Le Bloc-notes du désordre |
samedi, avril 24, 2004
Samedi 24 avrilCe matin de bonne heure, je mange un morceau, je m'habille et je descends à la cave pour aller vider le bac que j'ai placé la veille pour contenir une nouvelle fuite d'eau. Je descends équipé d'un seau et d'un bol pour écoper parce que je ne doute pas que plein le bac sera difficile à soulever. De fait j'écope deux seaux, puis me vient cette idée tardive de fermer la vanne d'arrivée d'eau de la maison pour contenir cette fuite avant l'arrivée du plombier prévue pour la matinée. Je peste contre moi-même, surtout contre ma coutumière lenteur d'esprit. Je remonte, il est largement temps de partir au travail. J'arrive juste à l'heure, je prends mes consignes, un collègue fait du café et nous commençons tous notre journée. Un peu plus tard, je me verse une tasse de café froid pour aller me la réchauffer dans le micro-ondes de notre salle de repos, et, ouvrant la porte de ce petit four, je découvre incrédule le bol avec lequel j'écopais encore ce matin. C'est le même bol, ébréché aux deux mêmes endroits, et rempli d'eau. Je ne sais pas combien de temps il me faut finalement pour rectifier de moi même cette méprise. Pas très longtemps il me semble, une éternité me semble-t-il aussi. Ce bol que je retrouve dans le micro-ondes ce lundi matin est en fait là, rempli d'eau, depuis la semaine dernière. C'est moi qui l'ai laissé là la semaine dernière. Rempli d'eau parce que je comptais me faire un thé, notamment pour lutter contre la fièvre qui s'apesantissait sur tout, dimanche dernier. Ce bol par ailleurs m'appartient, je l'avais acheté en quatre exemplaires, il y a déjà quelques temps, trois exemplaires de ce bol sont à la maison et le quatrième a été oublié une mauvaise fois pour toutes au travail et de fait c'est dans ce bol que je me fais du thé de temps en temps. Les quatre bols de cette série sont tous les qautre ébréchés de façon presque identique en un deux ou trois endroits différents. Et j'en reviens à cette notion étrange qu'on soit son propre piège. Et aussi qu'à force de cloisonnement de moi-même, je peux à la fois construire une chausse-trappe et tomber dedans en ayant oublié que je l'avais posée la veille. vendredi, avril 23, 2004
Vendredi 23 avril Nous passons à deux séances par semaine pendant quelques temps. J'emmène donc Nathan et Madeleine qui a exprimé des velléités de venir avec nous, je m'assure qu'elle a bien compris que nous allions chez Léa et que donc elle, aurait à attendre avec moi pendant la séance. Elle a bien compris et je me dis que cela va permettre à Anne de se reposer après les nuits difficiles qu'Adèle coupe pour sa maman. Nous partons donc à trois, et à la différence de Nathan en pareille occasion Madeleine est beaucoup plus bavarde qui s'encquiert alors que nous venons à peine d'atteindre Montreuil si nous ferons un tour de toboggan en voiture. Je lui dis que oui, probablement nous aurons le temps mais c'est plutôt à la fin du trajet. A la porte de Bagnolet la circulation est intense aussi je coupe par quelque rue secondaire pour atteindre sans encombre la place Gambetta mettant à profit une bonne connaissance du quartier pour y avoir vécu trois mois. Nous avons largement le temps de faire deux tours de toboggan dans la rue Robineau et en remontant dans la rue des Partants. nous avons également le temps de prendre un café dans le bistro d'en face. Madeleine parce que je lui ai promis que nous irions dans un parc de jeux qu'elle ne connait pas encore et dont je lui ai promis qu'il était très bien, s'empêche de vivre le moment présent, et ne veut rien boire tandis que Nathan se fait ses habituelles moustaches rouges à la grenadine. C'est l'heure, nous traversons la rue et montons chez Léa. Madeleine est accueillie très gentiment par Léa et très sagement s'assois pendant que j'échange quelques obsevations avec Léa. Je lui dis notamment que depuis deux ou trois jours Nathan s'est découvert un passion pour des jeux de constructions de cubes et que ce fait là nous ne souffrons plus beaucoup des problèmes de désordre complet dans sa chambre comme la semaine passée. Et par ailleurs il m'a semblé avoir remarqué ces derniers temps que Nathan redoutait moins certaines situations comme la hauteur, l'eau, les positions d'équilibre ou la vitesse. Léa me dit que ce sont de très bons signes. Nous prenons congé et allons rapidement dans le square de la rue Sevran dont Madeleine découvre qu'il est équipé d'un très grand toboggan tubulaire. Elle peine à croire sa chance, je lui explique que nous allons attendre la fin de la séance avec Nathan ici, que nous irons le chercher et qu'parès nous reviendrons là si Nathan est assez calme pour cela. Elle s'élance dans cette nouvelle aire de jeu très heureuse. Du haut du toboggan elle s'assure que je ne la perd pas des yeux et me renvoit un sourire radieux. Après vingt-cinq minutes de jeu réjouis, je lui dis qu'il faut que nous y allions, elle est très obéissante, je la dépoussière un peu. Et nous repartons main dans la main chercher Nathan. Nous trouvons Nathan attablé sur le bureau de Léa, et qui déchiquète des feuilles de papier à l'aide d'un petit outil destiné à retirer les agrafes des documents. Léa me précise que la séance comme mardi dernier a été très calme, ce dont elle se félicite. Je lui confirme que nous trouvons aussi que Nathan est plus clame et plus maniable à la maison. J'ironise sur la situation de Natha au bureau de sa psychologue et lui demande si Léa fait des progrès. Il opine du chef, Léa me sourit, elle est visiblement ravie des progrès que fait Nathan en ce moment. Je lui demande si elle voit déjà les bénéfices de doubler le rythme des séances je n'ai pas le temps de lui dire que peut-être ma question est trop empressée qu'elle me répond oui absolument. Nous prenons rendez-vous pour lundi. Et puis nous retournons au parc que Nathzan découvre lui aussi avec beaucoup de plaisir. Nous y restons pas loin de deux heures. De toutes les pensées que j'ai pu avoir pendant ces deux heures je ne me souviens d'aucune. Quand j'y pense je me dis que ce n'est pas bien, que j'aurais du prendre des notes, mais voilà il est rare que j'ai quoi que ce soit avec moi qui me permette de prendre des notes. J'aurais donc rêvassé pour rien. jeudi, avril 22, 2004
mercredi, avril 21, 2004
Mercredi 21 avrilJe suis un drôle de zouave tout de même. Je suis en train de travailler à la version électronique d'un roman que j'ai écrit il y a deux ou trois ans. Pour cette version hypertexte, je voudrais donner la possibilité à mes lecteurs d'éprouver les méandres par lesquels je fais passer mon personnage et notamment lorsqu'il s'abyme dans des parties interminables de Tangram. Pour ce faire j'ai besoin de composer d'une part un répertoire de nouvelles figures à reconstruire d'autre part de résoudre des énigmes existantes dans mon vieux livre de Tangram. Et une figure, comme cela arrive souvent, me donne du fil à retordre plus que je n'en voudrais. Je suis obligé de chercher pendant une heure pour ne toujours pas trouver la solution. Et j'ai ainsi fait les choses que je ne peux absolument pas ne pas résoudre cette énigme pour passer à la suite de ma construction. En quelque sorte je me suis bloqué tout seul. De guerre lasse, puisqu'il est tard, je décide de laisser cela et d'aller me coucher demain il fera jour, je verrai les choses sous un jour différent justement. Je laisse un mot à Anne cependant dont je soupçonne qu'elle sera levée avant moi demain matin ou même en pleine nuit pour donner le sein à Adèle, parce que je sais qu'Anne aime bien jouer au Tangram d'une part et que d'autre part je me suis peut-être aveuglé à force de m'user les yeux sur cette énigme. Le lendemain matin, je me lève et trouve Madeleine qui joue avec les sept formes de base, non rassuez-vous je ne vais pas vous faire croire qu'elle a tout de suite trouvé la solution du problème qui me donne tant de mal, elle me demande quel est ce jeu dont elle ne connait pas encore les règles? Je le lui explique en buvant mon thé. Elle avait déjà compris qu'elle pouvait faire des dessins avec ces sept formes de base, elle aime moins l'idée de devoir retrouver des dessins qui ne sont pas les siens. Pendant que je guide de temps en temps les gestes hésitants de Madeleine, je commence à comprendre mon erreur de la veille, cette obstination tout ponantaise à chercher quelque chose en vain. Je cherchais à reproduire cette silhouette qui est représentée deux fois côte à côte sur le dessin ci-dessus. Je m'étonnais d'ailleurs que la même énigme puisse être présentée deux fois sur la même planche mais comme les seules indications dont je disposais à cet égard étaient en chinois, langue que je ne lis pas du tout, je continuais de chercher l'impossible. Oui, il est impossible de représenter une seule de ces deux figures avec les sept formes de base d'un jeu de Tangram. En revanche il est possible de la représenter deux fois. Je goutte toujours mieux l'ironie de ces situations problématiques après les voir résolues que pendant la recherche de leur résolution. mardi, avril 20, 2004
![]() Mardi 20 avril J'ai emmené Nathan chez Léa. nous avons eu le temps de prendre un café en face avant la séance. Le bistro était vide, nous étions les seuls clients. Le patron et ses deux employés allaient déjeûner, le cuisinier apportait trois généreux plats de viande hâchée dans de la sauce tomate avec des nouilles. Le patron a fait la remarque que "la maman" n'était pas là, et m'a demandé si elle avait accouché, je lui ai dit que oui, que c'était une fille, il m'a serré très gentiment la main et m'a dit de transmettre ses félicitations à la maman. Puis nous avons traversé la rue et nous sommes montés chez Léa. Cela faisait deux semaines que nous n'étions pas venus et Nathan manifestait quelque impatience de s'y rendre. Tandis qu'il s'installait sur son petit pupitre, j'ai dit à Léa que nous avions désormais une petite soeur pour Nathan, Léa a demandé à Nathan comment elle s'appelait mais il n'a pas voulu répondre, j'ai épelé le nom d'Adèle à Léa pour laisser à Nathan une chance plus tard de répondre à cette question, je lui ai dit aussi qu'autant nous étions très rassurés des trésors de tendresse que Nathan éprouvait visiblement pour sa petite soeur, en revanche il était devenu subitement assez désagréable et violent avec Madeleine. elle m'a rassuré en me disant que c'était là une réaction qu'elle aurait escomptée de bien d'autres enfants. Comme quoi. Je lui ai aussi parlé du désordre impressionnant que Nathan créait souvent dans sa chambre avec la totalité de ses jouets, elle a fait mine de le regretter mais elle m'a dit que ce n'était pas une surprise pour elle. Sa moue disait cependant bien que ce n'était pas un très bon signe. Léa m'a donné congé pour une demi-heure que je suis allé perdre à feuilleter quelques livres à la Musardine, mais à vrai dire le coeur n'y était pas, je crois que la fièvre me joue des tours. Je suis revenu chercher Nathan. Léa m'a dit qu'il avait paru mécontent que la séance se termine et puis qu'il avait fini par l'accepter, que la séance avait par ailleurs été très calme. Nous avons convenu du rendez-vous de vendredi et puis nous avons pris congé. Sur le seuil, Nathan m'a ouvert les bras et m'a demandé un câlin, je l'ai pris dans mes bras et je suis descendu l'escalier en le portant. Il me serrait très fort. lundi, avril 19, 2004
Lundi 19 avril De la fièvre encore, une bonne partie de la journée qui vient recouvrir les heures. Du sommeil un peu dans la journée, mais que de rêves angoissés. Ce n'est pas le jour encore pour faire des plans sur la comète. Et pourtant c'est ce que je fais à regarder les nuages gris défiler dans les fenêtres de toit, là-haut. Je viens d'envoyer les manuscrits d'une Fuite en Egypte et je me surprends de penser que celui-là rejoindra les autres morts-nés du même auteur. Et tout ce que j'entrevois est du même goudron, je ne m'en félicite pas. Anne m'exhorte au calme, elle n'a sûrement pas tort, mais tout de même si une Fuite en Egypte n'était retenu par aucun éditeur, je doute sincérement de mes forces pour la suite. dimanche, avril 18, 2004
Dimanche 18 avril La journée entière, envahi par la fièvre qui monte, assomé je m'endors au travail, mes collègues prennent pitié de moi et me renvoient à la maison. Je croise Anne-Pauline et Gégé qui emmènent les enfants au bois de Vincennes, je monte me coucher, je m'endors tout de suite. Je grellotte sous une montagne de couverture, de couette et d'édredon. Je fais des rêves torturés, je rêve qu'on m'opère du coeur sans anesthésie. Je compte une trentaine de tuyaux de toutes sortes qui me relient à des machineries, chacune branchée à une console, les messages que j'y lis sont incompréhensibles par moi, une des machines fait aléatoirement beep de temps en temps, c'est sa seule fonction a priori, tous ces tuyaux qui partent de moi vers ces étranges machines s'entremêlent, on dirait le plan de mon site. Anne me monte un thé le soir. La chaleur du thé, et celle d'Anne me font du bien. Je suis enfiévré. J'allume la télévision, ce sont les informations, deux reportages se succèdent qui se passent dans des hôpitaux et notamment sous les scialytiques. Plus tard nous regardons le film d'action du dimanche soir et trois scènes au moins de ce film ont lieu dans des salles d'opération. Cela me revient. La machine qui fait beep, c'est dans le Sens de la vie des Monty Python the machine that goes beep j'aurais bien besoin de voir un sketch des Monty Python pour me dérider. |