Le bloc-notes du Désordre |
RETOUR AU DESORDRE | MEL | ARCHIVES | POURQUOI | LA VIE | RETOUR AU BLOC | 22042003.txt | EXERCICES DE STYLE | LA CIBLE
|
jeudi, juillet 31, 2003
Rencontre avec J., grand plaisir d'une conversation sans ordre, à la pudeur naturelle, mais je ne m'étends pas je ne crois pas que J. aime que l'on s'étende justement. Une chose peut-être, J est psychologue pour enfants et dire que j'ai eu la mufflerie de la tanner avec les déjections inopinées de mon petit garçon, comme si elle s'était épanchée à propos de ses problèmes avec son ordinateur ou tel programme qu'elle ne parvient pas à désinstaller et je ne sais quelle autre excrétion comme on en trouve de nombreuses sur nos disques durs, vraiment je suis un cuistre. mercredi, juillet 30, 2003
Mardi 29 juillet 2003 Parce que la veille en sortant les poubelles, j'avais un peu honte de la montagne de cartons vides sur lesquels il avait plu pendant le week end et qui étaient donc inutilisables, derrière cet amas imposant, sur le parapet, j'avais laissé trois bières à l'intention des éboueurs avec un pannonceau du même carton que les cartons qui faisaient la corvée sur lequel, j'avais inscrit simplement Merci. Ma grande joie ce matin est de voir ce même pannonceau coincé dans le portail, retourné pour être lisible par nous ce matin, un simple mot inscrit sur un morceau de carton échangé me met en joie pour la journée. Mercredi 30 juillet 2003 Aujourd'hui en rangeant toutes sortes de ces choses dont on ne peut pas dire que l'on a besoin mais qui font en somme la masse essentielle d'un déménagement, en rangeant donc ce superflu dans les combles et plus exactement dans les placards qui bordent les côtés de ces combles, j'ai trouvé entre deux lattes de parquet une carte de memory que j'ai reconnue en tant que telle immédiatement, pour son format carré, pour son envers aussi sur lequel la marque du jeu, Ravensburger, est écrite de nombreuses fois, mais pas pour son image qui ne correspondait à aucun jeu de memory auquel j'ai pu jouer, curieuse impression en fait de tenir là une parcelle de la mémoire des précédents habitants de cette maison. Les précédents habitants de cette maison ont laissé derrière eux très peu de choses, outre quelques longueurs d'avance de papiers peints pour faire des raccords le cas échéant, quelques lattes des différents parquets de la maison de même que quelques carreaux des différents carrelages tout cela pour les mêmes raisons de dépannage, outre donc ces chutes, les précédents habitants de cette maison donc ont laissé derrière eux deux couteaux de cuisine, tous les deux de très bonne qualité, et deux dessins d'enfants, tous les deux datés et légendés, ce qui dit bien qu'en dehors du fait qu'ils furent oubliés sur place, ces dessins faisaient l'admiration des parents, personnellement je n'en pense pas grand chose si ce n'est bien sûr que je reconnais le même engouement benoît et un peu idiot que le mien conservant religieusement tous les gribouilis des enfants, pire, y participant parfois, ils laissent également derrière eux un peu d'adhésif sur le battant de la porte d'entrée, une bande verticale inclinée, qui autrefois collait cet objet du culte juif qui orne, c'est sans doute mal dire, la porte du domcile des croyants juifs, c'est dire le peu de choses que je sais d'eux, à vrai dire visitant leur maison quand elle était encore habitée par eux ne nous avait pas appris beaucoup de choses non plus à leur propos, aucune photographie n'ornait les murs ni n'était posée sur un meuble, et pourtant pour nous rendre compte, par exemple, de la profondeur des tiroirs et des placards nous avions ouvert beaucoup de ces portes, nous n'avions remarqué qu'une chose, cette petite boulette de mouchoir en papier au pied du lit des parents perdue dans les rideaux de la fenêtre, vraiment il était impossible de se faire la moindre idée de qui étaient ces personnes auprès desquelles nous nous apprêtions à prendre la suite dans cette maison, la promesse de vente donnait somme toute davantage de renseignements puisqu'elle mentionnait que Monsieur était architecte et Madame avocate. Je n'ai pas le sentiment qu'ils aient pris le soin, comme je l'ai fait à Puiseux de laisser quelque part dans une boîte de dérivation un petit cylindre de papier roulé sur lui même sur lequel ils auraient pris la peine de donner quelques informations sur la vie qu'ils menèrent dans cette maison. Et pourtant de trouver cette carte orpheline d'un jeu de memory me rend ces personnes soudain plus proches, moins lointaines, je ne dis pas évidemment pas que je me sens des atômes crochus avec ces personnes inconnues uniquement sur la base que nous avons déjà joué au même jeu, non cette carte perdue tient davantage de la relique, vestige qui contiendrait un peu de la pensée en éveil des enfants de cette maison et même de celle de leurs parents jouant avec eux, tout comme mon père fit de très nombreuses parties de memory avec nous, enfants. Sans y donner davantage de réflexion, je posai machinalement la carte sur une étagère au dessus de ma tête et reprenait mon rangement de ces placards aménagés dans les combles. Cela fait, je n'avais pas oublié la petite carte carrée et la cherchai sur l'étagère, enfin relevé, je constatai que je l'avais posée sur le livre de Joan Fontcuberta qui fut un de mes professeurs de photographie à Chicago et que l'endroit même où j'avais posé cette carte sur cette couverture offrait une surprenante continuité de formes avec l'image qui était représentée sur cette couverture et dont le sujet, justement, était la continuité de formes prises à des contextes différents. Je vous fais un dessin. Cette carte égarée était donc passée d'une partie disputée par les anciens habitants de cette maison à une sorte d'accident visuel chez nous. Je vais garder cette carte, je me demande quel autre pouvoir elle détient, ou ne ferai-je pas mieux, au contraire, de la joindre à l'enveloppe de réexpédition que m'ont laissé les anciens propriétaires de cette maison pour qu'ils puissent de nouveau l'intégrer à leurs parties de memory familiales et de sourire à la destinée hors norme de ce morceau carré de carton imprimé. Je me souviens qu'à notre jeu, manquait l'image de la cheminée et de sa fumée noire que nous écartions volontairement de chaque partie parce qu'une tâche marquait son dos de façon reconnaissable et que cela nuisait à l'équité de la partie. mardi, juillet 29, 2003
Lundi 28 juillet 2003 Je vous interdis de rire, mais voilà aujourd'hui je suis allé dans un web bar, oui, parce que l'opérateur téléphonique n'est toujours pas parvenu à nous donner une ligne, je suis en ce moment obligé d'imaginer toutes sortes de façons pour vous envoyer les épisodes du feuilleton la Cible, et donc aujourd'hui, en dépit d'une solution meilleure, par exemple samedi, le premier épisode a été envoyé depuis un PC dont le clavier était configuré pour permettre à une taïwannaise de correspondre avec les siens dans son idiome, aussi l'envoi du premier message fut acrobatique et sans doute pas dénué de fautes de frappe, puis le jour suivant sur un très vieux mac qui résista un peu à mes invectives concernant sa façon de comprendre l'accentuation de la langue française, le lendemain encore message envoyé à partir d'un PC en équilibre sur un coin de bureau surchargé de jacks et autres raccords de toutes sortes dont un pour une pédale wah-wah, pour moi qui n'ait pas l'habitude de traiter les sons avec un ordinateur, de brancher dans un PC une guitare électrique ressemble à une tentative de flinguer la carte-mère par électrocution, et, d'échouer aujourd'hui dans un web bar, ce qui était une première pour moi, pour corser les choses j'entrais dans cette taverne des temps modernes accompagné de mes deux enfants, auxquels j'assurais que c'était l'affaire de cinq minutes, juste le temps d'envoyer un mail en somme. Je fus très déçu par cette première visite d'un tel établissement, des tas de gens, une quinzaine se serraient les uns contre les autres, dos à dos, coude à coude (il ne fut pas facile de ranger ma carcasse entre la chaise et le clavier, et puis de prendre les enfants, un sur chaque genou, de les embrasser sur le front pour leur assurer à nouveau que nous n'étions pas là pour des lustres, et, en avant la musique, je fricotais doctement (je me donnais avec assurance l'allure du type qui fait cela tous les jours et dont la consultation du courrier électronique est une obligation quasi professionnelle, je crois que j'entendais par ce stratagème faire passer la présence de mes enfants dans un tel endroit dont je devinai à demi-mots et aux regards courroucés des plus taciturnes habitués que telle n'était pas leur place en plein après-midi ensoleillée de la fin de juillet) sur le clavier, tout se passa bien, les enfants restèrent sages mais les regards mauvais, presque, redoublaient, parce que oui Madeleine me posait beaucoup de questions, pas toutes très pertinentes, c'est vrai, mais était-ce là vraiment un casus belli entre les internautes du lieu et nous, plus modestement simples piétons échoués là parce qu'une lubie me pousse idiotement à m'astreindre à envoyer tous les épisodes au jour le jour, et rendus à notre condition de piétons déconnectés par l'incurie de l'opérateur téléphonique, incurie déjà mentionnée, je n'y reviens pas. Vraiment à beaucoup qui avaient l'air d'être là depuis des heures, de nombreux Américains très bruyants quand leur téléphone portable sonnait, à tous donc j'aurais volontiers recommandé d'aller faire un tour dehors histoire de s'aérer un peu, sans doute se seraient-ils aperçus que dans ce qui est communément appelé la vraie vie, des enfants braillent dans les rues, et j'étais bien tenté de secouer un peu ce petit monde palot, quand je me fis au contraire cette réflexion que ces personnes étaient mes semblables qui passaient beaucoup de temps devant un écran, à eux en revanche je prêtais d'y passer plus de temps que moi, et je compris alors qu'ils étaient ces personnes dont je parcourais de temps en temps les blogs, un peu effaré de les voir nourrir ces espaces de pensées courtes et si fréquentes se renvoyant les unes aux autres, toujours éberlué aussi de lire à quel point ce qui est écrit ne concerne presque que le temps qui est effectivement passé devant l'écran. M'extrayant avec peine et sous les soupirs de mes voisins agacés qu'ils soient obligés de de lever pour me laisser passer un enfant dans chaque bras (même au cinéma les gens ne sont pas aussi mal polis, qui pourtant souvent sont prompts à me faire remarquer que je suis grand et que ma tête mange leur part d'écran, qu'attendent-ils de moi au juste que je cours me faire opérer pour une réduction de la colonne vertébrale?), je réglais l'addition qui me parut salée (d'autant qu'entre-temps je m'étais rendu compte que l'épisode du jour ne faisait que trois lignes ce que j'avais tout à fait perdu de vue en entrant dans ce lieu de perdition et que sans doute son envoi aurait pu être différé au lendemain pour accompagner un épisode presque plus succinct encore), je fus, donc en sortant, très réjoui de trouver rapidement un square où manger des glaces avec les enfants parmi mes soeurs d'armes en ces lieux, les nounous en boubou.
Lundi 21 juillet 2003 Une journée à ce point pleine à faire le vide justement, et le soir en revenant chercher les derniers objets divers de constater que la maison de Puiseux cette fois-ci est entièrement déserte, les pièces sans vie et sans vraie trace des occupants qui étaient encore là ce matin. Une journée sous la chaleur celle de l'été caniculaire et aussi celle des amis venant en nombre pour nous aider dans le transport dont nous nous faisions tous une montagne et ce n'était pas loin d'en être une. Le soir même Anne et moi nous couchons sur un lit fait à la va-vite dans les combles là où nous dormirons désormais et par les fenêtres de toit ouvertes, nous écoutions la nuit de la ville si différente de la nuit de Puiseux, amusés d'ailleurs que celle de Fontenay-sous-Bois soit plus calme que celle de la campagne dont le calme mortel de la grand rue la nuit était souvent déchiré par les passages bruyants des mobylettes et des tracteurs également poussifs. Le soir Anne et moi tombons comme des mouches. Mardi 22 juillet 2003 De bon matin j'emmène Anne à son travail dans le Marais, la lumière est belle, celle matinale de l'été, chaude en couleurs qui prévient de ce que sera la chaleur tout le jour durant. Ces quelques minutes à prendre le café au bar des Chimères parce que nous avions un peu d'avance, ces quelques minutes font figure de rêve éveillé dans ces journées faites d'une seule et même chose, déplacer tel carton pour atteindre tel autre, l'ouvrir, être déçu qu'il ne contienne pas ce que l'on cherche, y trouver ce que l'on ne cherchait plus et qui donc n'a plus l'utilité cruciale dont on l'avait affublé il y a quelques heures. Et puis déplacer un nouveau carton, l'empiler sur le carton précédemment déplacé, de même ne pas trouver ce que l'on cherche mais trouver ce que l'on ne cherche plus, chantonner pour soi, et pour soi uniquement, on chante tellement faux, you can't always get what you want, but if you try sometimes, you might find just what you need, revenir à la montagne de cartons, constater que l'on vient d'empiler coup sur coup deux cartons lourds sur le carton dont nous briguons désormais le contenu. Des journées entières perdu dans les cartons. Mercredi 23 juillet 2003 Levé de bonne heure pour rapporter le petit camion loué pour le déménagement, Jeudi 24 juillet 2003 il pleuvote sur l'écran de mon ordinateur ce n'est sûrement pas une bonne chose, mais les très fines gouttelettes irisant la surface de l'écran forment de petits cercles qui séparent la lumière de l'écran en trois couleurs, rouge, bleu vert, et, ce spectacle là, j'ai peine à y mettre fin, bien qu'il faille. Vendredi 25 juillet 2003 Samedi 26 juillet 2003 C'était il y a dix ans aujourd'hui. Aujourd'hui marchant dans la rue du Faubourg Saint Antoine, j'ai vu une jeune femme dans une vitrine qui scotchait à même les vitres de larges affiches "Soldes", et quand je passais à sa hauteur, je la vis en difficulté, conciliant avec peine de tenir l'affiche plaquée sur le verre à son emplacement destiné et de couper un morceau de ruban adhésif avec ses dents (comme j'ai fait je ne sais combien de fois ces derniers temps avec ces foutus cartons), et passant devant cette vitrine dans laquelle se contorsionnait cette jeune femme, je mis ma main sur la vitre pour tenir l'affiche en somme, la jeune femme me sourit, reconnaissante, et laissa tomber son affiche: nous fûmes tous les deux pareillement incrédules et hilares de notre méprise partagée. Et c'est un miracle que je puisse aujourd'hui avoir envie de raconter pareille légèreté, je vous fais donc grâce de la promenade sous la pluie dans le bois de l'Eclat, une dernière fois, après avoir rendu les clefs au propriétaire. C'était il y a dix ans, aujourd'hui, mon frère Alain rendait définitivement les clefs à son propriétaire. Dimanche 27 juillet 2003 Cet après-midi, le sentiment d'un immense bonheur, nous sortons de la maison et remontons la rue du ruisseau, les mains des enfants dans les nôtres, attention pour traverser, nous emmenons tout le monde au cinéma le Kosmos (C'est dans le cinéma le Cosmos de le rue de Rennes à Paris, qui n'existe plus depuis longtemps que j'ai vu le Sacrifice de Tarkovski), pour Nathan c'est une première, voir Les Triplettes de Belleville, film d'animation de Sylvain Charmet. A vrai dire nous ne sommes pas très sûrs de l'endurance de Nathan dans cet exercice aussi la stratégie est la suivante si cela dégénère, j'attrape Nathan et nous rentrons à la maison, lui et moi. Nathan est assis sagement dans son siège, un peu étonné en somme d'avoir droit à tout un siège pour lui seul et attend patiemment le levé de rideau. Un incident me conduit tout de même vers les toilettes à l'arrière de la salle à devoir me débrouiller avec du papier hygiénique de fortune et de, disons les choses comme elles sont, nous débarrasser du slip souillé de Nathan dans la petite poubelle prévue pour les serviettes hygiénique des dames, pardon mesdames, je reviens en salle en sueur pour la plus grande hilarité d'Anne et d'Anne-Pauline à qui j'explique ce que j'ai dû faire du sous-vêtement de Nathan, elles ont visiblement peu de compassion pour les autres femmes de ce cinéma qui seraient en ce moment menstruées parce qu'elles gloussent de plus belle, les femmes des fois vraiment, et puis les rideaux finissent par s'ouvrir sur l'écran, Nathan au dernier moment décide de venir sur mes genoux, je soupire de concert avec Anne en me disant que cette agitation augure mal de cette initiative, peut-être mal engagée. Mais voilà les images et la musique font un effet boeuf au petit bonhomme qui appuie doucement sa tête contre mon menton, ne bouge pas et applaudit même une fois, m'engageant à en faire autant. Est-ce la poésie de ces images animées, la tendresse de mon petit garçon, la convivialité de ce cinéma de quartier, l'image est projetée au ras du sol, l'écran est un mur blanc, je suis un peu submergé par le sentiment du bonheur, impossible qu'un tel plaisir soit là à une centaine de mètres de la maison!, c'en est presque immoral qu'il ne faille pas traverser des kilomètres de désert ou arriver à pied par la Chine. |