lundi, avril 07, 2003
Ce matin en sortant du travail, le jour est encore timide pendant le trajet sur un périphérique pas encore bondé mais déjà très dense, la lumière est indirecte et grise, chaude aussi, comme souvent la fatigue me tombe dessus à bras raccourci, l'excitation de ce qu'il y a à faire au travail et aussi les cafés entassés les uns sur les autres dans un estomac mis à rude épreuve, font que toujours au bureau, je me fasse l'illusion d'être encore en vie, mais quand cette excitation factice n'a plus cours, le corps se fait lourd à trainer, parcouru par de minuscules tremblements, des fourmis dans les membres et une impression de pesanteur forte dans la tête. Je traverse Boulogne, dans ce sens-là à cette heure ça va toujours, et, arrivant au Pont de Saint-Cloud, je vois que la lumière directe, celle du soleil qui vient d'où je viens, plus modestement, moi-même, le soleil vient de l'Est, je ne viens que de l'Est parisien, ce soleil barre les hauteurs de Saint-Cloud d'une frange orangée qui brûle mon regard, je suis obligé de baisser le pare-soleil, j'ai tout de suite mal à la tête. C'est justement cela que je n'aime pas dans le travail de nuit, quand il se finit au delà de la nuit et que l'on doit se montrer bien pâle à cette lumière d'aube, honteux en somme, mais je souris tout de même à cette idée d'allergie au jour qui point, je me fais l'effet d'un vampire peut-être pas, c'est plutôt moi qui suis exsangue et il ne me semble pas avoir fait de victime dans mon sillage, non disons une créature de la nuit, un hibou tout d'un coup ébloui par les phares d'une voiture, je dois faire à peu près cette tête-là, je vérifie dans le rétroviseur, oui c'est bien cela, temps d'aller se coucher. Et je suis d'autant plus honteux en début d'après-midi en me levant avec grand mal de constater que le soleil est déjà bien haut et que j'ai raté la manifestation contre la dispersion de la collection d'André Breton, alors bien honte de vous y avoir envoyé par incitation et incapable de me lever assez tôt pour aller y faire du scandale. Ce soir aux informations, je ne sais pas ce qu'il y a de plus obsène, un vieux ancien minsitre de la Culture qui feint de ne pas connaître tous les tenants et les aboutissants d'un dossier qui a lontemps traîné sur son bureau et de ne pas traîner en revanche pour accuser ses successeurs ou même les héritiers d'André Breton (sur que cela leur fera chaud au coeur, elles qui se démènent depuis tant d'années pour faire éviter le pire, à elle l'impensable), ou le spectacle de ces prisonniers irakiens que l'on cagoule avant de les emmener à des interrogatoires, les mains liés dans le dos par quelque lien en plastic crénelé. Non bien sur Jack Lang est très obsène, mais c'est quand même, toutes proportions gardées ces images de visages d'hommes effrayés dont les caméras fouillent au téléobjectif les regards hébétés et les visages poussiereux, l'image suivante cet incapable de Jack Straw, minsitre anglais des affaires étrangères et la pétrolière sécuritaire Condoleza Rice, cette femme d'après laquelle on a baptisé un pétrolier, combien de femmes peuvent en dire autant?, qui se font la bise pendant que Powell et Blair se tapent dans le dos, que ne donnerai-je pas pour voir la face du fils Bush agenouillé les poings liés et que l'on aurait un peu molesté pour lui donner justement un peu de cette peur dans le regard, la peur du vaincu. Faut pas rêver. Je manque de sommeil je vais aller me coucher.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:07 PM
Je progresse lentement dans ce texte entammé il y a plus d'un mois à propos de photographie numérique, en voici cependant un extrait qui me donne surtout le sentiment que je recule par rapport à l'objectif que je m'étais fait de ce texte, ses digressions me donnant surtout à voir à qeul point je cerne mal ce que j'aimerais dire de cette photographie numérique aux contours mal définis surtout par ce texte à l'état de brouillon, mais voilà tout de même son point d'arrivée, carrefour ou impasse, je n'émets aucune certitude.  J'ai acheté mon tout premier appareil polaroid en 1990. A l'époque aux Etats-Unis Polaroid avait ouvert un concours dans lequel il était possible de gagner des paquets de films gratuits, l'objectif du concours était alors de leur envoyer une image ou l'autre faite au polaroid accompagnée d'un texte qui expliquait combien l'utilisation du polaroid en pareil cas pouvait se montrer utile, comme il peut par exemple être utile de se servir d'un appareil polaroid pour des prises de note visuelle. Ces idées étaient ensuite réemployées par Polaroid, qui gardait les meilleures d'entre elles, pour les joindre à leur manuel d'utilisation de leurs différents appareils, j'étais fou de joie lorsque je reçus un jour un courrier de Polaroid m'indiquant que mon idée qui consistait à prendre en photo les différentes étapes du démontage d'une pièce défaillante d'un moteur de voiture, pour savoir comment les remonter la réparation faite, sorte de cailloux de petit poucet pour s'y retrouver dans toute cette cacophonie mécanique, que cette idée donc avait été retenue, c'était d 'autant plus étonnant que je puisse avoir une pareille idée quand on sait ma très grande inaptitude à faire quoi que ce soit devant un capot de voiture ouvert, à mon plus grand regret cependant la photographie qui accompagnerait comme illustration, dans les manuels d'utilisation, de cette idée ne serait pas celle du capot fréquemment ouvert de ma Volvo et des outils épars dont j'avais agrémenté la vue du moteur pour donner l'illusion qu'un démontage complexe y prenait place quand, si je me souviens bien, mon ami Richard, conducteur de taxi et voisin, qui régulièrement avec une patience inouie se penchait sur le ventre de cette voiture dont le démarrage fut toujours problématique, Richard donc avait simplement réamorcé la pompe à fuel en comprimant plusieurs fois de suite la petite poire idoine jusqu'à son durcissement optimal, aucun des outils donc, élégamment répartis aux quatre coins du moteur n'avait servi, cette photo donc, ne serait pas utilisée, comme ce n'était jamais le cas pour ces idées charmantes des consommateurs de Polaroid et de leurs photographies malhabiles, mais une photographie dont eux-mêmes prendraient le soin de la réalisation, en photographe, j'étais chagriné que ma photo ne fût pas retenue en revanche le carton de films que je reçus peu de temps après lava sans mal ce chagrin passager. Et je m'employais régulièrement à phosphorer sur le sujet, à vrai dire j'y passais des heures à ce seul dessein d'obtenir de ces petis cartons que je recevais par la poste et qui renfermaient quelques boîtes de films vierges, trésors tombés du ciel tant j'aimais le polaroid et tant c'était un support qui n'était pas bon marché à une époque où mes revenus ne furent jamais aussi faibles. Dans le même ordre d'idées, Polaroid s'engageait à rembourser vos photos ratées pourvu que vous joigniez pour chaque photo ratée une note expliquant pourquoi vous trouviez la photo ratée, cette note était visiblement destinée à dérouter tout un chacun d'abuser du système, dans mon cas cette clause était au contraire un véritable déclencheur de textes à propos de photographies ratées, un sujet sur lequel je me montrais particulièrement dissert, je ne sais pas si mes explications étaient lues in extenso, j'en doute tout de même un peu, en tout cas la règle du jeu était respectée par Polaroid et entre ma façon d'obtenir la matière première dans un premier temps avec le concours d'idées et le recyclage méticuleux de tous mes polaroids ratés, je parvenais bon an mal an à faire du polaroid à l'oeil ou presque. Et c'était là chose vitale pour moi à l'époque parce que le Polaroid était alors ma seule méthode de travail qui servait surtout à prendre des notes et notamment des notes visuelles, d'installations sommaires et d'écrire des pages et des pages de descriptifs que j'envoyais ensuite à droite et à gauche espérant que telle ou telle galerie s'intéresse à ces liasses de notes émaillées de polaroids pour se décider à financer des installations dont il me faut reconnaître aujourd'hui que certaines étaient tout de même démesurées, ainsi j'ai retrouvé récemment les croquis en perspective de l'une d'elle qui était un gigantesque labyrinthe dont les murs auraient été construits avec des piles et des piles de journaux quotidiens, je me souviens même d'un matin où j'avais revêtu un costume pour me rendre à un rendez-vous avec je ne sais quel directeur du Chicago Tribune pour discuter de la possibilité pour eux de me livrer, gratuitement s'entend, des mois et des mois d'invendus pour dresser les parois de ce labyrinthe symbolique, dont il me souvient que le minotaure était une créature de mon cru fabriquée à partir du portrait de Bush père et d'un téléviseur affublé de cornes et tout à l'avenant, là encore je me demande ce qu'a bien pû penser ce directeur de je ne sais plus quoi au Chicago Tribune de cet énergumène français et chevelu qui lui demandait son aide pour tourner en dérision la presse écrite américaine en général. On était jeune et on ne se refaisait pas. Non ce qui n'existait pas en cette époque bénite d'une jeunesse énervée, c'était la photographie numérique qui alors m'aurait permis sans doute de donner davantage de crédibilté à ces projets dont j'aurais pû au moins soigner la présentation des descriptifs plutôt que ces tapuscrits d'une machine qui fonctionnait tant bien mal que bien et que je maculais de ratures et de croquis dans les marges, et c'était avec de tels brouillons que je démarchais les galeries de Chicago pour les inciter à la dépense pour des installations plus que chimériques et brouillonnes donc, on ne rit pas. Depuis l'acquisition récente donc de cet appreil numérique qui m'aurait sauvé de bien d'embarras de jeunesse, je prends de nombreuses notes, ainsi on trouve, par exemple, dans l'arborescence de mon disque dur à l'emplacement phil/images/numérique/notes/divers/inclassable/en_attente un fichier un peu esseulé et dont le classement aussi profondément enterré dans les sous couches de cette aborescence dit sans mal d'une part ma difficulté à en faire quoi que ce soit et d'autre part combien il sera difficile de faire gravir à ce fichier les différents étages de ce classement, fichier dont tout porte à croire qu'il ne rejaillira pas de sitôt sur mon bureau, pourtant constellé d'élements à l'utilité souvent discutable, ce fichier contient l'image, je décris de mémoire, de l'extrêmité d'un cordon de modem qui sort du sac de mon ordinateur portable et de sa rencontre sans suite d'avec un stylo-bille de marque Bic au corps transparent, et dans le fond de cette photographie par ailleurs floue de ce qu'elle représente on devine les fenêtres closes de mon bureau au travail. Cette image n'appartient à aucune série d'autres images si ce n'est celle de mes images numériques, prises de notes visuelles diverses, inclassables et en attente de je ne sais quoi, et pourtant je garde la conviction que cette image quelconque tient en elle la promesse de ce que peut-être plus tard je m'intéresserai à faire en matière de photographie, pour le moment la greffe ne prend pas et cette photographie me fait l'effet d'un corps étranger que l'on a cloisonné, comme en quarantaine, des autres corps, les autres éléments qui remplissent, régulièrement jusqu'à sa capacité maximale, les octets octroyés de mon disque dur, et qui sont autant de photographies dont le classement ne pose aucune difficulté tant elles sont souvent la répétition outrancière de recettes trouvées il y a déjà quelques temps, et c'est là une honnête autocritique. C'est sans doute dans ce cloisonnement trop étanche que sont empêchées les solutions de survie de cette image, peut-être devrais-je la classer au hasard dans d'autres rubriques mieux balisées et sans doute serais-je surpris de son à propos dès lors que je classe cette image dans le voisinage d'autres dont je vais finir par me lasser si je ne fais rien pour les contaminer avec cette chose informe et inclassable. dont acte. Demain mettrai en ligne l'image du cordon de modem, reptile inoffensif de bureau.
posted by Philippe De Jonckheere at 12:31 AM
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