Le bloc-notes du Désordre |
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samedi, juin 07, 2003
L'envie cette fois de toute dire d'une journée, mais de ne le faire qu'avec les images, pas un mot. La journée d'hier par exemple, les dix-sept premières images, la suite la semaine prochaine. ![]() ![]() jeudi, juin 05, 2003
Lundi 2 juin 2003Etrange moment, qui vit Anne et moi nous engueuler comme des cons et les enfants de graviter autour de nous comme si de rien n'était, et Madeleine notamment de chanter ses comptines en écoutant le disque desdites chansonnettes, imaginez un peu la scène du couple désuni en proie au pire en somme et la musique "Au feu les pompiers, v'la la maison qui brûle", et "Il y a longremps que je t'aime". Le soir l'accalmie était de nouveau entre nous. Anne au travail, les enfants et moi étions invités chez Gisèle à dîner, l'occasion pour Vanessa de faire la connaissance des sales mômes, étonnante parole tout de même que celle de Vanessa qui nous expliquait combien il lui paraissait exotique que nous laissions Madeleine et Nathan aller et venir entre la cour et la table où nous dînions, éventuellement, nous annoncer triomphaux qu'il avait réussi tel ou tel prodige ou qu'au contraire l'un d'eux avait commis quelque brutalité envers son prochain, quand ces enfants s'ils avaient été américains auraient été installés devant le téléviseur pour libérer les parents, les "adultes", de leur soirée. Et quand je dis que les Américains sont massivement illétrés, on ne veut pas me croire. Et quand je dis que les Américains croient dur comme fer aux conneries invraissemblables que leur débite leur dictateur illétré lui aussi, on ne veut pas me croire. Et quand je dis que les Etats-Unis sont un pays du Tiers-Monde, on ne veut pas me croire. Et quand je dis que les Etats-Unis et sa CIA sont l'état terroriste par excellence, on ne veut pas me croire. Et quand je disque les Etats-Unis se sont comportés au Viet-Nam de façon comparable à celle des Allemands pendant le deuxième guerre Mondiale, on ne veut pas me croire non plus. Voyez ce qu'ils font de leurs enfants. Mardi 3 juin 2002A la porte de Vincennes, jour de grève oblige, la météo et la circulation rivalisaient à celle qui serait la plus maussade et la plus inhospitalière, je ne départage personne, l'annonce de longue minutes dûes pour rejoindre la porte de la Chapelle pour rentrer à la maison donnait surtout envie de n'y être pour personne, et c'est de cette idée de s'absenter qu'est venue celle de quitter cette ouate épaisse et mauvaise et de faire un crochet par Montreuil à deux pas pour une visite surprise à Daphna. Amusant de voir comment les enfants se sentent chez eux partout en ce moment. Vient l'heure de donner à manger aux fauves, pensant prendre congé de Daphna, au contraire elle propose de nous emmener dans un petit restaurant de la rue Garibaldi, comme nous partageons ceci d'avoir longtemps vécu aux Etats-Unis, elle me précise que l'endroit est sans prétention, un diner dit-elle, et quelle surprise en effet de rentrer dans ce restaurant dans lequel je ne suis jamais allé auparavant et de me croire des années en arrière à Leo's à Chicago, le même bar qui cerne un peu la salle et auquel on peut s'attabler sur des chaises hautes, et déjeuner, la conversation rapide et facile à trouver avec ses voisins de zinc, aux murs sont les oeuvres des copains, sûrement cette toile visible de partout dans le restaurant fut donnée contre quelques repas à l'oeil, un tableau d'affichage recense les petits plans locaux et je ne serais pas supris d'y trouver des foffres de partage de logement dans Wicker Park, un patio dehors, ombragé sur les murs duquel ne figure pas encore quelque médiocre peinture murale, mais cela va venir j'en suis sûr, le menu tient en une photocopie sous plastique et sur papier couleur, je crois que je prendrais bien une soupe de pois cassé au jambon et un "meat loaf" à la sauce aux champignons façon Teresa, mais non ici on ne fait pas cela mais plutôt une brandade de morue et une tarte aux épinards que ne renieraient pas ni Donna ni Mo. En 1991 de retour des Etats-Uis j'aurais donné cher pour connaître un endroit pareil. Je vous en donne l'adresse Ratatam, 1809W Division Street, Chicago, IL 60622. ![]() Mercredi 4 juin 2003 Et cette remarque évidente, quand je prends un peu congé de mon bloc-notes, je parviens très bien à mener à bien et à donner la dernière main à des projets restés en deshérance depuis quelques temps. Alors que faire du bloc-notes, continuer de le tenir à jour coûte que coûte ou le laisser de côté pour poursuivre des desseins plus vastes? Certains soirs, je peux bien le dire, j'en ai plus qu'assez de me poser cette question. Ce qui est fini: "Machine, ta Chine" avec Emmanuelle Anquetil (aléatoire tatillone et laborieuse, mais au bout du compte cela finit par marcher, j'en suis le premier étonné), les "Je me souviens" du Lièvre de Mars (foutus réglages à faire dans tous les sens, et à reprendre depuis le début à chaque fois, 22042003.txt (ou comment le compte-rendu fidèle d'une journée au hasard a pris un mois et demi à la réalisation). Jeudi 5 juin 2003Magnifique journée. Une journée enfin vierge des soucis qui incombent dès lors que l'on a quelques projets inaboutis qui jonchent la table de travail, et qui tous les soirs lorsque vous vous approchez de cette table de travail vous regardent d'un oeil de reproche, sans doute mécontents de vivre ce rangement approximatif et temporaire. Alors ce matin, faire place nette, ranger les livres qui se sont entassés, certains depuis plus d'un mois donc, livres ouverts et retrounés et seulement pour les trois lignes dont j'avais besoin pour telle ou telle image, jeter les brouillons dont plus rien de la vapeur n'a pas été dûment entré dans a machine d'une façon ou d'une autre. Sur un bout de bristol, noter les quelques sauvegardes qu'il faudrait faire absolument, s'amuser aussi de tel croquis qui représente les premières idées de maquette pour Machine ta Chine et se rappeler comment il a été difficile de donner corps à ce qui n'est que quelques coups de crayon sur le papier, ne pas jeter ce croquis et le mettre de côté, s'apercevoir avec panique que telle facture traîne dans tout ce désordre et que la date limite de paiement est dépassée depuis deux semaines, téléphoner au numéro vert de l'infortuné créancier, raconter des cracks, ne pas beaucoup aimer ces moments de mauvais payeur, dans le scanner depuis plusieurs semaines apparemment, une planche-contact de l'été dernier, si cela se trouve Anne la cherche partout en ce moment même, et puis après une bonne heure d'efforts et de tri, on arrive enfin à la couche originelle, une plaque de carton gris épais, martyr destiné à recevoir les griffures et les coupures des ouvertures de marie-louises et autres menus travaux à la lame de rasoir. Et ce soir m'amuser de voir que quelques objets peuplent à nouveau le bureau, il y a fort à parier que les images et les extraits des uns et des autres finiront bien sur ces pages. Souhaitons seulement que cela prenne un peu moins de temps, cette fois au moins, je ne fais cepdendant pas de promesse. Allez ce soir je travaille pour l'Entre-tenir. dimanche, juin 01, 2003
Toute la journée accompagné par ce livre que je n'arrivais pas à poser, le tome V du Journal de Charles Juliet et à mi-journée d'ailleurs se posait déjà la question de quel extrait j'allai me servir pour faire le bloc-notes de ce soir, et c'était bien cela qui me mettait la puce à l'oreille, ma vie était-elle devenue cela que chacun de ses ingrédiens était pesé chaque soir comme digne ou non, ayant assez de poids ou non pour figurer dans le bloc-notes, ou plus encore qu'une partie de cette vie était vécue, souvent soit dans le souci d'être retenu jusqu'au soir pour figuer dans le bloc-notes ou soit encore décidé d'être vécu de telle ou telle façon que sa narration soit assez plaisante à écrire (et peut-être à lire même) le soir venu, à l'heure dite. Ne m'étais-je pas en la matière complétement fourvoyé et égaré et, étendant le raisonnement de quelques enjambées encore, je m'apercevais que je finis par vivre sous l'écrasante pression de faire en sorte que des traces de cette existence soient assez valables pour être gardées mais aussi de me consommer dans le travail et la tâche sans cesse croissants de garder trace soit par quelques mots écrits (et je ne reviens pas sur le caractère très laborieux de la chose) soit par des photographies dont force m'est de constater que l'arrivée de la photographie numérique ne résoud rien, c'est à dire que la masse de photographies se faisant plus volumineuse encore il est de plus en plus invraissemblable d'en tenir la comptabilité sans l'aide bien sûr de quelques techniques informatiques, mais en suis-je arrivé là d'informatiser aussi cette partie de ma vie?, je veux pouvoir répondre que non, le ver n'est pas aussi profondément entré dans le fruit que je veuille bien le laisser entendre, ou soit encore dans la construction de labyrinthe aux méandres de plus en plus nombreux et de plus en plus tortueux, édifices inquiétants dans ce qu'ils paraissent toujours croître un peu au delà de ce que le bâtisseur avait envisagé et de l'y perdre justement lui dont on aurait pû penser qu'il avait le plan de tout ceci bien en tête, et de charger ces méandre d'une compréhension toute personnelle de l'existence, je n'oblige personne, bien entendu, à penser la vie selon des plans aussi bizarres. Ces astreintes sont devenues un réel souci, de ceux qui tarraudent parfois dès le bon matin (qu'est-ce qui peut bien me pousser vers cinq heures du matin, en route pour le travail à faire des ces photos floues des différents tunnels qui finissent par déboucher à Noisy-le-Grand?) et qui souvent m'empêchent littéralement de penser une chose ou l'autre, aussi triviales fussent-elles sans les noter en toute hâte dans ces fichiers .txt qui peuplent les différents tiroirs de mon arborescence aussi sûrement que des petites notes manuscrites s'entasseraient en désordre dans les différents tiroirs de mes étagères et de mon bureau, et pour dire que cette manie ne date pas non plus d'hier, des tiroirs, des vrais tiroirs en bois, sont pleins justement de cette encombrante prise de notes qui préfaçait l'arrivée de l'ordinateur à la maison en 1999, et tout comme l'appareil-photo numérique s'est d'abord montré très efficace pour juguler la soif d'images, et la crainte d'en manquer, une soif qui s'apparente littéralement à l'alcoolisme pour ce qui est du manque et de ce qu'il déclenche, l'ordinateur a permis de fait de saisir toutes les petites notes et même pour nombre d'entre elles de les coller les unes aux autres pour produire jusqu'à des romans, trois dont les refus répétés de publication laisseraient à penser que vraiment d'avoir gardé tant de notes en tous sens relève davantage de la lubie que du grand projet, mais une fois cette période de tri, somme toute très sain, les possibilités vastes (je me souviens qu'en 1999, un disque dur de 8 giga octets m'apparaisait comme proche de l'infini, et comment ce disque dur aujourd'hui est toujours plein aux trois-quarts et que c'est une véritable gymnastique que de devoir sans cesse graver des données pour les effacer, et les rangées de CDs aidant, la question du rangement de nouveau se pose avec acuité et opiniâtreté), les immenses champs vierges de mémoire me promettaient de tordre le coup à tant de désordre, c'était sans compter sur la faculté catalysatrice de la machine à émuler les travers et les mauvaises propensions plutôt que de les endiguer, ce dont je l'avais crû capable de prime abord. Et me voilà bien sot dans le gazon veillant d'un oeil lâche et pas très assidu, mauvais père dilletante, sur les allées et les venues des enfants, lisant donc le Journal de Charles Juliet, très inquiet de savoir quel extrait figurera ce soir dans le bloc-notes pour illuster en quelque sorte comment ce livre lu en entier presque aujourd'hui me fut comme l'ancre au bateau, c'est le livre dans son ensemble sans doute, sans parler des précédents tomes, qu'il faudrait ici citer et quitte à user de métaphores maritimes comment certains paragraphes devraient être retenus par moi pour me servir de phare dorénavant et me ramener vers la raison en somme, celle qui me verrait davantage préoccupé de choses plus terre à terre, certes mais pressantes, et de laisser au contraire la machine et ses chants électroniques de sirène ne plus me promettre je ne sais quoi d'ailleurs, en tout cas de fausser ma perception de ce qui m'entoure. Et écrivant ceci, je pars à la recherche d'une de ces phrases lumineuses de Charles Juliet qui j'en suis sûr saura exprimer tout ceci avec davantage de clarté. 16 février J'ai longtemps souffert de l'ennui. Mais il y avait une compensation. Quand il s'emparait de moi, c'était la chance donnée à l'oeil interne de s'activer alors qu'était au repos l'oeil physique qui ne recevait quasiment plus rien du monde extérieur. 17 février L'oeil intérieur est l'organe de la connaissance de soi. Mais cet oeil policier qui est toujours à observer, inspecter, surveiller, juger, condamner..., il introduit dans l'être une coupure. Or pour vivre pleinement, il importe de n'être pas scindé. Depouis quelques années, mon oeil est moins acharné à forer ce dedans du dedans qu'il lui fallait mettre au clair, et ses incessantes interventions n'ont plus pour effet de faire de moi cet être dissocié. Ayant accompli la plus grande part du travail qu'il avait à effectuer, il me laisse enfin vivre. Charles Juliet in l'Autre Faim (Journal, 1989-1992)
Remettre de l'ordre dans le bloc-notes du désordre. Non que je n'ai rien écrit pendant les quelques derniers jours mais tout est resté à l'état de notes, et il est temps de recoller les morceaux. Mercredi 28 mai 2003 Retrouvailles le soir avec Anne, qu'en dire si ce n'est bien sûr le bonheur de retrouver son corps sous ma main. Avant cela, tandis qu'Anne était encore au travail, dîner avec Pierre, le fils de mon ami Alain (je dois à Pierre les explications éclairantes du début, quand l'idée du site n'était qu'une idée comme une autre de véhiculer un peu mon portfolio de photographe et à l'occasion donner à lire quelques-uns de mes textes) émouvante discussion avec Pierre qui me dit à quel point son père, mon ami, lui est impénétrable et ce que Pierre conçoit de nostalgie et de tristesse même un peu de cette distance, je lui dis que je ne connais que trop cet éloignement, et derrière tant de mélancolie, je ressens tout de même du bonheur d'être dans la voisinage proche d'un de mes semblables, et de me sentir semblable de Pierre me grandit. Jeudi 29 mai 2003 Journée de pas grand chose, un peu étonnant tout de même de retrouver tous les occupants de cette maison de concert, les enfants ont l'air plus heureux. Vendredi 30 mai 2003 Il fait très chaud, la chaleur s'encaisse dans la cuvette sans vent de Puiseux. Je travaille ardemment devant l'ordinateur une bonne partie de la journée, vaine tentative de rattraper un peu du retard qui s'est accumulé d'avoir dû s'occuper des enfants seul, la nuit tombée, Anne me rappele à la corvée de sortie des poubelles, ce n'est pas une révélation indiscrète, mais Anne a peur du noir (c'est sans doute pour cela qu'elle fait ce métier de tireuse-filtreuse qui la voit passer le plus clair de son temps dans l'obscurité), en râlant donc, je vais au garage et sort les poubelles. En remontant, la chaleur moîte dans le bureau, il faisait presque frais dehors et je passe ma journée auprès de la tour de mon ordinateur qui génère de la chaleur en surcroît, sale bestiole. Samedi 31 juin 2003 Le soir, nous regardons Aternajuat, ce film si chaudement recommandé par tant d'amis (et d'ailleurs j'aurais bien deux ou trois mots à leur dire, parce que je cherche encore l'intérêt que les uns et les autres ont pû trouver à ce film, qui m'a davantage fait l'impression défavorable d'un diaporama de National Geographic qu'autre chose, un film ça?, soyons honnête, je ne suis pas fou de cinéma de toute façon et je veux bien faire montre en plein jour de mon indécrottable mauvais goût en la matière en disant que s'agissant de film-sur-glace, j'ai de loin préféré la Patinoire de Jean-Philippe Toussaint) et un peu abruti par la grande lenteur des images engourdies par le froid du grand Nord, je vois tout d'un coup un insecte se poser sur le téléviseur, impression suréaliste de voir ce kamptazoaire!) s'ébattre (un battement d'aile qui ressemble à s'y méprendre à celui du thysanoptère ) (1) et cheminer librement sur la banquise. Et au terme de cette journée fatiguante, c'est comme un luxe. (1) Mes considérations entomologiques sont aussi fiables que mes goûts cinématographiques, c'est dire. (je dis cela c'est surtout à l'adresse d'un de mes amis qui lui au contraire en connait un rayon sur le sujet, lui sait reconnaître l'yponomeute sans pouvoir s'y tromper) |