Le Bloc-notes du désordre |
samedi, juillet 24, 2004
![]() Samedi 24 juillet La Garde de Dieu Descendre jusqu'à la Porte dorée, prendre le périphérique intérieur, à la porte d'Italie, prendre direction Lyon. Sur l'autoroute du soleil, à la bifurcation, prendre en direction de Bordeaux. Arrivé à hauteur d'Orléans, prendre direction Clermont-Ferrand. Arrivé à hauteur de Clermont-Ferrand, prendre direction Montpellier. Sortir à Brioude, et prendre la direction du Puy en Velay. Une dizaine de kilomètres avant Le Puy en Velay, obliquer vers Aubenas et Mende. Prendre ensuite la direction de Langogne. A Langogne prendre direction Villefort. Traverser Villefort, à la sortie de Villefort, à la fourche, prendre la route du milieu en direction de Bessèges. Aller jusqu'à Brésis. Traverser le pont de Brésis, et prendre tout de suite sur la gauche à la sortie du pont. Monter pendant cinq kilomètres et prendre enfin le petit chemin qui mène au hameau du Bouchet de la Lauze. Le lendemain Prendre la départementale 155 en direction de Brésis, après un kilomètre, prendre en direction de Besses. Prendre systématiquement à gauche jusqu'à se retrouver sur le chemin forestier de la forêt domaniale de Besses. Ensuite sur le chemin forestier, au premier embranchement à gauche, au deuxième, à droite. Dans le grand virage marqué par le grand hêtre, monter vers la gauche. A la fourche prendre à droite pour déboucher sur la Garde de Dieu. Et c'est là que je souhaite que vous dispersiez mes cendres. Parfois je me demande si en choisissant un tel endroit, je n'essaye pas de me préserver contre la colère de Dieu s'il existe, qu'il prenne en pitié mon âme de mécréant les mécréants ont-ils une âme? et qu'en confiant mes cendres à un endroit qui porte son nom, je puisse obtenir un peu de clémence. Pas sûr que Dieu, même dans sa très grande clémence, soit très impressionné par mes calculs mesquins. vendredi, juillet 23, 2004
![]() Jeudi 23 juillet Il y a dans la photographie une dimension de collection qui n'est pas souvent évoquée. Très tôt dans l'histoire du médium les photographes vont construire des séries d'images, Nadar, par exemple, et ses portraits ou ses photographies des catacombes, premières images de l'histoire de la photographie à être réalisées en lumière artificielle. Rarement une photographie vaut par elle seule, elle est plus souvent partie intègre d'un corpus ou d'une série, l'image ajoutant de son poids autonome à la série tandis que le principe même de la série rejaillit sur toutes les images la composant. Les collectionneurs de photographie connaissent bien ce phénomène qui les voient désirer une photographie de tel ou tel photographe, puis peiner à en choisir une seule et enfin économiser de nouveau pour pouvoir s'offrir une nouvelle image de la même série parce que le tirage orphelin ne les contente pas entièrement qui ne contient pas à lui tout seul tout ce que précisément avait attiré l'oeil du collectionneur. Peu d'expositions jusqu'à présent avaient jusque là mis en lumière ce thème purement photographique de collection une exception notable était celle des collections de Bernard Lamarche-Vidal à la Maison Européenne de la photographie en décembre 1998 - janvier 1999, dans laquelle l'écrivain Bernard Lamarche-Vidal non seulement exposait sa collection de photographies mais avait fait reconstituer l'accrochage de cette collection telle qu'elle existait chez lui, un collectionneur de collections en somme. La recherche photographique revue exigeante et défunte s'était penchée sur ce questionnement, mais nul sans doute n'avait poussé la réflexion aussi loin que Martin Parr, photographe britannique et commissaire invité des Rencontres d'Arles de cet été 2004. Martin Parr dans sa participation cette année en tant que commissaire s'est montré particulièrement jusqu'au-boutiste. La plupart des séries de photographies qui ont retenu son attention font en fait très peu varier les éléments composant une série. Les photographies de Paul Shambrook sont assez exemplaires de ces infimes variations, toutes représentent les conseils municipaux de petites villes des Etats-Unis (small time America), ce sont des photographies très précises faites à la chambre vraisembablement les pauses des personnes qui sont attablées, c'est-à-dire, le maire et deux ou trois de ses conseillers sont celles de gens qui écoutent tout en consultant leurs notes, d'une photographie à l'autre, d'un conseil municipal à l'autre, peu de choses varient, ce ne sont après tout que des tables, des conseilleurs muncipaux, des portraits des grands hommes de la commune, un drapeau américain ou encore un plan de la ville comme élément décoratif, toutes représentent la même chose: la tenue d'un conseil municipal, aucune de ces images représente ou montre plus qu'une autre, toutes les images de la série donnent pourtant à voir l'exercice du pouvoir à petite échelle ou encore la vie politique locale, dans ce qu'elle a de générique: des hommes et des femmes pour lesquelles d'autres hommes et d'autres femmes ont voté, écoutent attentivement les affaires qui sont portées à leur connaissance et débattues et tentent de les arbitrer au mieux. Si, peut-être ceci, certains conseils municipaux sont ceux de villes de Blancs, les conseillers sont tous blancs, d'autres conseils sont ceux de villes de Noirs, les les conseillers sont tous noirs. Aucune des images de Kawauchi n'est remarquable, pourtant la collection de toutes ces images confinent au poétique. Un ballon gonflable blanc et surexposé est photographié contre un ciel de nuit, on croirait la lune, alors on se retourne et cette inattendue méprise et ses effets poétiques rejaillisent sur toutes les autres photographies de la série. Kanemura s'attache lui à l'enchevêtrement du mobilier urbain des villes japonaises, typographies, lignes de téléphone, vélos, cabines téléphonique composent une collection sans ordre qui par la répétition de ses images laissent entrevoir toute la complexité de la vie moderne. Frank Breuer photographie containers, parkings et vastes enseignes à l'effigie des grandes marques de même que leurs entrepots. Des images très précises légérement surexposées avec un soucis maniaque de neutralité de couleurs (grandement obtenue en photographiant les lieux lors de jours couverts) produisent un effet aux antipodes des efforts d'image produits par les marques ici représentées. On s'ennuie beaucoup devant de tels paysages de rien, pourtant ceux que nous cotoyons tous les jours sans en questionner du regard les contours. Là aussi chaque image prise isolément pourrait faire croire à la commande d'une photographie d'un de ses bâtiments par l'une des marques ici représentées: toutes les images mises bout à bout en revanche disent de concert un peu de la violence économique et de la déshumanisation de ces endroits excentrés et sans âme. Dans deux lieux d'exposition différents Gill et Grannan sérialisent aussi leur regard, l'une propose ces images de personnes ordinaires déshabillées, Katy Grannan, donc, Gill, lui, affecte de photographier différentes personnes dans des situations ordinaires répétitives, prendre le train, demander son chemin ou pousser son chariot de courses. Enfin deux expositions montrent ce qui est à la marge habituellement des expositions de photographie, la photographie d'amateur d'une part et aussi, Martin Parr en collectionneur de futilités. Il y a d'abord trente années de photographies de famille par Polhuis, photographe amateur néerlandais particulièrement pointilleux et qui se fit le reporter de sa vie familiale avec une esthétique d'aucuns pourraient dire une absence d'esthétique très constante, mesure de la lumière et cadrages très rigoureux. Trente années de la vie de "Monsieur tout le monde", par "Monsieur tout le monde". Le document vaut tant sur le plan photographique que sur le plan sociologique, et sans doute aussi sur le plan psychanalytique si l'on considère cette façon obsessionnelle de controler l'image de sa famille comme c'est certain la famille même devait être controllée. Là aussi la répétition et ses infimes variations jouent à fond d'autant que nous sommes prévenus qu'en dépit de la bonne centaine d'images présentées, il existe bien d'autres images encore, toutes parfaitement rangées et étiquettées, nous avons sous les yeux la partie visible de l'iceberg. Etant commissaire d'exposition il aurait sans doute été délicat pour Martin Parr de s'exposer lui-même (d'autres auraient sans doute eu moins de scrupules), aussi ce dernier biaise et nous montre deux de ces collections d'objets insolites qui justement posent cette question de savoir si ce sont les objets en eux-mêmes qui sont insolites ou leur déclinaison. Qu'est-ce qui est plus étonnant en somme, ces plateaux de toutes tailles et de toutes formes et dont les photographies qui en ornent le fond sont d'une incroyable banalité, aucun d'entre eux mériterait vraiment le regard, ou que tous pris ensemble brossent une étonnante description du mauvais goût qui va bien au delà du kitsch? La photographie que Martin Parr a choisi ici de nous montrer est une photographie sérielle dont le but est de traquer dans l'ordinaire et le non-spectaculaire des variations que nos yeux fatigués ne voient plus toujours. Toutes ces journées indistinctes qui se fondent les unes aux autres et qui font amassées les unes aux autres le poids de toute une existence, nous ferions bien de les mieux regarder de les observer avec davantage d'attention, nos existences n'en auraient que plus de relief. jeudi, juillet 22, 2004
Mercredi 22 juilletChaque année je retrouve avec plaisir Lucien, notre voisin dans les Cévennes, devant un échiquier. Je joue désormais avec plaisir aux échecs. Ce n'est plus une torture. Ce n'est plus un besoin, une crainte, une angoisse, la peur de ne pas avoir vu une combinaison que prépare mon adversaire. Tout ceci est désormais loin de moi. D'ailleurs Lucien est devenu mon seul adversaire aux échecs, je ne le vois qu'une fois l'an, en été, dans les Cévennes. Et ce sont des parties amicales. Des parties de dupes, des parties faites d'erreurs et d'approximations, de coups faussement adventices, des mouvements brusques de reine notamment, que l'on pourrait aisément réfuter avec dix petites minutes de réflexion, mais voilà, nous n'accordons pas toujours dix minutes pour une partie entière. Je me souviens de cette période tellement malheureuse de ma vie quand j'étais un joueur d'échecs, j'appartenais à un cercle, je participais à des compétitions, je perdais souvent, j'ai perdu une fois contre un enfant de huit ans, j'en avais vingt de plus, au dizième coup j'avais deux ou trois pièces en prise, un pion de retard, une position exécrable avec les Blancs et j'ai baissé pavillon au onzième coup, j'avais un peu envie de lui demander s'il n'avait pas école ce jour-là, j'ai ri plus tard en comprenant les raisons de cette déconfiture lamentable, en lisant un article à propos d'un jeune prodige de moins de huit ans, il s'appelait Etienne Bacrot et disputait déjà des parties amicales avec Karpov, je ne sais pas si une trace a été gardée de la partie De Jonckheere avec les Blancs - Bacrot avec les Noirs, j'aimerais autant pas. Je me souviens de cette agitation mentale qui était la mienne quand j'approchais le cercle d'échecs. Je me souviens de cette odeur de sueur et de tabac froids, des tables en formica, des pièces en plastique singeant le buis et de ces échiquiers-tapis aux cases vertes et blanches, des pendules que nous claquions sans merci et je me souviens combien je peinais en sortant du cercle pour me rappeler de l'endroit où j'avais garé ma voiture, et comment j'étais parfois obligé de refaire mentalement toutes les parties que je venais de disputer pour la retrouver, et comment aussi je me frayais un chemin du retour dans les embouteillages en raisonnant comme un joueur d'échecs anticipe les découvertes de pièces, je me souviens aussi de cet homme bien sur lui qui était là tous les jours, qui était avocat, et qui progressivement toute l'année a déserté son cabinet et donc les costumes étaient de plus en plus sales quand il venait au cercle. Cette déchéance m'avait fait réfléchir, je ne suis plus jamais retourné au cercle. Désormais je fais des parties de dupes avec mon voisin Lucien dans les Cévennes. Et j'en tire un plaisir inestimable. mercredi, juillet 21, 2004
Mercredi 21 juillet Après m'être intéressé à la possibilité de faire des petites séquences vidéo longues d'une minute la semaine dernière, je suis aperçu que toutes sortes de modes de prises de vue existait sur cet appareil et notamment le mode 16 vues avec lequel je joue un peu dans la journée le soir, en déchargeant les images de l'appareil vers l'odinateur portable, je m'aperçois que la définition des images obtenues avec ce mode de prise de vue est assez mauvaise ce qui ne m'encouragera pas à persévérer. Tandis que je fais quelques images morcellées selon ce principe de prise de vue, je m'étonne qu'un appareil-photo puisse être désormais doté d'une option qui singe les photographies d'un de mes anciens professeurs de l'Art Institude de Chicago, Joyce Neimanas. Le nom de Joyce Neimanas ne vous dit peut-être pas grand chose, celui de David Hockney en revanche... belle injustice que celle-ci: dans les années 70 Joyce Neimanas va développer une oeuvre photographie dense et très adventice notamment avec de grands assemblages par collage de polaroids, chaque image était une petite portion d'une vue plus large allez avouez-le: vous avez déjà vu ce genre d'images et vous vous êtes toujours dit que c'était de David Hockney. Les collages de Joyce Neimanas sont des labyrinthes pour l'oeil contraint sans cesse de passer de la synecdote (partie pour le tout) à la vue de l'oeuvre avec du recul. Mon appareil propose cette option de prise de vues sous le nom de 16 vues, je trouve que c'est dommage cela aurait une telle classe de se dire que pressant sur les différents boutons de mon appareil, dans les menus apparaissant sur le petit écran LCD, on puisse choisir une option Neimanas, un peu comme aux échecs les ouvertures portent souvent le nom de leur précurseur, Nimzovitch, Caro-Kahn, Reti, Alekhine jamais bien compris l'intérêt de cette défense des noirs et pourtant j'aime bien les trucs tordus aux échecs etc... La plupart des champions du monde du jeu se damneraient volontiers pour laisser leur nom dans l'histoire du jeu et qu'une ouverture porte leur nom. La photographie de joyce Neimanas mériterait aisément que des appareils numériques offrent des options de prise de vue à son nom. mardi, juillet 20, 2004
Mardi 20 juilletJ'emmène Justine visiter la salle capitulaire de la cathédrale d'Autun, je peine, je crois, un peu à lui faire remarquer l'abstraction des motifs végétaux dans ces bas-reliefs du Moyen-Age et en quoi ils sont précisément surprenants, je suis encore moins clair dans mes explications qui tournent autour de l'idée que Dieu ait véritablement existé au Moyen-âge, qu'il était craint et qu'il était l'objet d'une ferveur quotidienne et dire que je suis le parrain de Justine et qu'en cela je suis responsable de son éducation religieuse! Je crois que c'était plus facile avec le communisme et la révolution industrielle hier. Puis nous partons. L'itinéraire pour rejoindre les Cévennes n'est pas, en partant d'Autun, celui habituel qui traverse le Massif Central en passant par l'Auvergne, la Haute-loire et la Margeride pour atteindre à Pradelles et Langogne les marges des Cévennes. Non il s'agit de descendre très au Sud, jusqu'à Loriol et de rejoindre Privas et Aubenas, de traverser donc une bonne partie de l'Ardèche pour atteindre Les Vans et ensuite grimper dans la montagne. C'est la route qu'enfants nous prenions pour aller dans les Cévennes l'autoroute de Clermont-Ferrand n'existait pas encore et la Nationale 7 avait ce défaut de traverser toutes les villes d'importance, ce calvaire commençait notamment à Nevers. Cela faisait donc très longtemps que je n'étais plus passé par le Col de L'Escrimet, escarpé et sinueux, que je n'avais pas traversé le village de Joyeuse en Ardèche. La lumière de fin de journée sur cet itinéraire lointain mais dont toutes les bribes finissent par me revenir ne m'aide pas à surmonter les émotions qui m'assaillent, les souvenirs de banquette arrière avec mon frère Alain, la 304 bleu cobalt, la 504 blanche, puis ce fut d'autres voitures mais celles-là passèrent finalement par Clermont-Ferrand, l'autoroute était finalement ouverte, il y eut un temps même où nous essayions de passer en dessous des six heures pour descendre dans les Cévennes. Justine est bien silencieuse elle aussi. Je crois que j'avais son âge la dernière fois que je suis passé par cette route. lundi, juillet 19, 2004
Lundi 19 juilletDépart vers Autun, la conversation avec Justine est dense, qui ne se satisfait pas de réponses approximatives, à la question qu'est-ce que le Communisme, je suis littéralement obligé de revenir à la Révolution industrielle! Mais qu'avons nous à faire de mieux, la route est assez longue tout de même. Arrivés à Autun, Martin m'emmène tout de suite prendre les photos qu'il m'a commandées du cimetière de voitures dans le sous-bois à une vingtaine de kilomètres de chez lui. Le rideau du 6X6 claque frénétiquement presque, épaté que je suis de ces vieilles carcasses de DS, 204, une traction avant même, entièrement mangés par la végétation alentour, nous trouverons même une unique (hélas) golmotte dans le coffre d'une vieille peugeot éventrée. Puis nous revenons à Autun faire des photographies des sculptures de Martin. Je suis tout de même impressionné par ce travail à la fois exigeant, aussi bien de son scultpeur que de son public il n'est par exemple pas inutile d'avoir lu Mythologies de Roland Barthes pour voir ces sculptures l'une d'elles haute de cinq ou six mètres n'a pas peur de se mesurer au temple de Janus à Autun. Soirée tellement agréable en leur compagnie. Martin et Isa sont les amis que je ne connais pas et que je connnais depuis très longtemps à la fois. dimanche, juillet 18, 2004
Dimanche 18 juillet J'écris une lettre à l'éditeur qui n'aime pas les points-virgule. Cher Monsieur Je vous remercie de l'accueil bienveillant que vous avez fait à mon texte, une fuite en Egypte. J'ai lu et relu votre lettre pour être sûr de bien en comprendre les conseils. J'étais naturellement disposé à reprendre ce texte, en revanche les directions aussi succinctes soient-elles que vous m'indiquez ne m'apparaissent pas comme viables. La ponctuation de ce texte qui n'a recours qu'au seul point-virgule n'est pas pas, à mon sens, un artifice ou une encore un simple choix formel, cette ponctuation monocorde construit le texte et lui donne sa forme. Une fuite en Egypte est une rêverie, macabre certes mais rêverie tout de même, le temps y est à la fois dilué et flou, les ingrédiens de cette rêverie s'amalgament de toutes parts, une pensée s'emboîtant dans une autre selon le principe du coq à l'âne ou de l'association de pensées. Changer ou reprendre cet aspect du texte me conduirait à devoir le détruire tout à fait pour le réassembler d'une autre façon, certaines pièces deviendraient surnuméraires, pour certaines d'entre elles ce ne serait sans doute pas très grave, peut-être même que le texte gagnerait à être élaguer de certains excès de graisses, mais ce qui apparait surtout (je viens de passer deux jours à reprendre les trois premières pages) c'est que le texte disparaîtrait comme un rêve se dissipe au réveil. Je ne parviens donc pas à m'y résoudre. Je comprends parfaitement que cette approche puisse paraître rédhibitoire ou déroutante et sans doute aussi comme un coup frappé trop fort par un auteur dont vous ne connaissez que ce texte. Cette lettre n'est bien évidemment pas destinée à tenter d'infléchir votre jugement, d'autant que j'ai bien compris que vous aviez parfaitement saisi les enjeux de ce texte, non au contraire, je tiens à vous dire mon regret de ne pas être en mesure d'en reprendre la forme, en tout cas pas en remettant en cause cette pontuation systématique qui a servi à bâtir le texte et son récit. Je le regrette d'autant plus que j'étais en attente d'une lecture aidante, que vous m'avez accordée sur la plus grande part. Je vous remercie sincèrement de l'attention que vous avez apportée à mon texte. Lettre qui deviendra un télégramme (comme me l'a conseillé Emmanuelle) Bien reçu votre réponse stop enlever points-virgules pas possible stop désolé stop vous remercier quand même de votre lecture stop Respectueusement stop Philippe De Jonckheerestop Le soir j'attends Justine à la Gare Saint-Lazare et je l'emmène dîner au restaurant japonais pas très loin du cinéma Max Linder où nous allions souvent avec Anne, justement avant ou après être allés voir un film au Max Linder. Le monsieur du restaurant me reconnait, ce qui est toujours agréable, lui comme moi avons beaucoup grossi et ni l'un ni l'autre ne faisons de remarque. Solidarité des gros en somme. |