Le bloc-notes du Désordre |
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samedi, août 30, 2003
Jeudi 28 août 2003 Toute la journée une chaleur écrasante, nous faisons route vers Valence d'Albigeois, la campagne est brûlée, le paysage est entièrement teinté d'ocre, les champs sont bistres et sales, le ciel est bas, mais autant de promesse de pluie qui ne tiennent pas, les jardins sont poussiereux, les alentours qui défilent sous nos yeux sont comme une succession d'autochromes jaunis et ternis par le temps. Le soir le ciel s'assombrit d'un coup, cette fois-ci pour de bon, et tout d'un coup éclate, les enfants réfugiés dans la maison sont ébahis de tant de violence, la pluie bat les carreaux fermés en hâte, il y a encore la fenêtre de la salle de bain juste rabattue à l'espagnolette qui joue dans ses gongs, on compte les secondes entre les éclairs et le tonnerre, mais on s'y perd un peu parce que cet orage n'a aucun ordre qui darde sa foudre tantôt tout prêt, tantôt à des kilomètres, et puis les coups de tonerre sont trop fréquents pour qu'on s'y retrouve vraiment, du coup les explications aux enfants sont fumeuses et sans doute pas faciles à comprendre, suit le tintement de la grèle contre les carreaux, tintamarre qui fait taire les enfants, on ne serait dire si c'est de surprise ou de peur, et puis les choses se calment presque aussi vite qu'elles sont tombées sur nous. Plus tard la lumière rasante du couchant balaye les briques humides de la vieille ville, la cathédrale a des allures de paquebot qui vient d'essuyer un grain, impassible, et qui met maintenant cap à l'ouest. Vendredi 29 août 2003 Trois heures d'embouteillage à la fin du voyage, cela m'apprendra à ne jamais tenir aucun compte de ces épiphénomènes, à ma décharge travaillant habituellement quand tout un chacun se repose et vacant au reste quand tout un chacun travaille, je n'ai pas l'habitude des routes encombrées. Malgré l'immobilité de cette masse ahurissante de véhicules l'impression de ne pas y être vraiment. Il pleut, j'écoute le même disque de Charles Lloyd qu'à l'aller, la cassette est complétement détendue, je n'interviens pas laissant la vue du déluge sur le parebrise coïncider avec les notes déjà distendues de la guitare de John Abercombrie devenir encore plus molles et somme toute humides. Quand le but approche, je finis tout de même par m'impatienter, je ne suis pas seul, à l'arrière, les enfants trouvent le temps long aussi et se chamaillent plus que de coutume, je demande le calme, n'obtiens rien de probant, je menace, il n'est tenu aucun compte de mes vitupérations, on s'énerve tous ensemble, les enfants crient, pleurent, j'éteins la musique on ne l'entend plus, je tente de remettre du calme dans tout ça, et on resterait fâchés jusqu'au bout si Madeleine ne me faisait pas remarquer que vraiment les embouteillages c'est chiant Oui Madeleine ne parle pas toujours très bien, j'y suis sans doute pour quelque chose et de me demander en guise de conclusion: Est-ce que les embouteillages c'est plus chiant que tes enfants Papa? On rigole bien à la fin; sur l'autoroute de l'Est la première indication pour Fontenay sous Bois est en vue, incroyable qu'on y soit enfin. jeudi, août 28, 2003
![]() mardi 26 août 2003 Avec Thierry nous descendons vers un cours d'eau, un gourd dans lequel les enfants se jettent sans réserve, il fait très chaud, le soleil tape tellement fort qu'il parait liquide, des kilotonnes d'hélium qui nous tombent dessus, demain nous serons partis, et cette chaleur c'est comme si c'était la dernière de l'été, de l'année. Et le lendemain matin de trouver la voiture sous un manteau de rosée, il fait frais, c'était donc vrai l'été est terminé. ![]() Mercredi 27 août 2003 Nous sommes à Albi et Clémence nous fait faire le tour de la vieille ville, je découvre interloqué les motifs presque abstraits de la cathédrale d'Albi et fait remarquer à Clémence les différentes scènes du jugement dernier qui entourent l'autel, et comment toutes ces scènes appartenant à des temps différents figurent toutes sur le même tableau, principe de narration par l'image si fréquent dans la peinture de la fin du moyen Age et du début de la renaissance. Je me souviens d'un après-midi au Louvre avec Clémence, carnets de croquis en main, je relevais des silhouettes de bustes pour la série de Camille Claudel trouvait les bustes de rodin fort modernes et je prenais un main plaisir à faire remarquer à Clémence telle hanche ou telle poitrine, elle souriait en secouant la tête en se disant que décidément ce beau-père-là avait vraiment un grain. Le soir discussion avec Clémence et son ami Ludo, la parole se délie enfin, et nous pouvons parler des années de guerre entre les grands les enfants d'Anne, Julien et Clémence et moi, et chacun de rivaliser de paroles de pardon. mardi, août 26, 2003
Lundi 25 août 2003 Madeleine disparue pour la journée, dans ma main, celle, petite, de Nathan, qui me suivit tout le jour. En fin d'après-midi, nous buvons des menthes à l'eau chez Gilles et Sandrine, Nathan s'entend à merveille avec le petit Zacharie. Puis nous partons vers les gorges du Sou, dans cette étroit boyau entre les falaises. Le chemin escarpé m'oblige à porter Nathan qui s'accroche à moi sans peur, je me tiens fermement à la main courante, les buis et les petits chênes verts alentours sont balayés en tous sens par le vent. C'est dans cette gorge que nait le vent de toute la vallée, engouffré qu'il est, cerné en somme par les falaises butant contre elles et repartant en sens inverse dans le couloir, enfin libre il se calme, mais coincé dans les falaises il mugit. Nathan me suit, il ferme parfois les yeux au vent, impressionné tout de même par tant de force, mais il me suit, escaladant les grosses pierres que j'ai simplement enjambées. Nous sommes seuls dans cet endroit désert où le vent vit à l'année. Notre vulnérabilité me serre un peu la gorge, celle de Nathan égaré là par son père qui voulait absolument revenir pour faire une photo. Je me suis juché à cet effet sur un bloc de rochers, pour prendre la hauteur suffisante pour mon cliché, le vent me pousse de toutes parts, exercice d'équilibre, Nathan est en contrebas et attend que je redescende, les cheveux ébouriffés par le vent, un pensée idiote me traverse l'esprit, si je tombe, il serait incapable de sortir de là, il serait la proie du vent et la nuit tombée des animaux alentour, pourquoi penser à des choses pareilles?, en redescendant du rocher je redouble de prudence. lundi, août 25, 2003
Dimanche 24 août 2003 Route sous le soleil mais les enfants résistent bien à la chaleur dans le grand vent des fenêtres largement ouvertes et de la vitesse, vers Lagrasse les estomacs cependant crient famine et je leur cale deux énormes morceaux de pain et grimpe en vitesse jusqu'à Termes, dans les Corbières. Nous arrivons juste à temps pour prendre le déjeuner avec Achim et Elyane. Madeleine disparait, emmenée par la main par une petite fille de son âge qui s'appelle Leila et qui connait visiblement le village comme les poches de sa salopette. Nathan est sage qui trouve apparemment beaucoup de plaisir avec quelques jouets vestiges des années soixante conservés par Achim dans une boîte en carton elle-même hors d'âge. Du coup le café s'étend, et je ris maintenant de mes lignes courtes des jours précédents, tout ce que je ne voulais pas y mettre, coule d'un coup dans la conversation avec Elyane, cette difficulté de vivre paisiblement quelques jours sous le toit des parents sans que conflits et incompréhensions réciproques n'alourdissent tout, il faut dire, est-ce une déformation professionnelle?, oui sûrement, mais le ton de voix d'Elyane invite beaucoup à se décharger de ce qui pesait. Le soir je retrouve les deux petits corps endormis dans l'ancienne cuisine en bas, des étagères qui autrefois devaient porter sel, poivre, épices, pâtes, riz, huile, chocolat, café, filtres à café, que sais-je encore, sont serrés sur ces étagères désormais des livres de contes de tous pays, contes persans, contes japonais, contes de Grimm, contes contemporains, que de contes encore, il y a une prise de téléphone tout près du lit, et à la lueur de la lampe de chevet, j'envoie un court message à Anne: les enfants vont bien, il sont fatigués, de cette fatigue des jours pleins et ils dorment sans faire de cauchemar. Anne m'a écrit que les travaux dans notre rue à Fontenay étaient terminés et que nous avions un beau macadam. |