Le bloc-notes du Désordre |
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samedi, mars 01, 2003
Cette évidence aussi, hier heureux d'avoir plutôt réussi le bloc-notes (content en somme d'être parvenu à rendre visible, pas nécessairement lisible, le brouillon sous le texte tel qu'il apparait sur le bloc-notes), soulagement qui ne dure somme toute qu'une journée puisque dès aujourd'hui, dès ce matin, la peur presque, le soucis en tout cas de n'être pas sur de parvenir à quelque chose pour la journée d'aujourd'hui. Je ne veux pas ranger cette activité de bloc-notes parmi les corvées de la journée, au même titre que la vaisselle par exemple, et pourtant insidieusement cette tâche revient chaque jour avec opiniâtreté, entêtement même: on n'en est jamais tout à fait quitte. Et l'amusement aussi de voir dans la lecture des Vingt Lignes par jour d'Harry Mathews (par rapport à hier, je suis davantage renseigné, je sais désormais qu'il fut traduit par Marie Chaix et publié chez POL) que souvent la tentation récursive prend le texte en otage, où l'on voit que la contrainte des vingt lignes par jour fait l'objet de réflexions qui deviennent partie prenante des vingt lignes par jour: du coup la culpabilité face aux nombreuses réflexions du bloc-notes face à la difficulté de s'y tenir justement, ce sentiment coupable donc, décroit un peu, d'autres avant se sont heurtés contre le mur du fond de l'impasse, pas toujours pour repartir en sens inverse apparemment certains y sont encore dans le fond de l'impasse qui continuent de chercher à progresser en dépit de tout, il n'est pas si certain qu'ils soient fous, au contraire, il se pourrait bien que ce soit eux qui aient raison, en dépit de tout, que ce soit précisément au fond de l'impasse, ou au bord du gouffre, qu'il faille chercher encore. Paradoxalement je boucle cet article du bloc-notes, qui commençait par mes sempitenelles jérémiades sur mon manque d'inspiration pour le moins, avant dix heures du matin, du jamais vu. vendredi, février 28, 2003
Dans Twenty Lines a Day d'Harry Mathews (Vingt Lignes par Jour, livre qui reprend à son compte la célèbre exhortation de Stendhal "vingt lignes par jour génie ou pas" d'ailleurs je ne connais pas l'exacte formule de Stendhal en français de même que je connais pas le titre exact en français de Twenty Lines a Day, si toutefois ce livre remarquable a été traduit en français), il y a une journée de mai 1983 qui fit la joie de Mathews, s'acquittant de bonne heure se son "devoir" (en français dans le texte) de "vingt lignes par jour", lui laissant la perspective de pouvoir mener à bien ou de faire progresser d'autres projets notamment la rédaction de son roman en cours, Cigarettes là le titre en français doit être Cigarettes, si toutefois le livre a été traduit et comme je m'associe rétrospectivement à cette joie et a fortiori au découragement de la journée suivante durant laquelle Mathews se lamente au contraire qu'il ne parvienne pas à faire de sa journée la matière de ses vingt lignes ou de tirer vingt lignes des ingrédiens de cette même journée, ce qui ne revient pas au même, mais amène le même constat d'échec inéluctable. Hier c'était avec plaisir, soulagement presque, que j'avais emmagasiné les six ou sept photographies nécessaires à la construction de l'image du jour de La Vie, cet après-midi je me régale du fait que relisant ces deux journées de Twenty Lines a Day, ce passage m'offre une manière de sujet pour le bloc-notes dont je vais m'acquitter de bonne heure dans le milieu de l'après-midi. Et de fait ces deux derniers jours, je suis parvenu pour la première fois depuis fort longtemps à travailer à d'autres projets qu'à l'image quotidienne de La Vie et à la rédaction d'un aticle du bloc-notes aussi court soit-il. Non pas que je sois entièrement assujetti à ces deux travaux journaliers, mais le temps libre dont je dispose chaque jour est à ce point compté que c'est seulement le soir, les enfants couchés, je peux m'adonner à cette autre vie, cette revie de la vie somme toute. Ces deux derniers jours cependant en l'absence d'Anne, j'ai comploté deux nouvelles manières de faire, descendre avec moi un livre pas parmi les plus exigeants, il n'est, par exemple, pas pensable de lire des pages de Maurice Blanchot dans le tumulte et les turbulences des enfants et de fait depuis peu je lis à nouveau, ou encore de descendre également un bloc-notes (c'est à dire un bloc de feuilles de papier reprises par la tranche, et non pas soit le modique programme du même nom Sur le papier jeudi, février 27, 2003
Les enfants jouent à mes piedsJe bois du thé Le livre ouvert sur la table Très modeste haïku, d'autant plus modique que j'ignore tout des règles connues des haïkus et notamment du nombre de pieds attendu dans chaque vers, ce qui est, je crois, proche de l'inatteignable en Français. Et pourtant, et pourtant, je lis ce receuil d'haïkus, en buvant du thé et les enfants jouent tout autour de moi, de la table de la cuisine. Cette lecture aidant, les gestes simples comme de passer l'éponge sur les miettes de fin du repas, ou de brûler de l'encens dans les toilettes pour lutter inégalement contre les effluves mauvaises de la fosse septique, ou encore laver les fesses de Nathan après un accident dont la fréquence empêche justement que l'on puisse encore appeler cela un accident, autant de menues corvées sont autant de prétextes à l'évasion, comme si la lecture de ce receuil que j'ai dans la main depuis ce matin, accomplissant donc les tâches ménagères d'une seule main, le livre dans l'autre main, cette lecture fragmentée donc, me catapultait vers une contrée incertaine, à ce point floue qu'elle se superposerait sans heurt sur le monde qui m'apparait réel d'ordinaire. Et ce qui m'entoure finit par connaître la déformation de ce rythme ternaire en toutes choses: Pour masquer / La puanteur de la fosse septique / Je brûle de l'encens, ou encore L'adorable petit garçon / Nathan, mon fils/ qui me chie dans les mains ou bien encore Après la vaisselle / je suis ébloui / Par l'évier luisant ou Après la vaisselle, je reprends mon livre / De poésie japonaise, ces trois temps plaqués sur ce que je vois comme en d'autres temps en sortant du club d'échecs, la circulation me parassait régie par les déplacements propres aux pièces du jeu d'échecs et j'étais subjugué qu'un autobus à qui j'avais prêté jusque là des mouvements de roi se déplace tout d'un coup tel un cavalier. Je suis surpris de cette paix dont les enfants semblent me gratifier, ce livre que je tiens à la main depuis ce matin , et que je pose de temps en temps sur la table ou sur le buffet, se pourrait-il qu'il ait une telle vertu magique et que le calme qui émane de la lecture de ses lignes allant par trois, étende son pouvoir jusqu'à pacifier mes enfants. Madeleine rentre du jardin où je la croyais sagement affairée à des jeux dont les buts m'apparaissent toujours mal définis, et elle a ceuilli un krokus de sa mère, Nathan la suit de près, crotté jusqu'à la ceinture et déboule, je n'ai pas le temps de contenir sa charge, avant qu'il n'aille répandre toute cette boue séchée un peu partout dans le salon cette paix-là comme d'autres n'est ps éternelle et soudain le monde m'apparait avec davantage de netteté, aux contours plus familiers. Je pose mon livre. Traduit du Japonais l'haïku de Shiki ci-contre: Quelle solitude! Après le feu d'artifice L'étoile filante. mercredi, février 26, 2003
![]() Et de se dire qu'il est si difficile, si laborieux, de rendre compte en images (une heure entière passée tout de même à assembler l'image du jour de la Vie) aussi de cette journée à ce point sans relief que son plus haut fait fût qu'Anne me coupât les cheveux, à croire d'ailleurs qu'en face d'une journée qui s'annonce morne ce soit toujours une manière de parade à l'ennui que de me faire couper les cheveux, façon de dire que dans cette journée il s'est tout de même passé ceci, une coupe de cheveux, infime événement (vous pensez si c'est une gegeure que de rendre compte de cela en mots quand les images y parviennent déjà avec tant de difficulté), quand bien même il est souvent annuel en ce qui me concerne. A propos de coupe de cheveux, un extrait de la Vaisselle: "Il avait fait les courses hier. Il avait d'ailleurs oublié de descendre le sac-poubelle, il s'en était fait la remarque hier, en revenant de commission. Il jeta un oeil à la poubelle, un sac de cinquante litres plein aux trois quarts, trente sept virgule cinq litres d'ordures, avec l'habitude il jugea qu'elle était pleine d'une semaine de déchets, il générait donc cinq virgule trente six litres de déchets par jours. Un peu moins. Il n'arrivait pas à savoir l'Autre était là depuis le lendemain où le surlendemain du jour où il avait descendu la poubelle pour la première fois. Par la simularité de pensée, il se rappela être parvenu un jour à dater précisément à quand remontait une précédente coupe de cheveux, parce qu'il se rappelait être effectivement allé chez le coiffeur, juste avant un enterrement. Par entêtement, il avait tenu absolument, pour des raisons dont il ne se souvenait plus maintenant, à savoir à quand remontait cette coupe de cheveux. Se rappelant de la coïncidence dans le temps des deux événements, il avait fini par céder à ce caprice, et avait demandé à sa tante la date exacte du décès de son oncle et de son enterrement. La chose était un peu cruelle, rappeler à sa tante, si besoin était, le récent décès de son époux et son enterrement, mais il avait conçu une grande satisfaction à pouvoir dater avec précision un événement aussi trivial, la coupe de cheveux, s'entend, pas les funérailles de son oncle. Mettons que cela faisait trois jours que l'Autre était là." mardi, février 25, 2003
On se sent un peu couillon après avoir cité quelques lignes de Maurice Blanchot, des lignes qui, comme toutes celles du même, prêtent toujours tant à conséquence, de continuer d'écrire les lignes minuscules qui sont les notres, c'est d'autant plus vrai que la vie que je suppose facilement à Maurice Blanchot, cette exigence intellectuelle hors du commun je la vois mal s'accomoder d'une après midi léthargiquement gâchée devant le télévisieur retransmettant un match de rugby, j'avais déjà du mal à imaginer le grand écrivain faisant ses courses au supermarché, souvent faisant mes courses au supermarché j'ai cette pensée que je ne peux pas imaginer ni Blanchot ni Beckett, ni Thomas Bernhard, ni Henri Michaux, ni tant d'autres encore faisant emplettes en grande surface, c'est d'ailleurs dire si je méprise assez les commanditaires de la fameuse unique photographie de Blanchot, se dépliant hors de sa Renault 5, les mains chargées de pochons de plastic, photographie que le flou et le grain grossier ne rachètent pas, image grossière de détective embusqué dans quelque véhicule garé alentour, alors imaginez le même devant une télévision allumé sur un match de rugby. Beckett a joué au rugby, mais j'arrête là, pas sur que cette veine ne soit ni très prometteuse, ni très respectueuse.Un plaisir simple ce soir, Anne sur le chemin de retour de l'université avait acheté du pain aux six céréales tranché, et le trempant dans le jus de viande, y goûtant, du bon pain vraiment, la bouche pleine, s'il est mal poli de parler la bouche pleine, je ne crois pas qu'il soit mal vu de penser la bouche pleine, je regardais les tranches de ce bon pain et eut l'idée d'un livre de photos dont les pages seraient des photographies des tranches d'un pain entier, le livre serait la traversée de cette miche. Je m'en ouvrai à Anne qui, ironique, se plaignit qu'il fût si fatigant de dîner avec moi, et qui ne fut pas surpris non plus à la fin du repas de me voir remonter avec ce qui restait de la maiche sous le bras, ni même de retrouver des miettes sur la vitre du scanner. lundi, février 24, 2003
![]() "A travers l'attente celui qui attends meurt en attendant. Il porte l'attente dans la mort et semble faire de la mort l'attente de ce qui est encore attendu quand on meurt ...(...)... La nuit comme un mot unique, le mot fin répété sans fin." In l'Attente l'Oubli de Maurice Blanchot Maurice Blanchot est mort jeudi dernier. Dessin de Nathan et Philippe De Jonckheere à quatre mains dimanche, février 23, 2003
Et moi qu'est-ce qui peut bien me prendre de la sorte pour passer une après-midi léthargique devant la télévision à regarder un match de rugby et de m'emporter quand les choses chauffent, de dire, docte, qu'"ils" ne diversifient pas suffissament le jeu et d'appuyer mon raisonnement qu'au premier coup de pied à suivre, et bien "ils" marquent justement, parce que précisément "les autres" derrière, ils sont montés, pensant que tout le jeu se ferait sur la largeur, bref qu'est-ce que peut bien me prendre de perdre pareillement mon temps. Le souvenir de l'enfance peut-être, de ces après-midis d'hiver à se passer de main en main ce ballon aux rebonds imprévisibles, le souvenir aussi de ce professeur de mathématiques qui était aussi entraineur de rugby et qui avec son accent du Sud-Ouest m'avait un jour dit, tandis que je séchais lamentablement, la craie en main, au tableau, sur quelque équation pleine à craquer de sinus à s'en faire mal à la tête justement, plus très bien sur, sur le moment, et maintenant encore moins, si la tangente fût le quotient du sinus par le cosinus ou l'inverse, c'est à dire la cotangente, de dire donc: "De Jonckheere, retournez à votre place, je vous mets deux, un pour l'aller et un pour le retour". Le souvenir de la dépense tout de même, de ces vestiaires brûmeux et nos habits qui sentaient la sueur et la transpiration vieille, de la condensation qui nous sortait de la bouche et des cuisses rougies par le froid, de la boue, dont nous étions crottés tout de suite et des chocs aussi. Certains avaient une longueur d'avance dans leur puberté, du coup les plus petits, ceux qui n'avaient pas encore amorcé ce virage-là, ceux-là, dont j'étais, morflaient, mais on se battait tout de même, comme des chiffoniers en fait, et les plus grands trébuchaient de temps en temps tout de même: un tel placage, miraculeux comme un coup de chance, c'était victoire. Ces souvenirs sont lointains. Je me souviens, qu'en 1995, mon amie Françoise m'avait invité à un concert de musique contemporaine un samedi après-midi et que j'avais décliné son invitation, ce que je n'aurais jamais fait autrement, et que j'avais eu honte de lui dire qu'en fait il y avait une demi-finale de coupe du Monde à la télévision: elle était parfaitement incrédule (oui en général, je ne me vante pas d'être apathique devant mon téléviseur, et certainement pas devant un événement sportif en rotant des ales), mais cela l'avait beaucoup fait rire, j'aimais bien Françoise, que je ne vois plus, parce qu'elle avait le sens de l'humour. Je me réveille en entendant les cris plutôt joyeux des enfants dehors, au travers des stores, je sais qu'il fait beau. La chaleur s'est accumulée dans la chambre, dans le lit. Naturellement depuis que tu t'es levée, sans donc tirée de là par l'arrivée matinale de Nathan ou de Madeleine n'y pouvant plus de tromper leur ennui dans leur chambre, qui sont venus chercher de la compagnie, redoublant de tendresse et de douceur pour faire avaler la pillule du réveil. Pour ma part il paraît que je râle, ce qui les amuse beaucoup. Il fait chaud et sombre, donc, dans la chambre, il est surement déjà tard, je vérifie, onze heures. Quand même. Je suis à ta place, par cela je veux dire que, comme à mon habitude, quand c'est toi qui déserte le lit en premier, et c'est quand même le cas le plus fréquent, j'ai roulé vers ta place, à doite d'un lit si tant est que c'en soit la droite, c'est à dire que nous soyons allongés sur le dos pour dire la droite de la gauche du lit, il y aurait surement un moyen, plus simple peut-être pas, mais plus précis et infaillible de dire les choses, tu dors au Nord et moi au Sud, et nous avons tous les deux la tête à l'Est. Quand tu descends donc je roule vers le Nord du lit, je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais c'est égal. Je tire à moi ton livre sur ta table de chevet, la table de chevet qui est au Nord donc, et m'aperçois que tes lectures du moment sont fort studieuses, aucune récréation à espérer de ce côté là. Je roule vers mon côté, vers le Sud donc et étends le bras vers mon livre Faire l'amour de Jean-Philippe Toussaint, offert par toi justement, j'en ai lu les cinquante premières pages cette nuit avant de m'endormir, tout contre toi, qui gigotait, grinçait des dents et ronflait tout de même un peu. Je relis avec délice le passage de la piscine au vingtième étage d'un grand hôtel à Tokyo, de cet homme qui nage dans le ciel. Je me dis que ce n'est pas demain que j'écrirais pareil passage, l'oeuvre de toute une vie me concernant. Et finalement je me lève, plus exactement je m'assois et m'habille. Je commence par ma montre, offerte par toi aussi, pour mes 36 ans, je commence toujours par ma montre ("Je me souviens d'un garçon avec une bite absolument énorme. Et il le savait. Il était toujours le dernier à être habillé. (Mettant ses chaussettes d'abord.) Je me souviens que je m'habille complètement avant de mettre mes chaussettes." in I remember de Joe Brainard, et je ne cherche pas à faire accroire quoi que ce soit, tenez-vous bien). Je descends. Tu es au téléphone, les enfants sont dehors, il y a dans la cuisine l'odeur envahissante des légumes qui écument au court-bouillon. Comme tu es au téléphone, je suis en quelque sorte livré à moi-même. Tu le dis souvent devant les amis de passage à la maison, quelle que soit l'heure à laquelle je me lève, j'ai toujours la tête de quelqu'un qui vient de se lever à six heures du matin, je bois mon thé et je remonte, je suis descendu en caleçon, il fait froid je vais mettre mon pantalon. En entrant dans la chambre, je suis saisi pes les odeurs confinées de nos sommeils mêlés, toujours je me fais cette réflexion que je m'habitue à toutes les odeurs, parfois même les plus mauvaises, au point de ne plus les distinguer et ce n'est qu'en les quittant et les retrouvant à nouveau que je finis par les dicerner, et en poussant la réflexion il en va de même avec mes autres sens, l'habitude abolissant tout, c'est quand le vent cesse de souffler qu'on ne l'entend plus siffler. J'aère en sortant. De toute façon je projette de faire grand ménage à l'étage, en même temps que ménage de printemps et sauvegardes sur le disque dur. Plus tard donc je remonte ranger, passer l'aspirateur pendant que le graveur avale de la donnée au kilo, je refais le lit et je mets un peu d'ordre d'une part dans mon bazard et d'autre part autour de ton côté du lit. Toi en fait tu travailles au lit, sans doute pour réduire le trajet entre ton travail et ton lit quand tu finis par tomber de sommeil, au Nord de notre lit, donc, règne toujours un inénarrable désordre fait de livres théoriques, il y en a un dont le titre m'intrigue beaucoup, Lire le roman, je me dis toujours qu'il faudait que je le lise, puisqu'en somme je ne lis presque que des romans, d'autres fois, je me dis que cette lecture tarirait surement mon goût pour la lecture des romans, et pour la lecture tout court, puisque je ne lis presque que des romans, désordre donc composé de livres théoriques, de notes que tu prends sur des feuilles doubles quadrillées, de photocopies d'autres écritures que la tienne, les mêmes cours pris par d'autres et de livres aussi laissés là par les enfants comme Grace la limace ou l'Heure vide. J'ai pour ainsi dire fini ce ménage quand tu montes t'allonger un peu, dis-tu, en fait les enfants jouent de nouveau dans le jardin et nous en profitons, sournoisement, vraiment nous devrions être honteux, mais souvent le temps manque pour cela aussi, nous en profitons donc pour faire l'amour, un peu à la va vite, il faut bien dire ce qui est, mais pas sans résultat non plus, il faut bien dire ce qui est. Nous n'avons pas beaucoup le temps d'enfantiller après cela, il faut bien dire ce qui est, de se dire les choses habituellement tendres étant données les circonstances, comme de prendre le pouls de nous deux, il faut bien dire ce qui est, et nous descendons prestement prendre une douche, enfin pour moi il faut vraiment que je me dépêche parce que je dois bientôt partir au travail. Tu es encore sous la douche, les enfants commencent à avoir froid dehors et rentrent crottés, comme quoi nous avions juste le temps, il faut bien dire ce qui est, quand tu sors de la douche, je monte darre-darre chercher mes affaires et partir. Je fais le tour du lit, en passant par l'Ouest et je sourris à l'odeur musquée qui est dans les draps et dans la chambre, tandis que tous les deux, nous sommes maintenant douchés de frais. Je pars au travail, détendu, et dans le souvenir de cette odeur d'amour dans notre lit. Sera-t-elle encore parmis nos draps quand tu iras te coucher ce soir?Je me souviens d'un film de cul que nous avions regardé ensemble, en se bidonnant, davantage qu'autre chose, à l'écoute des dialogues mal doublés, et troués aux mites, une réplique parmi tant d'autres, une déclaration, "la saveur de ta peau, l'odeur de ton corps entre mille je les reconnaîtrais" et j'avais fait mienne cette déclaration quelques temps jusqu'à ce que nous nous en lassions de concert. Elle me revient là, ce soir, puisqu'il est question d'odeurs. |