samedi, avril 26, 2003
 Ces enfants-là sont un mystère épais pour moi. Je devrais dire que je les connais comme si je les avais faits et pourtant les regardant attentivement je suis de plus en plus saisi par le fait qu'ils sont parfaitement autonomes et par là-même étrangers presque de moi. Par exemple en marchant sur le trottoir ils me prennent systématiquement la main et me voilà avec un enfant qui me tient la main, comme par miracle, à eux rien ne semble plus naturel, pour moi c'est un émerveillement constant de voir notre reflet commun dans les vitrines des magasins, ou même notre ombre qui marche devant nous sur le trottoir.
A vendre Citroën Xantia HDI, 2 litres, 110 chevaux, année 1999, 97.000 kms, parfait état mécanique, intérieur impeccable, quelques rayures sur la carosserie, 9000 Euros. tel 03 44 82 29 02 . Il parait qu'Internet cela sert aussi à ça.  Anne partie faire des courses avec les enfants, j'en profite pour monter darre-darre travailler un peu. Sur le lit une armée de cartons destinés à recevoir les premiers livres et les premiers disques dont on peut se passer quelques temps, les habitants du lieu se refusent pour le moment à faire des choix tangibles.
Bill Evans has rare originality and taste and the even rarer ability to make his conception of a number seem the defenitive way to play it, c'est Julian Cannonball Adderley qui le dit. Everybody digs Bill Evans, (c'est le titre du disque) I dig (c'est ce que je pense).
 Rallumer l'ordinateur du travail pour aller chercher les lignes écrites cette nuit subrépticement. Je perçois toujours comme une invasion le branchement de cet ordinateur sur mon bureau et des pensées paranoïaques folles me donnent à craindre qu'un logiciel d'espionnage sur le réseau traque, à mon insu, le moindre de mes agissements à partir de cet ordinateur, même quand il est branché à la maison et déconnecté du réseau, ce qui est idiot bien sur, mais à force d'éparpillement sur la toile, on finit par devenir frileux ou terriblement imprudent. Avec le matériau que j'ai coutume de mettre en ligne, on me pose souvent la question de savoir comment je vis tant d'impudeur ou encore tant de potentielle indiscrétion, ce qui me ramène à la question de mon sujet, l'intime, en photographie l'intime, ce qui faisait directement partie de mon environnement proche, relevait déjà de mon sujet, puis quand j'ai commencé à écrire, ce sujet s'est fait plus prégnant encore, davantage au centre du travail. Avec la capacité d'autopublication fournie par internet la question a pris un tour nouveau, parce que de complétement confidentiel mon travail est devenu public, mais à vrai dire n'avais-je pas déjà répondu à ces questions une mauvaise fois pour toutes, c'est à dire quand déjà dans la solitude de mon atelier à Portsmouth, j'avais résolu de ne plus travailler sur d'autres sujets que ceux qui étaient directement à portée de main. C'est curieux mais il me semble que j'avais davantage peur dans l'atelier solitaire, peur que l'on vienne à surprendre toutes ces activités dont aucune d'ailleurs n'était illicite mais dont j'aurais eu à rougir parce que vraiment qui aurait pû penser qu'un informaticien, fût-il Français en exil, puisse se livrer à de telles chimèrs, des après-midi durant dans l'obscurité de ma salle de bain. Aujourd'hui il me semble que j'aurais davantage à rougir de mon activité d'informaticien dont d'aucuns, un peu prompts dans leur jugement, arguerait qu'elle ne soit pas une profession suffisamment créative. Disons que j'ai résolu une mauvais fois pour toutes de ne pas gagner ma vie et celle de ma famille avec ce que justement j'avais le plus à coeur, précisément pour maintenir une cloison étanche entre l'objet du coeur et le pécunier. Ce que d'aucuns sont parfois rapides aussi à me reprocher c'est que l'entreprise pour laquelle je travaille n'est pas exactement une corporation d'enfants de choeur et que j'y trahirai une partie de mon âme, portion de ma personne plus "artiste", mot que je répugne toujours à m'appliquer, parce qu'il ne me semble pas que ce soit à moi de donner valeur à mon travail et à dire ce précisément dont il est fait. Est-ce que je me trahis en rendant ma vie de bricoleur exempt de toute dépendance financière en choissant de travailler, un peu comme toute le monde, pour une entreprise dont je ne serai jamais maître ni de la destinée nir de la politique, fûssent-elle bonnes ou mauvaises, parce que je n'en serai jamais qu'un modeste employé ou est-ce que je trahirais mon âme en travaillant dans une branche qui serait davantage la mienne mais dans l'exercice de laquelle je tarirai toute expression en devenir possible, en dehors de contraintes qui sont systématiquement celle de la création rénumératrice. Et bien sur comme en toutes choses j'étais loin de me douter qu'une image aussi anodine que celle d'un ordinateur portable branché sur une table puisse m'obliger pareillement à réfléchir sur ce que potentiellement elle détient en elles de sémantique.  Je ne suis pas différent de mes collègues qui affichent des photographies de leurs enfants, et plus rarement de leur femme, ou de leur mari, sur les parois des cubicles qui délimitent leur espace dans la multitude ouverte et partagée de mètres carrés infinis et quadrillés. Je voudrais bien retrouver ce shéma, je crois que c'est dans generation X de Douglas Coupland, de ces espaces individuels taillés dans la masse. Travaillant de nuit, je m'offre souvent des pauses pour visiter les efforts de personalisation de mes collègues de ces espaces réduits, il semble que ce soit toujours le lieu des résitances même les plus infimes. En Angleterre par exemple je me souviens de ce slogan imprimé en lettres grasses et en corps 72: "les dernières paroles de personne ne furent jamais: "ah si seulement j'avais passé plus du temps au bureau"" ( Nobody's last words were: " if only I could have spent moire time at the office". Je n'ai pas vraiment de bureau au travail, je suis ce que mon entreprise appele un nomade, aussi le seul bureau que je puisse personnaliser est celui de Windows.
 Ouvrir un carton.
 Et ouvrir un dossier sur le bureau, le dossier Phil.
 Qui contient un répertoire "Textes".
 Dans lequel on trouve un sous répertoire "Bloc-notes".
 Dans lequel je retrouve sans mal le fichier ouvert cette nuit et qui contient mes premières observations de cette journée que je m'efforce de documenter de la façon, la plus détaillée possible. Le 22 avril 2003, nom de fichier 22042003.txt.
 Copie du fichier.
 Pour son insertion dans l'espace Phil/Textes/Bloc-notes/2003 sur l'ordinateur de la maison, une vieille brouette, mais qui tient encore remarquablement le coup. Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas finir par reproduire dans mon utilisation de l'informatique des habitudes qui ont fait leur preuve en photographie, faire tourner du vieux matériel et y trouver justement bien de la satisfaction.
 Je vous épargne les détails, mais le fichier de bloc-notes devenait trop long, si quelqu'un connait le moyen d'agrandir la part de mémoire vive réservée au programme de bloc-notes sous Windows, je suis preneur mailto:desordre@desordre.net parce que j'ai un attachement imbécile pour ce petit programme de rien du tout et dont l'accumulation uniforme des fichiers dans mes répertoires de notes me donne la satisfaction des bâtisseurs à voir les briques s'entasser les unes sur les autres et les murs de prendre de la hauteur, oui je sais cela aussi est sot, donc à partir d'un certain nombre de données le bloc-notes refuse d'intégrer de nouvelles notes et je suis toujours obligé de les passer sous un traitement de texte, dans le cas présent pour les imprimer.
 C'est cela que je préfère dans l'activité d'écriture, la lente relecture de ce qui fut écrit souvent à grand peine, et le polir et l'améliorer petit à petit à force de le relire et de fait comme le fait remarquer Borgès, citation découverte sur le site du Terrier, approximativement, Borgès trouvant dans l'édition de ses livres de pouvoir s'arrêter d'en corriger les brouillons.  Et dans ces corrections de brouillons je n'aime rien tant que de constater comment à force de biffure, de ratures et de rajouts entre les lignes et dans les marges et aussi le mélange entre ce qui est déjà tapé et ce qui est encore manuscrit un mélange des formes produit souvent des feuillets, qui à défaut d'être très bons au niveau de ce qu'ils contiennent d'écrit, sont souvent visuellement satisfaisants, tels des lots de consolation.
 Je vide la carte mémoire de mon appareil photo numérique, la planche-contact de toutes les photographies prises cette nuit et ce matin s'affiche, une centaine de photographies sont déjà prises, comme dans un piège, mais un piège qui se referme sur moi, son prisonnier volontiers condamné à reprendre en photo cette centaine de photographies, nouvelles photographies que je suis voué à reprendre en photo, me faisant surement l'effet d'une boîte de camembert qui représente un moine tenant une boîte de camembert représentant un moine tenant une boîte de camembert, et ainsi de suite, je n'insiste pas je suis sur que désormais vous me suivez parfaitement.  Un dossier intitulé "désordre" qui apparait dans une arborescence bien structurée de dossiers et de leurs sous-dossiers contenant autant de fichiers tous classés par ordre alphabétique, un oxymore auquel je ne prête plus attention. Pour ce qui est de l'Adam Project, le dossier est crée dans la rubrique "en cours" et dedans sont désormais contenues toutes les photographies de cette journée, y compris cette photographie qui montre le rangement de tout ceci.
 Au détour des photographies prises cette nuit et que je ne vais pas utiliser pour cette chronique du quotidien, je ne peux m'empêcher d'ouvrir cette image, de la traiter ...
 ... et de l'installer prestement comme fond d'écran. Plaisanterie dont je suis coutumier mais qui dans le cas qui nous occupe ne fait pas avancer les choses, au contraire, bien au contraire. On ne se refait pas.
 L'appareil posé sur le bureau, je déclenche, en espérant presque prendre une photographie à l'intérêt limité, comme un fait exprès, la composition involontaire de cette image n'est pas sans intérêt.
 Histoire sans parole 1
 Histoire sans parole 2
 Histoire sans parole 3
 Histoire sans parole 4
 Histoire sans parole 5
 Histoire sans parole 6
 Histoire sans parole 7
 Histoire sans parole 8
posted by Philippe De Jonckheere at 4:06 PM
vendredi, avril 25, 2003
Je m'endors.  Je rêve que Madeleine vient me voir et me demande comment il se fait qu'elle n'ait pas de grains de beauté, elle est incosolable, dit qu'elle n'a pas de grains de beauté et Anne et moi au contraire en avons beaucoup, je la deshabille et cherche en vain un grain de beauté sur son petit corps mais je n'en trouve pas, ah si un, il est tout petit et il est sur la haut de la hanche gauche de Madeleine, je lui dis que si j'en ai trouvé un, qu'il est dans son dos, du côté gauche, mais elle ne peut pas le voir aussi elle s'effondre en larmes en me disant que ce n'est pas juste et qu'elle ne me croit pas, qu'elle n'a pas de grain de beauté et que je lui ai menti en lui disant qu'elle en avait un dans le dos c'est un rêve qui devient rapidement douloureux parce que Madeleine est inconsolable, elle part en courant dans l'escalier.  Je rêve toujours. "Cela commence par des remarques anodines, mais bientôt il faut se rendre à l'évidence: il y a plein de "E" dans "la Disparition"
On en voit d'abord un, puis deux, puis vingt, puis mille!
Je n'en crois pas mes yeux.
J'en parle avec Claude. On peut penser que je rêve
On regarde à nouveau: plus de "E".
Tout de même!
Mais de nouveau, si, en voilà un, un autre, et encore deux autres, et de nouveau, plein!
Comment se fait-il que personne ne s'en soit jamais aperçu?" Extrait de la Boutique obscure de Georges Perec.  Je rêve que les enfants s'égarent dans le jardin en cherchant des oeufs de Pâques.  Je fais un rêve toride dans lequel Anne me lèche les tétons ce qui me met hors de moi, bon d'accord j'aime bien cela, mais tout de même dans le rêve, c'est d'une volupté sans pareille.  Debout.  Cette année est la première année où je remarque à quel point la végétation dans notre région est en retard par rapport à celle de la région parisienne, les bourgeons de l'érable ont enfin éclaté et les feuilles en sortent en se pressant, peut-être conscientes du temps perdu.  Mes pieds font la tête. Depuis quelques temps ils semblent rongés par un mal dont j'ignore tout mais dont j'observe la progression avec intérêt pour ne pas dire fascination, suis-je fou, oui sans doute mais j'ai toujpours eu plaisir à ceontempler cicatrices et rougeurs et autres stygmates sur mon propre corps, comme si je recevais là une confirmation apaisante qu'il est effectivement vivant, puisque pour être malade il faut être vivant.Un jour c'est certain ce sera la progression d'une maladie mortelle que je contemplerai, dans le cas présent il doit sans doute s'agir d'une mycose ou d'un psoriasis, ce qui bine sur ma permet de faire le malin, pas sur que je ferais le mariolle devant un cancer de la peau.  Il y a deux exercices difficiles par excellence, résumer Marcel Proust en quinze secondes, (voir sketch des Monty Pyhton), et dire quelle est sa préférée parmi toutes les photographies de Nobuyoshi Araki. Pour Nobuyoshi Araki, c'est cette photo qui détrone toutes les autres pourtant nombreuses, pour le résumé de la Recherche du temps perdu, est-ce qu'on peut se contenter de "le narrateur devient écrivain". Je suis décidément incorrigible, incapable de me souvenir du nom complet de Nobuyoshi Araki, je suis allé faire une recherche sur internet et je pestais sur la lenteur d'une part de ma connection mais aussi sur sa très faible longévité quand tout d'un coup je me suis dit que sans doute en ouvrant ce numéro de la Recherhce photographique en question, le nom complet de Nobuyoshi Araki apparaîtrait. Il devient de plus en plus fréquent pour moi de rechercher sur internet des informations dont je dois diposer si j'ouvre quelques uns de mes livres. Je me souviens qu'au tout début de la construction de mon site "Désordre", j'en avais expliqué le principe (le principe initial, c'est à dire que je donnerai à voir ce que contiennent boîtes, étagères et tiroirs d'un simple clic) à un collègue informaticien qui était émerveillé par cette idée qu'il me suffirait désormais de cliquer sur les photographies de tiroirs pour me rappeler de ce qu'ils contenaient sans avoir à les ouvrir, à l'époque je l'avais mal jugé en lui répondant que pour cela étant à la maison, il me suffisait d'ouvrir les tiroirs. Aujourd'hui je ne suis plus très sur de tout cela, je constate, par exemple, que pour réaliser les parties les plus touffues de mon site, je suis obligé de m'astreindre à un rangement très rigoureux des fichiers dans des dossiers et des sous-dossiers parfaitement labellés, qui donnent, a contrario, cette impression de désordre dont on ne voit pas les coutures.  Anne.  Play.
posted by Philippe De Jonckheere at 9:24 PM
jeudi, avril 24, 2003
Je suis bien conscient du petit chantier que je suis en train de laisser derrière moi, mais je veux quand même croire que je finirai par y mettre de l'ordre peut-être pas, mais en tous cas faire en sorte que les choses soient plus pratiquables et plus lisibles. En attendant, vous vous faites une très bonne idée, je crois, du désordre qui règne en ce moment sur mon bureau. A Noisy-le-Grand rejoindre l'autoroute A4 en direction de Paris.  Au pont de Nogent-sur-Marne, prendre l'autoroute A86 en direction de Bobigny  A Bobigny rester que l'autoroute A86 en direction de Saint-Denis  A saint-Denis, rester sur l'autoroute A86 en direction de Nanterre  Prendre l'autoroute A15 en direction de Cergy-Pontoise  A la station-service de Cergy-Pontoise, comme un lundi matin sur deux, je m'arrête, en sortant du travail de nuit, d'une part pour soulager ma vessie de toute cette eau minérale bue tout le long de la nuit, contempler ce faisant, du talus, le lever du soleil, déjà entraperçu du pont d'Argenteuil, puis aller boire un café au gobelet à la station-service.  La station-service de Cergy-Pontoise est d'une crasse infnie et ses gérants ne s'en inquiètent pas plus que cela, ils n'ont pas de coucurence proche, tous le savent ici, qui doivent s'arrêter malgré tout, les uns pour faire le plein, les autres pour prendre un café et même un petit déjeuner, debout en lisant le journal, les autres même y passer la nuit dans leurs camions. Plusieurs fois il m'est arrivé de discuter un peu avec un des pompistes, de la station, un type de mon âge je pense, et nous avions engagé la conversation parce que je me réjouissais toujours le soir de faire le plein quand il était de service parce qu'il passait d'excellents disques de jazz sur sa radio, lesquels étaient retransmis sur toute la piste, et comme j'allai pour payer, je me prêtai volontiers au jeu du blind test, et donc discutant avec ce pompiste, je lui avais fait plusieurs fois la remarque que son gérant laissait vraiment la station à vau-l'eau, il m'avait dit que oui il savait d'ailleurs il avait honte de travailler ici, je ne le vois plus depuis quelques temps ce que je regrette du point de vue de la musique, mais ce qui me réjouit, pensant que peut-être il a trouvé un emploi qui ne lui fasse pas honte.  En pissant derrière le talus, je contemple les trajectoires rectilignes des avions qui peuplent le ciel de bon matin. Enfant j'étais fasciné de tout ce que la ville et ses transports généraient de réseau et l'organisation folle qui régissait tous ces déplacements simultanés de personnes, avions, trains, camions et voitures mais aussi les bateaux sur les mers, je comprenais avec difficulté que nulle entité humaine puisse surperviser cet écheveau débridé, que personne, vraiment personne n'avait la puissance intellectuelle suffisante pour calculer tout cela, même dans les grandes lignes. Il m'arrivait parfois de demander à mon père, ingénieur dans le transport éarein quels étaient les horaires de tel ou tel vol de sa compagnie en provenance de Singapour ou Los Angeles et de concocter un intinéraire imaginaire d'une personne se rendant en taxi depuis son domicile dans la banlieue de Los Angeles donc, à l'aéroport, attérissant à Paris CDG à 08H45, une demi heure plus tard cette personne s'engouffrait dans le RER ou dans un taxi et arrivait gare de Lyon à 10 heures, attendait une paire d'heures puis prenait le train en direction de Marseille en passant par Clermont-Ferrand et de descendre à Villefort, en Lozère, vers vingt heures quel trajet parcouru par cette personne! de même, j'ai un jour pris un taxi pour me rendre de l'appartement de mon ami Ollie dans le centre de Dublin à l'aéroport, pour prendre un avions pour Londres, de l'aéroport de Gatwick, j'ai pris le métro jusqu'à la gare de Waterloo où j'ai pris un train pour Portsmouth, et de Portsmouth, le lendemain, je prenais le ferry pour Le Havre et du Havre en voiture je suis descendu dans les Cévennes, en passant par Paris, arrivé au milieu de la nuit, je fus accueilli par les cigales, et je me suis dit que vraiment j'avais accompli là un drôle de périple en deux jours. Enfant j'avais raison de croire que de tels déplacements ne sont pas régis par l'homme mais bien plutôt par ses machines à calculer, les ordinateurs, mais aujourd'hui pensant à ce qui es mis en oeuvre informatiquement pour fédérer ce désordre en mouvement, je suis pareillement pris de vertige à l'idée de la complexité de tout ceci. Et ragrdant les trainées de condensation d'un avion, je pense toujours que dans cet avion par quelque miracle des personnes se rendent d'un lieu à un autre et combien sont-ils dans cet avion à envisager ne serait-ce que la partie informatique de ce miracle. Et ce sont toutes ces réflexiosn que je me suis tenues tout en pissant devant le soleil levant, le temps d'uriner en somme. Je suis ébahi de la somme de mots qu'il m'a fallu pour expliquer ces pensées simples.  Tous ces trajets entre Noisy-le-Grand, la région parisienne en général, et Puiseux-en-Bray se ressemblent et paraissent se fondre en un seul et même trajet qui dure assez longtemps pour contenir en lui toutes les anecdotes, les faits curieux, les accidents, les pensées et les rêveries, les cassettes et les émissions de radio écoutées en conduisant, les arrêts en bord de route, le plus souvent pour pisser, aussi souvent pour prendre le frais et lutter plus efficacement contre la fatigue et le désir de sommeil qui me gagnaient, d'autres fois encore pour prendre des photos ou encore des notes sur toutes sortes de papier que je pouvais trouver à bord de la voiture, une fois même ne trouvant rien qui puisse faire l'affaire dans la voiture, j'avais allumé l'ordinateur portable du travail et j'avais ouvert et enregistré un petit fichier de bloc-notes, dans lequel j'aais consigné quelques détails auxquels j'avas soudain repensé et dont je savais que si je ne les notais pas, jamais, ils ne seraient souvenus, le contenu de ce fichier .txt ets d'ailleurs devenu la atière d'un bloc-notes, alors est-ce étonnant que depuis cinq ans que nous vivons à Puiseux-en-Bray et queje fais deux fois par semaine ce trajet qui me sépare de Noisy-le-Grand, est-ce étonnant donc, si ce trajet me paraît de plsu en plus long tant ma mémoire s'acherne inexorablement à me faire revivre en pensées toutes celles justement que j'ai pû tenir en conduisant lors de ce trajet. Et faisant le tri dans toutes ces photographies prises ce matin, je m'aperçois comment les commantaires que je pourrais en faire seraient déjà écrits parmi toutes les notes que j'ai déjà pû écrire à propos de ce trajet. Dont acte.  Ce matin plutôt qu'un autre, il faisait bon rentrer. Bon de boire un café à la station essence, de parcourir les titres des journaux par dessus l'épaule du voisin (de noter, amusé plutôt qu'amer, décidément que de relachement!, que l'omniprésence du gouvernement en représentation remplit les pages jusqu'à recouvrir la disparation de Maurice Pialat, dont la presse populaire semble surtout se faire l'écho du mauvais caractère, moins de l'oeuvre), sur la piste de la station-service des camions garés alignés comme on serre les briques, sombres qui se détachent sur un ciel délavé, bon de reprendre le volant, l'esprit rafraîchi, bon de s'arrêter à nouveau en bord de champ, souffler de nouveau, mettre son nez au vent de plaine, de constater les progrès timides de l'aube bleue, bon d'arriver à la maison, de croiser les enfants sur le "chemin de l'école", bon de s'endormir comme une baleine qui regagne le fond de la mer, bon de se réveiller avec le courier du jour, l'ami Christian me régale d'une galette de Charlie Haden avec Rubalcaba. (13 janvier 2003)  Photographier la une d'un journal, on pourra aller jusqu'à engager les services d'un otage, figurant habituellement parfait pour la photographie de la une d'un journal, est-ce la une du journal ou la mine lessivée de l'otage qui fait foi? L'impression tout de même de dater ma journée plus surement que en indiquant l'heure et la date de chaque photographie.(extrait de la Cible)  Après le travail de nuit sur la route du retour la halte habituelle dans la station essence de Cergy-Pontoise, pas tant évidemment pour reposer la monture, que pour secouer le cavalier avec un café. C'est lundi matin, il est sept heures du matin. Tout le monde est levé depuis tôt ce matin, les traits sont tirés, nous ne sommes que des hommes et nous sommes aglutinés autour de deux tables hautes à remuer nos agitateurs de café en plastique, certains parmi nous se sont achetés de ces croissants sous vide, pour d'autres c'est cigarette, pour d'autres encore le journal, un cammnioneur a encore une serviette éponge autour du cou, il vient de prendre sa douche, a remis la clef au jeune gars derrière le comptooir et croque maintenant de belles dents dans un épais sandwhich partiellement extrait de son emballage plastique. Et je me dis que ces hommes-là sont pour la plupart aimés par des femmes. Mais qu'est-ce qu'elles nous trouvent les femmes, à lui par exemple qui mastique bruyamment son croissant, il a des miettes tout autour de la bouche. Et à lui dont la cigarette brûle les bouts de doigts jaunis par les petites soeurs de cette cancerette, lui dont la cravate de représentant de commerce est à chier vraiment, et lui qui est chauve et qui lit le Parisien, et ce gros type moustachu qui lui lit l'Equipe d'un air instruit et qui fait ses remarques sur le fait qu'il faille ou non garder l'entraineur après cette débacle, il parle à un type qui est tout maigrichon, qui aimerait bien ne pas être d'accord mais qui n'arrive jamais à en placer une, lui qui a encore de la mousse à raser dans les oreilles, lui qui tousse sans arrêt, une toux matinale grasse et dont le teint cireux fait tout de même peine à voir. Ca sent le café, les cigarettes et l'aftershave, ça sent l'homme aussi, lui il ne doit pas se laver tous les jours et même un lundi matin, il n'est pas très propre. Et lui qui a travaillé aussi de nuit et la fatique de lui arracher des baillements qui découvrent des dents grises. Vraiment qu'est-ce qu'elles peuvent nous trouver les femmes, elles ne peuvent tout de même pas aimer cette odeur, ces cheveux gras desquels il neige, ces auréoles de sueur sous les bras, elles ne peuvent tout de même pas aimer cela, ces ventres rebondis de mecs qui regardent le rugby à la téloche en rotant des bibines, ces ongles rongés jusqu'au sang, ces haleines chargées dès le bon matin, ces bouches pâteuses, tout de même elles ne peuvent pas avoir envie d'embrasser des types pareils, les femmes, de recevoir les étreintes de rustres, vraiment qu'est-ce qu'elles nous trouvent les femmes? Et j'en suis là de mes réflexions de bon matin, un lundi matin à la station-service quand je me dis que tous ces hommes autour de leurs insipides cafés de distributeurs, sont mes semblables, que pour cette raison je les aime, je les aime comme mes semblables, je me dis que je devine leurs cuisses poilues, leurs ventres, leurs torses avachis, leurs bras maigres ou au contraire adipeux, je ne peux m'empêcher de les aimer. Mais les femmes comment font-elles.
J'arrive tandis qu'il fait encore nuit, le jardin est sombre qui bruisse sous une pluie sans vent. Je te fais un café, pas un bon café, du déca, du lyophilisé, je mets deux sucrettes, je ne sais pas comment tu fais pour te réjouir de boire un truc pareil le matin. Je monte, la fraîcheur matinale est partout dans la chambre, sous la couette tu es brulante et douce, tes seins sont dans mes mains, tes fesses contre mon ventre. Et toi qu'est-ce que tu me trouves, à moi qui aies un gros ventre, des cheveux gras, mauvaise haleine et qui ne sent pas bon la fatigue de la nuit, la sueur aussi un peu et qui tremble, qui s'endort tout de suite contre toi et qui surement doit ronfler, qu'est-ce que tu peux bien me trouver? (2 décembre 2002)  A la station-service de Cergy-Pontoise, un appareil à rouleaux pour laver les voitures est un véritable oxymore, comment peut-on rêver de laver une voiture ou quoi que ce soit d'autre dans un endroit aussi crasseux? D'ailleurs des voitures que l'on lavait dans cette station, je n'en ai jamais vue une seule. Ce que j'ai vu en revanche c'était l'écran de contrôle de cette énorme machoire aux gencives de baleine débiter des messages vides de sens "Entrez votre code" ou "Bonjour" et de me faire la réflexion que nul ne lit vraiment de tels messages, nul n'y prête attention, ces messages sont programmés à l'affichage et ils l'ont été uniquement parce que cela ne coûte rien de le faire, au même titre que les labyrinthes tubulaires à deux point de fuite construits à toute berzingue par l'ordinateur qui repose ainsi son écran. De même le 4 novembre dernier: "Tandis que je conduis pour aller au travail, je me réjouis qu'un de ces panneaux numériques habituellement destinés à relèguer des informations à la précision aussi maniaque qu'inutile de l'autoroute A4 jusqu'à l'autotoute A86, comptez six, et non cinq minutes sur ces panneaux donc, je me réjouis de voir que l'un d'eux est resté en carafe depuis la semaine dernière qui met en garde contre un danger qui n'a plus cours: "Vent violent". Poésie involontaire, aussi, dans l'épithète qui décrit si bien le vent. Dans l'absurdité de la circulation dense, je pense au "vent du dehors" de Bataille."  Après Cergy-Pontoise, prendre la nationale 14 en direction de Rouen. En prenant de l'essence au supermarché de Gisors, sur le chemin du travail, le ciel bas se prête admirablement à des réflexions pas très réjouissantes. Le parking de ce supermarché fait grise mine, les troènes qui le bordent sont tous atteints de lèpre, une ordure de papiers gras et d'emballages dépecés jonche le sol et les taillis, les graffittis étouffent les murs, tout est l'abandon et les indications de volume et de somme à payer, même lumineuses, peinent à se rendre lisibles sous l'épaisse couche de crasse qui couvre les pompes. La guérite de la caisse a été refaite il y a un an à peine, la précédente avaient des allures de bidonville, la nouvelle est pareillement promise à la jachère. C'est ici que je prends mon essence, non que je me plaise à y faire la queue qui y est souvent longue, mais c'est ici que l'essence est la moins chère. Et aujourd'hui plus qu'un autre jour je me fais cette réflexion qu'habituellement, je ne regarde pas ce que j'ai sous les yeux, l'abandon à la saleté de cette pompe annexe, je dois surement détourner le regard, comme nous apprenons à le faire de la misère, de celle qui est à notre seuil et qui dérange notre confort douillet. Nombreux sont ces espaces de la ville qui sont régulièrement sacagés et pour lesquels on se plait souvent à souligner que ceux-là même qui les ont endommagés, souvent en les rendant inutilisables à tous, ne feraient pas de même chez eux. "Quand on voit ce qu'on voit et qu'on entend ce qu'on entend on a raison de penser ce qu'on pense". Dans le cas du parking du supermarché de Gisors, c'est la gérance même du supermarché qui est assez vandale pour nous infliger le spectacle désolé de ce parking en friche. D'ailleurs en y pensant bien ces espaces de vie intermédiaire, là où nul ne pourrait dire qu'il a vécu quoi que ce soit de notable, moments de la vie que nous oublions au moment même où ils se produisent, descendre de la voiture, prendre un chariot, faire ses courses, vider les courses dans le coffre, rapporter le chariot, démarrer et repartir chez soi, tant de tâches accomplies dans la précipitation de vouloir s'en échapper au plus vite, ces espaces de vie, où la vie n'est pas donc, se sont dégradés sans que nous nous en soyons aperçus. Cette dégradation fut lente. Lentement, nous avons appris à ne plus voir cette laideur repoussante. La course au profit veut surement cela. Elle nous habitue au fait que le maintien des prix et de la qualité des marchandises se fait au prix d'une négligence accrue de ce qui lui est périphérique. Au même titre que dans la ville nouvelle où je travaille, je vois des facades de sociétés, certaines notables, dans ce qu'elles ont pignon sur rue et que leurs noms vous diraient toutes quelque chose, certaines de leurs façades, donc, portent encore en janiver 2003 les stygmates hérités de la tempête de décembre 1999. L'intensité du commerce est telle que nul n'a le temps de réparer la devanture, nous continuons à vous servir pendant les travaux. Nous avons appris à ne plus voir ces carreaux brisés, ces bâches devenues fort sales qui cachent la misère vraiment, nous ne les voyons plus et finalement n'ouvrons plus les yeux qu'arrivés de retour dans notre cocon, notre maison, hâvre de proreté et d'ordre. Sur le chemin du travail, je ne vois plus la périphérie de Gisors sur laquelle l'implantation sauvage de hangars et de supermarchés égrenne de ces structures à charpente métalique qui sont autant de verrues dans la paysage. Je ne vois plus en haut de la montée sur l'aire de repos où souvent est stationnée une cammionette de prostituée, des ordures et des ordures qui débordent de la seule et modique poubelle prévue pour receuillir seulement les papiers gras d'une famille qui se serait arrêtée là pour une courte halte. Plus loin je ne vois plus le village-rue que tous traversent à pleine vitesse et dont les murs des maisons qui bordent le route portent la saleté de la route jusqu'à hauteur d'homme. Je ne vois pas non plus la chaussée défoncée au rond-point, plus loin, au retour du travail de nuit c'est pourtant là que je m'arrête à chaque fois pour couper la route au sommeil. Et quand je traverse Cergy, sur l'autoroute, je ne vois plus ces immeubles mal conçus, mal dessinés, mal construits, ces quartiers qui n'en sont pas, tout juste une succession de rond-points, en s'approchant encore de Paris, les voies se font plus larges, je ne vois pas d'avantage les rambardes crasseuses, autour de Paris les tunnels noircis au gaz d'échappement, je ne les vois plus, arrivant à Noisy-le-Grand, je ne vois pas davantage l'immeuble de Bofill totalitaire dans la bruine, sale surtout, et dont on a le sentiment qu'il se delitte surement de partout. Les trottoirs qui le jouxtent n'ont pas été bitumés jusqu'au bout. Là les graffittis crient plus fort. En arrivant au travail j'apprends que les réseaux du monde entier essuient le feu d'une attaque virale. Ce n'est pas encore cette semaine que la façade sera refaite. Comme je ne la vois plus, je ne vais pas m'en plaindre.
D'autres plus vifs d'esprit gardent les yeux grand ouverts.(26 janvier 2003) Ces lignes extraites d'Espèces d'espaces de Georges Perec: "Cela n'aurait évidemment aucun sens s'il en était autrement. Tout a été étudié, tout a été calculé , il n'est pas question de se tromper, on ne connait pas de cas où il ait été décelé une erreur, fût-elle de quelques centimètres, ou même de quelques millimètres.
Pourtant je ressens toujours quelque chose qui ressemble à de l'émerveillement quand je songe à la recontre des ouvriers français et des ouvriers italiens au milieu du tunnel du Mont Cenis."
Et quand je conduisais ce matin sur l'autoroute et ses tunnels déserts, j'entendais l'écho de cette voix qui ne pouvait pas être la mienne tellement elle me parvenait de loin, comme de l'autre tronçon d'un tunnel qui ne serait pas encore percé de part en part et dont justement de grossières erreurs de calcul et d'appréciation auraient conduit à ce que les deux tronçons ne se joignent pas. (premier février 2003)  Vu aperçu mal vu sur le côté de la route en allant au travail cette fin d'après-midi, une voiture accidentée, de laquelle est sorti un homme qui se rendait surement à un mariage pour être habillé de façon aussi sote, une espèce de complet veston pied de poule, à moins que ce ne fût à un bal masqué, l'homme était de grande taille, éflanqué, décidément très emprunté dans son costume de témoin de mariage endimanché, il portait dans ses bras, retenus dans des mains osseuses et dûment gourmettées un épouvantable chiot, une sorte de chihuahua-à-sa-mémère-avec-un-ruban-entre-les-oreilles, vous n'êtes pas obligé de me croire mais ce chien-là portait effectivement un ruban rose sur le chef, ce qui d'ailleurs se détachait prodigieusement, en terme de couleurs, du pied de poule gris moyen, un gris donc à 18% de reflection, et qui habillait donc notre homme qui se donnait volontiers des airs de mafiosi de basses oeuvres en plein boulot. En soi cet homme était la rencontre fortuite et accidentelle de deux chansons de Tom Waits, une dans laquelle un quidam met le feu à la maison de sa femme parce que vraiment il ne supportait plus son chihuahua et cette autre chanson dans laquelle un autre quidam demande à un tiers: et tu sautes toujours par la fenêtre habillés de costumes coûteux? ( Are you still jumping out of windows in expensives suits ). J'ai bien pouffé, englué dans mon embouteillage rituel du tunnel précédant le pont de Joinville, embouteillage qui me fait d'autant plus pester, habituellement, que ma radio perd toute récpetion, pendant son interminable traversée. Mais cette fois le chihuahua enrubanné aidant, j'étais d'humeur plus badine, aussi je poussais un peu le volume de l'autoradio en question, ce qui me restitua à merveille cette version acousmatique de 4 minutes 33 de silence de John Cage (je me souviens comme aux Arts Décos avec quelques copains quand on s'appelaient c'était une de nos blagues préférées de se dire: "attends je vais baisser un peu la musique parce que je t'entends mal. Pourquoi qu'est-ce que tu écoutes? John Cage: "4 minnutes 33 de silence!") version dans laquelle on entend du souffle très amplifié ( oui pendant 4'33, comme l'authentifie le compteur horaire du lecteur de CD). Le souffle était accentué encore par le grondement de tous ces moteurs cloitrés dans le tunnel. Aux sortires de ce celui-ci la radio s'est remise à recevoir, une note une seule et je reconnus, assez fier de moi ( c'est pourtant pas difficile, mais voyez vous en voiture, seul dans un embouteillage, toutes les vanités ne prêtent pas à conséquence ), le début de Naima de John Coltrane. C'est assez curieux, comme de retrouver dans un livre, dont j'entrepends la relecture, un signet qui me redonne à voir les conditions de sa précédente lecture: j'ai lu Pinget pour la première fois dans les Cévennes en novembre 1992, c'était Quelqu'un, cette lecture, dans toute sa tension, m'a retenu de l'ennui sans cesse allongé après mon inutile opération du dos. De même lorsque j'écoute certains disques à la maison, je revois souvent comme en songe les paysages d'autoroutes de banlieue sacagée et saturée, en hiver, dans la grisaille, pour les avoir déjà entendus sur mon autoradio en allant ou en rentrant du travail.  Le matin de bonne heure, toujours dans cette lutte inégale entre le sommeil envahissant et le conducteur dans la lune qui traverse les grandes plaines du Vexin, résistant tant mal que bien à la tentation de tout abandonner, je décide de m'arrêter là où je ne m'arrête jamais, là où d'habitude je n'ai même pas un regard pour les alentours apparemment condamnés au desert sans accident,au beau milieu d'une de ces étendues agricoles sans vie, à la faveur d'un chemin de terre qui oblique depuis la route. L'air est un peu mobile, l'endroit désert, il fait humide, je me suis éloigné de la route, une centaine de mètres, du coup les voitures qui filaient sur la longue ligne droite glissent sans le vacarme coutumier telles des navettes d'un autre temps. Au loin les nuages gorgés d'eau se fondent les uns dans les autres, toutes grisailles confondues, la lumière grise de l'aube pluvieuse est incertaine, la nuit retomberait derrière cette aube baclée que nul ne trouverait à redire. Au delà de Gisors, dans la vallée de l'Epte, je vois que les nuages sont au plus bas recouvrant tout d'un crachin qui ne tardera pas à m'envelopper, si je m'éternise ici, et rien ne m'en empêche vraiment. Ce paysage de plaine offre décidément le spectacle d'une grande monotonie. Avec l'approche des nuages lestés de pluie, le vent se lève sans grande conviction, je ferme les yeux et je me vois soudain en pleine mer (lors de mes incessants va et vients entre Portsmouth et le Havre), curieux quand même cette sensation marine au beau milieu de la plaine, de la terre, la fatigue rend ivre. Et le soir, je relis les notes des jours précédents de ce bloc-notes et je me morfonds de tant de médiocrité: que tout ceci est mal écrit, sans relief, l'image même de la plaine pluvieuse, il faudrait rayer tout cela d'un trait, gommer tous les laborieux reliefs et faire table rase, donner à entendre le silence de ce dimanche matin déchiré de temps en temps par le passage épisodique de voitures filantes chuintant sur l'asphalte humide. Le silence demande cependant un courage que je n'ai pas, que je n'aurais jamais: je suis cet agité sempiternel qui tourne et retourne la tête aux quatre coins de l'oreiller à la recherche d'une fraîcheur toujours plus évasive, je remonte dans mon automobile et fais le bout de chemin restant en baillant et en braillant à tue-tête "Baby you can drive my car" pour me tenir éveillé.
Je viens de retrouver le petit fichier 16062002.txt écrit sur le bord de la route sur l'ordinateur portable du travail, précisément à cet endroit: Et puis ce matin, à l'aube, en rentrant très prudemment, luttant contre l'invasion du sommeil au volant, je me suis arrêté de nombreuses fois sur le côté, en marge de la route, une faible ondée mouillait les blés blondissants en silence.  Contes et Légendes de Syldavie de Pascal Comelade.  Photographie des plaines du Vexin dans la lumière du matin, l'appareil est resté réglé comme pour la photographie précédente c'est à dire en position macro, m'apercevant de mon erreur, j'ai eu le temps de régler la mise au point, au contraire sur l'infini, ce qui a donné une photographie certes réussie pour ce qui est de la mise au point mais qui n'a évidemment pas les qualités de cette celle-ci, j'ai donc gardé la photographie floue et supprimé celle qui était nette.  Dimanche en fin d'après-midi, ça y est, je repars à la maison. Je quitte François, nous nous embrassons, d'être à ses côtés me fait toujours tellement de bien. La route est belle, le soleil rasant, les plaines ondulées de la Champagne pouilleuse ne me font plus peur, la route est inondée de lumière, je ne suis pas pressé, quand j'arriverai les enfants seront couchés, j'irai les embrasser et leur caresser les cheveux, les recouvrir aussi. Je prendrai Anne dans mes bras, et je pense même que j'aimerai décrire plus tard dans ces lignes cette étreinte, que j'aimerais aussi parvenir à décrire ces paysages déserts traversés comme par une balafre par la Nationale 4. La nuit tombe et mes pensées ne s'assombrissent pas avec les collines, j'aime les voyages en voiture de nuit. Les alentours de Paris sont difficiles à négocier, une épaisse confiture de circulation, je passe littéralement sous les fenêtres du travail, je m'arrêterai presque prendre un café, mais tout de même la hâte de revoir Anne est là, alors à bout d'efforts de patience de tant d'embouteillages, je finis par rejoindre l'autoroute de Cergy-Pontoise et à plus vive allure maintenant je me dirige vers les plaines du Vexin. Au rond-point du Branchu, une camionette me passe sous le nez et manque de peu de sortir de la route, mais se rattrape in extremis, je me dis ouf, il s'est bien repris. Et puis je la suis et je m'aperçois tout de suite que son conducteur doit être ivre, il fait des embardées en dépit d'une route rectiligne, zig-zague sans cesse, flirte tantôt avec le fossé tantôt avec les voitures d'en face, il roule à tombeau ouvert, je fais des appels de phare, les voitures, nombreuses dans l'autre sens, celui des retours de fins de semaine à la campagne, dans le sens Porvince-Paris, comme on dit à la radio, les voitures en contre-sens donc, se serrent le plus possible sur leur droite, l'une d'elle est accrochée, mais la camionette n'en a cure qui poursuit son chemin à toute berzingue, je suis désemparé, je ne peux rien faire, je le suis péniblement, ma petite Peugeot diesel poussive fait de son mieux. La camionette commet des embardées de plus en plus spectaculaires, c'est certain, elle va finir par tamponner une voiture dans l'autre sens, c'est une très longue ligne droite qui sépare le Branchu de Gisors, dans l'autre sens, une file ininterrompue de phares, et la camionette continue de filer comme si elle choisissait sa victime, car je le sais elle va finir par tuer quelqu'un dans l'autre sens, le genre de face à face dont la presse locale se plait toujours à dresser des bilans ordonnés en nombre de pères et de mères de famille et d'enfants. Je cherche une solution, plusieurs fois en douze kilomètres de cette interminable ligne droite, je me dis que ça y est, mais non la camionette redresse sa trajectoire mortelle au dernier moment, c'est affreux, je mords nerveusement mon col roulé, et je réfléchis, je réflechis de toutes mes forces, qu'est-ce que je peux faire?, les appels de phares sont lettres mortes, m'arrêter à une borne et appeler au secours, non, nous allons arriver dans cinq kilomètres à Gisors, je ne crois pas que la gendarmerie aurait le temps de faire quoi que ce soit, je ne vois qu'une seule solution, je le suis, au rond-point de Gisors, il sera obligé de s'arrêter, je sors de la voiture et je saute sur le conducteur, je lui prends ses clefs et je les jette dans le champ d'à côté, le plus loin que je puisse. Je ne vois rien d'autre à faire. Dans la descente qui arrive sur Gisors, la camionette va être ralentie par une voiture qui descend prudemment, je me dis que nous sommes sauvés que je l'aurais au rond-point, la camionette freine et tout d'un coup perd le contrôle et va se jeter sur une voiture qui remonte dans l'autre sens, c'est un choc terrible, un fracas épouvantable, le mélange du verre cassé, de lacier contre l'acier et aussi du plastic qui casse, c'ets ce bruit là. C'est étrange, parce que pour une seconde je me sens libéré: c'est arrivé, il n'y a plus rien à faire. Je freine. Je fais arrêter la voiture qui me suit, lui dit de faire de même avec les suivantes. Je cours à la voiture accidentée, celle percutée par la camionette, cette voiture n'a plus forme de voiture. Dedans il y a un homme inerte, le moteur de sa voiture sur les genoux, le pare-brise en travers de la gorge, je lui prends le poignet, je ne trouve aucun pouls, je cherche le pouls à la pomme d'Adam, je ne trouve rien, je m'arrête, je ne suis pas médecin, je ne sais pas quoi faire, je relâche le poignet de cet homme inerte, d'autres conducteurs sont sur les lieux et me demandent s'il est mort je leur dis de se taire, je sais que l'ouie est le dernier sens en éveil dans l'agonie, avec de la chance les secours arriveront à temps. Pour lui, je ne sais pas quoi faire et je me dis que l'autre, celui qui roulait comme un fou, lui est sans doute blessé, je vais voir, il est sonné, mais il n'a rien, apparemment rien, il est saoul comme un Polonais, l'haleine fétide et le regard vitreux. Je demande aux gens aux alentours de ne pas le quitter d'une semelle, les secours arrivent, ils se jettent sur l'homme encastré dans sa voiture comme parfois les vieux murs de pierre le sont par la végétation, c'est pourtant pas le moment de faire des images, mais c'est celle qui me vient à l'esprit, un pompier soulève le toit de tôle, dégage la poitrine et entamme un massage cardiaque, est-ce qu'il y a de l'espoir?, je voudrais y croire. J'aide un autre pompier à porter secours à celui qui n'a rien, mais il n'a rien, le pompier s'en occupe parce qu'il a deviné que c'était lui l'assassin, mais les assassins sont des hommes, je suis d'accord avec le pompier, il faut s'en occuper, pendant que le pompier infirmier l'ausculte, j'ai posé ma main sur son épaule, c'est l'épaule d'un homme, et je me dis qu'il a des épaules comme celles de mon ami François, je sais qu'il a tué, mais c'est l'épaule d'un homme, encouragé par le pompier, je lui parle, je lui demande si cela va, on s'en occupe mais il n'a rien, on l'embarque tout de même sur un brancard. Un médecin du Samu est arrivé, il se porte au secours de l'homme prisonnier de la tôle, rapidement, il ressort et fait signe aux infirmiers qui arrivent avec grand renfort de matériel de réanimation qu'il n'y a plus rien à faire, il demande un drap et recouvre le mort. Je m'effondre. Je n'ai rien pû faire. Un pompier vient me voir, je lui dis tout, la lotterie, les douze kilomètres d'à qui le tour, l'impuissance, on était presque à Gisors j'allai pouvoir faire quelque chose, il est trop tard maintenant. J'ai la tête qui tourne, les jambes en coton, on m'assoit, on prend ma tension, je suis inconsolable. Cet homme je n'ai pas pû le sauver et l'autre l'arrêter. Je vais m'évanouir, c'est toujours ce que je fais quand je refuse la réalité. On m'allonge dans un brancard, on prend mon nom, je parle de ma voiture plus haut, elle est restée ouverte avec le Mac de François à l'arrière, l'appareil-photo sur le siège, je donne la clef à un pompier, il va s'en occuper. Je suis conduit à l'hôpital. Aux urgences, je manque de me casser la gueule en sortant du camion des pompiers, on va chercher un fauteuil roulant (je ne suis pas le genre de personnes qu'on porte, on me roule). Aux urgences, je suis dans une salle, juste à côté de celle du chauffard qui fait du scandale maintenant, et qui demande à partir. On me donne un calmant, j'appele Anne qui se faisait un sang d'encre, pour la rassurer mais en pleurant tout du long, je ne crois pas que je la rassure beaucoup, je lui dis juste que je n'ai rien. C'est étonnant d'ailleurs parce que je n'ai rien mais je suis branché de partout à un moniteur de survie. Les calmants font effet, les infirmiers sont aux petits soins, ils sont ce que les hommes et les femmes peuvent être les uns pour les autres. A côté le chauffard éructe, il ne cesse de débrancher ses branchements divers au moniteur des fonctions vitales, tous nous nous taisons, nous pensons tous qu'il est tellement saoûl qu'il ne se rend pas compte de ce qu'il a fait. Le médecin du SAMU est de retour, il s'encquiert de comment je me sens. Je lui demande ce que j'aurais pû faire, il me dit, rien, le pauvre gosse est mort sur le coup. C'est fini, un gendarme vient enregistrer ma déposition, il écrit, pour moi, à la première personne du singulier, ses phrases sont précises et brèves, rien à voir avec les miennes, je signe. Je repense au visage de douleur de Bruno Ganz interprêtant un des anges des Ailes du Désir, quand l'homme se jete du haut de l'immeuble, j'ai envie de pousser un tel cri. Le chauffard écopera probablement d'une dizaine d'années de prison en comparution immédiate, dans dix ans, il sera devenu un bandit en captivité, c'est ce que les prisons font, des usines de bandits, le jeune homme en sens inverse est mort sur le coup. Ses parents sont déjà en train de le pleurer, ils ne s'en remettront jamais, je n'ai qu'à penser à ma mère depuis la mort de mon frère Alain pour le savoir, dans les amis de ce jeune homme certains vont apprendre ce que c'est la mort. Tout ça c'est du gâchis, et qui se posera la question de savoir pourquoi ce chauffard était abruti d'alcool ce soir-là? C'est arrivé précisément à cet endroit, le 23 mars 2003, là où le camion va croiser, sans encombre, cette voiture venant de Gisors.  L'exemple même d'un projet inabouti: depuis le début de l'année je photographie ce champ, à chaque fois que je passe devant, et j'avais dans l'idée, commençant ce projet, au début de l'année donc, que je devrais photographier ce champ toute l'année, façon de saisir le passage du temps, et des saisons dans notre cas, sur ce champ. Nous déméageons mi-juillet et je pense pas que j'aurais le loisir de revenir régulièrement jusqu'ici pour photographier ce champ.  De fait nous déménageons mi-juillet et Anne et moi, dans nos discussions, prenons plaisir à ranger, mentalement, ce que nous laissons volontiers ici, derrière nous, et ce qu'au contraire nous regretterons. Nous laissons volontiers Puiseux-en-Bray à ses habitants qui votent massivement pour le Front National, peureux de l'étranger, et des étrangers naturellement, jusqu'au pathétique, envieux aussi dans leurs maisons cossues qui courbent vaillamment l'échine sous l'humidité hivernale, en revanche je regretterai beaucoup le bout de route entre Sérifontaine et Puiseux-en-Bray.  Le jardin le matin. Ce pin penche dangereusement comme beaucoup semblent le penser (notamment dans le village), je puis vous dire que depuis cinq ans je mesure l'angle de son inclinaison comme j'ai pû apprendre à le faire en étudiant le dessin en préparant le concours d'entrée aux Arts Décos, en inclinant un crayon à bout de bras et de reporter cette inclinaison sur le papier, je puis vous dire donc, que cet arbre certes n'a pas poussé droit mais que cette inclinaison est restée constante. Et pourtant je suis sur que le prochain propriétaire de cette maison aura à coeur de faire abattre. A cause du danger. Un peu comme certains maires de communes du sud de la France font abattre des rangées de tilleuls centenaires sur les bords des routes au rétexte que ceux-ci causent des accidents mortels de voiture: quelle mauvaise foi, ce sont les arbres immobiles qui sont accusés et les bolides énervés et mal conduits par des conducteurs énervés et qui se conduisent mal, qui jouent le rôle de la victime. Quel roi fit donnerdes coups de bâtons à la mer parce qu'elle avait noyé son fils?  Ces reflets du matin, comme de la fin du jour, me font souvent regretter qu'il ne soit pas possible de les enregistrer directement sur du papier photographique en le plaquant contre le mur qui reçoit ces ombres.  Nathan a encore mal garé son tracteur. A cette table se tiennent souvent les conciliabules entre Nathan et Madeleine. J'ai très mal photographié ces ombres qui entrent par effraction dans le salon, comme chaque matin ensoleillé, qu'importe, dans mes archives il ne sera pas difficile de trouver un meilleur cliché de ce que souvent je photographie. Une image en remplaçant une autre, un peu de la même façon que certains commentaires du trajet de retour du travail sont en fait des commentaires et des notes qui ont été empruntés à d'autres trajets. Pour les images aussi, la mémoire les fond les unes dans les autres et en fabrique d'autres qui n'ont pas nécessairement existé en tant que telles. Mes souvenirs des Cévennes par exemple se superposent beaucoup. Je me souviens d'un coucher de soleil derrière le Mont-Lozère, un soir de départ avec Hanno, Ladislav préparait un goulasch pour lequel je lui prêtais main forte en coupant des oignons en nombre, c'est un souvenir remarquable, un souvenir de bonne humeur sans pareille, Lazo expliquait que pour faire le gouladch, il fallait prendre du boeuf à braiser, ajoutant comme on fait pour le boeuf bourguignon, ce à quoi j'ajoutais que surement une ménagère slovaque voulant faire du boeuf bourgignon s'adressait à son boucher en lui demander du boeuf comme pour le goulasch, je remarque cependant que j'ai substitué un coucher de soleil d'une autre année à celui-là, une vision tout à fait exempte des larmes causées par les épluchures d'oignons et dont je me souviens pourtant.  Ce spectacle-là est la récompense du travailleur de nuit.  Je me souviens comment pendant de nomrbeuses années j'ai vécu seul, et comment rentrer du travail de nuit était triste et solitaire, depuis que je vis avec Anne, je n'aime rien tant que de rentrer d'une nuit de travail et de me serrer contre elle.  Bonus pour le retour du travail de nuit, le sourire de Madeleine.  Il est huit heures trente, Anne et Madeleine vont bientôt descendre, me laissant endormi.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:43 PM
mercredi, avril 23, 2003
La rédaction de la journée pour l'Adam Project a fait très peu de progrès, et pour cause nous avons passé la journée à faire du manège au parc Saint-Paul, cette vie là télescopant l'autre plus virtuelle et moins réelle, c'est agréable aussi quand cela se produit dans ce sens. Donc quelques images en plus par rapport à hier et trois fautes d'orthographe reprises. Ouvrir donc un fichier de bloc-notes selon cette habitude de tous les soirs, fichier qui sera enregistré sous le nom de la date même du jour et qui rejoindra le tas des autres fichiers amassés chaque soir donc, et dans lesquels je m'astreints, aussi bien que je le puisse, à consigner ceux des événements même minuscules de la journée juste écoulée qui ont, soit retenu mon attention, ou soit, au contraire, auxquels je n'ai pas pensé du tout de la journée et pour lesquels je feins en fin de journée de m'intéresser soudainement en tentant de leur donner une forme qui laisse à penser que ces menus incidents aient pû avoir une quelconque incidence sur nos existences.

Acquittons nous tout de suite d'un des premiers devoirs, se prendre en photo, la routine quoi. A minuit. Je suis au travail, à Noisy-le-Grand dans le département de Seine-Saint-Denis en Ile de France, en France donc, en Europe en somme, sur Terre, après, surement, on pourrait affiner encore, ou plus exactement prendre davantage de recul mais je ne dispose pas du tout des connaissances voulues pour cela. Dans Espèces d'espace de Georges Perec:
"Jadis, comme tout le monde je suppose, et sans doute sur l'un de ces petits agendas trimestriels que donnait la librairie Gibert lorsqu'à la rentrée des classes, on allait échanger le Carpentier-Fialip et le Roux-Combaluzier de l'année d'avant contre le Carpentier-Fialip et le Roux-Combaluzier de l'année à venir, j'ai écrit ainsi mon adresse
Georges Perec
18, rue de l'Assomption
Escalier A
3e étage
Porte droite
Paris 16'
Seine
France
Europe
Monde
Univers" Je me souviens de ce film réalisé par l'Université des sciences de l'Illinois à Chicago et qui montrait dans un premier temps la main d'une personne allongée sur la pelouse d'un parc de Chicago, Montrose Park, il me semble, et la caméra, d'abord, entrait sous la peau de cette personne et plongeait littéralement dans l'entrelacs des cellules de cette personne jusqu'à l'atome et tout ce vide qu'il existe entre le noyau et les électrons dans leur course circulaire folle très difficile à concevoir pour moi cette idée que cette proportion de vide étant telle par rapport à la matière même, en terme de volume occupé, qu'il est légitime de dire d'une enclume en fer forgé, dans ce qu'elle a de pesant et d'imposant, qu'elle est essentiellement faite de vide et puis de nouveau travelling arrière jusqu'à sortir de nouveau de la peau de cette personne allongée un dimanche après-midi et la caméra de prendre de la hauteur et du recul, on ne voit presque plus la personne allongée mais on voit Lake Shore Drive à Chicago, the Loop, Downtown, tout Chicago, ses banlieues quadrillées, puis la platitude du Middle West, l'Amérique toute entière et c'est notre planète maintenant qui devient une petite boule qui va en disparaissant, à chaque seconde nous indique le commentaire, nous nous éloignons du double de la distance, à chaque nouvelle seconde, le double de l'éloignement déjà atteint, ce qui bien sur devient rapidement vertigineux mais cela dure et à force de multiplier les distances déjà phénoménales par deux on arrive à un espace noir que le film ne sait plus documenter parce que justement nous sommes aux confins du monde connu. Alors traduire cette situation dans un autoportrait qui me situe à un moment donné en un endroit donné, pas si facile évidemment, qui trop embrasse, il est minuit, je me prends en photo, dans un ascenceur histoire de traduire un peu de cette difficulté de me situer avec précision.

Je me penche sur les instructions de cette affaire, j'ai déjà maculé la chose comme mes brouillons de toutes sortes de commentaires, pas sur d'ailleurs qu'ils soient honnêtes, est-ce que j'écris les choses pour moi-même ou déjà dans l'idée qu'elles figureront dans cette journée et le récit que je vais en faire. Transcription donc ce tout cela:

GISèLE DIDI | mercredi 13 février 2003 | [2003-02-13]
(Toujours aller voir ce que les copains ont fait)
1. se prendre en photo au lever du lit
2. prendre en photo une vue de la fenêtre du lieu ou l'on a dormi
3. prendre en photo tout être vivant et les interactions avec ce dernier
(peut-être pas tous, je n'ose imaginer ce qui se produirait si je poussais cette consigne jusqu'au bout ce matin au moment de la relève ou encore ce matin, aussi, plus tard, à la station-service de Cergy-Pontoise où je coupe la route en prenant le café et que j'observe mes semblables en proie à la fatigue et au découragement du lundi matin devant leurs insipides cafés en gobelets.
4. prendre en photo tout acte d'écriture manuscrite
(des fétiches en somme)
5. prendre en photo tout objet avec lequel il y a interaction
(interagir avec une bouilloire, est-ce la même chose que d'interagir avec un ordinateur et d'ailleurs dans le cas d'un ordinateur est-ce qu'on interagit?, bref je ne comprends pas très bien ce que c'est que d'interagir.)
Quelques définitions du dictionnaire:
INTERACTIF: qui permet d'utiliser un mode de conversation.
INTERACTION: Action réciproque
INTERACTIVITé: Action de dialoguer entre l'utilisateur d'un système informatique et la machine ar l'intermédiaire d'un écran
INTERAGIR: Avoir une action réciproque. "Les neutrons interagissent avec l champ magnétique" (Le Monde 1966).
Bref je en suis pas très sur d'être prêt ou armé pour l'interaction.
6. prendre en photo chaque lieu et sous-parties d'un lieu
7. se prendre en photo dans chaque lieu et sous-parties d'un lieu
(ça pose des problèmes: j'habite à Puiseux-en-Bray dans le département de l'Oise dans la région Picardie, en France, pays européen, sur Terre dans la Galaxie dans l'univers ou encore je peux dire que je suis assis à Noisy-le-Grand, au travail, à mon bureau, au cinquième étage, dans la salle 5307 dans l'ancienne partie réseau, à un bureau déserté, j'y suis bien merci, sur un siège dont plus personne ne veut, en fait il fait partie de l'ancienne génération de mobilier, mais je le garde précieusement parce qu'il maintient admirablement le bas de mon dos toujours douloureux) et là j'ai noté voir Perec Espèces d'espaces (C'est l'extrait précédemment cité)
8. prendre en photo tout évènement inhabituel
(et si rien d'inhabituel se produit dans une journée, est-ce le signe que cette journée est ratée ou au contraire réussie) et là j'ai noté voir Essai sur la journée réussie de Peter Handke.
"Un autoportrait du peintre William Hogarth, à Londres, un instant au dix-huitième siècle, avec une palette, et la partageant en deux, à peu près au milieu, une ligne légèrement arquée, ladite " Line of Beauty and Grace ". Et sur la table de travail une pierre plate arrondie de la rive du lac de Constance, dans le granit sombre, une veine d'un blanc de chaux en guise de diagonale, qui dévie juste quand il faut, comme par jeu et sépare et relie les deux parties du caillou. Et sur le trajet, dans ce train de banlieue entre les collines qui bordent la Seine à l'ouest de Paris, cette heure d'après-midi où l'air et la lumière neufs du départ sont consumés, où plus rien n'est naturel, où seul le soir qui tombe peut vous tirer du jour où on est coincé, tout à coup la vaste courbe inattendue stupéfiante des faisceaux de rails qui déboîtent loin au-dessus de la ville qui s'étend là-bas tout entière librement, inopiné-ment, dans le bassin du fleuve avec tous ses emblèmes amoncelés sur les hauteurs de Saint-Cloud ou de Suresnes ; et avec cette courbe en une seule seconde les cils rigides se remirent àciller, le déroulement de la journée retrouva sa direction au sortir de l'étroitesse, et avec lui revint l'idée déjà presque abandonnée de la " journée réussie ", l'élan qui donne la chaleur l'accompagnait, cet élan nécessaire pour s'essayer à une description, en plus du décompte ou du récit des éléments et des problèmes d'une pareille journée. Sur la palette de Hogarth la " ligne de beauté et de grâce " semble vraiment se frayer un chemin à travers les masses de couleur informes, elle paraît comme creusée à travers celles-ci et en même temps, dirait-on, elle jette une ombre.
Qui a déjà vécu une journée réussie ? La plupart vont dire que oui. Et il sera nécessaire alors de continuer à questionner. Veux-tu dire " réussie ", ou simplement " belle " ? Parles-tu d'une journée " réussie " ou d'une journée - il est vrai tout aussi rare - " sans soucis " ? Pour toi une journée réussie est-elle déjà celle qui s'est déroulée sans pro-blème ? Vois-tu une différence entre une journée réussie et une journée heureuse ? Est-ce pour toi autre chose de parler de telle ou telle journée réussie à l'aide du souvenir ou, immédiatement après, au soir même de ce jour, sans la transfor-mation par le temps intermédiaire dont l'adjectif alors ne serait pas " accompli ", " surmonté " mais seulement " réussi " ? Pour toi la journée réussie est-elle fondamentalement différente d'une jour-née sans pesanteur, une journée de bonheur, une journée dont on serait venu à bout, une journée transfigurée par son longdurer - une seule chose suffit et le jour tout entier s'élève, transfiguré - et peu importe quel grand jour pour la science, pour ta patrie, notre peuple, les peuples de la terre, l'humanité ? (D'ailleurs regarde - lève les yeux -, le contour de l'oiseau là-bas en haut dans l'arbre ; le verbe grec pour " lire ", dans les épîtres de Paul, traduit littéralement, serait à la lettre le " haut-regard ", le " haut-voir ", le " haut-connaître ", un mot sans injonction particulière, une invite, plutôt, un appel ; et en plus ces colibris de la jungle sud-américaine, qui en quittant leur arbre protecteur imitent le balancement d'une feuille qui tombe pour tromper les vautours ... ) Oui, la journée réus-sie n'est pas pour moi comme toutes les autres, elle veut en dire plus. La journée réussie, c'est plus. C'est plus qu'une " remarque réussie ", plus " qu'un coup réussi aux échecs " (même plus que toute une partie réussie), qu'" une première hiver-nale réussie ", elle est autre chose qu'une " fuite réussie ", une " opération réussie ", une " relation réussie ", qu'" une affaire réussie " quelle qu'elle soit, elle est indépendante aussi du coup de pin-ceau ou de la phrase réussie et elle n'a même rien à voir avec " ce poème réussi en une heure après l'attente de toute une vie ". La journée réussie est incomparable. Elle est unique."
9. prendre le plus de photos possible
( à un un soixantième de seconde il est possible, pas nécessairement loisible, de prendre, en vingt-quatre heures, 60X60X60X24 photographies soit cinq millions cent quatre vingt quatre mille photographies )
10. ne pas faire de jolies photos
(TRES COMPLIQUE, si je fais une photographie verticale plutôt qu'horizontale, cela en soi est un choix, qui implique que déjà j'opère des transformations de mon image, et dans cette activité mentale de transformation, je m'efforce de rendre cette image, soit parlante, soit floue, soit indéfinie, soit cadrée selon certains critères, exposée selon certaines conditions, autant de paramètres que je choisis ou que je choisis de ne pas choisir choix et absence de choix auxquels se greffe le cortège coutumier des erreurs et des mauvais choix, des accidents et des autres caprices de la lumière, qui n'en altèrent pas moins la photograpohie et qui influent sur le discours de l'image aussi surement que les actes manqués sont révélateurs et indissociables de ce que l'on "dit" choix et non choix donc, qui aboutiront à une image, belle ou pas d'ailleurs, là n'est pas la question, mais en ne faisant que de cadrer cette image verticalement, j'ai déjà fait un choix aussi ténu soit-il, comparablement si je fais cette photographie horizontalement plutôt que verticalement, cela en soi est un choix, qui implique que déjà j'opère des transformations en vue de transformer mon image, et dans cette activité mentale je m'efforce de rendre cette image soit parlante, soit floue, soit indéfinie, soit cadrée selon certains critères, exposée selon certaines conditions, autant de paramètres que je choisis ou que je choisis de ne pas choisir choix et absence de choix auxquels se greffe le cortège coutumier des erreurs et des mauvais choix, des accidents et des autres caprices de la lumière, qui n'en altèrent pas moins la photograpohie et qui influent sur le discours de l'image aussi surement que les actes manqués sont révélateurs et indissociables de ce que l'on "dit" choix et non choix donc, qui aboutiront à une image, belle ou pas d'ailleurs, là n'est pas la question, mais en ne faisant que de cadrer cette image verticalement, j'ai déjà fait un choix aussi ténu soit-il et ainsi de suite, c'est sans fin, la question des photographies belles ou pas ne se pose pas, elle ne peut pas se poser.) Bref.
11. une tierce personne peut prendre des photos
(et puis quoi encore?)
12. relever l'heure précise de chaque prise de vue
(l'appareil va se charger de cela, mais je pourrais tout aussi bien faire comme une amie a fait une mauvaise fois pour toutes, régler l'horloge de son ordinateur sur 1908, plutôt que 2002, comme c'est étonnant d'ailleurs de recevoir d'elle des émails datant du début du vingtième siècle.)
ADaM-Project / mercredi 13 février 2003 - Copyright©2002
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

Peu après minuit, détour par la salle de repos. Le travail de nuit comprend cet exercice difficile qu'il faille tenir le coup toute la nuit, dans ce numéro de résistance, l'estomac est capricaux, tantôt un allié précieux tantôt un mauvais partenaire.

Un plat assez facile à préparer consiste en une assiettée plutôt copieuse de pâtes entières au coulis de tomates et autres légumes, ce soir luxe des luxes, saupoudrées d'un peu de parmesan en sachet. La recette de ce plat est assez simple, je vous la donne cependant volontiers. Faire bouillir une casserole d'eau, au point d'ébullition, y jeter les pâtes, des Penne complets, puis dans une autre casserole, faire réchauffer au bain-marie le contenu d'une briquette longue conservation de coulis de tomates, après le respect impérieux du temps de cuisson imparti sur l'emballage des pâtes, six minutes, jeter les pâtes dans une écumoire, les dresser dans une assiette, y incorporer le coulis tiède et saupoudrer de parmesan, déguster pendant que c'est encore chaud, éviter absolument de manger un tel plat refroidi.

Et prenant cette photographie de mes pâtes baignant dans leur jus, à l'arrière-plan, on ne manque pas de remarquer l'extincteur de rigueur en salle de repos qui paraît émerger des pâtes floues, je me dis qu'il va être difficile, compliqué sinon même impossible de respecter les consignes de ne pas faire de belles photographies non que je sois toujours ravi du résultat de toutes mes photographies mais je serai bien en peine, en y mettant la meilleure volonté du monde, de faire le tri dans toutes ces photographies et vous épargner celles qui soient réussies si tant est qu'elles soient belles, puisque généralement prenant une photographie, j'ai cette habitude bornée de faire en sorte qu'elle soit motivée par toutes sortes de considérations esthétiques, parfois même, j'en rougis devant vous, qu'elle présente quelque agencement de formes et de couleurs plaisant à l'oeil. Alors goûtant mes pâtes et ayant reposé l'appareil photo sur la table à la place habituellement dévolue au verre, c'est-à-dire en tête d'assiette, je déclenche hardiement, et sans regarder dans le viseur, l'appareil, l'objectif posé à même le formica peu engageant de la table de la salle de repos et, considérant la photographie ainsi prise, je lui trouve naturellement des qualités qui me rendent perplexe quant à mes chances de parvenir à honnêtement expurger les photographies qui soient belles parmi celles que je me propose de prendre pendant les prochaines vingt-quatre heures. Ce n'est donc pas gagné.

De retour de la cuisine, j'entamme de consigner mes notes dans le fichier de bloc-notes que j'ai ouvert et que j'ai finalement baptisé, 22042003.txt, on s'y retrouve come on peut, je saurais me rappeler quel jour je me suis livré à cet exercice qui sans cesse me voit me prendre les pieds dans le tapis à écrire ou photographier que je suis en train d'écrire ou photographier, d'ailleurs ce que je fais surtout c'est que j'écris que je photographie et je photographie que j'écris, à la réflexion pour photographier que je photographie il me faudrait un second appareil-photo, je n'ai pas pensé à me munir d'une autre appareil, suis-je distrait (pourtant je savais bien que j'allai finir par me lancer dans ce genre de boucles, je pars donc mal équipé en terrain récursif, mais à la réflexion n+1 pour photographier que je me photographie photographiant pour bien faire il faudrait donc n appareil-photo. A la rigueur je peux écrire que j'écris et écrire que je me décrit écrivant et ainsi de suite, mais quel intérêt?, on a tous compris ce que je voulais dire.

Je reprends mes notes, donc j'écris que j'écris en somme. J'écris comme un cochon, ce qui d'ailleurs me pousse à ne plus écrire avec un stylo dont force m'est de constater que j'en suis de plus en plus incapable, nous y gagnons, tous, moi le premier, en lisibilité, pour ma part en relisibilité.

Je m'octroie une pause, et descends au rez-de-chaussée où j'interagis, à mon corps défendant, avec un distributeur de bouteille d'eau minérale gazeuse de marque Badoit dont la gestion revient au comité d'entreprise de l'entreprise dont je suis salarié: interagis-je avec l'appareil distributeur, le comité d'entreprise ou l'entreprise elle-même, ou même encore avec l'entreprise Badoit?, il m'en coute, littéralement, un jeton? L'acheminement mécanique des bouteilles vers un guichet duquel, celui qui a nséré un jeton dans la fente idoine, peut récupérer (mais vous avez toius déjà utilisé un distributeur automatique, je ne vous fais pas un dessin) ce qui devient son bien, cet acheminement d'automate provoque chez moi toutes sortes de pensées douloureuses qui ont toujours cette racine dans l'image (une gravure dans les tons bistres, rehaussés de cernes noirs) vue en 1976, à onze ans et qui représentait une scène d'exécution en série par décapitation au sabre, en chine donc, et comment dans l'alignement des condamnés agenouillés se tient tapie l'impression épouvantable que ces exécutions sont éternelles, qu'elles vont durer de façon infinie. 
Je suis fasciné par les lieux déserts, ces endroits qui grouillent de monde en semaine et dont nous sommes, mes collègues et moi, les seuls habitants pendant le week-end. Cela fait des années que je me promets de prendre des photographies de ces lieux oxymores dans ce qu'ils sont prévus pour l'affluence et qu'ils sont justement déserts, projet pour lequel j'applique avec mon savoir-faire coutumier une efficace procrastination, et je suis amusé de voir que cette participation au projet de de journée documentée m'entraine à faire des choses dont jusqu'à présent j'avais repoussé avec opiniâtreté l'exécution aux lendemains. 
Je décide de remonter par le monte-charge, voir en passant par le local des poubelles si je ne dénicherais pas des cartons pour notre déménagement prochain. Des cartons point, mais un éclairage défectueux qui baigne ce local d'une lumière dramatique, peut-être pas, cinématographique tout au plus. Je me trouve fort appliqué à respecter certaines des consignes de cette affaire. On doit être dans la notion de lieux et de sous-lieux.
De retour en salle des collègues sont en proie à quelques difficultés pour reprendre un archivage d'une application à la conception ancienne, pas sur que je parviendrais à expliquer à tous ce qui est en jeu ici, pas toujours très sur moi-même de comprendre, donc ne nous y risquons pas. Je leur conseille de ne rien faire en ironisant sur le fait que ça ils savent faire. Ils sont habitués à mes frasques, ils ne relèvent même pas.




Je fais quelques photographies de ce qu'il y a sur la myriade d'écrans qui nous entourent, il y a bien longtemps que je ne prête plus qu'une attention de principe très relative à ce que ces écrans représentent vraiment, une manière d'abstraction aux contours mal définis, de vue de l'esprit vraiment, un amalgame binaire dont les ramifications sont tous les jours plus nombreuses et nous sommes en quelques sorte de plus en plus en peine de les comprendre toutes. Je me souviens comme à mes débuts dans ce drôle de métier, j'étais fasciné de voir à quel point mes collègues d'alors ne semblaient pas percevoir combien l'univers dans lequel ils évoluaient était tout droit sorti de livres de science-fiction et comment leurs invectives nombreuses, contre la bécane, quand les choses n'allaient pas comme elles auraient dû, comment ces jurons les emmenaient dans ces territoires incertains du dialogue entre des êtres humains et leur propre construction et puis je suis devenu l'un d'eux, je ne m'arrête plus au débit sans fin des consoles de systèmes informatiques qui dégueulent du message dont très peu du contenu sert effectivement à quelque chose, on dit d'un système ou de sa console qu'ils sont "bavards". Cette réalité là pour peu qu'elle appartienne effectivement au réél (pourtant je sous assure il y a derrière tout cela des sommes trébuchantes folles dont les montants donnent sans mal le vertige) est à l'image de ces écrans de veille pour lesquels les ordinateurs personnels mettent les écrans au repos en construisant à toute allure des labyrinthes tubulaires dessinés en perspective à deux points de fuite irréprochable, opération vaine mais réalisée à une vitesse vertigineuse, spectacle pour fascinant qu'il puisse être si l'on veut bien y prêter un peu attention mais qui n'en est pas moins relégué à ces choses mille fois vues et qui sont produites pour cette seule raison qu'il ne coûte rien de les produire, c'est gratuit, mais je n'irai pas jusqu'à dire que cela ne prête pas à conséquence. Je me souviens des premiers ordinateurs personnels que j'ai vus aux Etat-Unis, j'étais médusé de voir que sur ces écrans-là des images pouvaient s'afficher ou même encore du texte, un texte qui ne fut pas un des ces vomis de machine, suite de signes pas tous signifiants et je me souviens de la première fois que je suis allé sur internet, c'était en 1995 et ce que j'y voyais me clouait: des photos de bonnes femmes à poil, là même où depuis des années et des années je n'avais vu que des lignes de code.


De nouveau l'appareil est posé tel quel sur une table et je déclenche advienne que pourra, guess and hope comme préconisait mon professeur de photographie, Bart Parker, et mince encore une photographie réussie, là aussi c'est à se demander si l'appareil n'est pas capable, de son propre fait de faire des photographies à l'image de ces économiseurs d'écran qui font du dessin en perspective à deux points de fuite sans le savoir, sortes de Messieurs Jourdains robotisés.

A la hâte je m'aperçois que j'avais laissé en arrière-plan la publication de mon article intitulé pompeusement "Premières coinsidérations à propos de la photographie numérique" sur le site du Portillon: tout ce que je peux écrire, sans arrêt!, à croire que je m'applique des objectifs de production et des cadences infernales et dans ce rythme soutenu, je doute fort que la qualité y gagne quoi que ce soit, et de me demander sérieusement, alors, pourquoi, je le fais?, j'ai le vertige, il est deux heures du matin (encore quatre heures et demi à tenir), je suis fatigué, je ne suis pas sur que ce soit le meilleur moment pour tenir ce genre de discours. Le vin est tiré, il faut le boire.

Je prends des notes à propos des photographies que j'ai déjà prises. 
Je photographie ces notes à propos des photographies que j'ai prises de mes notes que je prends en photographie, encore vingt-deux heures à tenir me dis-je en souriant, ce n'est donc pas sans fin au contraire de ce que j'écris en lettres majuscules soulignées trois fois. Je vais me relire, je crois. 
Entre temps je reçois un mail me remerciant d'avoir remercié, mail auquel je réponds par des remerciements (pas sur que je tienne les vingt-quatre heures à ce rythme-là) "Francis, donc vous me remerciez de vous avoir remercié, ce dont naturellement je vous remercie.
Vous allez me donner le vertige parce que je suis justement occupé à écrire à propos de choses qui vont en boucle comme cela, je vous donne un extrait, je n'ai pas relu, c'est littéralement ce que je suis en train d'écrire:
"... je me suis livré à cet exercice qui sans cesse me voit me prendre les pieds dans le tapis à écrire ou photographier que je suis en train d'écrire ou que je suis en train de photographier, d'ailleurs ce que je fais surtout c'est que j'écris que je photographie et je photographie que j'écris, à la réflexion pour photographier que je photographie il me faudrait un second appareil-photo, je n'ai pas pensé à me munir d'un autre appareil, suis-je distrait (pourtant je savais bien que j'allai finir par me lancer dans ce genre de boucles, je pars donc mal équipé en terrain récursif, mais à la réflexion n+1 pour photographier que je me photographie photographiant pour bien faire il faudrait donc n appareil-photo. A la rigueur je peux écrire que j'écris et écrire que je me décrit écrivant et ainsi de suite, mais quel intérêt?, on a tous compris ce que je voulais dire."
Amicalement
Phil" 
Je fais une vraie pause dans tout cela, un peu édifié de tout ce que cela a pû déclencher de mots mis bout à bout et je me dis qu'en soi cela, le brouillon de ce que je prépare pour l'Adam Project, pourrait bien être aussi le bloc-notes de cette nuit, et me connectant effectivement au site duquel j'envoie les données du bloc-notes tous les soirs, je songe naturellement à cet éparpillement de soi que tout cela représente, de ce qui se note à même le clavier dans un fichier txt et qui ensuite, d'une part rejoint le tiroir du bloc-notes dans le sous dossier 2003, tiroir lui même situé à l'emplacement c/Phil/Textes/bloc-notes/2003/ et puis en passant par un serveur dont je crois savoir qu'il est physiquement situé aux Etat-Unis, je finis par "publier" cela à l'espace http://www.desordre.net/bloc/index.htm dans cet état de brouillon dans l'idée qu'il finira ensuite également sur le site de l'Adam Project. Cette dispersion ne me dit rien qui vaille mais je suis également impuissant à l'endiguer.
Tiens je recommence à m'apitoyer sur mon sort, je crois qu'il est temps de risquer un nouvel autoportrait, histoire de fixer un peu de cette fatigue qui passe sur tout. 
Ce faisant, je fais comme à mon habitude, l'appareil tenu à bout de bras en prenant bien garde de regarder dans le fond de l'objectif et non l'écran LCD viseur de mon appareil dans lequel je peux voir mon visage, pour que le regard soit plus direct, et effet sans doute de la fatigue, je me dis que rien ne m'oblige en somme à faire comme d'habitude, je tente donc une vue rapprochée, après tout ce que j'ambitionne est une photographie de la fatigue et non un autoportrait. 
Je saute d'une idée à l'autre, je reviens donc à l'éparpillement, je compose donc le bloc-notes de cette nuit. Du serveur de Blogger.com 
... à http://www.desordre.net/bloc/index.htm 
Je profite de la pause pour faire un peu de courrier, et tant qu'à faire, autant répondre aux mails qui m'amusent ou qu'ils m'amusent d'écrire, et en tête de ce groupe là l'ami Lièvre de Mars:
En réponse à Lldm :
>Tiens je ne sais pas ce qui m'a pris cette nuit vers minuit
>(peut-être l'absence de photographie de minuit ponctuelle)
>mais je viens de commencer une journée Adam, depuis que
>j'ai commencé, je noircis des feuillets et des feuillets
>de toutes sortes de fadaises que je ressaisis le tout
>au clavier que je reprends en photo à l'écran et que je
>commente et ensuite je prends des photos de ces commentaires,
>bref je n'en finis pas, et vous écrivant tout ceci je
>m'aperçois qu'il va falloir que je le prenne en photo et
>que je le commente, ce que je serai ensuite obligé de
>prendre en photo et de commenter à nouveau, ma manie
>du surplace en somme.
>
>
>Amicalement
>
>Phil
>
>> L. 
Et puis je m'amuse aussi du mail que Gisèle m'a envoyé à propos de cette journée un peu différente des autres dans la chronique de "la Vie", deuis le temps que je me disais que sans doute il faudrait aussi un peu parler de sexe, si tant est que je voulais que cette chronique fût vaguement complète. 
Je suis de plus en plus fatigué, pour tromper l'ennui et la fatigue je vais faire quelques photographies de la fenêtre. Je ne sais pas trop quoi penser de l'architecture de cet immeuble dans lequel nous travaillons, c'est une architecture dont il n'y pas grand chose à dire, toutes les semaines je fais des photos de cet immeuble, m'efforçant de trouver des variations à ce même thème improbable, parfois la météorologie m'aide, il neige et il suffit de prendre la même photographie que d'autres jours et la neige se charge de faire le reste. En fait c'est une architecture très médiocre mais j'ai pourtant plaisir à en faire des photographies même répétitives, cela m'inspire en quelque sorte, je ne crois pas que la cathédrale de Chartres par exemple m'inspirerait aussi bien, pour ce qui est de faire des photographies s'entend, pour ce qui est d'y prier, peut-être pas mais de m'émerveiller du travail d'orfèvre des autres hommes, je préfère tout de même faire quelques pas dans les nefs de nos plus belles cathédrales. Je me souviens en mai 1995, à l'occasion du mai de la photo à Reims, j'étais allé visiter la cathédrale de Reims très tôt le matin, j'étais seul dans cette immense cathédrale, je mesurais bien le peu de chose que j'étais et c'était là une pensée bien agréable, reposante en somme. Comparablement lorsque je me dégourdis les jambes au milieu de la nuit dans l'imeuble de mon travail désert toute la nuit, ruche de jour, je ne suis pas apaisé du tout, mais au contraire inquiet de toute cette vie qui est absente. Bref je ne sais plus ce que je dis, comparer, même de très loin la cathédrale de Reims avec l'immeuble impersonnel de mon travail en pleine ville nouvelle, non là je croi que je débloque à fond. 
La relève est dans une heure, dans une heure je vais pouvoir débrancher ce cordon ethernet de mon ordinteur portable et rejoindre un monde meilleur, semer par exemple quelques oeufs de chocolat dans le jardin pour les enfants, avec un jour de retard, il va bien falloir que ces enfants là s'habituent au fait que leur père est au travail quand les autres ne travaillent pas, et qu'en quelque sorte ce père là ne fait jamais rien tout à fait comme les autres. Pas un cadeau.
file/save/close/start/shutdown/poweroff.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:59 PM
mardi, avril 22, 2003
 Ouvrir donc un fichier de bloc-notes selon cette habitude de tous les soirs, fichier qui sera enregistré sous le nom de la date même du jour et qui rejoindra le tas des autres fichiers amassés chaque soir donc, et dans lesquels je m'astreints, aussi bien que je le puisse, à consigner ceux des événements même minuscules de la journée juste écoulée qui ont, soit retenu mon attention, ou soit, au contraire, auxquels je n'ai pas pensé du tout de la journée et pour lesquels je feins en fin de journée de m'intéresser soudainement en tentant de leur donner une forme qui laisse à penser que ces menus incidents aient pû avoir une quelconque incidence sur nos existences. Acquittons nous tout de suite d'un des premiers devoirs, se prendre en photo, la routine quoi. A minuit. Je suis au travail, à Noisy-le-Grand dans le département de Seine-Saint-Denis en Ile de France, en France donc, en Europe en somme, sur Terre, après, surement, on pourrait affiner encore, ou plus exactement prendre davantage de recul mais je ne dispose pas du tout des connaissances voulues pour cela. Dans Espèces d'espace de Georges Perec:
"Jadis, comme tout le monde je suppose, et sans doute sur l'un de ces petits agendas trimestriels que donnait la librairie Gibert lorsqu'à la rentrée des classes, on allait échanger le Carpentier-Fialip et le Roux-Combaluzier de l'année d'avant contre le Carpentier-Fialip et le Roux-Combaluzier de l'année à venir, j'ai écrit ainsi mon adresse
Georges Perec 18, rue de l'Assomption Escalier A 3e étage Porte droite Paris 16' Seine France Europe Monde Univers"
Je me souviens de ce film réalisé par l'Université des sciences de l'Illinois à Chicago et qui montrait dans un premier temps la main d'une personne allongée sur la pelouse d'un parc de Chicago, Montrose Park, il me semble, et la caméra, d'abord, entrait sous la peau de cette personne et plongeait littéralement dans l'entrelacs des cellules de cette personne jusqu'à l'atome et tout ce vide qu'il existe entre le noyau et les électrons dans leur course circulaire folle très difficile à concevoir pour moi cette idée que cette proportion de vide étant telle par rapport à la matière même, en terme de volume occupé, qu'il est légitime de dire d'une enclume en fer forgé, dans ce qu'elle a de pesant et d'imposant, qu'elle est essentiellement faite de vide et puis de nouveau travelling arrière jusqu'à sortir de nouveau de la peau de cette personne allongée un dimanche après-midi et la caméra de prendre de la hauteur et du recul, on ne voit presque plus la personne allongée mais on voit Lake Shore Drive à Chicago, the Loop, Downtown, tout Chicago, ses banlieues quadrillées, puis la platitude du Middle West, l'Amérique toute entière et c'est notre planète maintenant qui devient une petite boule qui va en disparaissant, à chaque seconde nous indique le commentaire, nous nous éloignons du double de la distance, à chaque nouvelle seconde, le double de l'éloignement déjà atteint, ce qui bien sur devient rapidement vertigineux mais cela dure et à force de multiplier les distances déjà phénoménales par deux on arrive à un espace noir que le film ne sait plus documenter parce que justement nous sommes aux confins du monde connu. Alors traduire cette situation dans un autoportrait qui me situe à un moment donné en un endroit donné, pas si facile évidemment, qui trop embrasse, il est minuit, je me prends en photo, dans un ascenceur histoire de traduire un peu de cette difficulté de me situer avec précision. Je me penche sur les instructions de cette affaire, j'ai déjà maculé la chose comme mes brouillons de toutes sortes de commentaires, pas sur d'ailleurs qu'ils soient honnêtes, est-ce que j'écris les choses pour moi-même ou déjà dans l'idée qu'elles figureront dans cette journée et le récit que je vais en faire. Transcription donc ce tout cela: GISèLE DIDI | mercredi 13 février 2003 | [2003-02-13] (Toujours aller voir ce que les copains ont fait)
1. se prendre en photo au lever du lit 2. prendre en photo une vue de la fenêtre du lieu ou l'on a dormi 3. prendre en photo tout être vivant et les interactions avec ce dernier (peut-être pas tous, je n'ose imaginer ce qui se produirait si je poussais cette consigne jusqu'au bout ce matin au moment de la relève ou encore ce matin, aussi, plus tard, à la station-service de Cergy-Pontoise où je coupe la route en prenant le café et que j'observe mes semblables en proie à la fatigue et au découragement du lundi matin devant leurs insipides cafés en gobelets. 4. prendre en photo tout acte d'écriture manuscrite (des fétiches en somme) 5. prendre en photo tout objet avec lequel il y a interaction (interagir avec une bouilloire, est-ce la même chose que d'interagir avec un ordinateur et d'ailleurs dans le cas d'un ordinateur est-ce qu'on interagit?, bref je ne comprends pas très bien ce que c'est que d'interagir.) Quelques définitions du dictionnaire: INTERACTIF: qui permet d'utiliser un mode de conversation. INTERACTION: Action réciproque INTERACTIVITé: Action de dialoguer entre l'utilisateur d'un système informatique et la machine ar l'intermédiaire d'un écran INTERAGIR: Avoir une action réciproque. "Les neutrons interagissent avec l champ magnétique" (Le Monde 1966). Bref je en suis pas très sur d'être prêt ou armé pour l'interaction.
6. prendre en photo chaque lieu et sous-parties d'un lieu 7. se prendre en photo dans chaque lieu et sous-parties d'un lieu (ça pose des problèmes: j'habite à Puiseux-en-Bray dans le département de l'Oise dans la région Picardie, en France, pays européen, sur Terre dans la Galaxie dans l'univers ou encore je peux dire que je suis assis à Noisy-le-Grand, au travail, à mon bureau, au cinquième étage, dans la salle 5307 dans l'ancienne partie réseau, à un bureau déserté, j'y suis bien merci, sur un siège dont plus personne ne veut, en fait il fait partie de l'ancienne génération de mobilier, mais je le garde précieusement parce qu'il maintient admirablement le bas de mon dos toujours douloureux) et là j'ai noté voir Perec Espèces d'espaces (C'est l'extrait précédemment cité) 8. prendre en photo tout évènement inhabituel (et si rien d'inhabituel se produit dans une journée, est-ce le signe que cette journée est ratée ou au contraire réussie) et là j'ai noté voir Essai sur la journée réussie de Peter Handke.
"Un autoportrait du peintre William Hogarth, à Londres, un instant
au dix-huitième siècle, avec une palette, et la partageant en deux,
à peu près au milieu, une ligne légèrement arquée, ladite " Line of
Beauty and Grace ". Et sur la table de travail une pierre plate arrondie
de la rive du lac de Constance, dans le granit sombre, une veine d'un
blanc de chaux en guise de diagonale, qui dévie juste quand il faut,
comme par jeu et sépare et relie les deux parties du caillou. Et sur
le trajet, dans ce train de banlieue entre les collines qui bordent
la Seine à l'ouest de Paris, cette heure d'après-midi où l'air et la
lumière neufs du départ sont consumés, où plus rien n'est naturel, où
seul le soir qui tombe peut vous tirer du jour où on est coincé, tout
à coup la vaste courbe inattendue stupéfiante des faisceaux de rails
qui déboîtent loin au-dessus de la ville qui s'étend là-bas tout entière
librement, inopiné-ment, dans le bassin du fleuve avec tous ses emblèmes
amoncelés sur les hauteurs de Saint-Cloud ou de Suresnes ; et avec cette
courbe en une seule seconde les cils rigides se remirent àciller, le
déroulement de la journée retrouva sa direction au sortir de l'étroitesse,
et avec lui revint l'idée déjà presque abandonnée de la " journée réussie
", l'élan qui donne la chaleur l'accompagnait, cet élan nécessaire pour
s'essayer à une description, en plus du décompte ou du récit des éléments
et des problèmes d'une pareille journée. Sur la palette de Hogarth la
" ligne de beauté et de grâce " semble vraiment se frayer un chemin
à travers les masses de couleur informes, elle paraît comme creusée
à travers celles-ci et en même temps, dirait-on, elle jette une ombre.
Qui a déjà vécu une journée réussie ? La plupart vont dire que oui.
Et il sera nécessaire alors de continuer à questionner. Veux-tu dire
" réussie ", ou simplement " belle " ? Parles-tu d'une journée " réussie
" ou d'une journée - il est vrai tout aussi rare - " sans soucis " ?
Pour toi une journée réussie est-elle déjà celle qui s'est déroulée
sans pro-blème ? Vois-tu une différence entre une journée réussie et
une journée heureuse ? Est-ce pour toi autre chose de parler de telle
ou telle journée réussie à l'aide du souvenir ou, immédiatement après,
au soir même de ce jour, sans la transfor-mation par le temps intermédiaire
dont l'adjectif alors ne serait pas " accompli ", " surmonté " mais
seulement " réussi " ? Pour toi la journée réussie est-elle fondamentalement
différente d'une jour-née sans pesanteur, une journée de bonheur, une
journée dont on serait venu à bout, une journée transfigurée par son
longdurer - une seule chose suffit et le jour tout entier s'élève, transfiguré
- et peu importe quel grand jour pour la science, pour ta patrie, notre
peuple, les peuples de la terre, l'humanité ? (D'ailleurs regarde -
lève les yeux -, le contour de l'oiseau là-bas en haut dans l'arbre
; le verbe grec pour " lire ", dans les épîtres de Paul, traduit littéralement,
serait à la lettre le " haut-regard ", le " haut-voir ", le " haut-connaître
", un mot sans injonction particulière, une invite, plutôt, un appel
; et en plus ces colibris de la jungle sud-américaine, qui en quittant
leur arbre protecteur imitent le balancement d'une feuille qui tombe
pour tromper les vautours ... ) Oui, la journée réus-sie n'est pas pour
moi comme toutes les autres, elle veut en dire plus. La journée réussie,
c'est plus. C'est plus qu'une " remarque réussie ", plus " qu'un coup
réussi aux échecs " (même plus que toute une partie réussie), qu'" une
première hiver-nale réussie ", elle est autre chose qu'une " fuite réussie
", une " opération réussie ", une " relation réussie ", qu'" une affaire
réussie " quelle qu'elle soit, elle est indépendante aussi du coup de
pin-ceau ou de la phrase réussie et elle n'a même rien à voir avec "
ce poème réussi en une heure après l'attente de toute une vie ". La
journée réussie est incomparable. Elle est unique."
9. prendre le plus de photos possible ( à un un soixantième de seconde il est possible, pas nécessairement loisible, de prendre, en vingt-quatre heures, 60X60X60X24 photographies soit cinq millions cent quatre vingt quatre mille photographies ) 10. ne pas faire de jolies photos (TRES COMPLIQUE, si je fais une photographie verticale plutôt qu'horizontale, cela en soi est un choix, qui implique que déjà j'opère des transformations de mon image, et dans cette activité mentale de transformation, je m'efforce de rendre cette image, soit parlante, soit floue, soit indéfinie, soit cadrée selon certains critères, exposée selon certaines conditions, autant de paramètres que je choisis ou que je choisis de ne pas choisir choix et absence de choix auxquels se greffe le cortège coutumier des erreurs et des mauvais choix, des accidents et des autres caprices de la lumière, qui n'en altèrent pas moins la photograpohie et qui influent sur le discours de l'image aussi surement que les actes manqués sont révélateurs et indissociables de ce que l'on "dit" choix et non choix donc, qui aboutiront à une image, belle ou pas d'ailleurs, là n'est pas la question, mais en ne faisant que de cadrer cette image verticalement, j'ai déjà fait un choix aussi ténu soit-il, comparablement si je fais cette photographie horizontalement plutôt que verticalement, cela en soi est un choix, qui implique que déjà j'opère des transformations en vue de transformer mon image, et dans cette activité mentale je m'efforce de rendre cette image soit parlante, soit floue, soit indéfinie, soit cadrée selon certains critères, exposée selon certaines conditions, autant de paramètres que je choisis ou que je choisis de ne pas choisir choix et absence de choix auxquels se greffe le cortège coutumier des erreurs et des mauvais choix, des accidents et des autres caprices de la lumière, qui n'en altèrent pas moins la photograpohie et qui influent sur le discours de l'image aussi surement que les actes manqués sont révélateurs et indissociables de ce que l'on "dit" choix et non choix donc, qui aboutiront à une image, belle ou pas d'ailleurs, là n'est pas la question, mais en ne faisant que de cadrer cette image verticalement, j'ai déjà fait un choix aussi ténu soit-il et ainsi de suite, c'est sans fin, la question des photographies belles ou pas ne se pose pas, elle ne peut pas se poser.) Bref. 11. une tierce personne peut prendre des photos (et puis quoi encore?)
12. relever l'heure précise de chaque prise de vue (l'appareil va se charger de cela, mais je pourrais tout aussi bien faire comme une amie a fait une mauvaise fois pour toutes, régler l'horloge de son ordinateur sur 1908, plutôt que 2002, comme c'est étonnant d'ailleurs de recevoir d'elle des émails datant du début du vingtième siècle.)
ADaM-Project / mercredi 13 février 2003 - Copyright©2002 Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.  Peu après minuit, détour par la salle de repos. Le travail de nuit comprend cet exercice difficile qu'il faille tenir le coup toute la nuit, dans ce numéro de résistance, l'estomac est capricaux, tantôt un allié précieux tantôt un mauvais partenaire.  Un plat assez facile à préparer consiste en une assiettée plutôt copieuse de pâtes entières au coulis de tomates et autres légumes, ce soir luxe des luxes, saupoudrées d'un peu de parmesan en sachet. La recette de ce plat est assez simple, je vous la donne cependant volontiers. Faire bouillir une casserole d'eau, au point d'ébullition, y jeter les pâtes, des Penne complets, puis dans une autre casserole, faire réchauffer au bain-marie le contenu d'une briquette longue conservation de coulis de tomates, après le respect impérieux du temps de cuisson imparti sur l'emballage des pâtes, six minutes, jeter les pâtes dans une écumoire, les dresser dans une assiette, y incorporer le coulis tiède et saupoudrer de parmesan, déguster pendant que c'est encore chaud, éviter absolument de manger un tel plat refroidi. Et prenant cette photographie de mes pâtes baignant dans leur jus, à l'arrière-plan, on ne manque pas de remarquer l'extincteur de rigueur en salle de repos qui paraît émerger des pâtes floues, je me dis qu'il va être difficile, compliqué sinon même impossible de respecter les consignes de ne pas faire de belles photographies non que je sois toujours ravi du résultat de toutes mes photographies mais je serai bien en peine, en y mettant la meilleure volonté du monde, de faire le tri dans toutes ces photographies et vous épargner celles qui soient réussies si tant est qu'elles soient belles, puisque généralement prenant une photographie, j'ai cette habitude bornée de faire en sorte qu'elle soit motivée par toutes sortes de considérations esthétiques, parfois même, j'en rougis devant vous, qu'elle présente quelque agencement de formes et de couleurs plaisant à l'oeil. Alors goûtant mes pâtes et ayant reposé l'appareil photo sur la table à la place habituellement dévolue au verre, c'est-à-dire en tête d'assiette, je déclenche hardiement, et sans regarder dans le viseur, l'appareil, l'objectif posé à même le formica peu engageant de la table de la salle de repos et, considérant la photographie ainsi prise, je lui trouve naturellement des qualités qui me rendent perplexe quant à mes chances de parvenir à honnêtement expurger les photographies qui soient belles parmi celles que je me propose de prendre pendant les prochaines vingt-quatre heures. Ce n'est donc pas gagné. De retour de la cuisine, j'entamme de consigner mes notes dans le fichier de bloc-notes que j'ai ouvert et que j'ai finalement baptisé, 22042003.txt, on s'y retrouve come on peut, je saurais me rappeler quel jour je me suis livré à cet exercice qui sans cesse me voit me prendre les pieds dans le tapis à écrire ou photographier que je suis en train d'écrire ou photographier, d'ailleurs ce que je fais surtout c'est que j'écris que je photographie et je photographie que j'écris, à la réflexion pour photographier que je photographie il me faudrait un second appareil-photo, je n'ai pas pensé à me munir d'une autre appareil, suis-je distrait (pourtant je savais bien que j'allai finir par me lancer dans ce genre de boucles, je pars donc mal équipé en terrain récursif, mais à la réflexion n+1 pour photographier que je me photographie photographiant pour bien faire il faudrait donc n appareil-photo. A la rigueur je peux écrire que j'écris et écrire que je me décrit écrivant et ainsi de suite, mais quel intérêt?, on a tous compris ce que je voulais dire. Je reprends mes notes, donc j'écris que j'écris en somme. J'écris comme un cochon, ce qui d'ailleurs me pousse à ne plus écrire avec un stylo dont force m'est de constater que j'en suis de plus en plus incapable, nous y gagnons, tous, moi le premier, en lisibilité, poiur ma part en relisibilité. Je m'octroie une pause, et descends au rez-de-chaussée où j'interagis, à mon corps défendant, avec un distributeur de bouteille d'eau minérale gazeuse de marque Badoit dont la gestion revient au comité d'entreprise de l'entreprise dont je suis salarié: interagis-je avec l'appareil distributeur, le comité d'entreprise ou l'entreprise elle-même, ou même encore avec l'entreprise Badoit?, il m'en coute, littéralement, un jeton? L'acheminement mécanique des bouteilles vers un guichet duquel, celui qui a nséré un jeton dans la fente idoine, peut récupérer (mais vous avez toius déjà utilisé un distributeur automatique, je ne vous fais pas un dessin) ce qui devient son bien, cet acheminement d'automate provoque chez moi toutes sortes de pensées douloureuses qui ont toujours cette racine dans l'image (une gravure dans les tons bistres, rehaussés de cernes noirs) vue en 1976, à onze ans et qui représentait une scène d'exécution en série par décapitation au sabre, en chine donc, et comment dans l'alignement des condamnés agenouillés se tient tapie l'impression épouvantable que ces exécutions sont éternelles, qu'elles vont durer de façon infinie.  Je suis fasciné par les lieux déserts, ces endroits qui grouillent de monde en semaine et dont nous sommes, mes collègues et moi, les seuls habitants pendant le week-end. Cela fait des années que je me promets de prendre des photographies de ces lieux oxymores dans ce qu'ils sont prévus pour l'affluence et qu'ils sont justement déserts, projet pour lequel j'applique avec mon savoir-faire coutumier une efficace procrastination, et je suis amusé de voir que cette participation au projet de de journée documentée m'entraine à faire des choses dont jusqu'à présent j'avais repoussé avec opiniâtreté l'exécution aux lendemains.  Je décide de remonter par le monte-charge, voir en passant par le local des poubelles si je ne dénicherais pas des cartons pour notre déménagement prochain. Des cartons point, mais un éclairage défectueux qui baigne ce local d'une lumière dramatique, peut-être pas, cinématographique tout au plus. Je me trouve fort appliqué à respecter certaines des consignes de cette affaire. On doit être dans la notion de lieux et de sous-lieux.
De retour en des collègues sont en proie à quelques difficultés pour reprendre un archivage d'une application à la conception ancienne, pas sur que je parviendrais à expliquer à tous ce qui est en jeu ici, pas toujours très sur moi-même de comprendre, donc ne nous y risquons pas. Je leur conseille de ne rien faire en ironisant sur le fait que ça ils savent faire. Ils sont habitués à mes frasques, ils ne relèvent même pas.    Je fais quelques photographies de ce qu'il y a sur la myriade d'écrans qui nous entourent, il y a bien longtemps que je ne prête plus qu'une attention de principe très relative à ce que ces écrans représentent vraiment, une manière d'abstraction aux contours mal définis, de vue de l'esprit vraiment, un amalgame binaire dont les ramifications sont tous les jours plus nombreuses et nous sommes en quelques sorte de plus en plus en peine de les comprendre toutes. Je me souviens comme à mes débuts dans ce drôle de métier, j'étais fasciné de voir à quel point mes collègues d'alors ne semblaient pas percevoir combien l'univers dans lequel ils évoluaient était tout droit sorti de livres de science-fiction et comment leurs invectives nombreuses, contre la bécane, quand les choses n'allaient pas comme elles auraient dû, comment ces jurons les emmenaient dans ces territoires incertains du dialogue entre des êtres humains et leur propre construction et puis je suis devenu l'un d'eux, je ne m'arrête plus au débit sans fin des consoles de systèmes informatiques qui dégueulent du message dont très peu du contenu sert effectivement à quelque chose, on dit d'un système ou de sa console qu'ils sont "bavards". Cette réalité là pour peu qu'elle appartienne effectivement au réél (pourtant je sous assure il y a derrière tout cela des sommes trébuchantes folles dont les montants donnent sans mal le vertige) est à l'image de ces écrans de veille pour lesquels les ordinateurs personnels mettent les écrans au repos en construisant à toute allure des labyrinthes tubulaires dessinés en perspective à deux points de fuite irréprochable, opération vaine mais réalisée à une vitesse vertigineuse, spectacle pour fascinant qu'il puisse être si l'on veut bien y prêter un peu attention mais qui n'en est pas moins relégué à ces choses mille fois vues et qui sont produites pour cette seule raison qu'il ne coûte rien de les produire, c'est gratuit, mais je n'irai pas jusqu'à dire que cela ne prête pas à conséquence. Je me souviens des premiers ordinateurs personnels que j'ai vus aux Etat-Unis, j'étais médusé de voir que sur ces écrans-là des images pouvaient s'afficher ou même encore du texte, un texte qui ne fut pas un des ces vomis de machine, suite de signes pas tous signifiants et je me souviens de la première fois que je suis allé sur internet, c'était en 1995 et ce que j'y voyais me clouait: des photos de bonnes femmes à poil, là même où depuis des années et des années je n'avais vu que des lignes de code.   De nouveau l'appareil est posé tel quel sur une table et je déclenche advienne que pourra, guess and hope comme préconisait mon professeur de photographie, Bart Parker, et mince encore une photographie réussie, là aussi c'est à se demander si l'appareil n'est pas capable, de son propre fait de faire des photographies à l'image de ces économiseurs d'écran qui font du dessin en perspective à deux points de fuite sans le savoir, sortes de Messieurs Jourdains robotisés.  A la hâte je m'aperçois que j'avais laissé en arrière-plan la publication de mon article intitulé pompeusement "Premières coinsidérations à propos de la photographie numérique" sur le site du Portillon: tout ce que je peux écrire, sans arrêt!, à croire que je m'applique des objectifs de production et des cadences infernales et dans ce rythme soutenu, je doute fort que la qualité y gagne quoi que ce soit, et de me demander sérieusement, alors, pourquoi, je le fais?, j'ai le vertige, il est deux heures du matin (encore quatre heures et demi à tenir), je suis fatigué, je ne suis pas sur que ce soit le meilleur moment pour tenir ce genre de discours. Le vin est tiré, il faut le boire. Je prends des notes à propos des photographies que j'ai déjà prises.
Je photographie ces notes à propos des photographies que j'ai prises de mes notes que je prends en photographie, encore vingt-deux heures à tenir me dis-je en souriant, ce n'est donc pas sans fin au contraire de ce que j'écris en lettres majuscules soulignées trois fois. Je vais me relire, je crois.
Entre temps je reçois un mail me remerciant d'avoir remercié, mail auquel je réponds par des remerciements (pas sur que je tienne les vingt-quatre heures à ce rythme-là)
"Francis, donc vous me remerciez de vous avoir remercié, ce dont naturellement je vous remercie.
Vous allez me donner le vertige parce que je suis justement occupé à écrire à propos de choses qui vont en boucle comme cela, je vous donne un extrait, je n'ai pas relu, c'est littéralement ce que je suis en train d'écrire: "... je me suis livré à cet exercice qui sans cesse me voit me prendre les pieds dans le tapis à écrire ou photographier que je suis en train d'écrire ou que je suis en train de photographier, d'ailleurs ce que je fais surtout c'est que j'écris que je photographie et je photographie que j'écris, à la réflexion pour photographier que je photographie il me faudrait un second appareil-photo, je n'ai pas pensé à me munir d'un autre appareil, suis-je distrait (pourtant je savais bien que j'allai finir par me lancer dans ce genre de boucles, je pars donc mal équipé en terrain récursif, mais à la réflexion n+1 pour photographier que je me photographie photographiant pour bien faire il faudrait donc n appareil-photo. A la rigueur je peux écrire que j'écris et écrire que je me décrit écrivant et ainsi de suite, mais quel intérêt?, on a tous compris ce que je voulais dire."
Amicalement
Phil"
Je fais une vraie pause dans tout cela, un peu édifié de tout ce que cela a pû déclencher de mots mis bout à bout et je me dis qu'en soi cela, le brouillon de ce que je prépare pour l'Adam Project, pourrait bien être aussi le bloc-notes de cette nuit, et me connectant effectivement au site duquel j'envoie les données du bloc-notes tous les soirs, je songe naturellement à cet éparpillement de soi que tout cela représente, de ce qui se note à même le clavier dans un fichier txt et qui ensuite, d'une part rejoint le tiroir du bloc-notes dans le sous dossier 2003, tiroir lui même situé à l'emplacement c/Phil/Textes/bloc-notes/2003/ et puis en passant par un serveur dont je crois savoir qu'il est physiquement situé aux Etat-Unis, je finis par "publier" cela à l'espace http://www.desordre.net/bloc/index.htm dans cet état de brouillon dans l'idée qu'il finira ensuite également sur le site de l'Adam Project. Cette dispersion ne me dit rien qui vaille mais je suis également impuissant à l'endiguer.
Tiens je recommence à m'apitoyer sur mon sort, je crois qu'il est temps de risquer un nouvel autoportrait, histoire de fixer un peu de cette fatigue qui passe sur tout.
Ce faisant, je fais comme à mon habitude, l'appareil tenu à bout de bras en prenant bien garde de regarder dans le fond de l'objectif et non l'écran LCD viseur de mon appareil dans lequel je peux voir mon visage, pour que le regard soit plus direct, et effet sans doute de la fatigue, je me dis que rien ne m'oblige en somme à faire comme d'habitude, je tente donc une vue rapprochée, après tout ce que j'ambitionne est une photographie de la fatigue et non un autoportrait.
Je saute d'une idée à l'autre, je reviens donc à l'éparpillement, je compose donc le bloc-notes de cette nuit. Du serveur de Blogger.com
... à http://www.desordre.net/bloc/index.htm
Je profite de la pause pour faire un peu de courrier, et tant qu'à faire, autant répondre aux mails qui m'amusent ou qu'ils m'amusent d'écrire, et en tête de ce groupe là l'ami Lièvre de Mars: En réponse à Lldm :
>Tiens je ne sais pas ce qui m'a pris cette nuit vers minuit >(peut-être l'absence de photographie de minuit ponctuelle) >mais je viens de commencer une journée Adam, depuis que >j'ai commencé, je noircis des feuillets et des feuillets >de toutes sortes de fadaises que je ressaisis le tout >au clavier que je reprends en photo à l'écran et que je >commente et ensuite je prends des photos de ces commentaires, >bref je n'en finis pas, et vous écrivant tout ceci je >m'aperçois qu'il va falloir que je le prenne en photo et >que je le commente, ce que je serai ensuite obligé de >prendre en photo et de commenter à nouveau, ma manie >du surplace en somme. > > >Amicalement > >Phil > >> L.
Et puis je m'amuse aussi du mail que Gisèle m'a envoyé à propos de cette journée un peu différente des autres dans la chronique de "la Vie", deuis le temps que je me disais que sans doute il faudrait aussi un peu parler de sexe, si tant est que je voulais que cette chronique fût vaguement complète.
Je suis de plus en plus fatigué, pour tromper l'ennui et la fatigue je vais faire quelques photographies de la fenêtre. Je ne sais pas trop quoi penser de l'architecture de cet immeuble dans lequel nous travaillons, c'est une architecture dont il n'y pas grand chose à dire, toutes les semaines je fais des photos de cet immeuble, m'efforçant de trouver des variations à ce même thème improbable, parfois la météorologie m'aide, il neige et il suffit de prendre la même photographie que d'autres jours et la neige se charge de faire le reste. En fait c'est une architecture très médiocre mais j'ai pourtant plaisir à en faire des photographies même répétitives, cela m'inspire en quelque sorte, je ne crois pas que la cathédrale de Chartres par exemple m'inspirerait aussi bien, pour ce qui est de faire des photographies s'entend, pour ce qui est d'y prier, peut-être pas mais de m'émerveiller du travail d'orfèvre des autres hommes, je préfère tout de même faire quelques pas dans les nefs de nos plus belles cathédrales. Je me souviens en mai 1995, à l'occasion du mai de la photo à Reims, j'étais allé visiter la cathédrale de Reims très tôt le matin, j'étais seul dans cette immense cathédrale, je mesurais bien le peu de chose que j'étais et c'était là une pensée bien agréable, reposante en somme. Comparablement lorsque je me dégourdis les jambes au milieu de la nuit dans l'imeuble de mon travail désert toute la nuit, ruche de jour, je ne suis pas apaisé du tout, mais au contraire inquiet de toute cette vie qui est absente. Bref je ne sais plus ce que je dis, comparer, même de très loin la cathédrale de Reims avec l'immeuble impersonnel de mon travail en pleine ville nouvelle, non là je croi que je débloque à fond.
La relève est dans une heure, dans une heure je vais pouvoir débrancher ce cordon ethernet de mon ordinteur portable et rejoindre un monde meilleur, semer par exemple quelques oeufs de chocolat dans le jardin pour les enfants, avec un jour de retard, il va bien falloir que ces enfants là s'habituent au fait que leur père est au travail quand les autres ne travaillent pas, et qu'en quelque sorte ce père là ne fait jamais rien tout à fait comme les autres. Pas un cadeau. file/save/close/start/shutdown/poweroff.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:31 PM
Brouillon d'une éventuelle participation à l'Adam
Project.
Je commence donc par ouvrir un fichier de bloc-notes selon cette habitude
de tous les soirs, fichier qui sera enregistré sous le nom de la date
même du jour et qui rejoindra le tas des autres fichiers amassés tous
les soirs et dans lesquels je m'astreints, aussi bien que je puisse,
à consigner ceux des événements même minuscules de la journée juste
écoulée qui ont, soit retenu mon attention, ou soit, au contraire,
auxquels je n'ai pas pensé du tout de la journée et auxquels je feins
en fin de journée de m'intéresser soudainement en tentant de leur
donner une forme qui laisse à penser que ces menus incidents aient
pû avoir une quelconque incidence sur nos existences. En fait cette
idée de la journée qui commencerait à minuit et qui se finirait à
minuit dont je vais m'efforce de tout détailler n'est peut être pas
différente de ce que je fais tous les soirs.
Première image: acquittons nous tout de suite d'un des premiers devoirs,
se prendre en photo, la routine quoi. A minuit. Je suis au travail,
à Noisy-le-Grand dans le département de Seine-Saint-Denis en Ile de
France, en France donc, en Europe en somme, sur Terre, après, surement,
on pourrait affiner encore, ou plus exactement prendre davantage de
recul mais je ne dispose pas du tout des connaissances voulues pour
cela. Je me souviens de ce film réalisé par des scientifiques de l'Université
de l'Illinois à Chicago et qui montrait dans un premier temps la main
d'une personne allongée sur la pelouse d'un parc de chicago, Montrose
Park, il me semble, et la caméra d'abord entrait sous la peau de cette
personne et plongeait littéralement dans l'entrelacs des cellules
de cette personne jusqu'à l'atome et tout ce vide qu'il existe entre
le noyau et les électrons dans leur course circulaire folle
très difficile à concevoir pour moi cette idée que cette proportion
de vide étant telle par rapport à la matière même, en terme de volume
occupé, qu'il est légitime de dire d'une enclume en fer forgé qu'elle
est essentiellement faite de vide et puis de nouveau travelling
arrière jusqu'à sortir de nouveau de la peau de cette personne allongée
un dimanche après-midi et la caméra de prendre de la hauteur et du
recul, on ne voit presque plus la personne allongée mais on voit Lake
Shore Drive à Chicago, the Loop, tout Chicago, ses banlieues quadrillées,
puis la platitude du Middle West, l'Amérique toute entière et c'est
notre planète maintenant qui devient une petite boule qui va en disparaissant,
à chaque seconde nous indique le commentaire, nous nous éloignons
du double de la distance, à chaque nouvelle seconde, le double de
l'éloigenement déjà atteint, ce qui bien sur devient rapidement vertigineux
mais cela dure et à force de multiplier les distances déjà phénoménales
par deux on arrive à un espace noir que le film ne sait plus documenter
parce que justement nous sommes aux confins du monde connu. Alors
traduire cette situation dans un autoportrait qui me situe à un moment
donné en un endroit donné, pas si facile évidemment, qui trop embrasse,
il est minuit, je me prends en photo dans un ascenceur histoire de
traduire un peu de cette difficulté de me situer avec précision.
Bon je me penche sur les instructions de cette affaire, j'ai déjà
maculé la chose comme mes brouillons de toutes sortes de commentaires,
pas sur d'ailleurs qu'ils soient honnêtes, est-ce que j'écris les
choses pour moi-même ou déjà dans l'idée qu'elles figureront dans
cette journée et le récit que je vais en faire. Transcription donc
ce tout cela:
GISèLE DIDI | mercredi 13
février 2003 | [2003-02-13]
1. se prendre en photo au lever du lit
2. prendre en photo une vue de la fenêtre du lieu ou l’on a dormi
3. prendre en photo tout être vivant et les interactions avec ce dernier
(peut-être pas tous, je n'ose imaginer ce qui se produirait si
je poussais cette consigne jusqu'au bout demain matin au moment de
la relève ou encore demain matin aussi à la station-service de Cergy-Pontoise
où je coupe la route en prenant le café et que j'observe mes semblables
en proie à la fatigue et au découragement du lundi matin devant des
gobelets en plastic de café)
4. prendre en photo tout acte d’écriture manuscrite
(des fétiches en somme)
5. prendre en photo tout objet avec lequel il y a interaction
(interagir avec une bouilloire, est-ce la même chose que d'interagir
avec un ordinateur et d'ailleurs dans le cas d'un ordinateur est-ce
qu'on interagit, bref je ne comprends pas très bien ce que c'est que
d'interagir.)
6. prendre en photo chaque lieu et sous-parties d’un lieu
7. se prendre en photo dans chaque lieu et sous-parties d’un
lieu
(ça pose des problèmes: j'habite à Puiseux-en-Bray dans le département
de l'Oise dans la région Picardie, en France, pays européen, sur Terre
dans la Galaxie dans l'univers ou encore je peux dire que je suis
assis à Noisy-le-Grand, au travail, à mon bureau au cinquième étage,
dans la salle 5307 dans l'ancienne partie réseau à un bureau déserté,
j'y suis bien merci, sur un siège dont plus personne ne veut, en fait
il fait partie de l'ancienne géénration de mobilier, mais je le garde
précieusement parce qu'il maintient admirablement le bas de mon dos
toujours douloureux) et là j'ai noté voir Perec Espèces d'espaces
8. prendre en photo tout évènement inhabituel
(et si rien d'inhabituel se produit dans une journée, est-ce le signe
que cette journée est ratée ou au contraire réussie) et là j'ai noté
voir Essai sur la
journée réussie de Peter Handke.
9. prendre le plus de photos possible
( A un un soixantième de seconde il est possible, pas nécessairement
loisible, de prendre, en vingt-quatre heures, 60X60X60X24 photographies
soit cinq millions cent quatre vingt quatre mille photographies )
10. ne pas faire de jolies photos
(TRES COMPLIQUE, si je fais une photographie verticale plutôt
qu'horizontale, cela en soi est un choix, qui implique que déjà j'opère
des transformations de mon image, et dans cette activité mentale je
m'efforce de rendre cette image, soit parlante, soit floue, soit indéfinie,
soit cadrée selon certains critères, exposée selon certaines conditions,
autant de paramètres que je choisis ou que je choisis de ne pas choisir
et qui aboutiront à une image, belle ou pas d'ailleurs, là n'est pas
la question, mais en ne faisant que de cadrer cette image verticalement,
j'ai déjà fait un choix aussi ténu soit-il, comparablement si je fais
cette photographie horizontalement plutôt que verticalement, cela
en soi est un choix, qui implique que déjà j'opère des transformations
en vue de transformer mon image, et dans cette activité mentale je
m'efforce de rendre cette image soit parlante, soit floue, soit indéfinie,
soit cadrée selon certains critères, exposée selon certaines conditions,
autant de paramètres que je choisis ou que je choisis de ne pas choisir
et qui aboutiront à une image, belle ou pas d'ailleurs, là n'est pas
la question, mais en ne faisant que de cadrer cette image verticalement,
j'ai déjà fait un choix aussi ténu soit-il et ainsi de suite, c'est
sans fin, la question des photographies belles ou pas ne se pose pas,
elle ne peut pas se poser.)
11. une tierce personne peut prendre des photos
(et puis quoi encore?)
12. relever l’heure précise de chaque prise de vue
(l'appareil va se charger de cela, mais je pourrais tout aussi bien
faire comme une amie a fait une mauvaise fois pour toutes, de régler
l'horloge de son ordinateur sur 1908, plutôt que 2002, comme c'est
étonnant d'ailleurs de recevoir d'elle des émails datant du début
du vingtième siècle.)
ADaM-Project / mercredi 13 février 2003 - Copyright©2002
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou
la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez
un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org
ainsi que sur d'autres sites.
Peu après minuit, détour par la salle de repos. Le travail de nuit
comprend cet exercice difficile qu'il faille tenir le coup toute la
nuit et pour cela l'estomac lui aussi doit être garni, ni trop tôt,
ni trop tard.
Un plat assez facile à préparer consiste en une assiettée plutôt copieuse
de pâtes entières au coulis de tomates et autres légumes, ce soir
luxe des luxes, saupoudrées d'un peu de parmesan en sachet, manière
de se permettre ce qui justement ne fait plus partie de l'alimentation
dite de régime. La recette de ce plat est assez simple, je vous la
donne cependant volontiers. Faire bouillir une casserole d'eau, au
point d'ébullition, y jeter les pâtes, des Penne complets, puis dans
une autre casserole, faire réchauffer au bain-marie le contenu d'une
briquette longue conservation de coulis de tomates, après le respect
impérieux du temps de cuisson imparti sur l'emballage des pâtes, six
minutes, jeter les pâtes dans une écumoire, les dresser dans une assiette,
y incorporer le coulis tiède et saupoudrer de parmesan, déguster pendant
que c'est encore chaud, éviter absolument de manger un tel plat refroidi.
Et prenant cette photographie de mes pâtes baignant dans leur jus,
à l'arrière-plan, on ne manque pas de remarquer l'extincteur de rigueur
en salle de repos qui paraît émerger des pâtes floues, je me dis qu'il
va être difficile, compliqué sinon même impossible de respecter les
consignes de ne pas faire de belles photographies non que je sois
toujours ravi du résultat de toutes mes photographies mais je serai
bien en peine, en y mettant la meilleure volonté du monde, de faire
le tri dans toutes ces photographies et vous épargner celles qui soient
réussies si tant est qu'elles soient belles, puisque généralement
prenant une photographie, j'ai cette habitude bornée de faire en sorte
qu'elle soit motivée par toutes sortes de considérations esthétiques,
parfois même, j'en rougis devant vous, qu'elle présente même quelque
agencement de formes et de couleurs plaisant à l'oeil. Alors goûtant
mes pâtes et ayant reposé l'appareil photo sur la table à la place
habituellement dévolue au verre, c'est-à-dire en tête d'assiette,
je déclenche hardiement, et sans regarder dans le viseur, l'appareil,
l'objectif posé à même le formica peu engageant de la table de la
salle de repos et, considérant la photographie ainsi prise, je lui
trouve naturellement des qualités qui me rendent perplexe quant à
mes chances de parvenir à honnêtement expurger les photographies qui
soient belles parmi celles que je me propose de prendre pendant les
prochaines vingt-quatre heures. Ce n'est donc pas gagné.
De retour de la cuisine, j'entamme de consigner mes notes dans le
fichier de bloc-notes que j'ai ouvert et que j'ai finalement baptisé,
22042003.txt, ce n'est pas un très joli nom mais au moins je
saurais me rappeler quel jour je me suis livré à cet exercice qui
sans cesse me voit me prendre les pieds dans le tapis à écrire ou
photographier que je suis en train d'écrire ou photographier, d'ailleurs
ce que je fais surtout c'est que j'écris que je photographie et je
photographie que j'écris, à la réflexion pour photographier que je
photographie il me faudrait un second appareil-photo, je n'ai pas
pensé à me munir d'une autre appareil, suis-je distrait (pourtant
je savais bien que j'allai finir par me lancer dans ce genre de boucles,
je pars donc mal équipé en tarrin récursif, mais à la réflexion n+1
pour photographier que je me photographie photographiant pour bien
faire il faudrait donc n appareil-photo. A la rigueur je peux écrire
que j'écris et écrire que je me décrit écrivant et ainsi de suite,
mais quel intérêt?, on a tous compris ce que je voulais dire.
Je reprends mes notes, donc j'écris que j'écris en somme.
J'écris comme un cochon, ce qui d'ailleurs me pousse à ne plus écrire
avec un stylo dont force m'est de constater que j'en suis de plus
en plus incapable, nous y gagnons, tous, moi le premier, en lisibilité,
poiur ma part en relisibilité.
Je m'octroie une pause, et descends au rez-de-chaussée où j'interagis,
à mon corps défendant, avec un distributeur de bouteille d'eau minérale
gazeuse de marque Badoit dont la gestion revient au comité d'entreprise
de l'entreprise dont je suis salarié: interagis-je avec l'appareil
distributeur, le comité d'entreprise ou l'entreprise elle-même, ou
même encore avec l'entreprise
Badoit?, il m'en coute, littéralement, un jeton?
Je suis fasciné par les lieux déserts, ces endroits qui grouillent
de monde en semaine et dont nous sommes, mes collègues et moi, les
seuls habitants pendant le week-end. Cela fait des années que je me
promets de prendre des photographies de ces lieux oxymores dans ce
qu'ils sont prévus pour l'affluence et qu'ils sont justement déserts,
projet pour lequel j'applique avec mon savoir-faire coutumier une
efficace procrastination, et je suis amusé de voir que cette participation
au projet de de journée documentée m'entraine à faire des choses dont
jusqu'à présent j'avais repoussé avec opiniâtreté l'exécution aux
lendemains.
Je décide de remonter par le monte-charge, voir en passant par le
local des poubelles si je ne dénicherais pas des cartons pour notre
déménagement prochain. Des cartons point, mais un éclairage défectueux
qui baigne ce local d'une lumière dramatique, peut-être pas, cinématographique
tout au plus. Je me trouve fort appliqué à respecter certaines des
consignes de cette affaire. On doit être dans la notion de lieux et
de sous-lieux.
De retour dans la salle des collègues sont en proie à quelques difficultés
pour reprendre un archivage d'une application à la conception ancienne,
pas sur que je parviendrais à expliquer à tous ce qui est en jeu ici,
pas toujours très sur moi-même de comprendre, donc ne nous y risquons
pas. Je leur conseille de ne rien faire en ironisant sur le fait que
ça ils savent faire. Ils sont habitués à mes frasques, ils ne relèvent
même pas.
Je fais quelques photographies de ce qu'il y a sur la myriade d'écrans
qui nous entourent, il y a bien longtemps que je ne prête plus qu'une
attention de principe très relative à ce que ces écrans représentent
vraiment, une manière d'abstraction aux contours mal définis, de vue
de l'esprit vraiment, un amalgame binaire dont les ramifications sont
tous les jours plus nombreuses et nous sommes en quelques sorte de
plus en plus en peine de les comprendre toutes. Je me souviens comme
à mes débuts dans ce drôle de métier, j'étais fasciné de voir à quel
point mes collègues d'alors ne semblaient pas percevoir combien l'univers
dans lequel ils évoluaient était tout droit sorti de livres de science-fiction
et comment leurs invectives nombreuses, contre la bécane, quand les
choses n'allaient pas comme elles auraient dû, comment ces jurons
les emmenaient dans ces territoires incertains du dialogue entre des
êtres humains et leur propre construction et puis je suis devenu l'un
d'eux, je ne m'arrête plus au débit sans fin des consoles de systèmes
informatiques qui dégueulent du message dont très peu du contenu sert
effectivement à quelque chose, on dit d'un système ou de sa console
qu'ils sont bavards. Cette réalité là pour peu qu'elle appartienne
effectivement au réél (pourtant je sous assure il y a derrière tout
cela des sommes trébuchantes folles dont les montants donnent sans
mal le vertige) est à l'image de ces écrans de veille pour lesquels
les ordinateurs personnels mettent les écrans au repos en construisant
à toute allure des labyrinthes tubulaires dessinés en perspective
à deux points de fuite irréprochable, opération vaine mais réalisée
à une vitesse vertigineuse, spectacle pour fascinant qu'il puisse
être si l'on veut bien y prêter un peu attention mais qui n'en est
pas moins relégué à ces choses mille fois vues et qui sont produites
pour cette seule raison qu'il ne coûte rien de les produire, c'est
gratuit, mais je n'irai pas jusqu'à dire que cela ne prête pas à conséquence.
Je me souviens des premiers ordinateurs personnels que j'ai vus aux
Etats-Unis, j'étais médusé de voir que sur ces écrans-là des images
pouvaient s'afficher ou même encore du texte, un texte qui ne fut
pas un des ces vomis de machine, suite de signes pas tous signifiants
et je me souviens de la première fois que je suis allé sur internet,
c'était en 1995 et ce que j'y voyais me clouait: des photos de bonnes
femmes à poil, là même où depuis des années et des années je n'avais
vu que des lignes de code.
De nouveau l'appareil est posé tel quel sur une table et je déclenche
advienne que pourra, guess and hope comme disait mon professeur de
photographie, Bart Parker, et mince encore une photographie réussie,
là aussi c'est à se demander si l'appareil n'est pas capable, de son
propre fait de faire des photographies à l'image de ces économiseurs
d'écran qui font du dessin en perspective à deux points de fuite sans
le savoir, véritables Messieurs Jourdains automatisés.
A la hâte je m'aperçois que j'avais laissé en arrière-plan la publication
de mon article intitulé "premières coinsidérations à propos de la
photographie numérique" sur le site du Portillon: tout ce que je peux
écrire, sans arrêt, à croire que je m'applique des objectifs de production
et des cadences infernales et dans ce rythme soutenu, je doute fort
que la qualité y gagne quoi que ce soit, et de me demander sérieusement,
alors, pourquoi, je le fais?, j'ai le vertige, il est deux heures
du matin (encore quatre heures et demi à tenir), je suis fatigué,
je ne suis pas sur que ce soit le meilleur moment pour tenir ce genre
de discours. Le vin est tiré, il faut le boire.
Je prends des notes à propos des photographies que j'ai déjà prises.
Je photographie ces notes à propos des photographies que j'ai prises
de mes notes que je prends en photographie, encore vingt-deux heures
à tenir me dis-je en souriant, ce n'est donc pas sans fin au contraire
de ce que j'écris en lettres majuscules soulignées trois fois. Je
vais me relire, je crois.
Entre temps je reçois un mail me remerciant d'avoir remercié, mail
auquel je réponds par des remerciements (pas sur que je tienne les
vingt-quatre heures à ce rythme-là)
"Francis, donc vous me remerciez de vous avoir remercié, ce dont
naturellement je vous remercie.
Vous allez me donner le vertige parce que je suis justement occupé
à écrire à propos de choses qui vont en boucle comme cela, je vous
donne un extrait, je n'ai pas relu, c'est littéralement ce que je
suis en train d'écrire:
"... je me suis livré à cet exercice qui sans cesse me voit me prendre
les pieds dans le tapis à écrire ou photographier que je suis en train
d'écrire ou que je suis en train de photographier, d'ailleurs ce que
je fais surtout c'est que j'écris que je photographie et je photographie
que j'écris, à la réflexion pour photographier que je photographie
il me faudrait un second appareil-photo, je n'ai pas pensé à me munir
d'un autre appareil, suis-je distrait (pourtant je savais bien que
j'allai finir par me lancer dans ce genre de boucles, je pars donc
mal équipé en terrain récursif, mais à la réflexion n+1 pour photographier
que je me photographie photographiant pour bien faire il faudrait
donc n appareil-photo. A la rigueur je peux écrire que j'écris et
écrire que je me décrit écrivant et ainsi de suite, mais quel intérêt?,
on a tous compris ce que je voulais dire."
Amicalement
Phil"
Je fais une vraie pause dans tout cela, un peu édifié de tout ce que
cela a pû déclencher de mots mis bout à bout et je me dis qu'en soi
cela, le brouillon de ce que je prépare pour l'Adam Project, pourrait
bien être aussi le bloc-notes de cette nuit, et me connectant effectivement
au site duquel j'envoie les données du bloc-notes tous les soirs,
je songe naturellement à cet éparpillement de soi que tout cela représente,
de ce qui se note à même le clavier dans un fichier txt et qui ensuite,
d'une part rejoint le tiroir du bloc-notes dans le sous dossier 2003,
tiroir lui même situé à l'emplacement c/Phil/Textes/bloc-notes/2003/
et puis en passant par un serveur dont je crois savoir qu'il est physiquement
situé aux Etat-Unis, je finis par "publier" cela à l'espace http://www.desordre.net/bloc/index.htm
dans cet état de brouillon dans l'idée qu'il finira ensuite également
sur le site de l'Adam Project. Cette dispersion en me dit rien qui
vaille mais je suis également impuissant à l'endiguer.
Tiens je recommence à m'apitoyer sur mon sort, je crois qu'il est
temps de risquer un nouvel autoportrait, histoire de fixer un peu
de cette fatigue qui passe sur tout.
Ce faisant, je fais comme à mon habitude, l'appareil tenu à bout de
bras en prenant bien garde de regarder dans le fond de l'objectif
et non l'écran LCD viseur de mon appareil dans lequel je peux voir
mon visage, pour que le regarde soit plus direct, et effet sans doute
de la fatigue, je me dis que rien ne m'oblige en somme à faire comme
d'habitude, je tente donc une vue rapprochée, après tout ce que j'ambitionne
est une photographie de la fatigue et non un autoportrait.
Je saute d'une idée à l'autre, je reviens donc à l'éparpillement,
je compose donc le bloc-notes de cette nuit.
posted by Philippe De Jonckheere at 3:48
AM
lundi, avril 21, 2003
 Cela fait un an que j'écris presque tous les soirs et plus particulièrement dans cet espace qui est en fait à découvert mais auquel toujours je pense comme à un jardinet (a scrubbery?) dont je tonds méticuleusement la pelouse ombragée, et j'en suis le premier étonné. Je ne reviendrai pas, je trouve que je l'ai déjà beaucoup fait, j'en ai fait la remarque de nombreuses fois, sur la difficulté d'une telle assiduité, mais tout de même je réfléchisses un peu à tout cela, que je me pose tout de même quelques questions, ne serait-ce que celle de savoir si je vais continuer comme cela encore longtemps, ça va continuer encore comme ça longtemps?. Je n'avais encore jamais vraiment tenu mon journal, par écrit s'entend, parce que photographiquement si, cela je l'avais déjà fait, et dois-je le dire encore quand j'ai commencé à le faire, quand j'ai ouvert cet espace à la vue de tous, enfin de tous ceux qui possèdent un ordinateur relié au réseau et qui auraient soit assez de curiosité soit assez de chance au sens hasardeux du mot pour débouler dans cette chronique, quand j'ai rendu mes lignes maldroites et hésitantes, publiques j'étais loin de me douter que surement connaissant l'entêtement dont je suis capable et bien voilà je ne pourrais pas laisser la chose tomber comme cela, je ne pourrais pas tout d'un coup arrêter de le faire et puis ce serait une chose de plus que je viendrais à ranger dans mes tiroirs et mes boîtes, manière de dire que ce n'est pas perdu pour tout le monde mais en y pensant bien pour qui vraiment?, et cette accumualtion de toujours me préoccuper et depuis que les enfants sont nés de me dire que vraiment que si ça se trouve ce ne sera pas un cadeau pour eux de devoir statuer sur le devenir de tout cela quand justement cela n'intéressera plus personne puisque précisément je ne serai plus là pour ranger et accumuler tout ce fatras avec l'absence véritable d'ordre que l'on me connait, non vraiment qu'est-ce que les enfants pourront faire de cela, auront-ils seulement la place pour en garder une partie et d'ailleurs seront-ils seulement intéressés d'en garder une partie, sans doute se diront-ils que c'est là ce à quoi j'ai dépensé une grande partie de ma vie, pas nécessairement ce que j'ai fait de plus sensé d'ailleurs, et que justement quand bien même ce ne serait pas très bon, très valable, j'y ai passé du temps, du temps que souvent je ne leur aurais pas consacré à eux, et on ne peut pas comme cela tout passer par dessus bord, tout ce temps, ce temps passé par un homme et cet homme c'est leur père tout de même, on ne peut pas en disposer aussi facilement que cela, bref je me dis que vraiment je ne leur fais pas un cadeau et que voilà je suis encore en train de me lamenter sur mon sort et sur celui de mes enfants qui peut être ne vont pas si mal que cela. Ni moi non plus d'ailleurs. Bon ce n'est pas encore ce soir que je perviendrai à mettre de l'ordre dans toutes ces pensées confuses qui tous les soir m'agitent de cette nécessité factice, de ce devoir souvent pensum d'ajouter chaque soir quelques pierres au tas de pierres. Se lamenter, si cela j'y arrive toujours. Quelques notes tout de même: Depuis que j'écris dans le bloc-notes j'écris à même le clavier et du coup cela devient très difficile quand je dois écrire sur du vrai papier avec un vrai stylo, mais j'aime encore bien imprimer ce que j'écris au clavier et ensuite le relire et écrire des rajouts dans les marges ou aussi rayer des passages entiers, et quand je regarde ces brouillons, je me dis que ce sont là, bien involontairement, les travaux graphiques les plus aboutis dont je sois capable, mais je ne les garde pas toujours, les enfants me remercieront plus tard de n'avoir pas tout gardé. Depuis que j'écris dans le bloc-notes, j'écris à toute allure, à toute berzingue et souvent ce n'est pas très bon, mais je n'ai pas beaucoup d'espace pour le regretter, il m'arrive de faire des corrections mais c'est plutôt rare, parfois je raye ce que j'ai écrit mais on peut encore le lire, j'ai le sentiment que si je faisais les choses différemment ce ne serait pas honnête, ce qui est sans doute idiot. Depuis que j'écris dans le bloc-notes, j'écris en fait beaucoup, pas toujours à bon escient d'ailleurs, souvent j'écris à propos de choses auxquelles je ne comprends pas grand chose mais je me donne toujours des airs doctes, je ne crois pas par exemple que si je n'écrivais pas dans le bloc-notes j'aurais pris la peine d'écrire une manière d'article à propos de l'exposition de Markus Raetz à la Maison Européenne de la Photographie (une chose est certaine cependant c'est que quand bien même j'écris presque tous les jours dans le bloc-notes je ne crois pas que je me donnerais jamais le mal d'écrire un article même fielleux sur les photographies de Jean-Marie Bannier à la Maison Européenne de la Photographie en ce moment, j'ai feuilleté le catalogue à la librairie d'Alain cet après-midi, parce que je crois que ce sont les images les plus mauvaises et les plus ennuyeuses et certainement les plus prétentieuses et indulgentes que je n'ai jamais vues, mais je veux bien croire que tout le monde se moque bien comme d'une guigne du dégoût que m'inspirent ces images au même titre que tout le monde se moquait bien, j'en suis sur, de ce que j'ai bien pû écrire, dans ces lignes, à propos de la guerre du Golfe, version du fils. Depuis que j'écris dans le bloc-notes je n'arrête pas de parler de moi, de ma petite vie, de celle des enfants, ce dont tout le monde doit bien se moquer, d'ailleurs entre mon dégoût des photographies de Bannier (à l'exception de celle de Beckett sur la plage, mais c'est surement un coup de chance comme parfois il en arrive dans la vie des photographes, même les plus mauvais d'entre eux comme Cartier-Bresson) ou de mes considérations niaises sur la Guerre en Irak et plus je pense à tout cela, et plus je me dis que vraiment je ne peux pas être en train d'écrire pour d'autres que pour moi-même du coup je parle de moi d'autant plus de ma petite vie, de celle des enfants, ce dont tout le monde doit bien se moquer, d'ailleurs entre mon dégoût des photographies de Bannier (à l'exception de celle de Beckett sur la plage, mais c'est surement un coup de chance comme parfois il en arrive dans la vie des photographes, même les plus mauvais d'entre eux comme Cartier-Bresson) ou de mes considérations niaises sur la Guerre en Irak et plus je pense à tout cela, et plus je me dis que vraiment je ne peux pas être en train d'écrire pour d'autres que pour moi-même du coup je parle de moi d'autant plus de ma petite vie, de celle des enfants, ce dont tout le monde doit bien se moquer, d'ailleurs entre mon dégoût des photographies de Bannier (à l'exception de celle de Beckett sur la plage, mais c'est surement un coup de chance comme parfois il en arrive dans la vie des photographes, même les plus mauvais d'entre eux comme Cartier-Bresson) ou de mes considérations niaises sur la Guerre en Irak et plus je pense à tout cela, et plus je me dis que vraiment je ne peux pas être en train d'écrire pour d'autres que pour moi-même du coup je parle de moi d'autant plus de ma petite vie, de celle des enfants, ce dont tout le monde doit bien se moquer, d'ailleurs entre mon dégoût des photographies de Bannier (à l'exception de celle de Beckett sur la plage, mais c'est surement un coup de chance comme parfois il en arrive dans la vie des photographes, même les plus mauvais d'entre eux comme Cartier-Bresson) ou de mes considérations niaises sur la Guerre en Irak et plus je pense à tout cela, et plus je me dis que vraiment je ne peux pas être en train d'écrire pour d'autres que pour moi-même du coup je parle de moi d'autant plus, bref c'est sans fin. Depuis que j'écris dans le bloc-notes, j'ai le sentiment qu' Anne qui vit pourtant avec moi comprend mieux ce que je ne lui dis pas parce que je ne parle pas beaucoup, elle me le reproche suffisamment, il parait qu'au téléphone c'est pire que tout, je n'ai aucune conversation. D'ailleurs c'est amusant parce qu'elle a mis très longtemps à se décider à lire ce que j'écrivais dans le bloc-notes, elle trouvait que c'était trop personnel que c'était là quelque chose à laquelle elle n'était pas invitée. Depuis que j'écris dans le bloc-notes j'ai bien du mal à trouver le temps par ailleurs de travailler sur ces autres projets qui sont les miens et auxquels je pense souvent du matin au soir, mais qui sont vraiment en travaux, donc je ne suis vraiment pas sur que ce soit une très bonne chose que de m'astreindre de la sorte à écrire tous les soirs comme cela. J'avais pensé à d'autres idées, d'autres éléments de réflexion, si on peut dire, mais j'aurais bien fait de les consigner tout de suite parce que j'ai oublié une bonne part de ces choses auxquelles j'avais pensé, comme quoi cela ne devait pas être transcendant, parce que quand on est transcendé, on s'en souvient, je suppose que si cela me revient, il me suffira d'en faire la matière d'un bloc-notes. L'impression, certains soirs d'écrire particulièrement mal, comme ce soir.
posted by Philippe De Jonckheere at 5:44 AM
dimanche, avril 20, 2003
 Et je râle et je râle, je râle encore que le déménagement du site ne soit pas une mince affaire et que comparablement à un déménagement entre deux maisons autre cauchemar auquel nous allons bientôt être confrontés, je n'aime décidément pas ces périodes transitoires durant lesquelles déjà quelques objets manquent parce qu'ils sont dans des cartons, certains même rangés dans la cave des parents à Garches, par exemple mentionnant Wish you were here de Pink Floyd, il y a quelques jours je suis déçu, rentré des Rigaudières, que le vynil sur lequel est imprimée, d'époque, l'image-même de la pochette du disque, et bien que ce 33 1/3 tours-là soit déjà enterré à Garches et que je ne pourrais pas prendre la photographie que je me promettais de faire pour "illustrer" le vertige d'entendre cette musique indolente venue de dizaines d'années passées, photographie dont je voulais qu'elle représente effectivement ce disque vynil-là tournant sur la platine, avec un effet de bougé dû à la rotation du disque sur la platine, à raison de 33 et un tiers rotations par minute, d'une part, et à une exposition lente, un quinzième de seconde, disons, comme cela, à la louche, d'autre part, oui ce n'est pas comme si nous rations grand-chose de tout cela, de cette image un peu prévisible et convenue, mais tout de même l'écrivant l'autre jour j'avais en quelque sorte imaginé cette photographie qu'il ne serait pas compliqué de prendre, mais que de fait, le déménagement et ses nombreux préparatifs anticipés aidant, ont empêchée, d'ailleurs dans ces préparatifs dans lesquels Anne et moi rivalisons d'idées pour nous simplifier le grand chambardement de mi-juillet, j'ai été surpris par Anne qui proposait d'emballer, déjà, les livres: là, j'ai résisté fermement, non ce n'est pas possible de vivre sans ses livres près de soi et en y réfléchissant je ne comprends pas qu'Anne ait pû avoir cette idée saugrenue , je râle donc que certains objets auxquels je tenais se soient brisés dans les cartons de ce déménagement virtuel et électronique, lors de notre dernier déménagement un grand tirage en couleur de mon ami Karen Savage s'était plié et j'en étais inconsolable: je fais le tour du propriétaire du "Désordre", je tente tant mal que bien de m'assurer que je suis passé dans tous les coins de mon foutoir (à tous ceux qui pensent que c'est là sans doute chose intatteignable, je dois dire que j'ai mes méthodes, l'air de rien, qu'elles ne sont pas infallibles, sans doute pas, mais qu'avec un peu de persévérance je me souviens de ce bon mot de mon ami Jacky Chriqui qui m'avait un soir dit que la persévérance c'était vouloir en découdre avec la machine à coudre en fait davantage que de la persévérance, je crois qu'il s'agit, dans mon cas, d'entêtement, je finis donc, par y arriver mais voilà il faut m'entendre râler, de voir que tel fichier perdu dans le fin fond de l'aborescence bien rangée de LL de Mars (dans ses "Limites") et qui justement n'a pas retrouvé sa place dans ce rangement délicat, il y a donc deux fichiers manquants et cela va être la croix et la bannière pour les localiser et d'autre part les remettre à leur place (deux conceptions du rangement s'affrontent ici, celle de LL de Mars qui a le mérite d'être rationelle jusqu'à l'autoritaire, tous les fichiers sont numérotés 01.htm, 02.htm, 03.htm etc... et attérissent dans des dossiers 01, 02, 03... etc, et des sous-dossiers a, b, c etc... dûment nommés eux aussi selon la même rigueur de nomenclature, tandis que je suis davantage partisan de noms de fichiers plus évocateurs saint-sebastien_passe_un_sale_quart_d'heure_a_puiseux-en-bray.jpg et que je ne vois pas le mal à ce qu'ils soient tous entassés pêle-mêle dans le même dossier) je ne vois pas d'autre méthode non plus que celle qui consiste à repasser partout et tester tous les liens de chaque page, travail de fourmi à la fois obstinée et imbécile, alors forcément cette comparaison entomologique n'est pas flatteuse, d'où les jurons, la mauvaise humeur aidant j'enverrai volontiers valdinguer tout cela, encore que je ne n'aime pas beaucoup que les choses soient imparfaites non que je pense le site capable de perfection, pitié, ou alors spontanément dans ce que je le soupçonne parfois de créer ses propres pages à mon insu, disons plutôt que je supporte mal que telle ou telle image manque ou que tel ou tel lien soit défectueux, à moi c'est un désordre insupportable, et là il me semble que les notions d'ordre et de désordre sont comparables aux odeurs, nous n'avons pas tous les mêmes goûts, par exemple pour moi rien de tel que l'odeur d'une transpiration fraîche, celle acquise à fendre des bûches par exemple, oui n'imaginez pas un seul isntant que je prendrai le moindre plaisir à m'essouffler pour rien, comme par exemple de faire le tour du pâté de maisons en courant, alors que je ne suis pas pressé ou que je n'ai à fuir aucun danger, aucune peur, comme j'ai été déçu d'apprendre que Robert Musil était mort pendant un scéance de gymnastique!, et donc je sais d'expérience que ceux d'entre vous qui comme moi partagez ce goût pour l'odeur de la transpiration fraîche, êtes en fait peu nombreux, et dans ceux-là qui comme moi ont un goût prononcé pour les odeurs de transpiration fraîche, combien trouveraient en fait rédhibitoires ma façon de ranger, par exemple, mes papiers, ou encore les noms à rallonge avec lesquels je baptise mes fichiers, et dans ceux qui restent combien serions-nous à concevoir du plaisir, par exemple à l'écoute attentive de l'album Free Jazz d'Ornette Coleman, en fait c'est cela, le chantier des autres nous est rapidement insupportable tandis que nous éprouvons ô combien de fétichisme pour les modestes méandres de notre petit désordre à nous et fort heureusement au détour de ma correspondance avec les visiteurs attentifs du site je trouve ceci et cela fait chaud au coeur: "Un jour j'ai cliqué. C'est à dire, un jour, j'ai pointé la petite flèche dans le désordre (juste à côté, là dans la LCD, la colonne de droite, c'est pas loin) j'ai appuyé sur le gros pavé gauche de ma souris, et puis : rien. Rien. J'ai d'abord cru à un bug. je me suis dis " encore wanadoo qui débloque", ou quelque chose du genre " les connections rapides, on se fait toujours avoir", bref, je n'y ai pas cru. Puis à force de cliquer et recliquer, d'arrêter et redémarrer mon ordinateur (la solution des nuls en informatique), Il a bien fallu que je me rende à l'évidence. Le désordre s'était interrompu. Pas que tout, tout à coup, se soit mis en ordre, mais presque. Je ne crois pas avoir passé un jour depuis six mois sans être allé visiter ce labyrinthe merveilleux, cette crypte lovée sur elle même , cette fractale que nous concocte à peu près tous les jours Philippe de Jonkeere (allez faire un tour sur son blog, le petit calepin, sur l'ordinateur en bas de la page d'accueil et vous verrez si le record du monde de graphomanie n'est pas battu, ou bien, faites un clic sur "la vie" et laissez vous porter par le flot d'images... Il se passe toujours quelque chose dans le désordre). Je l'ai bien cru à jamais disparu. En quelques petits mels angoissés, le désordre nous donnait, de temps à autres, de ses nouvelles dont il n'était pas sûr lui-même qu'elles étaient bonnes. L'optimisme ne régnait pas vraiment. Une sorte de deuil, sans blague. Et puis, au bout de quelques jours où le ouèbe avait perdu pour moi une bonne partie de sa saveur, il est revenu, avec un petit mail d'excuse et de mise au point dans ma boîte de réception. Je ne sais pas pourquoi le sublime capharnaüm avait disparu, et je ne sais pas comment il a, vraiment, pour mon bonheur, reparu. Ces mystères me dépassent et je ne vais pas feindre d'en être l'organisateur... Mais que je suis content qu'il soit à nouveau là ! Le monde n'en tourne pas mieux, mais personne ne peut affirmer que sans désordre il n'aurait pas tourné moins bien encore."Du coup je repars de plus belle en plongée pour voir si la coque est étanche partout, je m'assure que le navire ne va pas prendre l'eau, panier percé de liens périmés, mais je suis encore incrédule que l'on puisse penser tant de bien de mon bordel. Pas bien sur en revanche de ce que peut être le record du monde de la graphomanie, discipline dont j'ignore tout, il faut bien l'admettre, cela doit ressembler à ces Championnats du Monde de la Peinture que nous avions coutume d'organiser aux Arts Décos, avec notamment la chute de peinture depuis le dernier palier de l'escalier en bois qui reliaient des corps de bâtiment décidément peu faits pour communiquer entre eux, le bâtiment Ulm dans la rue d'Ulm et le bâtiment Erasme dans la rue Erasme de même hauteur mais au nombre d'étages différent, ce qu'on peut-être bête quand on est jeune.
posted by Philippe De Jonckheere at 6:17 AM
|