Le bloc-notes du Désordre |
RETOUR AU DESORDRE | MEL | ARCHIVES | POURQUOI | LA VIE | RETOUR AU BLOC | 22042003.txt | EXERCICES DE STYLE | LA CIBLE
|
vendredi, décembre 06, 2002
![]() Quand je fais la vaisselle, je pense à tes seins et comme j'aimerais les tenir dans mes mains, saisir la poire avec les mains mouillés. Quand je fais le ménage là-haut et que je range tes fringues éparses au pied du lit (tu n'as décidément aucun ordre) je penses à tes fesses que je fais courir sur ma queue. Quand je torche les enfants ou quand je lessive le carrelage après eux, je pense à ton ventre et comme j'aime y perdre la tête. Quand je fais les courses dans le supermarché, je pense à tes jambes dans des bas et comme j'aime me caresser le front au nylon de ces jambes-là (il m'arrive de passer la main dans les collants des rayons, et ma pensée se précises, j'arrive à la caisse en bandant comme un cerf) Quand j'épluche les oignons, je pleure en pensant à tes mains sur ma poitrine, sur mes mamelons, tout juste posées comme prêtes à retenir des élans qui seraient trop impétueux. Quand je remue le pot au feu, la cuillère de bois dans les chairs gélatineuses tu te doutes bien ce à quoi je peux penser. Quand je couche les enfants en leur racontant Chien bleu ou Oscar le cafard pour la énième fois, je me dis que tu ne tarderas pas à rentrer et que tu ouvriras les jambes et que je n'aurais qu'à baisser mon pantalon et à te pénétrer. Et quand tu rentres et que je vais pour t'embrasser, tu me dis attends laisse moi retirer mon manteau. Alors après le pot au feu n'a plus le même goût c'est sur. jeudi, décembre 05, 2002
Que dire d'une journée toute entière dans les odeurs de purin? Et ne pas accabler mes échoués au bloc avec mes sottes préoccupations paternelles en butte avec mon petit garçon qui décidément controle mal ses sphincters (par pure distraction d'ailleurs, ce dont j'ai quand même bien du mal à le blâmer); et aujourd'hui toute tentative de m'élever en dehors de ce souci permanent de débusquer d'une part les crottes anciennes et d'autre part de tenter d'anticiper la chute des suivantes (non pas que je tenterai d'enrayer le débit, par quelques tricheries pharmaceutiques, je suis un tyran avec mes enfants, mais je leur laisse tout de même un peu d'espace pour m'emmerder, pas d'autre verbe en tête, désolé). Alors, pensez s'il est difficile ce soir d'en tirer quelque parti que ce soit. Ce soir, maintenant que le petit monde est couché, je bois un thé, et je reprends le livre de haïkus qui est resté en cavalier, retourné, toute la journée sur la table de la cuisine, pieuse pensée ce matin d'avoir descendu ce livre pensant sans doute qu'aux moments calmes de cette journée, je pourrais lire quelques haïkus, tandis que la marmaille se sera absorbée dans quelques jeux tranquilles dans lesquels figurent généralement, animaux de toutes sortes et de toutes tailles (je reproche décidément au fabricant des jouets de mes enfants de ne s'être pas donné une unité d'échelle pour tous ces animaux, à la réflexion, si tel avait été le cas, les enfants égareraient souvent les lapins, sous les meubles et les baleines seraient très encombrantes dans le salon, sans parler du brontosaure fétiche de Nathan), voitures, tracteurs, ours en peluche et aussi quand mon attention baisse, CDs de Coltrane et journal du matin, impressionnante distribution au service de scenari aux rebondissements multiples, auxquels il m'est fréquemment reproché de ne pas m'intéresser de plus près où alors seulement quand je réalise qu'un biberon ancien vit des fiancailles houleuses et poisseuses avec un vieux vynil de Coleman Hawkins. Je reprends donc ce livre reposé ce matin dès qu'il fut ouvert une première fois et plus jamais rouvert depuis, et je tombe sur ces trois lignes (qui trouvent surement une grande partie de résonnance après le vacrame d'une journée remplie à craquer): "Solitude Après le feu d'artifice Une étoile filante" (Masaoka Shiki) mercredi, décembre 04, 2002
Vive impression aujourd'hui. Je me suis vu dans le hall d'entrée de l'immeuble de mes parents accompagné des deux enfants, une petite main dans chaque main. J'étais surpris qu'en cet endroit maintes fois traversé sans un regard mais dans lequel j'ai vu tant de fois mon reflet, seul, sur les portes vitrées que j'ai presque sursauté de voir ce même reflet d'homme encore plus corpulent que d'habitude accompagné des deux enfants. Nathan est encore trop jeune, mais il me ressemble de façon criante (et il ferait bien de crier de tant d'injustice) et je me dis que dans quelques années voyant Nathan, son refet, marcher dans ce hall, c'est moi au même âge que je verrai dans ce hall traversé aussi enfant. Et cette demi- réalisation brutale, je suis le père, l'adulte, c'est sur moi que les choses reposent, c'est à moi que l'on fait confiance. "Putain de responsabilité!" soupire-je dans l'ascenceur "Qu'est-ce que tu dis?" demande Madeleine. "Rien, rien". En enfants de la campagne, ils sont fascinés par cet ascenceur dont, moi, je connais tous les petits craquements mécaniques durant son ascencion et le grincement caractéristique de sa lourde porte.En rentrant ce soir dans la cohue des embouteillages de gens fatigués par une journée de travail et qui du coup s'énervent, les enfants se sont endormis, j'écoute "Spring leaves " de Bill Evans, les notes de piano tombent dans le même gamme que la pluie sur le capot et les essuie-glaces sont en ryhtme avec les ballets de la batterie. Il m'arrive de bien aimer les embouteillages. Ce soir, avant de rédiger ces lignes, je m'essaie à un haïku contemporain: "sur mon bureau Un livre de Perec Et une photo de Monica Lewinsky" C'est un peu laborieux, j'en conviens, mais véridique. mardi, décembre 03, 2002
J'ai téléphoné à E. aujourd'hui. Echangeant nos nouvelles, elle me dit qu'elle est enceinte, et c'est bonheur de le dire et de l'entendre. J'ai connue E. il y a une quinzaine d'années et parce que nous n'étions pas très précautionneux (et plutôt fougueux), elle est tombée enceinte, ce qui bien sur étant donné notre jeune âge nous a plongés dans l'embarras. Et je dois dire, avouer, qu'alors je ne fus pas du tout à la hauteur. Plus tard quand E. et moi étions passés de l'amour (encore que le mien fut nettement plus aride que celui de E., ce qui n'est le moindre de mes dégoûts de moi-même) à une relation plus mûre et que l'amitié prit le pas (une amitié dans laquelle je me suis étrangement davantage préoccupé d'entourer E. de tendresse et de sollicitude qu'alors), j'ai dis maintes fois à E. comme ma lâcheté et mon irresponsabilité d'alors, au moment de cette grossesse non voulue, combien ce manque de hauteur était maintenant pour moi l'objet d'une honte indélélébile. E. a toujours voulu avoir un enfant, elle n'en a jamais fait mystère et la seule fois où elle a vu mes enfants j'ai pu voir avec quelle infinie douceur ses mains se sont posées sur les têtes de ces enfants-là, et ce jour comme en d'autres occasions, j'ai eu ce moment de honte rétrospective, qui m'aurait fait pleurer si j'avais été seul, les lâches savent très bien se donner une contenance. Et puis ce soir de savoir E. enfin comblée de cette attente, je me dis qu'enfin, ma culpabilité peut tomber un peu comme si la faute était lavée, mais la honte, elle, persiste. lundi, décembre 02, 2002
Après le travail de nuit sur la route du retour la halte habituelle dans la station essence de Cergy-Pontoise, pas tant évidemment pour reposer la monture, que pour secouer le cavalier avec un café. C'est lundi matin, il est sept heures du matin. Tout le monde est levé depuis tôt ce matin, les traits sont tirés, nous ne sommes que des hommes et nous sommes aglutinés autour de deux tables hautes à remuer nos agitateurs de café en plastique, certains parmi nous se sont achetés de ces croissants sous vide, pour d'autres c'est cigarette, pour d'autres encore le journal, un cammnioneur a encore une serviette éponge autour du cou, il vient de prendre sa douche, a remis la clef au jeune gars derrière le comptooir et croque maintenant de belles dents dans un épais sandwhich partiellement extrait de son emballage plastique. Et je me dis que ces hommes-là sont pour la plupart aimés par des femmes. Mais qu'est-ce qu'elles nous trouvent les femmes, à lui par exemple qui mastique bruyamment son croissant, il a des miettes tout autour de la bouche. Et à lui dont la cigarette brûle les bouts de doigts jaunis par les petites soeurs de cette cancerette, lui dont la cravate de représentant de commerce est à chier vraiment, et lui qui est chauve et qui lit le Parisien, et ce gros type moustachu qui lui lit l'Equipe d'un air instruit et qui fait ses remarques sur le fait qu'il faille ou non garder l'entraineur après cette débacle, il parle à un type qui est tout maigrichon, qui aimerait bien ne pas être d'accord mais qui n'arrive jamais à en placer une, lui qui a encore de la mousse à raser dans les oreilles, lui qui tousse sans arrêt, une toux matinale grasse et dont le teint cireux fait tout de même peine à voir. Ca sent le café, les cigarettes et l'aftershave, ça sent l'homme aussi, lui il ne doit pas se laver tous les jours et même un lundi matin, il n'est pas très propre. Et lui qui a travaillé aussi de nuit et la fatique de lui arracher des baillements qui découvrent des dents grises. Vraiment qu'est-ce qu'elles peuvent nous trouver les femmes, elles ne peuvent tout de même pas aimer cette odeur, ces cheveux gras desquels il neige, ces auréoles de sueur sous les bras, elles ne peuvent tout de même pas aimer cela, ces ventres rebondis de mecs qui regardent le rugby à la téloche en rotant des bibines, ces ongles rongés jusqu'au sang, ces haleines chargées dès le bon matin, ces bouches pâteuses, tout de même elles ne peuvent pas avoir envie d'embrasser des types pareils, les femmes, de recevoir les étreintes de rustres, vraiment qu'est-ce qu'elles nous trouvent les femmes? Et j'en suis là de mes réflexions de bon matin, un lundi matin à la station-service quand je me dis que tous ces hommes autour de leurs insipides cafés de distributeurs, sont mes semblables, que pour cette raison je les aime, je les aime comme mes semblables, je me dis que je devine leurs cuisses poilues, leurs ventres, leurs torses avachis, leurs bras maigres ou au contraire adipeux, je ne peux m'empêcher de les aimer. Mais les femmes comment font-elles. J'arrive tandis qu'il fait encore nuit, le jardin est sombre qui bruisse sous une pluie sans vent. Je te fais un café, pas un bon café, du déca, du lyophilisé, je mets deux sucrettes, je ne sais pas comment tu fais pour te réjouir de boire un truc pareil le matin. Je monte, la fraîcheur matinale est partout dans la chambre, sous la couette tu es brulante et douce, tes seins sont dans mes mains, tes fesses contre mon ventre. Et toi qu'est-ce que tu me trouves, à moi qui aies un gros ventre, des cheveux gras, mauvaise haleine et qui ne sent pas bon la fatigue de la nuit, la sueur aussi un peu et qui tremble, qui s'endort tout de suite contre toi et qui surement doit ronfler, qu'et-ce que tu peux bien me trouver? dimanche, décembre 01, 2002
Je n'ai pas du tout envie de parler de cet après-midi, de ce déjeuner entre mes deux parents dans la cuisine à Garches, je ne sais évidemment plus comment les choses en sont arrivées là, mais il y eut ce récit, que je ne parviens jamais à entendre jusqu'au bout, la dernière fois que je l'ai entendu c'était au téléphone, il y a 11 ans, mon père m'appelait de son travail, j'étais à Chicago, je n'avais plus parlé français depuis au moins six mois, j'avais la langue rouillée, il était question, mon père secoué par des pleurs pas très bien dissimulés, ayant sans doute attendu d'être seul dans son bureau, comme je le suis ce soir, seul dans mon bureau, il était question donc, d'Alain pour lequel des voisins à Garches avaient du appeler de toute urgence un médecin, le leur ou un ami à eux je ne sais plus, parce qu'on avait retrouvé Alain errant dans les rues de Garches, tenant des discours évidemment sans suite, très agité, vous seriez en conversation privée avec le Diable, vous le seriez aussi, c'était son mal, et toute une famille de grands garçons courant en tous sens pour essayer de retenir ce drôle de type pressé de se jeter dans un abîme que lui seul voyait. A vrai dire je ne sais pas bien comment cette histoire se termine, je n'ai jamais eu le courage de l'écouter jusqu'à la fin justement parce qu'elle me faisait très peur et je m'effondre toujours avant son issue, le fait est qu'Alain a fini abîmé dans un précipice, ce n'était cette nuit-là, mais une autre nuit, en plein jour, à midi. La conversation, enfin, ce que je veux dire, ce qui était échangé de la parole entre nous trois, les survivants en quelque sorte, prit fin, nous avons fini de déjeuner et je n'ai pas pu rester, j'ai préféré errer en voiture sous la pluie, plutôt que de partager le chagrin avec mes parents avec lesquels, je n'ai justement jamais partagé cette peine-là. Je suis allé trouver refuge chez mon ami Alain, qui était là, sans y être et donc je suis redescendu dans sa librairie, j'ai ouvert un livre, le Pèse Nerf d'Antonin Artaud, parce que précisément j'attends de moi-même depuis fort longtemps d'ouvrir un livre d'Artaud, d'en avoir le courage et j'ai lu, appuyé contre une étagère du rayon poésie, mon coin de lecture chez mon ami Alain. Antonin Artaud donc: "Avant de me suicider je demande qu'on m'assure de l'être, je voudrais être sur de la mort. La vie ne m'apparaît que comme un consentement à la lisibilité apparente des choses et à leur liaison dans l'esprit. Je ne me sens plus comme le carrefour irréductible des choses, la mort qui guérit, guérit en nous disjoignant de la nature, mais si je ne suis plus qu'un déduit de douleurs où les choses ne passent pas? Si je me tue, ce ne sera pas pour me détruire, mais pour me reconstituer, le suicide ne sera pour moi qu'un moyen de me reconquérir violemment, de faire brutalement irruption dans mon être, de devancer l'avance incertaine de Dieu. Par le suicide, je réintroduis mon dessin dans la nature, je donne pour la première fois aux choses la forme de ma volonté." Et je m'arrête ici. Dire qu'après pareille lecture les choses allaient mieux serait mentir, appuyé contre le rayonnage de livres de péosie, je me suis senti transparent, comme happé ou soustrait, je suis sorti dehors il pleuvait, le soir tombait, il fallait que je parte travailler, jamais la question ne s'est posée avant autant d'acuité et d'à propos, mais qu'est-ce que je fais? |