Le Bloc-notes du désordre |
samedi, mai 01, 2004
Samedi premier mai Depuis qu'Adèle est née, je dis de Madeleine et de Nathan qu'ils sont des géants, c'est d'ailleurs comme cela que je les appele désormais, je dis les Géants, là où nous disions avec Anne les Petits. Aujourd'hui j'avais décidé de profiter du peu de travail que nous avons le premier mai pour organiser un petit pot en l'honneur d'Adèle et c'était en fait une très bonne occasion d'emmener Madeleine et Nathan avec Anne au travail. Un bon prétexte en somme. Quel sentiment étrange de voir ces enfants ici, dans ces locaux! Et de les voir tout petits dans ces endroits familiers et exclusivement fréquentés habituellement par des adultes. C'est comme si cela me les avait rendus enfants à nouveau. Et c'est très amusant tout de même d'entendre tel collègue me dire qu'il n'aurait jamais cru que je sois aussi tendre avec mes enfants. Il n'aurait jamais cru cela possible de son chef d'équipe, de cette personne qui toute l'année, lui demande de faire telle ou telle chose, qui lui donne des consignes. Je suis aussi cela, un chef d'équipe. Un cadre. un emmerdeur en quelque sorte. Tout est affaire de référent. vendredi, avril 30, 2004
jeudi, avril 29, 2004
![]() Jeudi 29 avril Elle est curieuse cette conversation avec ma tante qui m'appele pour prendre des nouvelles de mon père. Et me demander, je ne sais plus. Une remarque. Une seule. Et la conversation est lancée. Il est question de ces grand-parents que je n'ai jamais aimés, que je n'aimerais jamais. Plusieurs fois dans la conversation avec ma tante, je suis obligé de réprimer des larmes, ces gens-là n'aimaient pas les enfants, leurs enfants, et ont fait tant de mal à leurs trois filles, et notamment la dernière, ma mère. Ces gens-là n'avaient qu'un seul but dans leur existence sans intérêt, l'exactitude de leurs comptes. Une vie entière à compter son argent. Et pour mon grand-père cette vie a duré 93 ans. 93 années passées à compter son argent. Et dire aussi que je n'ai pas connu les autres grand-parents, ce grand-père qui jouait tous les jours aux échecs et cette grand-mère qui faisait des crêpes du Nord, des crêpes à la levure. Tous les deux morts en 1964. Je suis né le 28 décembre 1964. Et puis cet instant de bonheur dont je ne dis rien, trop peur que ce soit tellement fragile qu'en dire quelque chose le ferait disparaître, j'ai vu sur la table de chevet du père, à l'hôpital, qu'il prenait des notes, justement pour dire ce que fut l'existence de ces grand-parents que je n'ai pas connus. mercredi, avril 28, 2004
mardi, avril 27, 2004
Mardi 27 avril Je suis allé passer une partie de l'après-midi à l'hôpital, distraire le père avec quelques parties d'échecs. Les issues de ces parties me sont presque toujours favorables désormais, non pas que le père décline, non nous sommes encore très éloignés de cela, mais il refuse de jeter un oeil dans quelques livres essentiels comme les Principes fondamentaux du jeu d'échecs de José-Raul Capablanca, alors, nécessairement, j'ai quelques longeurs d'avance désormais. Nous jouons sur le vieux jeu d'Oscar, et comme le fait remarquer le père, la patine des pièces noires est telle que quand le jeu finira dans les mains des petits-enfants de Nathan, les Noirs seront presque aussi blancs que les Blancs. C'est assez curieux de voir le vieux jeu d'Oscar sur cette tablette de chambre d'hôpital et non sur la table de la cuisine à Garches ou sur la table-pétrin des Cévennes. Et pourtant ce n'est pas la première fois que cette scène se produit. De fait elle s'est déjà produite il y a très longtemps, presque vingt ans, dans un autre hôpital. Et ce n'était pas le père qui était hospitalisé, mais le fils. A l'hôpital militaire de Vincennes. En plein été. L'été de mon service militaire. Quand les médecins militaires avaient laissé ma main pourrir, deux semaines durant, avant de se rendre compte de son incroyable gonflement, il avait fallu opérer. Le père passait tous les soirs après le travail et nous jouions aux échecs. Il y avait une terrasse isolée, avec une table où nous pouvions nous installer. Je me souviens que j'étais habillé du pyjama qui m'avait été remis le premier matin à l'arrivée de l'hôpital. Je me souviens qu'il y avait une bise légère et que je la sentais passer sous mes aisselles, ce qui était très agréable en fin de journée. Je me souviens que j'empestais le désinfectant. Le Dakin. Je me souviens que c'était un été pourri, qu'il faisait lourd. Je me souviens du peu de paroles échangées. Je me souviens que je ne gagnais pas souvent à l'époque. Je ne me souviens d'aucune partie en particulier. Mais je me souviens de ces parties du soir en été. La seule vraie distraction de la journée. Je me souviens des somnifères que nous dérobions aux infirmières avec mes deux camarades de chambrée et des joints que nous fumions dans le noir, après l'extinction des feux. Je me souviens que c'était tout une affaire, un de mes camarades d'infortune avait les deux jambes immobilisées dans une structure métallique effrayante. J'avais la main droite prise dans un attelle d'importance et le troisième larron avait les deux bras dans le plâtre, tout le haut de son corps noir était pris dans le plâtre blanc. Donc celui qui avait les deux jambes immobilisées roulait le joint, lui avait ses deux mains, j'allai à son chevet chercher le joint, tirait mes taffes et puis ensuite allait faire fumer celui dont les deux bras étaient pris dans le plâtre. Le tout dans le noir. Et immanquablement je me prenais les pieds ou l'attelle de ma main droite dans les perfusions, pistolets et autres équipements. Drôle d'équipe. Dans le noir. Nathan a quatre ans aujourd'hui. Je me souviens de sa naissance. lundi, avril 26, 2004
Lundi 26 avril J'ai lu avec intérêt une Fuite en Egypte, que je ne trouve pas publiable dans sa forme actuelle. Néanmoins j'ai trouvé bien des qualités à votre travail et je serais contente que vous m'appeliez, pour en savoir un peu plus sur vous. Ce ne sont que deux phrases, mais elles font rudement bien, de même ces quelques paroles rauques au téléphone, qui prouvent que le livre a été lu et bien lu. Même si. Cela reste impubliable. Mais tout de même de me dire que cela commence à ressembler à cette acceptation dont je rêve. |