Le Bloc-notes du désordre |
samedi, août 14, 2004
Samedi 14 août Vraiment rien à retenir de cette journée passée au travail. Et peu de travial justement. C'est tout juste si j'ai pensé à la photographier un peu cette journée, deux images et c'est tout. vendredi, août 13, 2004
vendredi 13 août Mon fait d'arme pour la journée c'est tout de même bien peu de chose, j'ai occis un homard. C'est dérisoire. Et aussi j'ai beaucoup ri des cris de joie des enfants me voyant couper ce homard en deux coques dans le sens de la longueur. Pas de quoi pérorer vraiment. Les enfants sont cruels, mais je ne le suis pas moins qu'eux, moi qui m'amusait beaucoup d'agacer le homard en lui faisant alternativement de l'eau froide ou de l'eau chaude sur la carapasse et de le voir s'agiter vainement, les pinces fermées avec des élastiques, prisonnier du lavabo de la cuisine. Je me suis vu nettement moins courageux tandis que Gégé, la peur au ventre, combattait contre une couleuvre. jeudi, août 12, 2004
![]() Mercredi 12 août Ce ciel qui s'assombrit, on dirait qu'il s'assombrit pour Anne et moi qui nous querellons et quand la pluie tombe avec fracas, on dirait qu'elle lave aussi efficacement les paroles dures entre nous. ![]() mercredi, août 11, 2004
Mercredi 11 août Ces derniers jours, je m'aperçois que mes anotations pour certaines journées sont devenues très courtes, je ressentirais presque de la culpabilité pour ces phrases rapides qui ne contiennent à l'évidence pas tout ce dont j'aimerais me souvenir de ces journées, et puis, en y pensant bien, non, c'est très bien comme ça, de toute façon cet été est plein à craquer, tenter d'en retenir des extraits se serait se priver de temps pour vivre davantage encore de ce que les journées tiennent en elles. Le temps passé à consigner tout ceci ne serait donc pas du temps de vie?, je n'ai pas dit ça, c'est tout de même un peu vrai. mardi, août 10, 2004
Mardi 10 aoûtJe déteste les photographies d'Henri Cartier-Bresson Ce n'est pas beau de dire du mal d'un mort. Lui ira peut-être au paradis, il vivait dans une telle admiration de ses contemporains, oui, nul doute que lui ira au paradis. Pour ma part j'irai en enfer c'est certain. Dire du mal d'un mort, c'est mal, pourtant je vais le faire. J'ai toujours détesté les photographies d'Henri Cartier-Bresson. Et j'ai détesté par dessus tout que tous se soient rangés fidèlement sous sa bannière, alors le concert de louanges pour saluer ce photographe dont je n'essaierai jamais de sauver une seule de ses images d'un naufrage, cette cacophonie de gens qui veulent tous se hisser plus haut dans l'admiration de ce petit maître, oui, tout cela c'est un vacarme désagréable à mes oreilles. Ce que je n'aime pas dans les photographies de Cartier-Bresson, c'est qu'elles n'ont pas de lumière, que la photographie soit prise en hiver en Sibérie à la tombée de la nuit ou au contraire dans un désert de sable à midi, c'est à peu de choses près toujours cette même gamme de gris avare et toute recroquevillée sur elle-même. Ce que je n'aime pas du tout dans les photographies de Cartier-Bresson, c'est cette espèce de mythe idiot du photographe au Leica sur lequel on ne sait visser qu'un seul objectif, le 50 mm, au motif que c'est l'objectif qui correspond au regard: c'est idiot, nous ne sommes pas des cyclopes, ni des borgnes. Le Leica est un appareil fort coûteux, et extrêmement mal pratique, vous reconnaîtrez sans mal les snobs de la photo à cet appareil à ce curieux pendentif qui se porte autour du cou et si possible très patiné. Ce que je déteste vraiment dans les photographies de Cartier-Bresson, c'est cette dictature du noir et blanc avec des filets noirs pour bien montrer que la photographie était cadrée dès la prise de vue. Ce sont là les enfantillages coutumiers des photographes qui aiment bien croire à la fulgurance de leur regard, aucun de ces photographes ne produira les compositions hardies de Barbara Crane, qui elle, je vous l'assure, se moque éperduement des filets noirs. Vraiment je déteste aussi beaucoup le discours lénifiant de Cartier-Bresson à propos l'instant décisif. Je ne suis pas chasseur de papillons. Les photographes aiment faire croire qu'ils voient les choses plus vite que d'autres, qu'ils ont des réflexes visuels inouis et que leur clichés sont la preuve irréfutable de l'acuité ou de la transcendance de leur regard, la vérité est risible, les photographes mitraillent, et n'importe qui qui mitraille reviendra toujours avec du gibier, dans le cas présent des photographies réussies, et ennuyeuses. Je n'aime pas du tout mais alors pas du tout le fameux cadrage à la Cartier-Bresson, ces compositions à base de géométrie et qui ne m'apprendront jamais rien en matière de composition, autant contempler des triangles-rectangles et se réjouir de la vérification systématique que le carré de l'hypothénuse est égal à la somme des carrés des côtés adjacents, non, j'apprends bien davantage sur le monde, et son imperfection, devant un tableau de Joan Mitchell Je n'aime pas du tout les oeuvres totalitaires et monocordes, les dogmes. Je n'aime pas l'architecture de Le Corbusier, les films de Lars von Trier, le travail d'Opalka, les livres de Sartre, je ne vois pas pourquoi j'aimerais les photographies répétitives de Cartier-Bresson. Longtemps en France, il n'y eut qu'une seule photographie, celle des reporters de Magmum qui somme toute faisaient tous du sous Cartier-Bresson, déjà l'original est pâlot, imaginez un peu le travail des suiveurs. Andy Warhol, Robert Heineken, Robert Rauschenberg pour ne citer que ceux qui me viennent directement à l'esprit s'emparaient de la photographie à pleine main, tandis qu'en France, nous étions régulièrement abreuvés de rétrospectives ressassées du petit maître. Qui connait en France le travail de Robert Heineken? Aux Arts Décos à la fin des années 80, j'ai souvent entendu dire que le polaroid ce n'était pas de la photo (du trombonne à coulisse sans doute) que la couleur c'était vulgaire (c'est vrai que la Ronde de nuit en noir et blanc ça a une classe folle!) qu'en dehors de la prévisualisation point de salut, que les photographies étaient des reliques du passé et que la grande question demeurait surtout de savoir si oui ou non la photographie pouvait prétendre à être reconnue comme un art à part entière. Je tiens personnellement responsable Henri Cartier-Bresson de cet opaque obscurantisme. Je n'aime pas les gardiens du temple. Je n'aime pas les temples. Je maintiens, dussé-je aller en enfer, que les photographies de Cartier Bresson sont rébarbatives à mourrir. lundi, août 09, 2004
Lundi 9 août Souvent j'oublie de prendre avec moi mon appareil-photo. Et puis je suis amené à le regretter. Dans la journée je croise quelques objets, surtout, que j'aurais aimé prendre en photo ou encore la trace d'une lumière sur un pan de mur, plus rarement un visage. Je me fais alors le reproche de n'avoir pas été assez rigoureux pour sortir de chez moi sans appreil. Aujourd'hui par exemple, j'aurais aimé prendre une photographie de ce chariot comble de détritus et notamment de cartons tous repliés sur eux-mêmes dans l'éclairage rasant de la fin, d'après-midi, à Noisy-le-Grand, devant l'immeuble de Ricardo Bofill, un caddie rempli d'ordures, je trouvais l'image assez disante, une manière de réccourci sémiotique. Plus tôt dans la journée en allant à la poste à Fontenay j'avais regretté aussi de ne pas pouvoir prendre une photo de cet immeuble géant du Val de Fontenay au travers de ce grillage, cet immeuble me rappelait celui qui figure au dos de la pochette de je ne sais plus quel album de Led Zeppelin. Mais à vrai dire chaque fois je me raisonne, je me dis que non, vraiment, ces oublis n'ont en fait rien de catastrophique et qu'aucune des photographies que je prends n'est indispensable, que j'ai parfois moi-même du mal à me souvenir des contours de telle ou telle de mes photographies du mois dernier. Je pourrais m'effrayer de cette abolition par le nombre, je me demande surtout si elle ne me libère pas, mais alors d'où vient cette urgence de tous les jours, littéralement, de prendre des photographies dont aucune n'est véritablement plus remarquable que les autres? Pas très envie de répondre. dimanche, août 08, 2004
dimanche 8 août Depuis quelques temps, depuis que le garage est désormais notre atelier, j'y dors les matins qui suivent les nuits au travail. De cette façon il n'est pas astreignant pour Anne de tenter de retenir les enfants pour qu'ils ne fassent pas trop de bruit et que je puisse dormir tranquille après une nuit au travail. Mais c'est tout de même une drôle de sensation que de vivre, comme cela, en marge de sa famille. Tous sont dispersés dans les trois étages au dessus de ma tête, de temps à autre j'entends que de l'eau coule dans la maison parce que le compteur d'eau de la maison est juste à côté de mes oreilles, mais dans l'ensemble, je dors surtout. Quand je finis par faire surface dans le tout début de l'après-midi après avoir volé quelques heures de sommeil à la chaleur, je retrouve tout le monde attablé devant un plat dominical dont je ne négocie pas toujours très bien la digestion. Dans l'après-midi, je retourne m'allonger, de temps en temps les enfants font irruption dans la garage, je les entends loitainement murmurer en venant chercher leur vélo ou je ne sais quoi encore dont ils ont un besoin soudain inexplicable. Un peu avant de repartir au travail, je monte prendre une douche et j'embrasse les enfants avant de m'en aller, je vois bien qu'ils sont surpris par ce baiser: ils ne m'ont pas vu de la journée. Un étranger sous son propre toit. |