vendredi, mai 28, 2004
vendredi 28 mai 2004J'ai reçu aujourd'hui ce mail d'un jeune homme qui me dit s'être reconnu dans le portrait que je faisais de ses parents professeurs de matières scientifiques au lycée. Je lui réponds: >Bonjour Emmanuel alors. > >C'est bien ça non? Nous parlons bien de Christian le Tannou et Marie-Clothilde >Le Monnier? > >Il y a donc fort longtemps en maths, matière dans laquelle je n'excellais >guère, Monsieur Le Tannou m'a renvoyé du tableau où je séchais en me disant: >"De Jonckheere, je vous mets deux, un pour l'aller un pour le retour", je >raconte souvent cette histoire parce que je trouve que c'est une tirade >exceptionnelle. La prochaine fois que tu vois ton père tu peux lui passer mon >bonjour, et l'assurer que le peu que je sais en mathématiques je le tiens de >lui et d'un autre Monsieur Lajarge dont il se souvient peut-être. > >Ta maman n'était pas en reste non plus pour ce qui est de me faire avaler des >formules chimiques indigestes, mais, secrètement, des années plus tard, dans le >noir, je l'ai remerciée parce que dans mon labo-photo j'avais une bien >meilleure idée de ce qu'il se passait dans les bains que mes compères étudiants aux arts Décos >également indoctes en matières scientifiques. > >Et toi que fais-tu, les Beaux Arts, histoire de faire enrager tes parents? > >Amicalement > >PhilMorne voyage de Fontenay à Hasselt, les autoroutes en Belgique me dépriment, c'est à la fois ce mélange de typographies différentes et austères sur les panneaux et cet éclairage tous les cinquante mètres qui a des effets visuels néfastes. Passé en bordure de l'aéroport de Liège, la curieuse impression d'y voir des Boeing 747 comme s'ils étaient garés sur une aire d'autoroute. Arrivé à l'hôtel, en allumant dans la chambre la télévision s'anime d'elle-même sur le spectacle un peu surprenant d'un concours d' haltérophilie.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:35 AM
jeudi, mai 27, 2004
 Le Quotidien (Hommage à William Eggleston)
Le quotidien m'ennuie souvent, je déteste les hommages, en revanche je trouve la photographie méconnue de William Eggleston très inspirée.
Le quotidien souvent me fascine, j'aime lire les hommages que l'on rend à des artistes dont j'apprécie le travail, parfois certaines photographies de William Eggleston sont inaccessibles par moi.
Le quotidien, c'est ce lot étrange qui à la fois pèse et inspire. Nul ne se réjouit par exemple d'un embouteillage, plus exactement d'être englué dans un embouteillage et pourtant c'est dans les embouteillages que me viennent mes meilleures idées. Je peste lorsque j'entre, piégé, dans un embouteillage, et puis chemin faisant, lentement donc, j'écoute plus attentivement la musique que j'écoutais, jusque là, conducteur prudent, distraitement. Ou encore, je sors mon appareil photo et je prends des clichés des tunnels dans lesquels je suis prisonnier en compagnie d'autres compagnons d'infortune, je les prends eux aussi en photo, c'est étonnant d'ailleurs de voir comment certains en voiture s'estiment à ce point à l'abri des regards de tous, comme chez eux, et se curent le nez d'abondance. Parfois aussi je me fais cette réflexion que c'est tout de même étonnant de voir qu'il n'y ait jamais de suicides dans les embouteillages, tandis que cette situation joue toujours sur les nerfs de tous, et je me plais à y voir le signe manifeste de la solidarité des conducteurs entre eux, un automobiliste ne songerait jamais à aggraver un embouteillage en se supprimant et donc immobilisant de surcroît son véhicule et ceux qui lui font suite, non, pour un suicide en embouteillage, pour bien faire, il faudrait un chauffeur. Je prends des notes aussi, des notes de ces pensées fugaces, associations de pensées nées à la lecture peu instructives des plaques minéralogiques des voitures qui me précèdent, j'ai un jour fait un croquis des salissures qui maculaient miraculeusement, visuellement s'entend, le haillon d'un poids lourd, ce sont des notes que je prends sur un bloc-notes que je garde dans ma voiture pour les embouteillages et que je tiens alors en équilibre sur le volant de mon automobile. Une fois je n'avais plus mon bloc-notes, un seul bloc-notes pour deux voitures tout ceci n'est pas très raisonnable, alors j'ai ouvert mon ordinateur portable que j'ai posé sur le siège passager, oui, dans les embouteillages, je préfère être seul et donc sans passager, et j'ai ouvert un fichier de bloc-notes dans lequel j'ai pris quelques notes très cryptées et à ce point insoucieuses de la frappe, de l'orthographe et de la syntaxe qu'il m'a été très difficile de les relire par la suite, j'y suis tout de même parvenu, c'eut été dommage d'ailleurs que je n'y arrive pas, tant dans ces lignes j'avais la matière d'un roman qui prend un embouteillage pour décor et que j'ai fini par écrire, cela s'intitule Une fuite en Egypte, le récit entier se passe dans un embouteillage. Mais à vrai dire les embouteillages je n'aime pas cela plus que vous.
Les hommages me consternent. Il y a ceux que je lirais un jour à propos d'Henri Cartier-Bresson, à sa mort prochaine, et qui ne me feront pas plaisir parce que j'ai toujours détesté les photographies de Cartier-Bresson et cela m'irritera de le voir, à grand tort, porté aux nues. Il y a ceux que je lirais un jour à propos de Robert Frank et ceux-là m'attristeront parce que j'aurais le sentiment qu'ils ne sont pas assez bien écrits et sentis pour célébrer ce photographe de génie, celui par qui la photographie contemporaine est arrivée, loin des dogmes. Et il y aura celui que je devrais peut-être un jour écrire pour mon amie Barbara Crane, rien ne presse.
William Eggleston est un photographe américain peu connu. Sa démarche pourtant est insolite. D'abord il y a la couleur. La couleur dans les années 60 et 70 étaient une inconnue en photographie, ce qui était en partie du à son coût de réalisation d'une part, mais aussi parce que les photographes n'y avaient pas un accès direct dans leur propre laboratoire, tant l'équipement pour le développement et le tirage couleur exigent une précision, notamment thermique, très pointue, peu compatible avec les réduits dans lesquels les photographes s'enferment et font leur nid. De même les émulsions couleurs de ces années étaient à la fois moins fidèles et moins constantes, ce qui donnait bien souvent aux images de cette époque, désormais lointaine, des teintes et des dominantes passées et au contraste atténué. La photographie commerciale n'hésitait pas, elle, à se servir de cette couleur fut-elle de mauvaise qualité, les photographes en revanche continuaient de "penser" en noir et blanc. Ce n'était pas le cas de William Eggleston qui a développé toute une oeuvre en couleur et c'est avec leurs couleurs que les images de William Eggleston tiennent et fonctionnent, la couleur est à la fois leur sujet, dans les années 60, avec la société de consommation, arrivait la couleur dans le quotidien, mais aussi l'équilibre de la composition à elle seule. Avec l'oeuvre de William Eggelson la photographie pouvait enfin pleinement hériter de la peinture et non se contenter du legs plus limité du dessin et de la gravure. On mesure évidemment mal comment une telle révolution ait pu passer longtemps inaperçue. Cette inattention de tous est en grande partie due à la discrétion même du travail de William Eggleston qui s'attache essentiellement à recenser ce qu'il y a de plus négligeable dans notre quotidien, des chaussures remisées sous un lit, d'ailleurs qui regarde ce qu'il y a sous le lit?, il suffit que les chaussures dépassent du lit pour qu'on les trouve du bout du pied sans avoir à se baisser, des aliments congelés emprisonnés par le givre d'un congélateur poussif et qui photographierait ce non-lieu après avoir désengagé le repas d'un soir de télévision? On peut de cette façon passer tout à fait à coté d'une photographie de William Eggleston. Ne vous en veuillez pas, encore assez nombreuses sont les images de William Eggleston qui échappent tout à fait à l'auteur de ces lignes qui pourtant fait grand cas du travail de William Eggleston. Prenez cette image d'une femme assise sur un trottoir un journal ou une revue sur les genoux. Vous scrutez attentivement le regard de cette femme qui vous prend à partie et vous essayez de retrouver le contexte qui la trouve pareillement assise sur ce parapet, une panne de sa voiture?, l'arrêt de l'autobus qu'elle attend est comble, le photographe attend ce même bus, et elle ne tient plus debout à cause de sa phlébite?, elle a rendez-vous au bas de chez elle et son mari ou une amie qui doivent passer la prendre sont en retard. Vous détaillez l'élégance de ses jambes croisées l'apparence stricte de sa mise en pli et vous fouillez même au fond de l'image pour n'y trouver rien d'autre que le décor ressassé de l'Amérique des petites villes. Et vous passeriez presque à côté de cette bite autour de laquelle une chaîne a été enroulée, à vrai dire c'est la couleur jaune du parapet qui s'allie en contraste avec le bleu sombre de la robe qui vous met sur la voie, et peut être aussi un des mocassins de cette femme coupé hardiemment par le cadrage d'un cliché dérobé à la va-vite. Etonnante tout de même cette érection cylindrique enchaînée et cette femme qui a tout l'air d'attendre mais d'attendre quoi?, et son regard toujours direct et interrogateur, et la relation entre ce regard franc et qui aimerait bien savoir ce que vous regardez, un regard qui ne baisse pas les yeux et ce plot enchaîné. On peut facilement appliquer la découverte de Barthes, en matière de photographie, de cette coexistence dans certaines images du studium, ce qui est photographié, le sujet, et le punctum, cette zébrure du temps qui authentifie ou avalise, le studium, le souligne et l'éclaire précisément dans son exception. Le quotidien, pourvu qu'on lui prête une attention un peu soutenue regorge de ces mystères. Hommage donc à William Eggleston. Le Quotidien (Hommage à William Eggleston), une série (en cours) de photographies dans la bonobo galerie.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:23 AM
mercredi, mai 26, 2004
Mercredi 26 maiRetrouver le lendemain matin sur la grande table les petits dessins de la partie de pictionnary de la veille au soir et ne plus se souvenir toujours de ce qu'ils étaient censés faire deviner.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:35 AM
mardi, mai 25, 2004
Mardi 25 maiSur le parking du supermarché de Verneuil sur Avre. Il est debout. Le coffre de sa voiture est ouvert et il se réfugie à l'ombre du hayon. Il fume une cigarette dont il a l'air de tirer un plaisir reposant, jouissif même, ce n'est pas la cigarette que l'on fume en faisant autre chose, non, c'est celle que l'on fume pour commémorer une petite victoire de la journée. Et pourtant. Sur la plage arrière de sa voiture sont étalés, ouverts, trois dossiers, des colonnes de chiffres font penser à des barêmes et des tarifs et c'est effectivement ce qui a l'air d'être en jeu. Je n'avais pas d'abord remarqué l'oreillette de l'homme et son pendentif de kit mains libres de téléphone portable. Il est en train de traiter une affaire. C'est la vie moderne. Celle qui nous fait faire plusieurs choses en même temps, qui s'acharne à nous faire croire que nous avons le don d'ubquité armé de nos téléphones portables, celle qui nous fait traiter une affaire au téléphone avec une plage arrière comme bureau. De la sorte un jour j'ai déchargé la carte mémoire de mon appareil-photo numérique sur mon ordinateur portable dans ma voiture sur une aire d'autoroute, pendant que je rechargeais les batteries de l'appareil sur l'allume-cigare. A vrai dire je n'aime pas cette fameuse vie moderne qui remplit tout et ne laisse aucun interstice vacant parce que c'est justement dans les plis de ce temps donné pour perdu, notamment dans les embouteillages, que je me tiens les rêveries qui deviennent mes meilleures idées, et que c'est justement cette vacance de l'esprit qui les a rendues possibles. Dans le même supermarché, la liste de courses que l'on m'a préparée mentionne du sucre en morceaux. Et devant la pile de boîtes de sucres en morceaux me vient à l'esprit la pensée de cette pile de parallélépipèdes contenant eux-mêmes des parallélépipèdes. Naturellement, cela ne m'éloigne pas beaucoup de ce qui m'a occupé ces derniers temps. Ce regard qui partout cherche de nouveaux méandres pour se perdre, ou encore des raisons de s'interroger ou de s'indigner, j'aimerais qu'il se mette en sommeil de temps en temps.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:05 AM
lundi, mai 24, 2004
Lundi 24 maiToute la journée attendre que le soleil baisse, en fin d'après midi, mettre les fourneaux en route, calé sur cette descente du soleil. Enfourner, et prendre l'appareil-photo, sortir et aller dans les bois traquer les dernières lumières du jour, revenir in extremis pour sortir les papillotes du four. Une belle journée.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:00 AM
dimanche, mai 23, 2004
Dimanche 23 maiLa pensée se met au repos vraiment, qui apprécie de regarder toute la petite vie dans la cour de ferme sans nécessairement chercher de signification cachée derrière chaque chose. Cette vie à la campagne me manque. En revanche, l'appareil-photo chauffe, la lumière ici l'exige. Le soir j'accompagne Pascal et Florence nourrir et soigner les chevaux. C'est ce qu'ils font tous les soirs, à la même heure, cette même heure du soir qui me voit occupé à construire mes dédales. Pour tous c'est l'heure où nous existons vraiment, celle affranchie des corvées du jour.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:29 PM
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