Le bloc-notes du Désordre |
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samedi, juin 15, 2002
Debout encore tard ce soir, j'ai soudain entendu l'air moite laisser sa place au vent. En fait par la persienne entrebaillée j'ai entendu un chuintement, et je me suis dit: "tiens il pleut". Je me suis approché de la fenêtre avec l'idée que j'en recevrais la fraîcheur de l'air mouillé, et je me suis alors aperçu que ce n'était que le vent qui se levait dans les feuilles de l'érable et dans le fil électrique de la grand-rue. C'est curieux comme le vent ne me réveille jamais la nuit au contraire de la pluie ( et même de la neige, en dépit du silence pourtant caractéristique de la neige sur laquelle vient s'accumuler davantage de neige ). Et puis le matin, par la même fenêtre, je remarque les branches de l'érable chahutées par l'espiègle vent, et toujours je fais remarquer à Anne: "tu as vu comme il y a du vent ce matin". Je sais maintenant que le vent se lève au milieu de la nuit, sans fracas. vendredi, juin 14, 2002
Aujourd'hui, petite coupure dans le travail devant la fenêtre lumineuse, non pas qu'il était si urgent de me reposer les yeux, je me les fatigue bien plus vite en coupant des marie-louises pour l'exposition de cet été dans le petit village de Termes, mais l'envie de profiter de la bonne humeur des enfants en cette fin de printemps incertaine: la berline familiale fut sommée de nous emporter dare-dare au Parc Saint-Paul sur la route de Beauvais. Là, on peut dire que nous avons nos habitudes, Pablo le clown à l'entrée est toujours enchanté de claquer bruyamment un peu de son céruse sur les joues ravies de Madeleine, et celles plus circonspectes de Nathan qui se demande toujours bien qui est ce bonhomme facétieux et volubile. Un auvent a été installé au dessus des trampolines, ce qui apparait judicieux en ces fins d'après-midi lourdes. Sous l'auvent, la lumière s'en trouve altérée, elle aussi davantage dans le sens de la gravité. Et puis les trampolines sont du coup entourés de trembles sans faites, la pente douce du toit du auvent les coupant à mi-bois au regard. Comme le ciel, lui aussi, s'accentuait de façon très sombre, le moment était bien choisi de trouver asile sur les trampolines, sous le nouvel auvent. Plaisir sans mélange des enfants s'en donnant à coeur-joie, et comble de mon plaisir d'entrendre la pluie forte, enfin, libérant du poids de cet après-midi moite. Sur la charpente métallique, la pluie faisait résonner comme le tonnerre, et plus exactement l'imitation fidèle que l'on fait du bruit du tonnerre lointain en faisant trembler une feuille de métal souple, cette toiture providentielle, tandis que les trampolines redoublaient d'ardeur pour faire rebondir les corps élastiques d'enfants un peu éberlués de la concurrence en matière de vacarme. Et dans ce tintamarre, la lumière et la pluie inondant les feuillages alentours, me donnèrent à entendre, paradoxalement, le bruit feutré d'une pluie d'été dans un parc, celle du début de "la Chair de l'Orchidée" de Patrice Chéreau. Qui pense à Patrice Chéreau au parc Saint-Paul a l'esprit vagabond. jeudi, juin 13, 2002
Anne, à qui j'ai fait visiter les dernières pages de la Chronique ordinaire de Gisèle Didi, m'a donné cette image: ce sont les miens. ![]() mercredi, juin 12, 2002
Hier soir remise de prix à la SGDL. Je vous joins le texte d'introduction de Sylvain Jouty et celui que je n'ai pas eu le courage de lire jusqu'au bout. " Et tout s'enhevêtra dans un désordre impeccable " : cette phrase de Pierre Dac mise en exergue définit parfaitement Désordre, le site de Philippe de Jonckheere, mais n'en rend guère plus aisée la description. Dans les anciens arts de la mémoire, les pièces et les meubles d'un palais imaginaire servaient à ranger les connaissances humaines. Désordre fait de même, mais avec une réjouissante fantaisie. Un tiroir de cuisine mène à un tableau, un gribouillis sur une table à une citation de Borges, un reflet sur une vitre à un autre … Le tout dissimulant pièges et chausse-trapes, le lecteur-spectateur viendra difficilement à bout de ce monde qui paraît s'exfolier à l'infini. On y trouvera aussi bien un an de " pola-journal " (un polaroïd par jour) que les règles du jeu de Mah-jong ; des haïkus d'Issa illustrés qu'une " tentative d'épuisement de la Tentative d'épuisement d'un lieu parisien de George Perec " ; un abécédaire, des champignons, des moustiques, un cours de mise au point, des escaliers… Et naturellement des œuvres de l'auteur, textes et photos avant tout. On n'en finirait pas de tout énumérer : j'y ai compté plus de 1300 pages. Un aspect de cette authentique création multimédia, où texte et image rentrent sans cesse en résonance, me paraît particulièrement fécond : les liens hypertextes eux-mêmes, si caractéristiques du réseau Internet, y deviennent création en rapprochant de manière inattendue des éléments disparates et hétérogènes, comme peut le faire, entre deux plans, le montage d'un film - vertige de l'association d'idées, voire du coq-à-l'âne, qui est l'un des moteurs de toute création artistique. " Nos existences, écrit Philippe de Jonckheere, sont des labyrinthes dont certains méandres sont communs à d'autres dédales empruntés par d'autres. Ces réseaux sont amenés à s'intercroiser à l'envi, pourvu qu'on ait l'intelligence de s'y perdre. " Cette intelligence, merci, cher Philippe de Jonckheere, de nous la prêter. Remerciements Excusez-moi vraiment mais je n'ai aucune habitude de ce genre d'occasions. Je ne suis cependant pas complétement indocte de la coutume qui veut que ce soit toujours le bon moment de remercier ceux qui comptent et qui ont compté. Par ordre d'apparition à l'image dans le désordre, je veux remercier Pierre Caron qui eut la patience malgré son très jeune âge de passer une soirée entière de m'expliquer les rudiments de la construction d'un site Internet. Après ses explications cela devenait vraiment à la portée du premier venu. Pierre merci du fond du coeur. Ensuite je voudrais remercier ma compagne Anne qui elle eut la patience, pendant presque une année de constater qu'à des heures indues de la nuit je n'étais toujours pas couché ( malgré les explications éclairantes de Pierre, la technique continuait parfois de résister, ici et là ) et plus méritoire encore de supporter des humeurs matinales instables. Anne, merci du fond du coeur. Enfin ( oui ce n'est pas une liste exhaustive ), je voudrais remercier François Bon pour son support systématique depuis que le site est publié, m'ouvrant si souvent l'accès à sa pléthorique liste de distribution qu'il ne m'est pas permis de douter que sans sa fréquente et enthousiaste publicité, je ne serai pas devant vous ce soir et le désordre serait toujours dans l'obscurité et la confidentialité. François, merci du fond du coeur. Et pour finir, je ne peux m'empêcher de diriger mes pensées vers un disparu, pour lequel j'ai écrit un texte dont je vous lis un court extrait. Le texte est intitulé "Solo". Tu aurais été là. Tu aurais été là et nous serions aller boire un coup. J'aurais dit : " allons au bistrot " et nous aurions souri d'un air entendu. Je ne cesse de penser aux choses que nous aurions pu faire ensemble, si tu avais été là. Si j'avais su que tu n'aurais pas été là, maintenant, tandis qu'alors je n'aurais pu savoir ce qu'est maintenant, alors sans doute je me serais arrangé pour faire, alors, en ta présence, ce que maintenant je voudrais faire avec toi. Alors eut été l'occasion de réaliser ces petites envies de maintenant, du futur d'alors : les choses deviennent ici, maintenant, impossibles. Lorsque j'écris, tu aurais été là, il s'agit bien du présent. Ton absence est une entité éminemment du présent. Je pourrais même, pour la bonne forme, écrire, si tu étais là nous aurions pu ... et là, compléter par une action dont je n'aurai acquis l'envie que très récemment, c'est-à-dire bien après le début de ton absence. Tu aurais été là et nous nous serions amusés de découvrir que le père de Joan Mitchell, la peintre, fut médecin, self made man, très travailleur, il était aussi peintre amateur et cela toi et moi nous savions exactement ce que cela voulait dire. Devenu dermatologue de renom, il aura à soigner la syphilis d'Al Capone. Tu aurais été là, nous serions rentrés, noirs, bras dessus-dessous, peut-être en chantant, faux sans doute. Tu aurais été là et nous nous serions disputé la dernière cigarette d'un paquet mouillé. Tu aurais été là, nous nous serions délectés de constater que l'Eve de l'Agneau mystique de Van Eyck a un oeil qui dit merde à l'autre. Ça n'est pas flagrant, mais nous l'aurions remarqué sans mot dire. Tu aurais été là et nous aurions bu, à n'importe quelle heure, n'importe où, n'importe quand et n'importe comment, mais pas n'importe quoi. Tu aurais été là et nous aurions fait sauter M sur tes genoux. Car, maintenant, à la liste des absents tu réponds présent. Pour finir et pour éviter d'oublier, tu aurais été là et nous aurions nagé le papillon, côte à côte, dans l'eau calme, et dans le sens du courant, du canal de Bourgogne entre Tanlay et l'écluse numéro quatre-vingt neuf, un peu avant Saint Vinnemer, sur le Canal de Bourgogne. Nous aurions ainsi fait le tour de l'île de Wight à bicyclette. Quels athlètes nous étions! Voilà, je crois que tout est dit, que rien ne manque, je n'émets aucune certitude mais c'est déjà cela. Je me résous cependant mal à laisser ces pages tranquilles, j'en ajoute encore une autre, deci delà. Point final. Merci à vous tous. lundi, juin 10, 2002
![]() Ai travaillé toute la journée sur une version contradictoire du désordre qui devrait être accueillie par LL de Mars ( Le Terrier ): une version rangée du "désordre", se fader les écuries d'Augias, à côté, c'est de la petite bière! Je n'ai pas arrêté de me prendre les pieds dans le tapis, à force de copies d'écran, confondant régulièrement la copie de l'original, et ne pas toujours comprendre pourquoi les clics, doubles-clics, clics droits et autres triples clics gauches ( et donc un peu maladroits ) sur les images ne produisaient pas les effets escomptés. Ainsi essayez de cliquer sur l'image ci contre, vous verrez comme elle reste sourde à toutes vos invectives. Et maintenant imaginez un écran constellé de ces imitations: le mulot perd la tête. Et moi avec lui. Et tout se corse assez lamentablement quand Nathan commet une épouvantable crise de nerfs dans sa chambre, ce qui nuit gravement à ma concentration, tout concourt alors à la débacle. J'ai passé aussi beaucoup de temps ce matin à numériser le début de Ubu Roi d'Alfred Jarry, et tandis que je pouffais aux "Bougre de Merdre" et autres érucations, je remarquai en passant la ressemblance chaque jour plus aigüe entre le Père Ubu et Jean-Marie Le Pen: PÈRE UBU De par ma chandelle verte, le roi Venceslas est encore bien vivant; et même en admettant qu'il meure, n'a-t-il pas des légions d'enfants ? MÈRE UBU Qui t'empêche de massacrer toute la famille et de te mettre à leur place ? PÈRE UBU Ah ! Mère Ubu, vous me faites injure et vous allez passer tout à l'heure par la casserole. MÈRE UBU Eh pauvre malheureux, si Je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte ? PÈRE UBU Eh vraiment ! et puis après ? N'ai-je pas un cul comme les autres ? MÈRE UBU A ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes ri-chesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues. PÈRE UBU Si j’étais roi, je me ferais construire une grande ca-peline comme celle que j'avais en Aragon et que ces gredins d'Espagnols m'ont impudemment volée. MÈRE UBU Tu pourrais aussi te procurer un parapluie et un grand caban qui te tomberait sur les talons. PÈRE UBU Ah ! je cède à la tentation. Bougre de merdre, merdre de bougre, si jamais je le rencontre au coin d'un bois, il passera un mauvais quart d'heure. dimanche, juin 09, 2002
Aujourd'hui levé de bonne heure ( et de bonne humeur ) une tasse de thé bue sur le perron, dans l'espoir d'assister à l'envol des deux petits oisillons de chardonnerets élégants, et direction le bureau de vote. Les bureaux de vote le dimanche, cela me rappele toujours ces dimanches où nous rentrions dare dare de week end dans le Nord, pour arriver juste à l'heure pour aller voter. Souvent on demandait à mon père de rester pour le dépouillement et je suis resté une paire de fois avec lui. C'est curieux comme je me souviens de ces scéances de dépouillement, où la bonne humeur régnait sans équivoque, quatre personnes par table, ( enfant j'allais de table en table mais je passais beaucoup de temps à admirer l'air solennel de mon père ) les autres personnes ne se connaissaient pas toujours, qui se soumettaient courtoisement au rituel. Chacun se gardait bien de faire des remarques, chacun avait son opinion, et reconnaissait aussi aux autres d'en avoir une autre: ça avait de la gueule, ça ressemblait ( en plus grand ) à l'élection du délégué de la classe. Depuis la campagne calamiteuse des présidentielles de cette année, la courtoisie n'est plus qu'une façade, les uns soupçonnent les autres de "mal" voter et inversement: c'est aussi comme cela, à force d'airs et de regards soupçonneux, que les partis de l'extrême nous volent discrétement le plaisir de notre démocratie.Et puis, en chemin vers le travail, je considère que ce matin les 12 bulletins sont tous là présents, correctement imprimés, classés par ordre alphabétique, en petits tas réguliers, l'urne est transparente et Monsieur le Maire veille comme un cerbère sur son intégrité, et je reprends confiance, je me dis que tant que l'on maintiendra le rituel intact, nous ne connaîtrons pas les affres d'élections truquées comme à Madagascar, des élections volées comme en Algérie ou encore des élections contrefaites comme aux Etats-Unis où nombre de bulletins électroniques faisaient se voisiner la case des grands électeurs du démocrate Al Gore avec celle des grands électeurs de l'extrême droite américaine. Enfin vendredi en allant déposer un dossier aux Arts Décos, j'ai vu quelques affiches d'étudiants de l'entre-deux tours des Présidentielles. J'y voyais avec plaisir que les étudiants d'aujourd'hui faisaient preuve de la même imagination au pouvoir que leurs ainés de 68 ou même de 86. Un slogan parmi les autres: "Catholiques, juifs et Musulmans, le 5 mai on va tous bouffer du porc" La bonne humeur de ce matin persiste. Jusqu'à ce soir 20 heures. |