Le bloc-notes du Désordre |
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samedi, octobre 05, 2002
![]() jeudi, octobre 03, 2002
Le soir tandis que je commence à travailler les enfants sont enfin couchés, Nathan dort, rompu de fatigue d'avoir tant couru et chahuté, le soir, sa tête tombe avec pesanteur dans les plis de l'oreiller, Madeleine en revanche est plus résistante à sa fatigue et elle profite chaque soir de mon manque de vigilance pour vivre une existence autonome et très silenceuse. Je ne suis cependant pas dupe et de temps en temps je vais l'espionner et regarder ce qui l'occupe m'octroyant en ceci un droit qui ne me fait pas plaisir celui d'écouter à la porte de la chambre des enfants mercredi, octobre 02, 2002
Et cet après-midi, un fracas en a suivi un autre. Nathan a fait tomber le grand miroir de notre chambre. Il était indemne (Nathan, le miroir, lui, nous annonçait sept ans de malheur, comme au début du Trésor de Rackham le Rouge) mais tout de même un peu abasourdi du vacarme qui s'était abattu à ses pieds. Tandis que j'allais chercher un grand carton pour ramasser tous ces éclats de verres teinté, brisé et gisant comme on s'en doute dans une parfaite composition involontaire, et que je m'approchais de ce chaos avec la peur de l'hémophile, trois choses assez subites se sont produites: une panne intermittente d'électricité, une micro-coupure en quelque sorte, un avion de chasse est passé à trés basse altitude au-dessus de la maison et puis tandis que son vrombissement s'éloignait bien plus vite que l'écho de sa vocifération contenue encore dans la chambre, le lecteur de CD s'est remis en marche au début du disque de Pascal Comelade (qui ne quitte pas beaucoup le lecteur en ce moment: "Psichotic Music Hall", à mettre entre toutes les oreilles, surtout, bien sur, le morceau intitulé "Mieux que ses seins, ses bas tiennent", la musique est à l'avenant, rencontre improbable d'Ornette Coleman avec un piano réduit et un triangle par exemple). Les trois sursauts se sont en quelque sorte superposés, Nathan, lui, n'a pas cillé, sans doute était-il encore ébahi de ses propres oeuvres, planté au milieu des décombres en dépit de mes invectives, et c'est dans le reflet morcellé du miroir que j'ai vu passé l'avion qui a filé de morceau en morceau de miroir, refleté depuis la persienne, curieuse chose en fait de voir un avion en regardant au sol. Et puis toute l'après-midi, je n'ai cessé de repenser à ces cinq secondes intenses, me disant que cela me faisait penser à une scène de film, j'avais le film sur le bout de la langue, je revoyais un bocal d'eau qui se brisait sur un très beau parquet de chène et le son assourdissant d'un avion à réaction qui passe au ras des paquerettes. Cela devenait énervant de ne pas parvenir à retrouver l'origine de cette scène déjà vue et cette corrélation d'avec ce qui s'était produit dans la chambre.Et puis au détour d'un magazine, lu assis sur la table de la cuisine, en buvant du thé, surveillant d'un oeil distrait les jeux des enfants, je lis cette critique de cinéma dans laquelle le nom de Tarkovski apparait: la scène de l'avion qui fait trembler les murs de la datcha, le lait et non l'eau qui se répand sur les lattes lustrées, tout ceci vient du Sacrifice, maintenant je m'en souviens. Et je revois l'incendie de la grande maison, l'arrivée de l'ambulance. mardi, octobre 01, 2002
![]() Dire ou plutôt tenter de dire comment s'est passée cette fameuse intervention de Rennes, dire ou plutôt tenter de dire l'université, ses drôles de moeurs et ses manies. L., lui, en rend parfaitement compte, comme toujours dans un de ses albums photos, excellente pratique dans laquelle il témoigne par le texte ( souvent très drôle ) et les images de ces divers événements culturels qui jalonnent notre vie, toutes ces tentatives, certaines même, misérables, les notres, de faire sens, de donner du sens à nos vies de chercheurs de la petite semaine, de sortir de nos antres et d'aller vers les autres, de leur montrer peut être pas le fruit de nos entrailles, enfin pas toujours, mais celui de nos recherches, au moins ça. Des fois ça rate, souvent, des fois c'est de la félicité, ce qui avait été patiemment assemblé en usine, continue de fonctionner en public, le lendemain, c'est avec bonheur que l'on retourne dans les ateliers et que l'on retrouve les odeurs familières des copeaux, de la graisse, de l'huile, de la thérébenthine, de l'encre, et puis aussi celles des feutres à alcool ou encore ces odeurs de plastique libérées par des cellophanes enfin déchirées (Hier soir je n'avais pas fait de polaroid depuis des années et en ouvrant le ventre de l'appareil pour le gaver, cette odeur incomparable entêtante et chimique, qui résisterait longtemps à ma descrption, je n'essaie même pas, qui était restée prisonnière tout ce tems dans l'appareil et qui me donne à revoir toutes ces images attendues, dans la lente apparition des formes, les ombres en premier, lenteur d'apparition qui fait mentir cette notion de photographie instantannée). Quand ça foire au contraire, on se demande ce que l'on est venu chercher et les lendemains sont plus poussiereux, l'atelier est dans le désordre lamentable qui a prévalu à l'agitation et aux préparatifs fébriles, une seule chose à faire se saisir du balai et pousser dans un coin, poussière, bandes de papier, vider pots de justeuse et opaque térébenthine, vider les corbeilles saturées d'emballages arrachés sans soin (ce que l'on peut être peu soigneux quand on a la fièvre), défroisser par acquis de conscience certaines boulettes de papier, des fois que l'on y trouve quelque chose de meilleur que ce qui a justement échoué le grand soir, s'apercevoir que non, le brouillon ne rachète pas la copie, faire table rase. Et recommencer. Mais enfin là, qu'attendait-on de moi au juste?, que je parvienne en dix minutes à extraire mon jus long de 17 pages (à propos duquel L. se plait à ironiser, à raison) et d'en faire une pillule digeste de 5-10 minutes?: vous pourrez juger de ma faible aptitude à la concision sur les enregistrements. Il y a cette plaisanterie que François Bon fait toujours aussi bien quand il est à une tribune, le gardien du temps comme s'intronisent souvent les organisateurs rabat-joie des festivités le presse de conclure, et lui, au détour d'une phrase, annonce héroïquement : "Fin du premier point". Ca a toujours le don de me faire rire et puis c'est efficace pour s'acheter à peu de frais un peu de cette matière vitale à l'orateur, le temps. Désagréable impression tout de même d'avoir planché une semaine durant sur le sujet et d'en faire un gâchis incroyable en peu de temps, comme de construire un bateau et une fois en pleine mer d'en ouvrir en grand la coque pour le plaisir très passager de voir l'eau s'engouffrer comme chez elle, là où elle n'a pas habituellement voie. Dans l'atelier on se grise de phrases lourdes (de gestes amples de peinture, d'encre et de mine), on est courageux. Le grand soir, on susurre du bout des lèvres ces mêmes phrases dont l'écho contenu par les murs de l'atelier, nous paraissait tellement prêter à conséquence, et qui soudain à l'air libre se décomposent et se consument: à ce petit jeu on passe vite pour un écervelé, ce qui est un moindre mal, ou un prétentieux, un vaniteux, ce qui blesse, forcément. Reste, dans notre cas, ce que l'on a écrit, L. m'assure que c'est cette trace qui vivra désormais, puisse-t-il avoir raison. Mais si à vous aussi le spectacle de la mer qui envahit les cales par les voies d'eau peut procurer cet étrange plaisir, alors écoutez plutôt les enregistrements d'une débacle (pas tant celle de L. davantage rompu à l'exercice que la mienne, puisque c'est moi qui vous y invite) Et tout cela c'est mal rendre conmpte bien sur du plaisir de passer deux jours de franche rigolade avec L. et Catherine. dimanche, septembre 29, 2002
Sorti du travail la tête pleine des soucis du genre habituel, suis parti à Paris retrouver Gisèle assise sur le bord de la fontaine de Tinguely et de Saint-Phalle. Coutumier désormais sentiment de se connaître depuis un moment déjà, nous ne perdons jamais de temps pour nous mettre à table et de se parler de ce qui nous tient vraiment à coeur. De traverser plus tard le Marais à pied dans cette agitation de toujours des rues pleines à craquer de gens. Le soir rentrer et se connecter briévement pour voir à quoi ressemble la photo de la "Chronique ordinaire" qui rend compte de la rencontre que Gisèle a faite avant que nous nous retrouvions.Et puis en rentrant à Nation, nous tombons devant une affiche pour l'exposition intitulée "les déportés tatoués, destination Auschwitz" sur fond de photographie noir et blanc au gros grain sur laquelle les rails mènent le regard, accablante perspective, vers le portillon d'Auschwitz, une exposition de photographies apparemment, l'affiche est barrée d'un bandeau: "derniers jours". Photographie de Gisèle Didi (elle, elle avait son appareil sur elle) |