Le Bloc-notes du désordre |
samedi, septembre 04, 2004
samedi 4 septembre Je lis avec effroi ce qui transparaît dans la presse du dénouement sanglant de la prise d'otages dans l'école de Beslan, dans un endroit du monde, l'Ossétie, dont je vous avoue que j'ignore tout. Je suis choqué, sur le site du Monde, un lien hypertexte, promet, en portfiolo, les images de l'assaut, je n'ose imaginer le traitement de cet événement à la télévision. J'ai bien fait de me tenir éloigné de mon téléviseur. Puis dans une dépêche de l'AFP, je lis, ligne à ligne, les déclarations de compassion des chefs d'état les plus connus de cette planète. Chacun faisant assaut d'humanisme et de formules bien tournées. A ce moment là encore peu de condamnations de la Russie, d'une part pour son réglement expéditif et sanglant de cette prise d'otages, imaginez un peu, un assaut de libération d'otages au tank et d'autre part aussi pour ses exactions en Tchétchénie, puisque, rappelons-le, les preneurs d'otages, les terroristes sont tchétchènes. Les terroristes auraient tiré sur des enfants en fuite. Parmi les terroristes on compterait des femmes, de ces veuves noires, femmes ou mères, soeurs ou filles de Tchétchènes emprisonnés, torturés et assassinés par les forces d'occupation russes en Tchétchénie, et qui comme c'était le cas pour les deux explosions d'avion en vol récentes, n'auraient plus rien à perdre ou à désirer dans cette existence. Des terroristes et parmi eux des femmes, veuves noires, auraient tiré sur des enfants en fuite lors des opérations musclées de libération des otages. J'emploie volontiers le conditionnel, parce qu'à vrai dire ma suspicion à l'égard de la presse n'a jamais été aussi haute et s'agissant de faits qui se produisent dans une dictature, je veux bien croire que très peu de ce qui m'est rapporté est avéré. Et puis ce que je sais des femmes me dit que des femmes ne tireraient pas naturellement sur des enfants, fussent les enfants russes et les femmes tchétchènes. Et si des femmes en arrivaient à cette extrêmité, ne serait-ce pas là une indication à propos des souffrances qu'elles ont endurées et qui les ont menées si loin de ce qu'elles sont vraiment, des femmes? En effet, que sait-on de ce qui se passe tous les jours en Tchétchénie depuis décembre 1994, depuis l'entrée par les troupes russes en Tchétchénie? aussi peu de choses que l'on voudrait savoir en fait. Depuis décembre 1994, je peux bien vous parler de dizaines d'événements qui ont eu lieu dans le monde, des plus capitaux, l'assassinat d'Isaac Rabin par un intégriste en Israel en 1995, aux plus insignifiants, la mort de Diana dans un tunnel parisien, vous l'avez compris, en revanche je peinerais beaucoup à vous dresser une chronologie qui tienne un peu la route du conflit tchétchène. La seule raison que je puisse soupçonner à cette ignorance forcenée, c'est qu'il existe une volonté forte dans notre pays pour ignorer ce qu'il se trame en Tchétchénie. Le mensonge est de tout ceci, je peux bien le flairer, je ne saurais mettre mon doigt dessus avec exactitude, mais je suis comme un paysan à qui on raconte des sornettes, je ne saurais pas contredire les menteurs mais je sais que l'on me ment. Je sais que des femmes ne tirent pas sur des enfants. Je sais aussi que le mot terroriste était aussi celui que les Nazis utilisaient pour qualifier ces hommes et ces femmes de l'ombre qui plus tard ont reçu des médailles pour leur bravoure. D'ailleurs à ce sujet, je suis encore médusé de ma découverte récente, disons il y a une dizaine d'années, que je savais tant de choses à propos de la Résistance en France pendant les années sombres, et que j'avais au contraire été tenu ignorant longtemps des détails de ce qui était nettement moins marginal que la Résistance, la collaboration, et combient obscène encore toute cette glorification récente de commémoration de la libération de Paris, soixante ans après, on perpétue le mythe de la Résistance et on dit bien peu de choses sur l'antisémitisme généralisé de l'époque. L'armée française en Algérie qualifiait les résistants algériens de terroristes, ceux-là aussi ont libéré, puis gouverné leur pays et font partie désormrais partie de son panthéon. On entend encore souvent cette expression risible, la France, patrie des droits de l'Homme. Depuis dix ans presque, depuis le début de l'occupation russe en Tchétchénie, j'entends le président de la patrie des droits de l'Homme manquer systématiquement de condamner les agissements de cette occupation militaire russe. A qui profite le crime?, ce crime de silence et d'omission, je devine qu'il doit surtout profiter à l'économie de la patrie des droits de l'Homme, qui en échange de son silence complaisant reçoit des commandes industrielles gracieuses. Et je veux bien croire que les actions dont cette armée se rend coupable depuis bientôt dix ans sont à la mesure de ce qui fut la barbarie nazie et que les méthodes ne diffèrent pas de ce que les résistants algériens ont éprouvé en d'autres temps. Alors que l'on tienne pour seuls responsables, en déclarations, les terroristes tchétchènes et parmi eux des femmes, veuves noires, seuls responsables donc, du carnage de la prise d'otages de l'école de Breslan, je trouve cela abject. En vivant, et dans le cas d'espèce qui est le notre, en votant pour le dernier président de la patrie des droits de l'Homme, je suppose que j'ai, moi aussi, une part de responsabilité dans ce carnage. Parce que les femmes ne tuent pas des enfants, sans y être contraintes. vendredi, septembre 03, 2004
Vendredi 3 septembre Je suis étrangement affairé dans mon atelier-garage, tard le soir. Et celui qui m'y surprendrait, découvrirait un drôle de zigue qui enregistre le bruit obtenu par deux baguettes chinoises entrechoquées, pas très convaincu, d'essayer avec deux petits morceaux de bois qui servent notamment à faire quelques tours de passe passe à mes enfants encore très crédules pas convaincant non plus, j'essaye alors avec deux crayons à papier, et puis finalement non, retour aux deux baguettes chinoises mais en s'éloignant du micro pour obtenir un son moins métalique. La raison de tout cela, vouloir intégrer un fichier son du claquement de deux morceaux de bois l'un contre l'autre chaque fois qu'un nouvel haïku apparait aléatoirement s'entend à l'écran. Je peux bien fustiger les préoccupations jugées trop légères de mes contemporains, que de dire de mes propres chimères? jeudi, septembre 02, 2004
Jeudi 2 septembre Parfois je me dis que je suis un mauvais père, que je ne suis pas assez patient avec mes enfants et que je ne les écoute pas suffisamment, mais à vrai dire, je voudrais bien l'être davantage, patient et attentif, mais la fatigue que m'occasionnent les enfants est parfois au delà de mes forces, me laissant tellement peu de moyens en fin de journée quend il sont, enfin, couchés et endormis pour tenter d'occuper ma journée à des denrées plus nourissantes. Alors, ce n'est qu'à moitié faux, quand je plaisante et dis que décidément le jour de la rentrée est le plus beau jour de l'année, le jour où enfin un peu de répit est possible. Oui, je sais, c'est honteux. Je suis un mauvais père. Et celle-là, cette femme, tirée à quatre épingles, prête à partir au travail en sortant de l'école, un sac à main luxueux et fort laid, cette femme donc, qui, tout d'un coup, s'effondre en larmes, l'oreille rivée à son téléphone portable, qu'est-ce qui lui prend à cette femme? Anne a l'oreille plus fine que la mienne, enfin je pourrais dire, Anne qui entend normalement, Anne qui n'est pas sourde, sourit, incrédule, cette femme en pleurs est en train de téléphoner à son mari à son bureau pour lui dire que leur enfant est dans une autre classe que certains de ses petits camarades, il est tout seul dit-elle la voix suraiguë étranglée par les sanglots, elle dit qu'elle va appeler l'académie, elle dit aussi qu'elle exige de voir la directrice de l'école tout de suite, cette femme affable et dévouée, elle va donc l'accabler de cet incroyable enfantillage?, oui, elle le fait. Elle aussi, elle n'a pas du rencontrer beaucoup d'épeuvres dans cette existence qui l'a menée jusqu'ici, jusqu'à ce port altier d'un sac à main en cuir de marque grand luxe, le logo servant de motif décoratif, pour être aussi défaite devant une taupinière. Mais qu'est-ce que j'ai en ce moment à fustiger mes voisins en leur supposant des existences sans heurts?, qu'est-ce que j'en sais finalement? Et qui suis-je pour surinterpréter des bribes de conversations mal entendues et dont je ne connais rien des tenants et des aboutissants? Un vieux con décicément, et déjà un peu dur de la feuille. Mais à vrai dire je crois que je préférerais être tout à fait étanche et sourd à cette rumeur de ceux qui m'entourent, ne rien savoir de leurs tribulations, avérées ou non. Oui autant être tout à fait sourd, ce serait se priver bien sûr de l'écoute passionnée de Bartok, mais je me demande si je ne préfère pas encore cela. Non, il ne vaut pas mieux entendre cela plutôt que d'être sourd. En plus d'être une mauvais père, je suis un exécrable voisin. Un apprenti misanthrope. mercredi, septembre 01, 2004
Mercredi premier septembreC'étaient les retrouvailles de Nathan avec Léa, deux mois d'interruption de thérapie et ces dernières semaines, Nathan n'étant pas toujours très calme, nous stygmatisions peut-être un peu rapidement que cela lui ferait du bien de revoir sa psychologue. Nous sommes arrivés à cinq, la famille au complet. Avec un peu d'avance, nous avons pris un café et les grenadines pour les enfants dans le café d'en face où nous avons été accueillis toujours aussi chaleureusement. Les enfants sont ensuite allés jouer et courir dans le passage, je surveillais leurs jeux. Madeleine était très consciente d'accompagner Nathan et lui a même prodigué de nombreux câlins. Ces enfants me feraient pleurer d'émotion parfois. Nous sommes montés et Nathan a littéralement traversé la porte dès qu'elle s'est entrouverte, en criant "Léa!" pour aller s'assoir au plus vite à son petit bureau. Et dire qu'elle craignait qu'il ne la reconnaisse pas!, qu'elle avait à cet effet arrangé les différents jeux qui occupent Nathan tels qu'il les trouve habituellement. Vue la précipitation de Nathan à se mettre au travail selon l'expression consacrée pour désigner tous ces jeux éducatifs nous prenons rapidement congé et nous proposons à Madeleine d'aller au square de la rue du général Guilhem, où elle se fait quelques amies rapidement et joue avec les nombreux agrès du square. Nous retournons au cabinet de la psychologue, y trouvons un Nathan un peu agité tout de même et sûrement fâché que nous soyions déjà de retour. Léa est très contente, elle nous assure que les progrès ont été nombreux pendant cette interruption et nous devons discuter un peu du nouveau rythme des consultations pour cette nouvelle année scolaire. Nous prenons congé tandis que Nathan parachève, en allant trop loin, sa construction sur son petit bureau, l'édifice fragile s'écroule partiellement ce qui déclenche sa colère. Les objets qui composaient l'ensemble sont épars et en désordre, la ou le patient suivant sonne à l'interphone, nous proposons de ranger rapidement ce petit chantier pour épargner cette ou ce patient, mais Léa nous assure que ce n'est pas grave parce que le patient, oui finalement il s'agit d'un patient, elle a dit il, n'est pas un enfant et elle ajoute, si cela avait été un enfant il aurait vite fallu que je range pour ne pas l'impressionner. Cette parole m'atteint étrangement, je n'aime pas du tout l'idée que la construction de Nathan ou son désordre puissent être nocifs pour un autre enfant. C'est en chemin vers le square que j'ai fait cette photographie, d'habitude je ne donne jamais ou presque jamais de titre à une seule photographie, mais celle-ci s'intitule Ombres chinoises mardi, août 31, 2004
Mardi 31 aoûtDemain c'est le jour des monstres. Des encombrants. Anne et moi faisons le tour dans la maison de tous ces objets dont nous sommes davantage encombrés qu'autre chose. Et parmi eux, il y a le vieux PC, maintenant que le nouveau est commandé. Je pourrais encore essayer de donner un peu de vie à cet ordinateur, mais je crois que le processeur de 300 Mhrz est vraiment en bout de course. En fait je suis rouge de honte de devoir débarquer cet ordinateur, comme cela, sur le trottoir, pour être levé par les éboueurs demain matin. Je me raisonne, je me dis qu'il est vraiment impossible d'en faire quoi que ce soit, qu'il ne tourne vraiment plus, et que donc je peux le jeter. Oui mais. Oui mais, cet ordinateur voyez-vous, c'est le premier que je me sois jamais acheté. C'est avec lui que j'ai appris à me servir d'un ordinateur comme on dit, comme on apprend à conduire, on passe le permis et ensuite on fait ses premières armes sur une véhicule d'occasion en bout de course. C'est sur cet ordinateur que j'ai appris à construire un site, au début à l'aide la fonction rudimentaire de composition de pages html de Netscape, puis à l'aide d'une suite bureautique gratuite d'ailleurs ces derniers temps je ne rigole pas trop à reprendre le code de toutes ces pages truffées d'appendices et de lignes inutiles qui finissent par entrer en conflit les unes avec les autres et de générer des résultats de mise ne page tout à fait aberrants alors vous voyez, c'est vrai, c'est idiot, mais j'ai fini par m'attacher à cette bestiole incongrue. Pas très loin dans le garage se trouve mon sac photo dans lequel dorment d'un sommeil profond une paire de boîtiers 24X36 mais qui eux sont encore en parfait état, peut-être pas, je ne suis pas très soigneux avec le matériel photo, je l'emmènais partout, mais disons en étant de fonctionner, et il ne me viendrait pas du tout à l'idée de laisser sur le bord du trottoir pour demain matin mon tout premier appareil, le Minolta SRT100 du père appariel d'ailleurs qui ne fonctionne plus du tout maintenant. Alors que faire? Jeter ou ne pas jeter à la poubelle ce vieil ordinateur. Je me fais la réflexion que peut-être certaines pièces dans la tour valent la peine d'être récupérées, c'est ce que je finis pas faire, désosser la bête. De laquelle, donc, j'extraie, un lecteur de DVD encore à peu près en état, pas très rapide pour déceler l'insertion d'un nouveau support mais ça va encore, un graveur de CD (vitesse 4X, cela me paraissait incroyable au début qu'on ne soit pas obligé d'écouter tout le disque qu'on voulait enregistrer, comme on le faisait en enregistrant une cassette, l'enregistrement se faisait donc en silence), un disque dur de 20 gigas, avec lequel j'avais récemment essayé de lui donner une nouvelle vie, mais sans long succès, une barette de 64 megs de memoire vive et une autre de 256, mais c'est de la PC100 qui ralentirait les ordinateurs d'aujourd'hui, un lecteur de disquette, à l'heure des clés USB, je sauve même le modem et une carte d'acquisition dont je doute fort que je pourrais l'adepter sur du matériel contemporain. J'emballe tout cela soigneusement dans une boîte en carton que j'étiquette vieux pc/composants, je les regarde une dernière fois ces fameux composants certain désormais qu'ils ne devraient plus connaître le passage du courant électrique dans leurs bornes, mais vraiment je ne me résouds pas à bazarder tout cela. Et jetant un coup d'oeil à mon sac photo acheté à prix d'or en Angleterre, il y a presque dix ans, je me dis que mon matériel photo a fière allure. Même s'il ne sert plus, presque plus. Si le 6X6 sert encore. Lui. Indémodable. Photo: mon vieux PC du temps de sa splendeur, première participation à l'Adam Project, le 22 avril 2003. lundi, août 30, 2004
Lundi 30 août Ces derniers temps nous avons souvent emmené les enfants au square, le square aux chats dans la rue Eugène Martin à Fontenay. Tandis que les enfants vaquent, insouscients, à leurs jeux faisant et défaisant des liens d'amitié très éphémères, je pense parfois à emporter de la lecture mais le plus souvent je n'ai pas la concentration nécessaire pour lire, en grande partie parce que je garde un oeil vigilant sur les jeux de mes enfants. Alors j'écoute davantage, sans le vouloir, les conversations alentours, et je suis effaré, abasourdi; en fait pour ne rien vous cacher je préférerais ne pas les entendre ces paroles de rien, entièrement préoccupées par les plus triviales questions du quotidien, surexcitées à l'idée d'un nouveau programme de télévision dont tout le monde parle je me souviens d'un temps pas si loitain, il me semble, où toute personne un peu soucieuse d'être dans le vent se devait absolument de fuir ce qui justement faisait le goût de tout le monde, j'ai parfois le sentiment que les goûts vulgaires sont devenus un must des paroles obnubilées par soi-même, obsédées par l'acquisition du confort, angoissées presque de manquer un train en matière d'innovation technologique j'aime comment la formule nouvelle technologie est désormais omniprésente s'agissant de vanter le moindre objet un peu traversé par du courant électrique, on ajoute un gadget à un rasoir électrique et celui-ci est labellé nouvelle technologie, je vous rassure nous n'avons pas encore découvert une nouvelle énergie fossile ce sont de drôles de duels et de joutes de mots anodins anodin, du grec anodos: hors douleur qui mobilisent les parents de ce square, les enjeux sont de mieux réussir ses vacances que les autres, avoir un enfant qui entre en maternelle avec six mois d'avance, parce qu'on le promet déjà à des études longues, et pendant que cette petite société jacasse, un enfant s'est aventuré sur une potence trop haute pour lui, il est tétanisé de peur, crie et pleure, appele sa maman, comme je ne vois personne se porter à son secours, je l'aide à redescendre, rejoint finalement par sa mère qui a tout de même abandonné le fil d'une de ces conversations de pas grand chose et traversé tout le square, qui me remercie chaudement, comme si j'avais retenu son fils d'un précipice sans fond, tout au plus se serait-il fait mal, je regarde les parents alentours, les conversations reprennent, je n'étais pas le plus proche des adultes de cet enfant en difficulté, mais j'imagine que tous ont vérifié que ce n'était pas le leur d'enfant qui braillait, alors pourquoi intervenir? Chez de nombreux animaux les petits sont regroupés et placés sous la vigilance commune de quelques adultes, les hommes et les femmes du square aux chats à Fontenay ne sont pas toujours capables de ce principe simple. Et je me dis que nous éduquons mal nos enfants, Anne et moi, nous ferions mieux de leur apprendre l'égoïsme et la fuite du partage. Nous insistons beaucoup sur le partage, et notamment celui de la nourriture. Je me souviens d'une fois à Puiseux, Madeleine et Nathan se chamaillaient pour un reste de nouilles desséchées, je les ai arrêtés, leur ai expliqué que ce sont les animaux qui se battent pour de la nourriture, qu'ils se comportaient comme des animaux et qu'en conséquence nous agirions comme tels, je me servirais en premier et ils pourraient s'étriper pour les miettes, j'avais fini devant eux cette assiette dégoûtante de coquillettes froides pour marquer les esprits, mais vraiment, avais-je bien fait? Le livre que j'emporte ces derniers jours au square, je ne peux plus le lire au milieu de ces conversations de rien. Il s'agit du roman de François Bon, Daewoo où j'y lis les paroles désarmées de ceux qui sont restés sur le carreau comme le vut l'expression, étonnant tout de même d'entendre comment la parole des plus démunis est plus riche que celle de ceux ne connaissent pas de vrais besoins. Je ne lis plus Daewoo au square aux chats, parce que c'est la cacophonie dans ce square. Oui c'est cela, je me dis que ces parents qui m'entourent doivent avoir peu connu le malheur pour être aussi tendus vers des objectifs imbéciles de confort. Et je me dis aussi cela, je deviens de plus en plus vieux et de plus en plus vieux con, terriblement misanthrope. dimanche, août 29, 2004
Dimanche 29 aoûtIncroyable comme nous aurons passé l'essentiel de ce mois d'août sous des ciels chargés d'une ouate sombre. J'ai souvent levé la tête ce mois et j'étais dans la contemplation benoîte de ces ciels gris. Un ciel bleu, je trouve cela assez rébarbatif, un ciel blanc aussi du reste tandis qu'un ciel gris n'est jamais ennuyeux, les gammes du gris sont inouies, les fronts nuageux se mêlant les uns aux autres font souvent l'effet de beaux lavis. En regardant le ciel gris ces derniers jours, j'ai eu souvent l'occasion ce mois de repenser à Madeleine S. Et à ses cours de peinture sumi-e peinture japonaise traditionnelle et notamment ses exhortations à mouiller le papier pour qu'il boive l'encre dès qu'elle sort du pinceau, comme aspirée par la surface du papier. De même le broyage du baton d'encre sur la pierre ponce, ce lent et fastidieux grattage devait servir à canaliser l'esprit vers une disposition qui serait favorable à nos gestes, ce qui les rendrait fluides et sûrs à la fois. De même certains graveurs au burin porte leur bras en écharpe la veille d'une nouvelle plaque pour reposer le bras qui justement sera mis lourdement à contribution pour repousser le métal avec la fine pointe du burin. Mais qui travaille encore comme cela? Madeleine est morte et ses élèves, j'en suis sûr, doivent en profiter pour désormais verser dans l'encrier en pierre abrasive une encre en bouteille, ce que Madeleine aurait trouvé rédhibitoire. Et les graveurs aujourd'hui quels sont ceux qui ne confient pas leur plaque à la morsure de l'acide?, sans doute pour s'épargner aussi cette lente attaque du métal à la pointe, et ses gestes contenus, contraints. Vous pouvez bien me dire réveur, ou encore mieux que j'ai la tête dans les nuages, c'est vrai je lève le nez et c'est à tout ceci que je pense. |