mercredi 16 septembre Rentré transformé de la projection de Good-Bye Drangon Inn de Tsai Ming-Liang, j'ai tellement peur de ne pas me souvenir de toutes ces impressions indicibles, de ce plaisir sans borne à ces images à la fois intelligentes, belles et poétiques, que je prends quelques notes à leur sujet sur le premier papier que je trouve dans la pénombre de la cuisine. C'est d'autant plus idiot que le lendemain matin les images du film m'habitent davantage encore, elles sont non seulement prégnantes elles déteignent. C'est de fait en buvant mon thé ce matin, les enfants viennent de partir à l'école, j'allume mon ordinateur portable dans le but de retranscrire ces notes, seulement lisibles par moi, le chargement du système est long, le thé est chaud qui me brûle un peu, je m'aperçois que je ne comprends que maintenant certains détails du récit. Mes notes donc, augmentées en d'assez nombreux endroits de ce qui m'apparait ce matin avec davantage de clarté. mercredi, septembre 15, 2004
Mercredi 15 septembreFinalement, Madeleine a décidé de venir avec nous tandis que je partais, un peu en retard accompagner Nathan chez sa psychologue. Et de fait nous sommes arrivés juste à temps, pas le temps de prendre un café en face, nous montons directement. Nathan passe devant Léa sans un regard pour elle et se dirige tout droit vers son petit bureau, quand je lui fais remarquer qu'il n'a pas dit bonjour, il rayonne et s'exclame, tonitruant: "Bonjour Léa". Je donne quelques nouvelles à la psychologue, notamment je lui fais part de cette nouvelle aptitude de Nathan à parvenir désormais à reprendre le sens de certaines phrases et de l'exprimer avec des synonymes, immense pour gigantesque, à sa mine je vois bien que c'est une bonne chose mais je ne peux m'empêcher tout de même de me dire que décidément on ne peut se réjouir, s'agissant de Nathan, que de sauts de liliputiens. Je resdescends avec Madeleine et nous allons tuer notre demi-heure dans le square de la rue du Général Guilhem, il fait beau, Madeleine est radieuse, j'hésite à me mêler d'une dispute qui éclot entre une jardinière du square et des adolescents qui jouent au foot. Je m'abstiens finalement, la violence n'est pas de ces débats là. Nous retournons chercher Nathan, qui comme à son habitude a construit un amoncellement très incertain sur son bureau mais comme me le fait remarquer la psychologue il a aussi entammé des constructions annexes en marge du bureau et au sol, je lui dis qu'elles ne me paraissent pas différer de celles dont j'ai l'habitude à la maison. Et disant cela je me souviens de ma crispation il n'y a pas longtemps quand Katy voulait en faire des photographies et que j'ai eu du mal à lui expliquer que je ne souhaitais pas que l'on fasse travail de cela. Rendez-vous est pris pour la semaine prochaine. Nous repartons en voiture et nous dirigeons vers le Marais où je dois aller faire des photographies des peintures de Martin, ce n'est pas facile de trouver une place pour se garer et Madeleine n'aime pas ses situations où il faut faire plusieurs fois le tour du paté de maisons avant de trouver un espace vacant. Au moment où j'abondonnerais volontiers, une place se libère à quelques mètres seulement de l'hôtel Libéral Bruant. Les enfants s'ébattent librement dans le jardin ampoulé de cet hôtel particulier et j'en profite pour faire quelques photographies des tableaux de Martin, lumière délicate. Nous rentrons finalement à la maison. Peinture Martin Bruneau mardi, septembre 14, 2004
Mardi 14 septembre Oui, Mardi 14 septembre, maintenant que je l'écris en tête de ce fichier, oui, mardi 14 septembre, qu'ai-je fait de ma journée, qu'ai-je fait de mes talents. Je crois bien qu'il faudrait que je fasse un recherche dans le disque dur de mon ordinateur, que je lui demande la liste des fichiers que j'ai modifiés à cette date pour avoir la plus infime idée de ce que j'ai bien pu faire de ma journée, de ce que j'ai pu faire de moi aujourd'hui. Et je n'en suis pas fier. Tant de temps dépensé à bricoler je ne sais quoi. Et dire que pendant ce temps là mes enfants grandissent loin de mes yeux, à l'école, au bout de la rue. Et que plus souvent qu'à mon tour je me réjouisse qu'ils soient un peu éloignés de moi. lundi, septembre 13, 2004
Lundi 13 septembre Adèle me fait rire. Elle commence toujours à savoir se retourner, elle a encore du mal à dégager le bras qui reste partiellement sous elle, mais dès que je l'aide ses jambes poussent fort pour avancer. Et je me dis que c'est ce à quoi nous sommes destinés nous, les hommes, avancer, avancer envers et contre tout. Savoir à peine faire quelque chose, se retourner, et déjà passer à l'apprentissage suivant, avancer dans le cas d'Adèle. En fait c'est beaucoup ce que nous faisons quand nous sommes enfants, ensuite nous sommes de plus en plus empâtés et certes il nous arrive de faire des progrès, d'avancer, mais il n'est tout de même pas rare que nous fassions du surplace, que nous demeurions immobiles. Et ce n'est pas, je ne crois pas, que nos énergies faiblissent, non, nous avançons avec davantage de circonspection parce que nous redoutons les erreurs, nous redoutons que notre avance ne se solde par une manière d'échec. Ce que nous craignons par dessus tout, j'imagine c'est cette honte d'avoir échoué. Adèle ne connait pas cette crainte évidemment, elle se retourne, elle a essayé de nombreuses fois sans succès, et sans se vexer de ces insuccès temporaires, et à peine a-t-elle réussi à se retourner qu'elle essaye de ramper, d'avancer. Madeleine et Nathan étaient comme Adèle, tout petits. Madeleine progresse encore vite sur beaucoup de choses, ses connaissances s'agrandissent à vue d'oeil, mais déjà j'ai remarqué quelques hésitations devant l'inconnu et ce rouge au front quand un nouvel obstacle la tenait provisoirement en échec. Et regardant et sentant Adèle ramper et pousser sur ses jambes potelées de toutes ses forces, sur mon ventre, sur lequel elle s'était retournée, je sens, oui, sa tête pousser dans mon cou, je me dis, oui ma fille avance, mais je sens bien aussi comment plus vieux qu'elle de presque quarante ans, j'avance désormais avec lenteur. Un jour je ne bougerai plus, je n'avancerai plus, je ne pousserai plus. dimanche, septembre 12, 2004
Dimanche 12 septembreIl n'est pas banal tout de même le menu que je concocte ce soir. J'ai acheté des girolles qui étaient très bon marché une manière de ne pas regretter que les girolles dans les Cévennes soient sorties des bois peu de temps après notre départ ces girolles au rabais viennent de Lithuanie, Martin nous avait laissé quelques tranches de bacon que ses parents avaient rapportées du Canada et j'agrémente le tout de quelques pignons de pin, dont je lis sur l'emballage qu'ils nous viennent de Chine tout de même. Anne-Pauline m'encourage à vous donner ma façon de faire cuire les girolles. Dont acte. Faire chauffer a feu très vif dans une wok de l'huile d'olive dans laquelle, il faut faire brunir des gousses d'ail coupées en deux en profiter pour les vider de leur germe vert et écrasées avec le plat de la lame, quand ces dernières sont presque brûlées, les retirer de l'huile, verser sans tarder les girolles directement dans l'huile, maintenir le feu très vif, et laisser l'eau s'exprimer entièrement des champignons. quand ceux-ci ne dégorgent plus alors réduire le feu et les faire doucement roussir en salant ne pas saler si vous ajoutez plus tard du lard, surtout s'il est fumé et poivrant. Et c'est tout. On peut donner un dernier coup de feu très vif à la fin. |