Le bloc-notes du Désordre |
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jeudi, juin 19, 2003
Il manque encore trois photos à cette journée, parce que j'en ai égaré une sur le Mac d'Anne, une autre sur un Cd qui est resté au boulot le week-end dernier et enfin il y en a une qui est restée coincée dans la mémoire de l'appareil, mais le cordon USB est lui à Paris branché sur le Mac d'Anne, lui aussi oublié, quel désordre! En revanche j'ai fini par retrouver la trace dans mes sauvegardes de la photographie du couloir à propos duquel je vous avais tant assomé, à vrai dire, cette photographie est nettement plus éloquente et concise que mes longues divagations d'il y a deux semaines. De même j'ai amélioré la fluidité des liens concernant l'article à propos d'Oeuvres d'Edouard Levé ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() mardi, juin 17, 2003
Par deux fois aujourd'hui des objets que j'aurais cru inanimés, tout du moins fixes, sont tombés tout près de mon chef. La plaque en céramique du 234, rue du Faubourg s'est descellée de son mur et est tombée juste à ms pieds dans un grand fracas. Comme j'avais un rendez-vous d'affaire, en quelque sorte, à cette adresse j'ai bien manqué de rebrousser chemin en me disant que sûrement rien de très bon pouvait ressortir d'un tel entretien à une adresse dont la plaque se détache du mur de l'immeuble à l'heure dite de mon rendez-vous, et puis je n'en ai rien fait je me suis fait la remarque que eût égard à la circulation compacte et sans fissure, j'avais dix minutes de retard et qu'en conséquence ce mauvais présage ne pouvait pas m'être destiné en propre (je me fis même cette réflexion annexe que peut-être cette plaque, dans sa chute, était destinée à un autre quidam, qui, lui, avait pris le métro plutôt que d'aller à pied à son rendez-vous de psychanalyse dans le même immeuble, et qu'en conséquence, les dix minutes d'avance qu'il avait, correspondant à mes dix minutes de retard, ces dix minutes donc lui avaient peut-être sauvé la vie, ce dont il était tout à fait indocte naturellement. Mon rendez-vous s'est plutôt bien passé, aussi aurais-je eu tort de ne pas y aller ou de le remettre. Et puis ce soir dans la cuisine, tandis que je piochais distraitement dans un grand plat de cerises à la couleur grenat, tout en regardant les informations à la télévision, tiens cela fait deux soirs de suite que je regarde la télévision, il faudrait que je le note dans mon journal, voilà c'est chose faite, j'aime bien garder trace de ces menus accidents, très improbables dans le cas présent, je ne regarde jamais la télévision, donc tout affairé que j'étais à piocher des cerises en regardant la télévision, la petite lampe plafonaire de la cuisine est elle aussi tombée avec pareil fracas dans le plat de cerises, ce n'est donc pas de gaîté de coeur que j'ai jeté toutes les cerises à la poubelle pour éviter tout risque d'occlusion intestinale. On m'en veut c'est certain, mais qui? Ce soir je prendrai bien le frais, prendre un café à une terrasse en lisant les carnets de Joseph Joubert, mais voilà je ne voudrais pas tenter le diable non plus, je ne voudrais pas qu'une tuile me tombe dessus, au propre comme au figuré. J'ai fini par coucher les enfants, je crois qu'en fait ils se sont lassés d'avoir un père aussi fantômatique, incapable de prêter l'attention qu'il faudrait à leurs jeux. Et de fait, assomé par la fatigue de la nuit dernière au travail, je me suis assoupi devant la télévision, un film italien en version originale, mais rapidement ma concentration s'est montrée insuffisante pour suivre ce film, je m'endormais par intermittence ou l'image était très lumineuse et je fermai les yeux, ce qui en l'absence des sous-titres ne facilitait en rien la compréhension de l'intrigue. En fait je me suis endormi plusieurs fois, je me souviens m'être réveillé et de voir vu Valeria Bruni Tedeschi dire, sous-titrée, "Excusez le désordre", véridique. La musique de violoncelle, les suites pour Violoncelle de Bach, je crois, au générique, m'a finalement réveillé, le salon était baigné d'obscurité, un merle s'envolait en pépiant dans le jardin. Je me demandais ce que j'avais ainsi regardé, une histoire dans laquelle des gens ne se recontraient qu'en rêve, une pièce en désordre donc, la chambre du personnage campé par Valeria Bruni Tedeschi, et m'a-t-il semblé un acteur italien avec la voix de Gérard Depardieu, du violoncelle en continu, le bruit de la mer et des gens qui de nouveau ne se recontraient pas, ou seulement dans leurs rêves. Je me suis levé, je me suis fait du thé et j'essayais de faire un film avec cela, je n'y parvenais pas, j'eus alors l'idée de me pencher sur le programme de télévision, remarquai au passage que c'était là chose curieuse que de s'enquérir dans un programme de télévision d'un programme justement écoulé, diffusé, et lu ceci: "Mots d'amour, film de Mimmo Calopresti (France/Italie, 1998), VO avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Gérard Depardieu (tiens il parle italien Gérard Depardieu?). Lui est distrait, divorcé et prof de violoncelle. Elle est seule, fragile et croit aux chiffres: le 3 et le 27, c'est bien, le 2, c'est l'horreur. Et le 11 aussi, forcément, puisque 1+1, ça fait 2... Bien qu'accrochée à ses obsessions, Angela est, en fait, plus solide que ceux qu'elle croise."Avant de poursuivre je me fais la réflexion que pour le violoncelle et Depardieu j'avais bon, mais à vrai dire cette description du film ne m'aide pas davantage à reconstruire ce récit parcellaire dont il me manque visiblement l'essentiel. Je continue la lecture de l'article: "Mots d'amour est un film en trompe l'oeil. rien n'y est franchement drôle, mais les personnages, à force de se tromper sur eux-mêmes et sur les autres, en deviendraient presque cocasses: Sara, amoureuse d'un avocat marié; la copine d'Angela, qui jette sans le vouloir son amant dans les bras de sa meilleure amie. Quant à Marco, destinataire des mots d'amour d'Angela, il se trompe d'expéditeur au point d'en écrire, à son tour, à qui il ne fallait pas... (je ne sais pas si vous avez vu le film mais pour moi qui ne l'ai vu que très partiellement, j'ai de plus en plus de mal à m'en faire une image un peu nette) Tout cela est filmé par Mimmo Calopresti avec une délicatesse évidente. Avec une scène-clé, celle du rendez-vous raté, admirablement interprétée par Valeria Bruni Tedeschi et Fabrizio Bentivoglio, d'une cruauté aussi précise et tranchante qu'un scalpel. (L'article est de Pierre Murat dans Télérama). Je crois que ce film je pourrais le revoir, en ayant le sentiment de l'avoir déjà vu mais en ayant oublié comment cela se finissait. En fait j'ai bien aimé ce film. Quelqu'un l'a enregistré? lundi, juin 16, 2003
A propos des Oeuvres d'Edouard Levé 1. Un livre décrit des oeuvres dont l'auteur a eu l'idée, mais qu'il n'a pas réalisées. 2. Au tout début était cette préoccupation lancinante de l'homme, de veiller à sa représentation dans l'espace qui l'entoure, et dans la nuit des temps nos ancêtres déjà sur les murs de leur habitat se peignaient, notamment à la chasse, le lieu de leur existence. 3. Accélérons. A la fin du Moyen-Age, la question de cette représentation tarraude d'autant plus l'homme qu'il est sur le point d'apprendre que le soleil ne tourne pas autour de la terre, que cette dernière d'ailleurs n'est pas plate, toute entière supportée par quelques créatures géantes à ces quatres coins, mais aussi sur le point de se figurer que l'existence de Dieu n'est pas donnée a priori. 4. S'en suivent alors quelques réalisations troublantes, un homme fut-il roi ne peut pas être représenté plus grand que les tours de son chateau, que tous les hommes d'ailleurs, fussent-ils rois ou vasseaux avaient sensiblement la même taille, et qu'en cela la géométrie rendait de loyaux services pour s'approcher d'une représentation en rapport avec la réalité. Des sols aux carrelages aidants et leurs tapis aux motifs également géométriques furent dressés et on y assit les uns et les autres, rois et vasseaux, d'abord pas très bien, mais les siècles passant avec davantage de maîtrise, au point qu' un empereur couronnant son impératrice dans une cathédrale ne fut plus un défi paralysant. 5. La peinture avait alors besoin d'autre chose, d'autres appétits, d'autres rêves, c'est ce qui fut permis par la technique notamment par l'invention de la photographie qui prit à sa charge le problème fastidieux de la fidélité de la représentation, mais aussi avec l'invention de la peinture en tube, ce qui permit à certains de s'illustrer devant les nénuphars de leur jardin. De nouveau on fit fi des contraintes de proportions et des coquelicots devinrent plus gros que des promeneurs ombrelles comprises. 6. Et on en était là de bien des réflexions en matière de peinture quand quelques peintres inspirés décidérent de représenter, dorénavant, tout à trac, à la fois le devant, le dessus, le dessous, les côtés, le derrière, la vue de trois-quarts, la vue de profil et la vue de face, c'est à dire, à la fois le devant vu de face, le derrière vu de haut et de trois-quarts, les côtés vus de profil, mais aussi le dessus vu de profil, le derrière vu dessous de trois-quarts arrière, autant de vues mitoyennes sur un même tableau, on s'y perdait un peu, nul n'était tout à fait sûr de ce ce qu'il voyait, de ce qui était représenté, épineuse question de la ressemblance, ce qui donna bien sûr l'idée à des Russes avant-gardistes, plus inspirés encore, de ne plus représenter ce qu'ils voyaient, la chose paraissait tellement incongrue d'ailleurs que les peintres des deux écoles, l'abstraite et la figurative se lancèrent dans une partie de ping pong endiablée. 7. Des joueurs restés sur la touche se trouvèrent alors des vocations d'arbitre, pour les uns c'était l'idée qui primait, pour les autres le commentaire sur tant de découvertes, ceux-là s'arrêtaient en chemin et, regardant derrière eux, prenaient un peu la mesure du chemin parcouru. C'est d'ailleurs dans ce commentaire que les choses se sont un peu essouflées, avec une grande mauvaise foi l'un nous imposait systématiquement des rayures verticales de 8,7 cms de large, en toute circonstances, quand un autre tout aussi borné se photographiait tous les jours, rajoutant, chaque jour que Dieu ne faisait plus, un peu de blanc dans ses gris pour mieux se faire disparaître. Epoque curieuse et peu féconde somme toute dans laquelle l'entreprise artistique devenait une entreprise comme les autres veillant à la fois à sa production, sa revue de presse, sa critique et sa diffusion, la production devenant par là même secondaire à plus d'un titre. 8. A la fin de cette époque, un artiste du nom d'Edouard Levé écrivit un livre de 200 et quelques pages dans lequel il recensait toutes les idées d'oeuvres qu'il ne réalisa pas, les unes parce qu'elles étaient matériellement impossibles à réaliser, les autres parce qu'elles auraient été trop coûteuse à la réalisation, certaines parce qu'elles n'étaient pas de si bonnes idées, d'autres encore parce qu'elles promettaient d'être des oeuvres ennuyeuses, et certaines aussi parce qu'elles n'étaient pas davantage que leur idée fondatrice, ou encore parce que le simple fait de les décrire était en soi une oeuvre, et aussi parce que le livre qu'Edouard Levé se promettait d'écrire était une oeuvre fantôme, une oeuvre de la non-représentation, ce qui nous dit un peu le pouvoir des mots mais aussi que "rien ne précède l'écriture" (Maurice Blanchot). 9. Et c'en fut fini de cette période stérile de l'art qui ne s'était plus trouvé comme sujet que lui-même. 10. Ce que firent ensuite les artistes n'est pas dit dans le livre d'Edouard Levé, certains allaient peut-être reprendre leur chemin, et rejoindre ceux qui n'avaient jamais cessé de forer plus en avant dans la friche sans nom, affranchis, cette fois, de cette nécessité de représenter toutes les étapes de la représentation elle même, libres en somme. Oeuvres d'Edouard Levé aux éditions POL dimanche, juin 15, 2003
Que reste-t-il d'une journée à dormir, après la nuit au travail, jusque dans l'après-midi, à déjeuner, à descendre dans la cave à Garches pour y entreposer quelques nouveaux cartons, à prendre une douche rapide et à partir au travail, et au travail, et bien à travailler? D'une telle journée, il ne reste rien. Si, peut-être l'émotion de tomber dans la cave sur une boîte qui contient des voitures de course miniature, et le souvenir des circuits bordés de légos sur le tapis dans le salon et des billes pour faire avancer les voitures, les souvenirs plus amers devant les tranches des livres scolaires, et notamment celui de physique-chimie de la classe de seconde (je me souviens de cette professeur de physique-chimie qui avait un prénom à coucher dehors, Marie Clothilde, elle s'est finalement mariée au professeur de mathématiques, qui lui s'appelait Christian Le Tannou, inflexible bonhomme à qui j'avais tout de même arraché un sourire lorsqu'il nous avait annoncé qu'ils venaient d'avoir un enfant qu'ils avaient appelé Emmanuel, je n'invente rien, oui j'avais tout de même fait sourire cet homme-là, en lui faisant remarquer que Emmanuel était de fait un produit fort connu en physique: E=MC²), et aussi le sourire, le mien cette fois-ci dans la cave à Garches, vraiment, devant cette maquette d'un avion japonais, un zéro, sur le fuselage duquel, souci du détail, j'avais peint quelques caratères japonais, dans lequel figure en bonne place le dragon rouge du Mah Jong (ce n'était pas si mal comme effort de documentation, sauf bien sûr que les caratère du jeu de Mah Jong sont en chinois), mais tout cela ne fait pas une journée. |